Asmaa bint Marwân

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Asma bint Marwan (en arabe: عصماء بنت مروان, à savoir « Asma la fille de Marwan ») était une poétesse qui a vécu à Médine, dans le Hedjaz, en Arabie médiévale. Elle appartient aux Banu Khatma, certainement le personnage le plus influent du clan Umayya b. Zayd, voire des Aws-Manat. Elle fut leur porte-parole[1].

Selon un récit d'Ibn Ishaq, Sirah Rasul-Allah, qui constitue le premier corps biographique ancien sur Mahomet, Asma, émue de l'assassinat du vieux Abou Afak à Yathrib-Médina, a écrit des poèmes pour dénigrer l'islam et Mahomet. Après avoir entendu les poèmes, Mahomet aurait dit "Qui me vengera d'Asma bint Marwan ?".

Umayr b. Adyy al-Katmi entendit ces paroles et dit : "ô Messager d'Allah, je l'ai tuée ! Serai-je puni par Dieu pour cela ?"

Mahomet aurait alors répondu : "Deux chèvres ne se donneraient pas des coup de cornes pour ce meurtre."[2]

Il se peut même que le meurtre de la poétesse ait eu lieu avant la plainte de Mahomet, le meurtrier ayant avoué son geste juste après la plainte. Ibn Ishaq ne le montre pas agir entre temps. Donc l'ordre de tuer Asma bint Marwan venant expressément de Mahomet n'est pas sûr, selon Ibn Ishaq.

Son meurtre et le commanditaire du meurtre restent assez obscurs.

D'autant plus que tuer les femmes sans armes, même mécréantes, était interdit en islam, selon les hadiths d'al-Boukhari et la Sira de Tabari.

Si on considère qu'une femme poétesse pouvait attaquer l'islam avec des mots, pousser les gens à la révolte (et donc pouvait être tuée), on peut alors se demander pourquoi Mahomet aurait fait tuer Asma bint Marwan et aurait épargné la Mecquoise Hind bint Utba.

En effet, Hind avait été encore plus active dans la haine contre l'islam en poussant les Mecquois à la guerre ouverte contre les musulmans à la bataille d'Uhud, en 625. Hind bint Utba aurait même mutilé les cadavres des musulmans, dont le cadavre de Hamza, oncle de Mahomet. Mahomet pardonna ses crimes à Hind et lui laissa la vie, en 630.

(sources : Les Chroniques de Tabari tome II p198-200; ibn Ishaq tome II p 56; et As-Sira d'ibn Kathir p 582.)

L’histoire de la mort d'Asma bint Marwan peut être trouvée dans la sîra d'Ibn Ishaq et Ibn Sa'd[3].

Asma Bint Marwan ridiculise aussi les gens de Médine pour avoir obéi à un chef qui n’est pas de leur lignée. Ibn Ishaq mentionne qu’elle a exprimé son mécontentement après que le Médinois Abu Afak soit tué pour avoir organisé une rébellion contre Mahomet.

Les spécialistes du hadith (mouhaddithoune) comme Al-Bukhari, Ibn Maīn, An-Nassa'i, Ibn al-Jawzi, Majdi, Ibn ‘Adiyy, Ad-Daaraqutni ainsi que Al-Albani ont rejeté l’histoire, déclarant qu’il s’agissait d’une invention (hadith mawdhou), puisque le rapporteur Muhammad ibn al-Hajjaaj est considéré comme "menteur avéré" par tous les savants spécialistes de hadith et que donc les chaînes de témoins par lesquelles l’histoire fut transmise étaient mauvaises[4],[5],[6],[7],[8],[9]. Il y a aussi problème avec son contenu (matn) puisqu’il est rapporté dans de nombreux hadiths, comme celui rapporté par Abou Dawoud, que Mahomet a dit « de ne pas tuer de femmes[10] ».

La réfutation de certains contenus du hadith comporte cependant un problème épistémologique sur les sources biographiques du prophète Mahomet, du moment que la sîra d'Ibn Ishaq constitue un document unique, en étant la première biographie complète transmise par la tradition islamique, et qu'elle doit être impérativement prise en compte pour les recherches sur les Mahomet historique.

Le savant islamologue d'origine iranienne Ali Dashti considère important l'assassinat d'Asma bint Marwan, dans son analyse biographique de Mahomet, ainsi que le Pr Alfred Guillaume, spécialiste en islamologie et théologie islamique et traducteur de la Sira d'Ibn Ishaq, dans son célèbre étude sur le sujet.

Jane Smith, dans son ouvrage "Women, Religion and Social Change in Early Islam" ("Femmes, religion et changement social dans l'Islam des origines", non traduit) insiste quant à elle sur l’importance des poètes à l'époque et suggère que Mahomet ordonna l’exécution de poètes comme bint Marwan et Abu Afak parce qu’il s’inquiétait de leur influence[11].

Références[modifier | modifier le code]

  1. Hichem Djaït, "La vie de Muhammad", Tome III, éd.Cérès, 2012,p. 138
  2. Ibn Ishaq, Muhammad tome II, Paris, éditions Albouraq, , p 597 p., p 562
  3. Yvonne Yazbeck Haddad, Ellison Banks Findly, Women, religion, and social change, NewYork, SUNY Press, , 24 p. (ISBN 0-88706-069-2)
  4. http://www.islam-qa.com/en/ref/177694/
  5. Nasir al-Din Al-Albani, Silsilat al-aḥādīth al-ḍaʻīfah wa-al-mawḍūʻah, vol. 33, « Hadith#6013 », p. 13 :

    « وضوع...محمد بن الحجاج...قلت : وهو كذاب خبيث ؛ كما قال ابن معين ، وهو واضع حديث الهريسة... والراوي عنه محمد بن إبراهيم الشامي ؛ كذاب أيضاً »

  6. 'Abd al-Malik Ibn Hisham, Ṣaḥīḥ Sīrah al-Nabawīyah, vol. 4, Dār al-Ṣaḥābah lil-Turāth, , 335–336 p. :

    « حديث ضعيف وإسناده معضل
    1 – أخرجه ابن سعد، (2/27–28) في طبقاته من رواية الواقدي المتروك، وعنه أخرجه ابن السكن، والعسكري في الأمثال كما في الإصابة (5/34) .
    في سنده الواقدي من المتروكين.
    2 – أخرجه الخطيب (13/199) في تاريخه، و ابن الجوزي في العلل (1/175)، و ابن عساكر في تاريخه كما في الكنز (35491) من طريق محمد بن الحجاج اللخمي عن مجالد عن الشعبي عن إبن عباس.
    و سنده موضوع. فيه اللخمي، قال البخاري عنه: منكر الحديث. و قال ابن معين: كذاب خبيث، وقال مرة: ليس بثقة، وكذبه الدارقطني، وإتهمه ابن عدي بوضع حديث الهريسة، »

  7. Abu'l-Faraj Al-Jawzi, Al-'ilal, vol. 1, p. 175 :

    « هذا مما يتهم بوضعه محمد بن الحجاج »

  8. Ibn ʻAdī, Al-Kāmil fī al-ḍuʻafāʼ wa-ʻilal al-ḥadīth, vol. 7, p. 326 :

    « ولم يرو عن مجالد غير محمد بن الحجاج وجميعاً مما يُتهم محمد بن الحجاج بوضعها »

  9. Moulana Qamruz Zaman, "Asma bint Marwan", 24 juillet 2006, MuftiSays.com.
  10. Sunan Abi Dawood, no 2669
  11. Women, Religion and Social Change - Éditions Yvonne Yazbeck Haddad et Ellison Banks Findly, 1985.