Askia Mohammed
| Mohammed Ier Askia | |
Vue de la sépulture. | |
| Titre | |
|---|---|
| Askia de l'Empire songhaï | |
| – | |
| Prédécesseur | Sonni Baro |
| Successeur | Askia Monzo Moussa |
| Biographie | |
| Dynastie | Dynastie Askia |
| Nom de naissance | Mohammad ibn Abi Bakr al-Touri |
| Surnom | Askia le Grand |
| Date de naissance | |
| Lieu de naissance | Tombouctou |
| Date de décès | |
| Lieu de décès | Gao, (Empire songhaï) |
| Sépulture | Tombeau des Askia, Gao (Mali) |
| Enfants | Askia Daoud Askia Ishaq Ier |
| Religion | Islam sunnite |
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Askia Mohammed Ier, dit « Askia le Grand », né en 1443 et mort en 1538, est le premier empereur songhaï de la dynastie des Askia, d'ethnie Songhaï. Il est aussi l'ancêtre généalogique songhaï le plus fréquent. Son nom en songhaï moderne est Mamar Kassey.
Askia Mohammed renforce son empire et en fait le plus grand État de l'histoire de l'Afrique de l'Ouest. À son apogée sous son règne, l'Empire songhaï englobe les États haoussas jusqu'à Kano (dans l'actuel Nord du Nigeria) et une grande partie du territoire à l'est. Ses politiques entraînent une expansion rapide du commerce avec l'Europe et l'Asie, la création de nombreuses écoles et l'ancrage de l'islam dans l'empire.
Mohammed est un général éminent sous le règne du dirigeant songhaï Sonni Ali Ber. Lorsque celui-ci est remplacé par son fils, Sonni Baro, en 1492, Mohammed conteste la succession au motif que le nouveau dirigeant n'est pas un musulman fidèle[1]. Il vainc Sonni Baro et monte sur le trône en 1493[2].
Il orchestre ensuite un programme d'expansion et de consolidation qui étend l'empire de Teghazza au nord jusqu'aux frontières du Yatenga au sud ; et de l'Aïr au nord-est jusqu'au Fouta-Djalon en Guinée. Au lieu d'organiser l'empire selon des principes islamiques, il tempère et améliore le modèle traditionnel en instituant un système de gouvernement bureaucratique sans précédent en Afrique de l'Ouest. En outre, Askia établit des mesures et des réglementations commerciales standardisées, initie la surveillance des routes commerciales et met en place un système fiscal organisé. Il est renversé par son fils, Askia Monzo Moussa, en 1528[3].
Nom et origines
[modifier | modifier le code]Le Tarikh es-Soudan donne le nom d'Askia Mohammed comme Mohammad ibn Abi Bakr al-Touri ou al-Sillanki[4], tandis que le Tarikh el-fettach l'appelle Abou Abdallah Mohammad ibn Abi Bakr[5]. Al-Touri et al-Sillanki ont été interprétés comme les noms des clans soninkés Touré et Sylla par de nombreux historiens. Cependant, Stephan Bühnen a soutenu qu'ils devraient être interprétés comme des nisba se référant à une ascendance du Fouta-Toro ou de Silla dans la vallée du Sénégal, et privilégie la possibilité que ses ancêtres soient originaires du Fouta-Toro[5].
Après avoir accompli le hajj en 1497-1498, il est également connu sous le nom d'Askia al-Hajj Mohammad[5]. En songhaï moderne, il est connu sous le nom de Mamar Kassey[6] : Mamar est une forme du prénom Mohammed, et Kassey est un prénom matronymique.
La théorie selon laquelle la famille d'Askia Mohammed serait originaire du Fouta-Toro est controversée et a été généralement rejetée par le peuple songhaï lui-même, en particulier par les descendants modernes de Mohammed qui y voient un défi à leur appartenance ethnique. Son nom de famille exact n'a pas été définitivement déterminé et aucune source orale toucouleur ou soninké ne le revendique comme l'un des siens. Le Tarikh el-fettach lui donne le titre de maïga, qui n'est utilisé que pour la parenté patrilinéaire de la dynastie Sonni.
Le terme sonhinkey, qui suggère une origine ethnique soninké pour les Askia, est aussi le nom d'un clan de magiciens songhaïs responsables du culte préislamique et formant une branche cadette du clan royal sunnite sans droit au trône. Les traditions orales songhaï affirment que le père d'Askia Mohammed serait originaire de ce clan. Omar Komajago, le frère d'Askia, n'est jamais décrit comme un Touré ou un Sylla.
Le terme al-Touri, qui désigne l'origine géographique d'une personne, pourrait être le nom du village du père d'Askia. Il existe un village songhaï appelé Tureh au Niger, dans la région de Tillabéri, dans le département de Téra.
Bien qu'Askia Mohamed soit généralement considéré comme le fils de la princesse Kassey, sœur de Sonni Ali Ber, il est impossible qu'il soit lui-même originaire du Fouta-Toro car le poste de général n'était attribué qu'à un membre de la famille royale descendant en ligne patrilinéaire d'ancêtres songhaïs. La théorie selon laquelle il serait d'origine ethnique songhaï par son père et sa mère est étudiée au centre Ahmed-Baba de Tombouctou[7].
Titre
[modifier | modifier le code]Le titre askia (en arabe : اسكيا) est d'origine inconnue[4], mais est utilisé depuis le début du XIIIe siècle, voire plus tôt[8]. Il dérive peut-être d'un mot arabe signifiant « général »[4]. Le Tarikh es-Soudan fournit une étymologie populaire du titre, affirmant qu'Askia Mohammed l'a inventé lui-même en s'inspirant de la plainte des filles de Sonni Ali lorsqu'elles ont appris qu'il avait pris le pouvoir : « a si Kiya », ce qui signifie « ce n'est pas à lui » ou « il ne le sera pas »[réf. nécessaire].
La prononciation originale du titre n'est pas connue ; en songhaï moderne, il se prononce siciya[4]. Les sources marocaines orthographiaient le titre Soukyâ ou Sikyâ, Léon l'Africain l'écrivait Ischia et une source portugaise contemporaine l'écrivait Azquya.
Biographie
[modifier | modifier le code]Origines
[modifier | modifier le code]Son père, Baru Lum[note 1], était d'origine toucouleur ou soninké, avec des ancêtres originaires de la vallée du fleuve Sénégal. Sa mère s'appelait Kassey et la tradition orale dit qu'elle était la sœur de Sonni Ali Ber.
Askia Mohammed, avant son règne, porte le nom de Mohammed Touré et est officier militaire de haut rang portant le titre de tondi-farma[9],[10].
Rébellion et renversement de Sonni Baro
[modifier | modifier le code]À la mort de Sonni Ali Ber en novembre 1492, son fils Abou Bakr Dâ'ou, plus connu sous le nom de Baro, est proclamé souverain (sonni) par l'armée. Selon les chroniques historiques Tarikh el-fettach et Tarikh es-Soudan, Mohammed Touré aurait dissimulé ses ambitions jusqu'à la mort de Sonni Ali Ber, avant d'organiser un soulèvement contre le nouveau sonni. La rébellion débute moins d'un mois après l'accession de Baro au pouvoir. Le , les forces de Mohammed Touré infligent une première défaite à Baro lors de la bataille de Danagha. Celui-ci se replie alors à Ankou'ou, près de Gao. Une deuxième confrontation, décisive, a lieu en . Les deux chroniques décrivent une bataille d'une intensité exceptionnelle, marquée par d'importantes pertes humaines. L'affrontement s'achève par la victoire de Mohammed Touré, désormais reconnu comme le nouveau maître de l'empire sous le nom d'Askia Mohammed[9],[11].
Le conflit entre Baro et Mohammed Touré révèle une fracture au sein de l'appareil militaire songhaï. Si certaines unités sont restées fidèles à Baro, d'autres soutiennent Mohammed Touré, notamment le gouverneur de la province de Bara, Mansâ Koûra. Cependant, ce dernier semble avoir été le seul gouverneur à soutenir activement le tondi-farma, tandis que les autres responsables provinciaux sont demeurés loyaux au sonni. Des sources mentionnent que Baro bénéficie encore de l'appui de plusieurs dignitaires régionaux, dont les chefs de Dirma, Kala, Bani, Djenné et peut-être Taratan[12].
Le dendi-fari Afumba, fidèle à Baro et probablement instigateur de sa proclamation, s'oppose farouchement à Mohammed Touré. Son sort demeure incertain : certaines sources rapportent qu'il se serait noyé dans le fleuve Niger, tandis que d'autres évoquent une campagne de guérilla contre les troupes d'Askia Mohammed, qui se serait soldée par sa capture et son exécution. La résistance d'Afumba illustre les tensions persistantes dans la région du Dendi, bastion historique de la légitimité songhaïe[13].
L'enchaînement rapide des événements entre la mort de Sonni Ali (), l'accession de Baro () et la rébellion de Mohammed Touré (février-) suggère que le renversement n'est pas improvisé. Le tondi-farma aurait commencé à rallier des soutiens avant même la proclamation de Baro, notamment parmi les familles religieuses exilées à Tombouctou. Si la tentative de Mohammed Touré d'élargir ses appuis échoue dans plusieurs provinces, elle s'appuie néanmoins sur un discours islamique opposé aux pratiques religieuses de Baro, qui aurait refusé de renoncer aux croyances traditionnelles. Ce positionnement permet à Mohammed Touré de présenter sa victoire comme une restauration de l'islam dans l'empire songhaï[14].
Règne
[modifier | modifier le code]Légitimation et réformes
[modifier | modifier le code]À son avènement en 1493, Askia Mohammed entreprend de légitimer sa prise de pouvoir par plusieurs actions symboliques et politiques fortes. L'une de ses premières décisions est de mettre un terme aux persécutions contre les oulémas exilés de Tombouctou, qui étaient combattus sous le règne de Sonni Ali Ber : il les réintègre dans les affaires administratives, les impliquant activement dans les nominations et révocations des responsables locaux. Cette réconciliation avec la classe savante islamique est perçue comme un geste fondateur de son régime, visant à rétablir un ordre islamique et à asseoir sa légitimité religieuse[15].
Il rétablit également dans leurs fonctions d'anciens responsables religieux emprisonnés afin de gouverner sur Tombouctou. Cette volonté de restaurer un ordre antérieur à la domination des Sonni est révélateur de la stratégie d'Askia Mohammed : consolider son pouvoir en s'appuyant sur les élites intellectuelles et religieuses[15].
Conscient de la fragilité de sa position d'usurpateur, Askia Mohammed cherche à inscrire historiographiquement son ascension dans une légitimité religieuse. Il fait appel à El Maghili pour faire le récit de sa prise de pouvoir. Dans ses écrits, ce dernier présente le coup d'État d'Askia comme un djihad contre des tyrans impies. Cette interprétation vise à justifier l'éviction violente de ses prédécesseurs au nom de la défense de l'islam[16].
Dans certaines traditions orales, issues notamment de la région orientale du Niger, Askia est décrit comme le neveu du roi renversé, sauvé de l'infanticide et élevé comme esclave, avant de revenir accomplir sa destinée royale. Ces récits, proches de mythes fondateurs comme celui de Soundiata Keïta ou de Moïse, visent à ancrer le pouvoir d'Askia Mohammed dans une légitimité divine ou prophétique, tout en atténuant le traumatisme du renversement dynastique. Le terme askia lui-même pourrait tirer son origine du mot asku, « jeune esclave », renforçant l'idée d'un pouvoir venu de l'humilité et du destin[16].
En parallèle à la pacification de Tombouctou, Askia Mohammed cherche à sécuriser et réorganiser la partie occidentale de l'empire, encore favorable à son prédécesseur Sonni Baro. En 1494, il envoie son frère Omar mener une campagne militaire victorieuse à Dia. Cette victoire débouche sur une innovation administrative majeure : la création de la fonction de kanfari, un poste chargé de gouverner la moitié occidentale de l'empire depuis Tindirma. Ce poste est distinct du rôle de simple gouverneur provincial, traduisant la volonté du nouvel empereur de renforcer l'autorité centrale et de structurer un pouvoir plus cohérent à l'échelle impériale[17].
Pèlerinage à La Mecque
[modifier | modifier le code]Dans ce contexte, la préparation d'un pèlerinage à La Mecque s'inscrit dans une démarche politique visant à légitimer son règne et réitérer les mécanismes employés par Mansa Moussa afin de gagner en prestige[18]. Il cherche également à mettre en place une nouvelle vision politique pour gouverner l'Empire songhaï, qui repose sur un caractère cosmopolite où la légitimité islamique est commune[19]. Dans cette optique, après la réhabilitation des oulémas de Tombouctou, il confie la régence de l'empire à son frère Omar[20].
Askia part avec une suite militaire composée de 1000 unités d'infanterie et 500 unités de cavalerie ou chamellerie. La cohorte transporte 300 000 mithqals d'or provenant directement des trésors de la dynastie Sonni. Le parallèle avec l'important pèlerinage de Mansa Moussa est évident[21]. Il s'entoure également de serviteurs, ainsi que de chefs des différentes communautés ethniques de l'empire. Cette politique inclusionniste est à la racine de son projet politique cosmopolite[22].
Son voyage, qui dure deux ans, l'amène à rencontrer d'éminents savants, comme al-Soyoûtî, et à être symboliquement investi du titre de calife par diverses autorités religieuses du Caire ou de La Mecque[23],[24]. Son retour à Gao, en juillet ou , est triomphal et permet de mettre un terme aux différentes oppositions à l'égard de sa légitimité[25]. Bien qu'il ait fait de nombreux dons de charité au cours de son pèlerinage, notamment en créant un lieu d'hébergement pour les pèlerins d'Afrique de l'Ouest à Médine, il accumule alors 50 000 ducats de dettes[26].
Expansion territoriale
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À son retour du pèlerinage, Askia Mohammed lance une campagne militaire contre le royaume mossi de Yatenga. Conseillé par le religieux Môri Sâlih Diawara, il tente d'abord une approche diplomatique en invitant les Mossi à se convertir à l'islam. Après leur refus, il mène un djihad contre eux, ravage leurs terres, réduit des enfants en esclavage et enlève la fille d'un ancien souverain de Oualata, qu'il épouse[27].
De 1499 à 1502, Askia poursuit ses opérations militaires : il attaque Tindirma, puis intervient à Dialan contre un gouverneur allié au Mali. Il rase une résidence royale malienne à Tinfarin et y fonde une nouvelle implantation songhaï, renforçant son emprise sur le Sahel occidental. Des captifs sont pris, dont Mariam Dâbo, future mère d'un de ses fils[27].
En 1501–02, il mène une expédition contre Agadez et chasse son souverain. Cette conquête menace directement les intérêts commerciaux des cités haoussa, révélant l'ambition d'Askia d'étendre son autorité jusqu'au lac Tchad[27]. En 1501, il vainc le fils du mansa Mahmoud III, Qama-fiti-Kalli, et capture Diafounou, qu'il met à sac[28],[29]. En 1504, une invasion du Borgou se termine en désastre. Une expédition à Oualata s'empare de la ville, mais ne peut la défendre contre la pression touarègue, et Askia Mohammed accepte un tribut en échange du départ de ses troupes. Cette alliance avec les Touaregs est un pilier essentiel du pouvoir songhaï, notamment pour leur contrôle des mines de sel de Teghazza[24].
Entre 1505 et 1519, l'expansion militaire se dirige particulièrement vers l'ouest. Plusieurs territoires maliens passent sous l'influence de l'Empire songhaï. La faiblesse croissante du Mali permet aux Songhaïs de s'immiscer dans des zones jusqu'alors périphériques, comme le Kaarta au sud et le Kaniaga au nord. C'est durant ce conflit que le père de Koli Tenguella meurt, cristallisant par la suite les tensions avec le Fouta-Toro. Cette défaite permet à Askia Mohammed de mettre un terme définitif aux prétentions maliennes sur cette région[30].
Après la fin de ces conflits occidentaux, Askia se redirige vers les régions orientales. Il attaque Katsina en 1513–14, puis à nouveau en 1516, et mène une autre campagne contre le sultan d'Agadez. En 1517–18, il tente une offensive contre Kebbi, sans succès. Ces campagnes, bien que parfois contestées, témoignent d'un effort continu pour contrôler les flux commerciaux d'une région stratégiquement cruciale[31].
Exil et mort
[modifier | modifier le code]Askia Mohammed a de nombreux fils, qui se disputent les postes et l'influence à la cour. Les textes contemporains mentionnent 37 noms d'enfants différents issus de plusieurs concubines. Cependant, sa descendance pourrait être plus nombreuse, si bien que le chiffre de 471 enfants est évoqué[11]. Lorsqu'un plus jeune, Bala, est nommé à un poste de gouverneur prestigieux, Askia Monzo Moussa menace de faire tuer le puissant conseiller du roi, Ali Folon, et le pousse à l'exil à Tindirma en 1526. Il avait caché le fait que Mohammed, âgé de plus de 70 ans, était devenu aveugle[24],[32].
En 1529, Askia Mohammed est renversé par son fils aîné, Askia Monzo Moussa, dans un coup de force marqué par des tensions croissantes au sein de la dynastie. Sa prise de pouvoir initie une période de violences intestines qualifiée de fitna par les chroniqueurs de l'époque[33]. Dès sa prise de pouvoir, Askia Moussa entreprend l'élimination méthodique de ses oncles et cousins rivaux, semant la terreur au sein de la famille dirigeante. Son règne ne dure que deux ans (1529–1531), mais est marqué par une brutalité inédite, notamment l'exécution de nombreux princes, le refus des médiations des érudits et des chefs religieux, ainsi que l'instrumentalisation des tensions entre les lignées maternelles des princes[34].
L'ancienne autorité d'Askia Mohammed, déchu et probablement humilié, ne peut enrayer cette spirale de violence. Selon les sources, il est chassé du palais par son fils, qui aurait même conservé pour lui les épouses et concubines de son père — une transgression des normes qui accentue le ressentiment général. Cette dérive tyrannique suscite une réaction armée de ses propres frères. En , Monzo Moussa est tué lors d'une révolte menée notamment par des fils d'Askia Mohammed[35]. Son successeur, fils d'Omar Kondjago et neveu de Mohammed, exile le vieux roi sur une île du Niger. De là, il complote avec son fils Ismaïl pour reprendre le trône. Il y parvient en , et Mohammed retourne à Gao, où il confère cérémoniellement à Ismaïl le titre et les insignes de calife[24]. Il meurt et est enterré dans le tombeau des Askia à Gao en 1538[3].
Réformes de l'empire
[modifier | modifier le code]Askia Mohammed réorganise profondément l'Empire songhaï. Alors que Sonni Ali était un musulman réservé, Askia est un fervent dévot. Il place la charia à la base du système juridique, invite des érudits musulmans d'Afrique du Nord et élève l'islam au rang de religion officielle de la noblesse. Il divise également l'empire en provinces avec des gouverneurs nommés par le pouvoir central, et crée de nombreux ministères (dont les attributions vont des finances à la justice en passant par l'intérieur, le protocole, l'agriculture, les eaux et les forêts, ou encore les questions relatives aux « tribus de la race blanche » comme les Touaregs et les Berbères). Il prend soin de placer ses proches à tous les postes importants de ce système réformé[3]. Bien que Gao reste la capitale de l'empire, Tombouctou devient une sorte de seconde capitale.
Askia Mohammed crée une armée professionnalisée, qui remplace la conscription générale mise en place par ses prédécesseurs. Ces soldats, légalement esclaves des Askia, peuvent être envoyés dans de longues expéditions loin du fleuve Niger[24].
Sous son règne, l'empire adopte une structure politique à la fois centralisée et hiérarchisée, qui vise à consolider le pouvoir tout en s'alignant davantage sur les normes islamiques impériales. Askia se fait désigner comme amîr al-mou'minîn (« commandeur des croyants »), un titre emprunté à la tradition califale islamique, signalant sa volonté de placer l'Empire songhaï au centre du monde musulman et de rivaliser symboliquement avec d'autres puissances islamiques comme les Saadiens du Maroc[36].
Héritage
[modifier | modifier le code]Askia encourage l'apprentissage et l'alphabétisation. Sous son règne, les universités de l'Empire songhaï produisent les érudits les plus distingués, dont son neveu et ami Mohammed Kati ; beaucoup publient des ouvrages qui connaissent une grande diffusion. Pour assurer la légitimité de sa prise de pouvoir au détriment de la dynastie Sonni, Askia Mohammed s'allie aux érudits de Tombouctou, inaugurant un âge d'or pour l'érudition scientifique et musulmane dans la ville[37]. L'éminent érudit Ahmed Baba, par exemple, y rédige des livres sur le droit islamique qui sont encore utilisés aujourd'hui. Mohammed Kati publie de son côté le Tarikh el-fettach, tandis qu'Abderrahmane Es Saâdi signe le Tarikh es-Soudan (Chronique de la Terre Noire) : ces deux chroniques sont indispensables aux chercheurs actuels qui reconstruisent l'histoire africaine au Moyen Âge. Le tombeau du roi, dit tombeau des Askia, est désormais classé au patrimoine mondial de l'UNESCO .
Culture populaire
[modifier | modifier le code]- Le groupe musical nigérien Mamar Kassey porte le nom d'Askia Muhammad.
- Askia dirige le Songhaï dans le jeu vidéo Civilization V par Firaxis Games, sorti en 2010.
Notes et références
[modifier | modifier le code]Notes
[modifier | modifier le code]- ↑ Baru est une forme songhaï du nom Abou Bakr. Lum est un nom de clan, probablement d'origine peule.
Références
[modifier | modifier le code]- ↑ (en) Festus Ugboaja Ohaegbulam, Towards an Understanding of the African Experience from Historical and Contemporary Perspectives, University Press of America, (ISBN 978-0-8191-7941-8, lire en ligne)
- ↑ (en) « Biographical information on historical African figures » (version du sur Internet Archive)
- (en) « Muhammad I Askia », sur www.britannica.com (consulté le )
- Hunwick, John O, Tombouctou et l'Empire songhay : le Taʼrīkh al-Sūdān d'Al-Saʻdi jusqu'en 1613 et autres documents contemporains, Histoire et civilisation islamiques : études et textes, Leyde; Boston, Éditions Brill, (ISBN 978-90-04-11207-0), p. 102
- Bühnen, Stephan, Askiya Muḥammad I et sa qabīla : nom et provenance, coll. « Afrique soudanienne », (JSTOR 25653427), p. 83–90
- ↑ Johnson, Hale et Belcher 1997, p. 126.
- ↑ Boubou Hama, L'Histoire traditionnelle d'un peuple, les Zarma-Songhay, Présence africaine, (lire en ligne)
- ↑ de Moraes Farias 2008, p. 102.
- Gomez 2018, p. 221.
- ↑ Conrad 2009, p. 55.
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- ↑ Gomez 2018, p. 235-236.
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- ↑ Turchin, Peter and Jonathan M. Adams and Thomas D. Hall: "East-West Orientation of Historical Empires and Modern States", page 222. Journal of World-Systems Research, Vol. XII, No. II, 2006
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- ↑ Joseph O. Vogel, Encyclopedia of Precolonial Africa: Archaeology, History, Languages, Cultures, and Environments, AltaMira Press, (ISBN 0-7619-8902-1), p. 493
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Bibliographie
[modifier | modifier le code]- (en) Thomas A. Hale (compil., trad. du songhaï et notes) et al., The epic of Askia Mohammed, Indiana University Press, Bloomington, 1996, 88 p. (ISBN 0-253-20990-0).
- « Askia Mohamed », dans Bernard Nantet, Dictionnaire de l'Afrique. Histoire, civilisation, actualité, Larousse, Paris, 2006, p. 30 (ISBN 2-03-582658-6).
- (en) Michael A. Gomez, African Dominion: A New History of Empire in Early and Medieval West Africa, Princeton University Press, (ISBN 978-0-691-19682-4, lire en ligne)
- (en) David C. Conrad, Empires of Medieval West Africa: Ghana, Mali, and Songhay, Infobase Publishing, (ISBN 978-1-4381-0319-8, lire en ligne)
Liens externes
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- Notices dans des dictionnaires ou encyclopédies généralistes :
- (fr) Mohammed ibn Abi Bakr, dit Askia Muhammad, Askia le Grand (Soninkara)