Assassinat d'Yitzhak Rabin

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L’assassinat d'Yitzhak Rabin, Premier ministre israélien, a eu lieu le 4 novembre 1995, à 21 h 30, à la fin d'une manifestation pour la paix en soutien aux accords d'Oslo sur la place des Rois d'Israël (en), à Tel-Aviv. L'assassin est un terroriste ultra-nationaliste israélien nommé Yigal Amir, fermement opposé à l'initiative de paix d'Yithzak Rabin et particulièrement à la signature des accords d'Oslo.

Contexte[modifier | modifier le code]

La famille d'Yitzhak Rabin à ses funérailles.

L'assassinat du Premier ministre d'Israël et ministre de la Défense Yitzhak Rabin constitue le point culminant du désaccord de la droite israélienne concernant les accords d'Oslo. Malgré ses états de service dans l'Armée de défense d'Israël, Rabin était la cible d'attaques personnelles de la part des conservateurs de l'aile droite et des leaders du Likoud, qui percevaient les accords d'Oslo comme un renoncement aux territoires occupés.

Les conservateurs religieux et les leaders du Likoud étaient convaincus que le retrait de la moindre terre « juive » serait une hérésie. Les manifestations, organisées en partie par le Likoud, ont adopté un ton extrêmement violent. Le leader du Likoud et futur Premier ministre Benyamin Netanyahou accusa le gouvernement d'être « déconnecté de la tradition juive et des valeurs juives ». Netanyahou s'adressa aux contestataires d'Oslo au cours de manifestations où étaient agitées des pancartes et affiches représentant Rabin dans un uniforme nazi SS ou dans le viseur d'un sniper[1]. Rabin accusa alors Netanyahou de provoquer la violence, ce que ce dernier nia énergiquement[2].

Yigal Amir[modifier | modifier le code]

La tombe d'Yitzhak Rabin, en décembre 1995.

L'assassin est Yigal Amir, un ancien étudiant de l'université Bar-Ilan et militant d'extrême-droite. Amir s'est opposé énergiquement à l'initiative de paix de Rabin, en particulier la signature des accords d'Oslo, parce qu'il considérait que le retrait de Cisjordanie retirerait aux Juifs « l'héritage biblique qu'ils ont récupéré par l'établissement des colonies ». Amir s'était convaincu que Rabin était un « rodef », qui désigne dans la loi traditionnelle juive une personne qui met en danger la vie des Juifs. Il espérait lui-même, par son acte, être reconnu en tant que « din rodef », par le fait de supprimer Rabin comme menace pour les juifs des territoires occupés[3].

D'après le rabbin Arthur Waskow, l'interprétation d'Amir de la notion de « din rodef » est une grosse distorsion de la loi traditionnelle juive.

Yigal Amir était sous surveillance des services de sécurité intérieure d'Israël (Shin Bet), mais les agents chargés de sa surveillance avaient conclu qu'il ne représentait pas une menace pour la vie du Premier ministre.

Assassinat[modifier | modifier le code]

Le monument sur le lieu de l'assassinat, composé de pierres brisées, qui figurent le séisme politique que cet assassinat représente.

Après la manifestation, alors que Rabin sortait de l'hôtel de ville et se dirigeait vers sa voiture, Amir fit feu sur lui à 21 h 40 par trois fois, au moyen d'un Beretta Cheetah .380 ACP, un pistolet semi-automatique, le touchant à la rate, à la poitrine et à la colonne vertébrale. Il fut immédiatement maîtrisé par les gardes du corps de Rabin et arrêté. Le troisième coup manqua Rabin et blessa légèrement l'agent de sécurité Yoram Rubin[4],[5].

Rabin fut transporté d'urgence vers l'hôpital Ichilov du Centre médical Sourasky de Tel-Aviv (en), à 500 m de l'attentat mais le transport dura huit minutes à cause des rues bloquées par la police. Sur le coup, Yitzhak Rabin était déjà paralysé et en arrivant à l'hôpital, il était cliniquement mort en raison d'une importante perte de sang et d'une perforation pulmonaire. Il fut cependant intubé puis placé sous respiration artificielle. Pendant 40 minutes, le personnel médical tenta de le réanimer sur la table d'opération. Eithan Haber (en), chef de cabinet de Rabin, annonça la nouvelle devant les portes de l'hôpital à 23 h 15[6].

On a retrouvé dans la poche de Rabin une feuille de papier, tachée de sang, où étaient écrites les paroles de la célèbre chanson israélienne Shir LaShalom (Chanson pour la paix), qui fut chantée à la manifestation et évoque notamment l'impossibilité de ressusciter les morts et donc la nécessité de la paix.

Réactions et funérailles[modifier | modifier le code]

L'assassinat d'Yitzhak Rabin a été un choc pour l'opinion publique israélienne. Des manifestations et commémorations ont eu lieu sur la place des Rois d'Israël — renommée plus tard « place Rabin » en son honneur — mais également près du domicile de Rabin, du bâtiment de la Knesset et du domicile de son assassin. Plusieurs autres bâtiments et lieux publics dans le pays ont été depuis rebaptisés du nom de Rabin.

La tombe d'Yitzhak et Leah Rabin sur le Mont Herzl.

Les funérailles de Rabin eurent lieu le 6 novembre, le lendemain de l'assassinat, au Cimetière du Mont Herzl à Jerusalem, où Rabin fut incinéré. Des centaines de personnalités politiques internationales étaient présentes.

L'acte d'Yigal Amir a été et demeure encore aujourd'hui une source d'embarras pour la communauté religieuse juive. Il a été condamné à la prison à perpétuité.

Un jour de commémoration nationale a été établi à la date anniversaire du jour de sa mort, sur la base du calendrier hébraïque.

Références[modifier | modifier le code]

  1. [vidéo] Manifestation avec Netanyahou sur YouTube
  2. Smith, Charles D. Palestine and the Arab-Israeli Conflict A History with Documents, ISBN 0-312-43736-6, pages 464,466.
  3. Smith, pages 458, 468.
  4. (he) Barak T., « Ten years have passed, friend ». Tel Aviv Newspaper.
  5. Perry D: Israël and the Quest for Permanence, page 216.
  6. (en) Barry Chamish, Who Murdered Yitzhak Rabin ?, Brookline Books, , p. 124.

Liens externes[modifier | modifier le code]

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