Aspergillose invasive

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L'aspergillose invasive est une maladie infectieuse grave causée par l'infection diffuse d'un champignon du genre Aspergillus, le plus souvent Aspergillus fumigatus. Il s'agit d'une infection opportuniste atteignant les patients immunodéprimés, et de la deuxième cause de mortalité hospitalière par infection fongique. L'atteinte pulmonaire est la plus fréquente.

Historique[modifier | modifier le code]

Germes en cause[modifier | modifier le code]

Image en noir et blanc, photographie prise en microscopie électronique, montrant la disposition caractéristique des conidiophores.
Aspergillus fumigatus en microscopie électronique.

Aspergillus[modifier | modifier le code]

Aspergillus fumigatus est un champignon saprophyte du sol, très courant, et l'un de ceux relargant le plus de spores dans l'air[1]. Les spores, de 2 à 3 µm de diamètre, sont suffisamment petits pour progresser dans l'arbre respiratoire jusqu'aux alvéoles pulmonaires, et assez nombreux pour qu'un être humain en inhale plusieurs centaines par jour[1]. Les spores sont normalement éliminées par le système immunitaire et ne sont pathogènes que dans certains cas.

Si tous les champignons du genre Aspergillus sont potentiellement pathogènes (notamment A. flavus, A. terreus, A. niger et A. nidulans), Aspergillus fumigatus est responsable de 90 % des infections pulmonaires chez l'humain[1]. On en distingue plusieurs types, locales ou diffuses. Au contraire des infections locales l'aspergillome et la sinusite aspergillaire, les aspergilloses invasives sont caractérisées par la diffusion du germe dans l'organisme, en particulier au niveau pulmonaire.

Résistance aux antifongiques[modifier | modifier le code]

L'émergence de résistances des Aspergillus aux antifongiques est un phénomène amorcé à la fin des années 1990[2] ; le premier cas publié dans la littérature médicale date de 1997[3]. Aux Pays-Bas, le taux de résistance est passé de 2,5 % en 2000 à 4,9 % en 2002 et 6,6 % en 2004 pour atteindre 10 % en 2009[4]. La répartition géographique des résistances est hétérogène et concerne surtout l'Europe de l'Ouest et la Scandinavie[2]. Les résistances concernent principalement les triazoles[5], qui sont la classe d'antifongiques recommandée en première intention.

Initialement, les résistances n'existaient pas d'emblée et apparaissaient au cours de traitements longs[5]. Toutefois, depuis 2008, des cas de résistance chez des patients n'ayant jamais reçus d'antifongiques ont été décrits[6], traduisant une diffusion des résistances dans le réservoir sauvage d'Aspergillus fumigatus[7].

La résistance est liée principalement à une mutation dans la protéine ciblée par les triazoles, qui sont les antifongiques les plus prescrits dans les infections aspergillaires. Cette protéine-cible est une enzyme, appelée la lanosterol 14α-démethylase, et codée par le gène cyp51A[5]. Les souches résistantes le sont donc généralement à plusieurs triazoles à la fois[5]. Depuis 2010, d'autres mécanismes de résistance sont également apparus[7].

L'apparition des résistances est préoccupante à plusieurs titres[5]. Peu d'antifongiques sont disponibles, et les résistances limitent les options thérapeutiques. Enfin, les résistances concernent les triazoles, qui sont les seules molécules disponibles par voie orale. Cependant, le risque de diffusion mondiale des résistances est faible[8].

Terrain[modifier | modifier le code]

Les aspergilloses invasives atteignent en très grande majorité les patients immunodéprimés[9], et surtout en cas de neutropénie[10]. On estime que 5 à 25 % des patients atteints de leucémie aiguë en sont victimes[1], de même que 5 à 10 % de ceux ayant reçu une greffe de moelle osseuse et 0,5 à 5 % des patients sous traitement anti-rejet après une greffe d'organe. Toutes les greffes d'organes ne prédisposent pas de la même manière à une aspergillose invasive[1] : la greffe cœur-poumon vient en tête (19 à 20 % du total), suivie du foie, du cœur, du poumon et du rein. Enfin, les patients atteints de VIH sont de plus en plus victimes d'aspergilloses invasives[1].

Manifestations cliniques[modifier | modifier le code]

C'est la présence du champignon dans les tissus qui caractérise les aspergilloses invasives[10]. À partir du tissu de l'organe initialement infecté (le plus souvent le poumon[11]), le germe se propage par la circulation sanguine vers les autres organes[10].

On distingue quatre types d'aspergilloses invasives[1]. Leur présentation clinique dépend de l'organe atteint par l'infection, ainsi que de la maladie sous-jacente :

  • aspergillose pulmonaire invasive aiguë ou chronique, la plus fréquente ;
  • trachéobronchite et bronchite obstructive, liée à l'invasion de la muqueuse et du cartilage bronchique, plus fréquente chez les patients atteints du SIDA ;
  • rhinosinusite aiguë invasive ;
  • aspergillose invasive diffuse, impliquant plusieurs organes dont surtout le cerveau (abcès cérébral) et la peau (aspergillose cutanée). L'infection des reins, du cœur (endocardite), de la moelle osseuse (ostéomyélite) et des yeux (endophtalmite) est elle aussi décrite, mais rare[12].

La fièvre est inconstante, surtout en cas de traitement par corticoïdes[1].

Diagnostic[modifier | modifier le code]

Le diagnostic est difficile, et basé sur l'identification du champignon responsable dans l'organe défaillant. L'évolution très rapide, accompagnée d'une dégradation majeure de l'état général pouvant aboutir au décès en une à deux semaines en absence de traitement, fait commencer le traitement de manière probabiliste à la suspicion du diagnostic, plutôt que d'attendre sa confirmation[1].

L'identification du germe en cause se fait généralement[10] sur un lavage bronchoalvéolaire, soit par culture fongique, soit par recherche du galactomannane et PCR. La sérologie aspergillaire est elle aussi utile au diagnostic.

Traitement[modifier | modifier le code]

Le traitement est basé sur des médicaments antifongiques, souvent de la famille des triazoles. Le voriconazole, administré par voie intra-veineuse, est la molécule de premier choix, pour un minimum de 12 semaines[10]. En cas de contre-indication ou de résistance[12], l'amphotéricine B est une alternative, de même que la caspofungine et la micafungine. Le traitement doit être commencé le plus tôt possible[11].

La restauration du système immunitaire du patient, et en particulier la correction d'une neutropénie, doit être un autre objectif de la prise en charge[12].

Prévention[modifier | modifier le code]

L'infection se propageant par la diffusion aérienne des spores d'Aspergillus, la prévention se fait principalement par la filtration de l'air[1]. Les patients en immunodépression profonde, et en particulier les patients d'hématologie, sont donc souvent hospitalisés dans des chambres stériles, où l'air est filtré et la chambre maintenue en légère surpression par rapport à l'extérieur.

Le traitement préventif par antifongiques n'a pas fait preuve d'efficacité[1], excepté chez les patients les plus à risque[12]. Elle est alors à base de posaconazole[12].

Pronostic[modifier | modifier le code]

L'aspergillose invasive est la deuxième cause de mortalité hospitalière par infection fongique[13].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d e f g h i j et k Latgé et coll 2002.
  2. a et b (en) A Mayr et C Lass-Flörl, « Epidemiology and antifungal resistance in invasive aspergillosis according to primary disease - review of the literature », Eur J Med Res, Springer Nature, vol. 16, no 4,‎ , p. 153 (ISSN 2047-783X, DOI 10.1186/2047-783x-16-4-153, lire en ligne).
  3. (en) D. Denning, « Correlation between in-vitro susceptibility testing to itraconazole and in-vivo outcome of Aspergillus fumigatus infection », Journal of Antimicrobial Chemotherapy, Oxford University Press (OUP), vol. 40, no 3,‎ , p. 401-414 (ISSN 1460-2091, DOI 10.1093/jac/40.3.401, lire en ligne).
  4. (en) Paul E. Verweij, Susan J. Howard, Willem J.G. Melchers et David W. Denning, « Azole-resistance in Aspergillus: Proposed nomenclature and breakpoints », Drug Resistance Updates, Elsevier BV, vol. 12, no 6,‎ , p. 141-147 (ISSN 1368-7646, DOI 10.1016/j.drup.2009.09.002, lire en ligne).
  5. a b c d et e (en) Susan J. Howard, Dasa Cerar, Michael J. Anderson, Ahmed Albarrag, Matthew C. Fisher, Alessandro C. Pasqualotto, Michel Laverdiere, Maiken C. Arendrup, David S. Perlin et David W. Denning, « Frequency and Evolution of Azole Resistance in Aspergillus fumigatus Associated with Treatment Failure1 », Emerg. Infect. Dis., Centers for Disease Control and Prevention (CDC), vol. 15, no 7,‎ , p. 1068-1076 (ISSN 1080-6040, DOI 10.3201/eid1507.090043, lire en ligne).
  6. (en) Eveline Snelders, Henrich A. L van der Lee, Judith Kuijpers, Anthonius J. M. M Rijs, János Varga, Robert A Samson, Emilia Mellado, A. Rogier T Donders, Willem J. G Melchers et Paul E Verweij, « Emergence of Azole Resistance in Aspergillus fumigatus and Spread of a Single Resistance Mechanism », PLoS Med, Public Library of Science (PLoS), vol. 5, no 11,‎ , e219 (ISSN 1549-1676, DOI 10.1371/journal.pmed.0050219, lire en ligne).
  7. a et b (en) Anuradha Chowdhary, Cheshta Sharma, Ferry Hagen et Jacques F Meis, « Exploring azole antifungal drug resistance in Aspergillus fumigatus with special reference to resistance mechanisms », Future Microbiology, Future Medicine Ltd, vol. 9, no 5,‎ , p. 697-711 (ISSN 1746-0913, DOI 10.2217/fmb.14.27, lire en ligne).
  8. (en) Sarah P. Georgiadou et Dimitrios P. Kontoyiannis, « The impact of azole resistance on aspergillosis guidelines », Annals of the New York Academy of Sciences, Wiley-Blackwell, vol. 1272, no 1,‎ , p. 15-22 (ISSN 0077-8923, DOI 10.1111/j.1749-6632.2012.06795.x, lire en ligne).
  9. (en) M. Karim, M. Alam, A. A. Shah, R. Ahmed et H. Sheikh, « Chronic Invasive Aspergillosis in Apparently Immunocompetent Hosts », Clinical Infectious Diseases, Oxford University Press (OUP), vol. 24, no 4,‎ , p. 723-733 (ISSN 1058-4838, DOI 10.1093/clind/24.4.723, lire en ligne).
  10. a b c d et e Kosmidis et coll 2014.
  11. a et b Stevens et coll 2000.
  12. a b c d et e Walsh et coll 2008.
  13. « Aspergillose », sur Institut Pasteur, (consulté le 16 mai 2016).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Jean-Paul Latgé, « Aspergillus fumigatus and Aspergillosis », Clinical Microbiology Reviews, American Society for Microbiology, vol. 12,‎ , p. 310-350 (ISSN 0893-8512, lire en ligne).
  • (en) Chris Kosmidis et David W. Denning, « The clinical spectrum of pulmonary aspergillosis », Thorax, BMJ, vol. 70, no 3,‎ , p. 270-277 (ISSN 0040-6376, DOI 10.1136/thoraxjnl-2014-206291, lire en ligne).
  • (en) D. A. Stevens, V. L. Kan, M. A. Judson, V. A. Morrison, S. Dummer, D. W. Denning, J. E. Bennett, T. J. Walsh, T. F. Patterson et G. A. Pankey, « Practice Guidelines for Diseases Caused by Aspergillus », Clinical Infectious Diseases, Oxford University Press (OUP), vol. 30, no 4,‎ , p. 696-709 (ISSN 1058-4838, DOI 10.1086/313756, lire en ligne).
  • (en) Thomas J. Walsh, Elias J. Anaissie, David W. Denning, Raoul Herbrecht, Dimitrios P. Kontoyiannis, Kieren A. Marr, Vicki A. Morrison, Brahm H. Segal, William J. Steinbach, David A. Stevens, Jo Anne van Burik, John R. Wingard et Thomas F. Patterson, « Treatment of Aspergillosis: Clinical Practice Guidelines of the Infectious Diseases Society of America », Clinical Infectious Diseases, Oxford University Press (OUP), vol. 46, no 3,‎ , p. 327-360 (ISSN 1058-4838, DOI 10.1086/525258, lire en ligne).

Liens externes[modifier | modifier le code]