Asensio Julià

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Asensio Julià
Asensio Julià.jpg
Portrait d'Asensio Julià attribué à Francisco de Goya (1814, Clark Art Institute, Williamstown, États-Unis).
Naissance
Décès
(à 71 ans)
Madrid ?, Espagne
Nom de naissance
Asensio Julià i Alvarracín
Autres noms
El Pescadoret
Nationalité
Activité
Maître
Mouvement

Asensio Julià i Alvarracín, surnommé el Pescadoret et connu comme Asensio Julià, né à Valence (Espagne) le est probablement mort à Madrid le (à 71 ans), est un peintre et graveur espagnol.

Son talent a été reconnu très tard, mais grâce à son étroite relation avec son maître et ami Francisco de Goya, mais également et surtout par son attribution temporaire du célèbre tableau Le Colosse, finalement attribué à un disciple de Goya indeterminé. Il suit le même parcours pictural que ce dernier, qui commence par le romantisme.

Biographie[modifier | modifier le code]

Portrait d'Asensio Juliá, « El Pescadoret », ca. 1798, huile sur toile de Francisco de Goya (Musée Thyssen-Bornemisza, Madrid).

Il naît en 1760 dans le quartier portuaire du Cañamelar (es) à Valence (Espagne). Il semble qu'il soit fils de pêcheurs, ce qui lui vaut le surnom de « Pescadoret » (petit pêcheur, en valencien)[N 1]. Il est baptisé à Notre Dame du Rosaire, aujourd'hui disparue.

Il entre à l'Académie royale des beaux-arts de San Carlos de Valence à 11 ans, en 1771, et y étudie jusqu'en 1775. À 19 ans, avant de consacrer sa vie à la peinture, il s'embarque un an et demi pour lutter contre les pirates Berbères sur les côtes de l'Afrique du nord. Il abandonne cependant à cause de sa surdité[N 2].

Il déménage ensuite à Madrid, où il travaille avec un autre peintre valencien, Mariano Salvador Maella, et à travers qui il entrera en contact avec Francisco de Goya. Il deviendra l'un de ses plus proches disciples. Sa première activité connue est celle de professeur au studio de la Merced, établissement dépendant de l'Académie royale des beaux-arts de San Fernando, en 1783, selon un document où il apparaît également qu'il postule pour continuer ses études dans cette institution.

Escena de una comedia, ca. 1780, huile sur toile pour la Alameda de Osuna (es) (Musée du Prado, Madrid).

Il occupera le poste de Directeur adjoint de l'École royale de la Merced de Madrid, dirigeant la section « Ornementation ».

Vers 1790, Asensio Julià vivait dans une baraque au bord de la plage de Cabañal, à 500 mètres de la maison du marquis de La Romana — à qui il prêtait ses services — et où Goya est venu s'installer quelque temps pour se reposer avec son épouse, convalescente. Selon Gil Salinas, le premier contact entre les deux peintres a eu lieu ainsi ; dans la correspondance entre Goya et son ami Martín Zapater, une lettre du 5 août 1789 dit « On m'a présenté ici Asensio, qui souhaite obtenir l'examen dans cette Académie de Maître d'œuvre, et qui m'a apporté sa lettre de recommandation[N 3]. » À noter qu'il faut interpréter l'expression de Maître d'œuvre comme « professeur d'ornementation ».

En 1798, Goya reçoit l'une des commandes les plus importantes de sa carrière : la décoration de la fresque de l'église San Antonio de la Florida de Madrid. La surdité du peintre est de pire en pire et sa santé est très instable, se fatiguant souvent. C'est ainsi qu'il emploie son meilleur élève pour ce travail : Asensio Julià.

El náufrago ou El contrabandista, ca. 1815, huile sur toile (Musée des beaux-arts de Valence).

Goya peint un portrait de lui à ce moment-là, dans lequel on peut remarquer la dédicace dans l'angle inférieur gauche de la toile : « Goya à son ami Asensi[N 4] ». Cette inscription indique le degré d'amitié que Goya a dû avoir pour son assistant, en plus du fait qu'il lui a fait trois portrait, ce qui est exceptionnel. Dans ce portrait, on voit Asensio Julià avec une robe de chambre élégante dans un atelier de peinture, entouré d'échafauds — probablement ceux utilisés à San Antonio — et de pinceaux à ses pieds. La forte lumière qui pénètre dans la pièce par la droite illumine le petit personnage, mettant en valeur le visage hautain. Le coup de pinceau employé est léger, à base de rapides touches de couleurs qui semblent anticiper l'impressionnisme. On connaît par ailleurs un autre portrait postérieur, attribué à Goya, qui porte la signature « Pr. Fr. Goya 1814 ». Une date qui semble indiquer qu'ils sont restés en contact au moins jusqu'à cette date-là.

On ne possède aucune information sur d'éventuels épouse et enfants, et il n'est pas non-plus documenté qu'il soit mort à Madrid, où il a développé la plus grande partie de sa trajectoire professionnelle. Il est comparé à Agustín Esteve, lui aussi un artiste talentueux qui est resté dans l'ombre du génie. On devine qu'il s'agit de quelqu'un de peu ambitieux, satisfait par les commandes qu'il recevait de la bourgeoise. La volubilité de sa signature — tour à tour « A.Juliá », « Asensi Julià », « Asensi Chuliá » ou sans signature — semble démontrer sa modestie.

Œuvre[modifier | modifier le code]

Legs artistique[modifier | modifier le code]

L'œuvre picturale connue d'Asensio Julià est de petite taille, avec des thèmes militaires et allégoriques. On lui connaît des personnages dramatiques comme El Ajusticiado (« La Victime »), attribué au début du XXe siècle à Goya, et El Náufrago (« Le Naufragé », également appelé El Contrabandista — « Le Contrebandier »), donné par son auteur à l'Académie de San Carlos de Valence en 1816. Ces thématiques sont à mettre en relation avec des sujets similaire que Goya a utilisé dans quelques-unes de ses peintures.

On lui a attribué plusieurs portraits de militaires étrangers de la guerre d'indépendance espagnole. Sont également connus le Retrato de José Camarón y Meliá (« Portrait de José Juan Camarón y Meliá ») et Martincho desde la mesa (« Martincho depuis la table »). Il a réalisé plusieurs dessins qu'a gravé Rafael Esteve (es), un autre valencien dont Goya a fait le portrait, et avec qui il a travaillé à plusieurs reprises.

Enfin, Asensio Julià est également connu comme copiste de Goya ; deux copies de Goya et son médecin lui sont attribuées.

La polémique sur Le Colosse[modifier | modifier le code]

Le Colosse, 1808 - 1812, huile sur toile, (Musée du Prado, Madrid).

Le Colosse est l'un des tableaux les plus emblématiques de la guerre d'indépendance et était l'une des œuvres clés de la production de Francisco de Goya. Le , le journal ABC publie que deux des chefs de section de Conservation du Musée du Prado ont exposé leurs doutes concernant la paternité de cette toile en précisant que son auteur pourrait être Asensio Julià. Plus tard, le 26 du même mois, le musée du Prado détaille la théorie postulée par Manuela Mena Marqués.

Un peu plus tard, Miguel Zugaza, directeur de la pinacothèque, affirme que les résultats des investigations techniques, dont les conclusions définitives devaient être publiées à la fin de l'année, « ferment le chapitre sur les preuves que cette peinture n'est pas de Goya[N 5] » et en ouvrent un autre où il faudra « reconstruire la personnalité d'Asensio Julià[N 6] », de qui on ne sait pas grand chose. « Quand ces investigations seront publiées, le musée du Prado procèdera à donner au Colosse le statut qui lui correspond[N 7] », ajoute-t-il. Cependant, le plus haut responsable du musée, Miguel Zugaza, « n'a pas voulu strictement rejeter la paternité de Goya pour ce tableau, et invita à attendre la fin des investigations menées par les experts[N 8] ».

El Ajusticiado, huile sur toile (collection privée).

D'un autre côté, le , Nigel Glendinning montre une catégorique opposition déclarant à ABC « Ce qu'il se passe est grave et triste ; le Prado admet des choses sans études suffisantes[N 9]. » Glendinning réfute les arguments utilisés par Manuela Mena Marqués un par un, et en particulier celui qui est censé avoir le plus de poids : la supposée existence des initiales « A. J. » interprétées par la conservatrice du musée comme étant la signature d'Asensio Julià. L'hispaniste et expert de l'œuvre de Goya montre dans une ancienne photographie du tableau que là où Manuela Mena Marqués lit les initiales « A. J. », on peut « entrevoir clairement[N 10] » un « 1 » et un « 7 », suivi d'un « 6 », qui forment le numéro « 176 », un numéro d'inventaire, selon l'expert britannique[1].

À partir de juillet de la même année, plusieurs déclarations à faveur de l'un ou de l'autre se succèdent, sans que la paternité de l'œuvre soit définitivement déterminée.

Le 28 décembre, l'agence Europa Press informe que le musée du Prado émettra son rapport sur la paternité de l'œuvre dans le bulletin du mois de janvier 2009[2]. L'analyse conclut finalement en disant que le tableau avait été peint par un disciple de Goya indéterminé, sans pouvoir assurer qu'il s'agisse de Juliá[3].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Bien que, selon Rafael Gil Salinas, vice-recteur de Culture de l'Université de Valence, il n'y a aucune certitude sur cette conclusion.
  2. La surdité d'Asensio Julià est d'ailleurs le premier parallélisme qui a rapproché sa biographie à celle de Goya, qui s'était isolé du monde, en 1792 pour la même maladie.
  3. Texte original : « Aquí se me ha presentado hoy Asensio, que pretende aprobarse por esta Academia de Ma(es)tro de Obras, el que me ha traído su carta de recomendación. »
  4. Texte original : « Goya a su amigo Asensi »
  5. Texte original : « cierran el capítulo sobre las evidencias de que esta pintura no es de Goya. »
  6. Texte original : « reconstruir la personalidad de Asensio Juliá »
  7. Texte original : « Cuando se publiquen estas investigaciones el Museo del Prado procederá a dar a 'El Coloso' el estatus que requiera »
  8. Texte original : « no quiso descartar 'taxativamente' la autoría de Goya en el cuadro, e instó a esperar a que finalicen las investigaciones de los expertos ». Voir (es) EFE, « 'El Coloso' "casi seguro" que no era de Goya », sur elpais.com, (consulté le 2 juin 2014).
  9. Texte original : « Lo que está pasando es grave y triste, el Prado admite cosas sin suficiente estudio »
  10. Texte original : « atisbar claramente »

Références[modifier | modifier le code]

  1. (es) Jesús García Calero, « Nigel Glendinning: «Lo que está pasando es grave y triste, el Prado admite cosas sin suficiente estudio» », sur abc.es, (consulté le 2 juin 2006)
  2. (es) Europa Press, « El Museo del Prado cerrará en enero "el capítulo" de 'El Coloso' », sur europapress.es, (consulté le 2 juin 2014)
  3. (es) El Pais, « 'El Coloso' es de un 'discípulo de Goya' », sur elpais.com, (consulté le 2 juin 2014)

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Ester Alba Pagán, La pintura y los pintores valencianos durante la guerra de la Independencia y el reinado de Fernando VII (1808 - 1833) (thèse doctorale), Universitat de València, 2004. (ISBN 84-370-5962-3)

Liens externes[modifier | modifier le code]