Asadollah Alam

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Asadollah Alam
Illustration.
Fonctions
Ministre de la Cour Impériale

(10 ans 6 mois et 6 jours)
Monarque Mohammad Reza Pahlavi
Prédécesseur Hossein Ghods Nakhaï
Successeur Amir Abbas Hoveida
Premier ministre d'Iran

(1 an 7 mois et 17 jours)
Monarque Mohammad Reza Pahlavi
Prédécesseur Ali Amini
Successeur Hassan Ali Mansour
Biographie
Nom de naissance Amir Asadollah Alam
Date de naissance
Lieu de naissance Birjand (Perse)
Date de décès (à 59 ans)
Lieu de décès New York (États-Unis)
Nationalité iranienne

Asadollah Alam
Premiers ministres d'Iran

Asadollah Alam (en persan : اسدالله علم), né le à Birjand et mort le à New York, est un homme politique iranien. Proche du chah Mohammad Reza Pahlavi, il est Premier ministre d'Iran du 19 juillet 1962 au 7 mars 1964. Durant son mandat, il est l'un des principaux superviseurs de la Révolution Blanche lancée par le Chah début 1963, et, face à la réaction d'une partie du clergé, mate une manifestation de sympathisants de Khomeini en juin 1963. Après avoir quitté la direction du gouvernement, il devient chancelier de l'université Pahlavi de 1964 à 1966. Occupant d'autres postes, il reste l'un des -si ce n'est le- plus proche(s) des amis du chah, restant une dizaine d'années ministre de la cour. Atteint d'un cancer, la maladie de Waldenström, le même que celui qui emportera le chah en 1980[1], il démissionne de ses fonctions en août 1977 et meurt huit mois plus tard dans un hôpital new-yorkais.

Biographie[modifier | modifier le code]

Amir Assadollah Alam est né le 1er avril 1919 à Birjand. Certaines sources le font naître le 24 juillet 1919 [2]. Le titre "Amir" (également transliteré "Emir") vient de l'arabe pour désigner le régent ou le gouverneur. Le nom Alam signifie « bannière » ou « drapeau » en arabe. Son père Ebrahim Alam Shokat ol-Molk est alors un des hommes les plus riches de la Perse, habitant dans une maison aux normes européennes, possédant un court de tennis, jouant le soir au pont ou aux échecs, et faisant élever son fils unique, Assadollah, par un précepteur privé[3]. Il fréquente une école britannique en Iran et après avoir achevé ses études, il voyage avec son père à Téhéran où il rencontre pour la première fois Reza Chah. Ce dernier dirige Alam, plutôt que vers des études en Europe, vers l'université de Karaj, où il obtient un diplôme universitaire en agriculture. Assadollah épouse en 1939, sur l'empereur, la fille de Qavam Al-Molk Shirazi, Malktadj, membres de la puissante famille Ghavam[4], apparentée aux Qadjars ; Reza Chah maria en outre sa fille Ashraf à Ali Qavam, fils également de Qavam Al-Molk Shirazi. Asadollah n'avait vu sa future femme que deux fois avant leur mariage.

Après le mariage Alam et sa femme furent régulièrement invités à des réceptions à la cour de Pahlavi. Au cours de ces réceptions, Alam devint ami avec le prince héritier Mohammad Reza Pahlavi, une amitié qui devrait durer toute une vie.

En 1941 Alam est diplômé de l'École d'agriculture et revint avec sa jeune femme à Birjand. Le père d'Alam, Shokat al-Molk, était à ce temps gouverneur de la province du Sistan du Baluchestan et ministre des Postes et des Télégraphes dans le cabinet du Premier ministre Mohammad Ali Foroughi.

Après la mort de son père en 1944 Assadollah Alam repris, sous la direction du Premier ministre Ahmad Ghavam, à l'âge de 23 ans, le gouvernement du Sistan-et-Baloutchistan. En 1946, après la démission de Ghavam, il devient brièvement ministre de l'agriculture en 1950 dans le gouvernement de Mohammad Saed, puis ministre de l'intérieur peu après. Ainsi, Alam fut le plus jeune ministre de l'histoire iranienne récente.

Amir Assadollah Alam au sein du cabinet de Manouchehr Eghbal, en 1957 : il est à l'extrême-droite

En 1952 Alam fut chargé par Mohammad Reza Chah de la gestion des vastes terres des Pahlavi. Pendant la période du gouvernement Mossadegh, Alam dû donner son passeport pour être empêché par le premier Ministre de quitter le pays. De nombreux amis des Pahlavi avaient déjà été arrêtés. Cependant, Alam, ne fut que poussé par Mossadegh à quitter Téhéran et à revenir à Birjand. Président de l'université Pahlavi de Chiraz entre 1950 et 1962, il occupe également différents postes au sein du gouvernement entre 1953 et 1962[5].

Après le renversement de Mossadegh, Alam revient à Téhéran et devint l'un des conseillers les plus proches de Mohammad Reza Pahlavi. En 1957, lorsque le Shah décida d'instaurer un système bipartite, inspiré du modèle américain, Alam fut chargé d'établir le Parti Mardom (Parti populaire). Dans le Parti Mardom les différentes forces de l'opposition durent être fusionnées. Ainsi Alam rencontra régulièrement Khalil Maleki, chef des sociaux-démocrates en Iran. En 1961 Alam organisa également des réunions avec les dirigeants du Front national . Lorsque le prince héritier Cyrus Reza Pahlavi naquit, Alam suggéra au dirigeant du Front national Alahyar Saleh d'être le mentor du fils de Mohammad Reza Chah, ce que refusa Saleh. Toutes les discussions, les négociations et les tentatives pour parvenir à un rapprochement entre le Shah et les partis d'opposition après la chute de Mossadegh échouèrent[6]

Premier Ministre[modifier | modifier le code]

Alam en campagne pour les élections législatives de 1961

Après le retour de Mohammad Reza Chah de son voyage aux États-Unis, où il avait rencontré le Président Kennedy -et discuté d'un vaste programme de réforme pour l'Iran avec le président américain-, Alam devint Premier ministre le 19 juillet 1962, remplaçant Ali Amini, peu apprécié par le chah qui le considérait comme le valet de Washington, ce dont il s'ouvrit à plusieurs reprises à Alam[7].

Le Premier Ministre Asadollah Alam

Le mandat d'Asadollah Alam peut être considérée comme historique pour plusieurs raisons. Tout d' abord, il mit en oeuvre les réformes qui avaient déjà été entamées sous son prédécesseur le Premier ministre Ali Amini. Les réformes d'Amini, y compris la réforme agraire, visant à atteindre une importante amélioration des conditions de vie en Iran. Alam, lui, voulait plus. Il voulait non seulement l'amélioration économique mais les réformes sociales qui feraient de l'Iran un État constitutionnel moderne de style occidental. La première étape dans cette marche à suivre fut la réforme électorale. Le droit de vote de l'Iran était régi pareillement depuis l'époque de la Révolution constitutionnelle. En vertu de la nouvelle loi électorale, les femmes iraniennes reçurent les droits de vote actif et passif. Pour la première fois dans l'histoire iranienne, des femmes pourraient élire les députés voter être élues députées. Un autre changement important fut la situation des minorités religieuses. La loi électorale fonctionnait selon un système de classe, les classes étant établies selon la classe sociale et l'appartenance religieuse. Comme reconnu dans la constitution, les minorités religieuses juives, chrétiennes et zoroastriennes choisissaient leurs propres représentants. Cependant, ils ne pouvaient pas accéder à des postes ministériels dans un gouvernement. Même cette restriction fut supprimée. Tous les iraniens (majeurs civilement) devenaient électeurs et éligibles. Était liée à la réforme électorale un changement dans la cérémonie d'assermentation, qui inaugurait une fonction publique comme un mandat. Jusqu'à présent, tous juraient sur le Coran, seul livre saint. Après la modification du serment, les nouveaux élus étaient amenés à prêter serment « sur leur livre sacré », l'appartenance religieuse déterminant le choix du livre saint [8]

La politique proposée par Alam et Mohammad Reza Shah 1963 avait de quoi occidentaliser l'Iran, mais était plutôt attendue depuis longtemps la réforme agraire des années 1960, plus que l'égalité politique entre les hommes et les femmes et les minorités religieuses. Pour le clergé islamique, ce fut une véritable déclaration de guerre. Un homme, jusque-là inconnu du grand public, bientôt connu comme l'ayatollah Khomeinidevint le porte-parole des forces de l'opposition spirituelle. Des manifestations qui conduisirent à des émeutes violentes furent organisées par les partisans du clergé. Le point culminant des émeutes vint des groupes d'opposition de gauche le 3 juin, 1963 ː les partisans de Mossadegh et le Front national entrèrent, pour quelque raison que ce soit, en solidarité avec le clergé. Plus de 10 000 manifestants défilèrent dans les rues de Téhéran. Alam appela l'armée pour rétablir l'ordre en appliquant la loi martiale après avoir été en mesure de quitter le siège du gouvernement en véhicule blindé. Pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale, l'état d'urgence fut décrété à Téhéran. Les troupes défilèrent dans les rues, et tirèrent sur des manifestants. Des milliers furent blessés, le nombre de morts est spécifié par Alam comme étant de 20 personnes dans ses mémoires, d'autres sources parlant de 80 à 90 morts. Les règles relatives à la prestation de serment furent supprimés de la loi électorale. Cependant, sur la question du suffrage actif et passif pour les femmes, Alam resta catégorique.

Les dirigeants de la République islamique d'Iran déclarent aujourd'hui que le soulèvement contre la réforme électorale d'Alam en juin 1963 est le début de la Révolution islamique [8].  Alam gagna en effet la bataille concernant la réforme électorale, mais son destin politique en tant que premier ministre fut scellé. Mis en minorité au Parlement suite aux élections de 1963 qui virent majoritaires les candidats du parti du Nouvel Iran d'Hassan Ali Mansour, Alam démissionna le 7 mars 1964.

Carrière universitaire[modifier | modifier le code]

Dix jours après sa démission, Alam devint chancelier de l'Université Pahlavi à Shiraz (maintenant l'université de Chiraz ), l'un des prestigieux projets Mohammad Reza Pahlavi qui voulait en faire la première université du pays. Cela était lié à la fondation de l'Université de Téhéran par son père Reza Chah. Cette université de Chiraz fut la seconde en Iran à recevoir une dimension internationale. Mohammad Reza Chah fourni alors également des ressources importantes pour promouvoir le développement de l'Université sous Alam.

Ministre de la Cour[modifier | modifier le code]

Amir Assadollah Alam et Mohammad Reza Chah Pahlavi.
Mohammad Amir Khatami, Fatimah Pahlavi et Asadollah Alam accueillant Indira Gandhi et Sardar Swaran Singh lors de leur visite en Iran

À partir de février 1967, Alam devient ministre de la Cour royale et supervise à ce titre les cérémonies du couronnement du chah en octobre 1967, puis celles célébrant le 2500e anniversaire de la fondation de l'empire perse en octobre 1971 à Persépolis. Pendant un peu plus de dix ans, Alam reste le conseiller par excellence du chah, le plus proche, étant aussi son ami le plus proche. Il est un véritable éminence grise pendant cette période, certains ayant écrit que s'il avait toujours été là, en 1978, la Révolution aurait pu être évitée [1]. Par conséquent, Alam est devenu le canal par lequel passent la plupart des affaires quotidiennes du pays. Les mémoires d'Alam, publiés à titre posthume, sont des documents exceptionnellement détaillés sur la vie et les actes du Shah perçus par un initié.

Comme énoncé par Alam dans ses mémoires, en 1972, il est :

  1. Directeur du sanctuaire d'Imam Reza à Mashad, AKA "Aastaan-e Qods-e Razavi"
  2. L'inspecteur du Shah de toutes les universités
  3. Président du conseil d'administration de l'Université Pahlavi
  4. Président du conseil d'administration de l'Université Aryamehr
  5. Président du conseil d'administration de l'école Pars pour l'enseignement supérieur (Madreseye Aalyi-e Pars)
  6. La liaison spéciale du shah avec les ambassadeurs étrangers (pour des questions trop confidentielles sans passer par le ministère des Affaires étrangères)
  7. Chef du conseil d'administration de l'Université de Mashad
  8. Indispensable membre du conseil d'administration de l'Université de Téhéran
  9. Indispensable membre du conseil d'administration de l'Université de Tabriz
  10. Président de l'institut royal du cheval (Le prince héritier Reza Pahlavi était le chef d'honneur)
  11. Président de l'institut royal des maisons de culture rurale (Le prince héritier Reza Pahlavi était le chef d'honneur)
  12. Président du comité national des scouts
  13. Chef de "Kaanun-e Kaar" (Institut du travail)
  14. Vice-président de l'Organisation impériale des services sociaux (la princesse Ashraf Pahlavi était à la tête)
  15. Vice-président de la Société du Lion-et-Soleil Rouge (Princess Shams Pahlavi était la tête)
  16. Président du Conseil pour le soutien aux mères et aux nourrissons
  17. Vice-président du Kaanun-e Parvaresh-e Fekri-e Kudakaan va nojavaanaan (Institut pour le développement intellectuel des enfants et des jeunes adultes). L'impératrice Farah Pahlavi était à la tête)
  18. Chef direct de la Légion du service à l'humanité
  19. Personne responsable de la construction dans l'île de Kish
  20. Chef du conseil d'administration de la Fondation Pahlavi
  21. Vice-président de la Fondation de la culture iranienne (pour la recherche et la publication de textes persans classiques)
  22. Responsable des affaires personnelles et monétaires du shah
  23. Ministre de la Cour.
  24. Chargé de coopération dans l'établissement de l'université de Birjand

Du reste, il est aussi très impliqué dans la gestion des affaires extra-conjugales du chah, lui-même en entretenant, après un certain refroidissement des relations du couple impérial au début des années 1970 [9]. Une aventure trop ébruitée du chah manqua de focaliser l'attention publique l'une des maîtresse du monarque, ce qui se termina en un rapprochement du roi et de la reine. Du reste, les aventures ne cessèrent pas, du moins pour Alam, que le chahbanou Farah ne porta jamais dans son cœur [10].

Maladie et mort[modifier | modifier le code]

Amir Asadollah Alam

Il fut diagnostiqué à Alam, à la fin des années 1960, un cancer rare du sang : la maladie de Waldenström. Il ne connut jamais la nature exacte de sa maladie et ne fut informé que d'un important « désquilibre » dans ses cellules sanguines. Le 17 juillet 1977, il effectua sa dernière apparition publique avec Mohammad Reza Chah. Son état s'étant aggravé, il a décidé de démissionner, estimant qu'il vaille mieux que le gouvernement du chah soit constitué d'hommes en bonne santé. Fin juillet, il part se faire soigner aux États-Unis [11].

Le 13 avril 1978, Amir Assadollah Alam meurt à l'hôpital universitaire de New York, à l'âge de 59 (ou 58) ans. Ce n'est que bien après que seront publiées ses mémoires, documents exceptionnellement détaillés sur la vie et les actes du chah de 1966 à 1977 [11].

Publications[modifier | modifier le code]

  • Yves Bomati et Houchang Nahavandi : Mohammad Réza Pahlavi, le dernier shah - 1919-1980, éditions Perrin 2013, (ISBN 2262035873)
  • (en) The Shah and I: The Confidential Diary of Iran's Royal Court, 1969-1977 Asadollah Alam - Préfacé et édité par Alinaghi Alikhani I.B. Tauris & Co. Ltd. - 1991 (ISBN 1-85043-340-2)
  • (en) The Diaries of Assadollah Alam par Assadollah Alam, Alinaghi Alikhani (1992) (ISBN 0936347570)
  • (en) Iran in the last 3 Centuries par Alireza Avsati. Téhéran, 2003. Vol1 ISBN 964-93406-6-1 et Vol2 ISBN 964-93406-5-3

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Houchang Nahavandi, Yves Bomati, Mohammad Réza Pahlavi, le dernier shah/1919-1980, Perrin, (ISBN 9782262035877), p. 326
  2. هیئت تحریریه, « پهلوی دوم به روایت اسدالله علم - », sur ..::وب نگین::..,‎ (consulté le 25 mai 2017)
  3. (en) Abbas Milani, Eminent Persians, Volume 1, Syracuse, Presse de l'université de Syracuse, , p. 46
  4. Le plus célèbre membre de cette famille est le Premier Ministre Ghavam os-Saltaneh
  5. (en) Abbas Milani, Eminent Persians, Volume 1, Syracuse, Presse de l'université de Syracuse, , p. 48
  6. (en) Abbas Milani, Eminent Persians, Volume 1, Syracuse, Presse de l'université de Syracuse, , p. 49
  7. Houchang Nahavandi, Yves Bomati, Mohammad Réza Pahlavi, le dernier shah/1919-1980, Paris, Perrin,
  8. a et b (en) Abbas Milani, Eminent Persians, Volume 1, Syracuse, Presse de l'université de Syracuse, , p. 51
  9. Houchang Nahavandi, Yves Bomati, Mohammad Réza Pahlavi, le dernier shah/1919-1980, Perrin, , p. 298
  10. Houchang Nahavandi, Yves Bomati, p. 330
  11. a et b (en) Pascal Mahvi, Deadly Secrets of Iranian Princes: Audacity to Act, Friesen Press, , 466 p. (ISBN 9781770672208, lire en ligne)