Art roman bourguignon
L'art roman bourguignon s'est développé sur le territoire correspondant à l'ancienne Bourgogne aux XIe et XIIe siècles[1]. Les ordres monastiques de Cluny et cistercien ont apporté une importante contribution à l'architecture des édifices religieux, aux techniques de construction et à l'enrichissement du décor des monastères et églises[2].
Contexte
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Au XIe siècle, se conjuguent diverses conditions favorables qui rendent possibles le développement et l’expansion de l'art roman en Bourgogne à une époque précoce et d'une manière fort créative. L'art roman apparaît vers l'an 1000 alors que l'Europe sort d'une période troublée par les invasions et destructions répétées d'édifices civils et religieux par les Hongrois sur le territoire de la Bourgogne. Ces troubles ont provoqué la dislocation de l'Empire carolingien, l'installation et la conversion des envahisseurs aux dogmes chrétiens et la naissance de la féodalité[2]. La période de relative stabilité qui s'ensuit permet le développement d'édifices de grandeur ampleur intégrant une décoration sculpturale et une résurgence des modèles antiques adaptés à la liturgie chrétienne.
Histoire
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Premier âge roman
[modifier | modifier le code]L'école romane de Bourgogne est modeste à l'origine et reste influencée par le modèle de l'art carolingien ou ottonien, certains édifices religieux étant muni d'un massif occidental (Westwerk ou Westbau) comme à l'abbaye Saint-Philibert de Tournus, à Châtillon-sur-Seine et à la cathédrale de Mâcon. Souvent les églises sont ornées de bandes lombardes d'origine italienne.
Dans le nord de la région, l’architecture romane se développe moins rapidement et a laissé moins de vestiges. La crypte de la cathédrale Saint-Étienne d’Auxerre et le chœur de la cathédrale Saint-Cyr-et-Sainte-Julitte de Nevers montrent des parties de constructions romanes commencées à partir de 1020-1030[3]. L'église Saint-Vorles de Châtillon-sur-Seine (XIe siècle) comporte des arcatures lombardes d'inspiration méridionale et un avant-corps occidental (ou Westbau) surmonté d'un clocher rappelant l'art ottonien ou carolingien[4].


Au sud, l'abbaye Saint-Philibert de Tournus (principalement XIe et XIIe siècles) est un bon exemple du style précoce qui précède le rayonnement de l'abbaye de Cluny fondée en 910 par Guillaume le Pieux, duc d'Aquitaine. Dans ses structures architecturales et dans son décor mural, on y observe un mélange d'influences méridionales et septentrionales carolingiennes. Sa nef imposante du XIe siècle utilise un procédé unique : une succession de grands arcs qui soutiennent des tronçons de voûtes en berceau disposées perpendiculairement à l'axe de l'église[2]. Elle est précédée d'un narthex reprenant le modèle du massif occidental carolingien avec un décor de bandes lombardes et d'arcatures aveugles caractéristiques du premier âge roman méridional[5]. L'église Saint-Martin de Chapaize (dernier quart du XIe et XIIe siècles), à proximité de Tournus, est également intéressante par sa décoration de baies géminées, ses bandes lombardes en façade et sur son campanile de plan barlong construit à plus de 35 m de hauteur. On retrouve également des bandes lombardes dans un grand nombre de petites églises de cette période en Mâconnais[3] ainsi que sur quelques églises plus modestes du Dijonnais et du Beaunois.
La sculpture romane bourguignonne est au départ peu présente et concentrée sur les chapiteaux. Il s'agit d'un répertoire végétal dérivé de modèles antiques qu’on peut trouver à Dijon, Tournus ou Flavigny-sur-Ozerain. Quelques rares figures humaines et orants, sculptés de façon primitive en très faible relief y marquent les prémices de la grande sculpture bourguignonne[3]. Vers le milieu du XIe siècle, le Brionnais (en particulier à Charlieu et dans sa région) devient un foyer important de sculpture romane. Les figures au départ hiératiques et rudimentaires laissent progressivement la place à des compositions plus souples[6].
Par la suite, les architectes bourguignons ont fait des efforts importants pour se familiariser avec les systèmes de voûtes d'arête et avec les arcs diagonaux caractéristiques du Moyen Âge[2].
Art clunisien
[modifier | modifier le code]L'évolution de l'école romane de Bourgogne est surtout liée à l'expansion aux XIe et XIIe siècles, de l'ordre monastique de Cluny qui suit la règle des Bénédictins. Cet ordre a influencé la plupart des écoles d'art roman et a créé des dépendances monastiques à travers toute l'Europe. Accordant la primauté à la liturgie et à la somptuosité de l’office divin, les bénédictins de Cluny, grands bâtisseurs, mettent en chantier environ 300 édifices romans en Bourgogne.
L'œuvre la plus imposante est l'abbaye-mère de Cluny III construite entre 1088 et 1131. Seul une partie du transept de cette abbaye a échappé à la destruction après la Révolution française. Elle comportait cinq nefs à trois niveaux précédées d'un narthex. Pendant longtemps, elle est restée la plus grande basilique de la chrétienté romane. L'introduction par l'école architecturale clunisienne de voûtes en berceau brisé complété à chaque travée par un arc doubleau y constitue une grande innovation par rapport aux voûtes en pleine cintre issues de l'époque romaine. Les arcs brisés permettent d'alléger les murs et d'élever les voûtes à une très grande hauteur. L'élévation peut ainsi se faire sur trois niveaux, celui des arcades et des piliers, celui du faux triforium où alternent baies et pilastres et enfin une rangée de fenêtres qui surmonte l'ensemble[6].
Á partir de ce modèle, d'autres grands édifices son érigés en Bourgogne en Brionnais, en Mâconnais, en Charolais tels que la cathédrale Saint-Lazare d'Autun en 1135 dont le tympan est richement décoré, la basilique Saint-Andoche de Saulieu, la collégiale Saint-Hilaire de Semur-en-Brionnais dont l'élévation approche celle de Cluny, la basilique du Sacré-Cœur de Paray-le-Monial et la basilique Sainte-Marie-Madeleine de Vézelay (1140-1150) qui présente un riche programme statuaire au niveau du portail d'entrée ainsi que sur l'arc brisé supérieur s'inscrivant dans la monumentalité. La basilique du Sacré-Cœur de Paray-le-Monial a par exemple repris le plans de l'église de Cluny III et d'Autun[2]. Le prieuré de Berzé-la-Ville évoque quant à lui, le décor peint de Cluny[5]. L'autre tendance architecturale en Bourgogne est la couverture uniforme de la nef en voûte d'arêtes comme on peut le constater à la la basilique Sainte-Marie-Madeleine de Vézelay et à l'église Notre-Dame-de-l'Assomption d'Anzy-le-Duc[5].


Vers 1120-1135, la sculpture bourguignonne intègre les églises avec de grands programmes iconographiques prenant place sur les portails en façade. Les sculpteurs de cette époque s'inspirent en fait des modèles de l'Antiquité classique comme des arcs de triomphe ou les portes monumentales de villes et également des images placées dans les manuscrits enluminés et sur les objets d'orfèvrerie. Cette ornementation a une vertu pédagogique, celle d'enseigner la vie des apôtres et des saints, de rappeler le Jugement dernier et illustrer des passages de l'Ancien Testament. C'est le cas à Autun et à Vézelay et dans le Brionnais où on trouve une exceptionnelle concentration de portails sculptés. Les chapiteaux du chœur de l'abbaye de Cluny présentent quant à eux une végétation variée et des personnages révélant le goût des sculpteurs pour la nature et les saisons[6].
Parmi les sculpteurs actifs en Bourgogne, on peut notamment citer Gislebert à la cathédrale Saint-Lazare d'Autun.
Art cistercien
[modifier | modifier le code]En réaction à la riche ornementation des édifices clunisiens, l'ordre cistercien est créé en Bourgogne à Cîteaux par Robert de Molesme en 1098. L'art cistercien qui en est issu prône selon les volontés de Bernard de Clairvaux un grand dépouillement, la pureté des lignes et la perfection de l'appareillage. Les exemples les plus remarquables de ce nouveau style sont en particulier présents à l'abbaye-mère de Cîteaux et à l'abbaye de Fontenay construite entre 1139 et 1147. Cette dernière abbaye présente un plan en croix d'une grand simplicité et une élévation sans ornementation à l'exception de quelques motifs géométriques ou de fleurs lisses sur les chapiteaux. L'emploi de la croisée d'ogive dont les cisterciens sont les propagateurs permettra le passage du roman au gothique[5].
Autres ordres monastiques
[modifier | modifier le code]Après les cisterciens et les bénédictins, d'autres ordres religieux du XIIe siècle ont marqué de leur empreinte romane la région bourguignonne. Les Templiers, ordre religieux et militaire fondé en 1129 pour la protection de la Terre sainte et des croisades, s'installent en Bourgogne dès leur création, surtout en Côte-d'Or. Les commanderies templières les plus importantes conservent église et bâtiments annexes datant de l'époque de fondation et construisent des chapelles templières dans un style roman dépouillé. Les Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, autre ordre militaire défendant les pèlerins chrétiens, ont fondé quelques commanderies et hôpitaux[3].

Notes et références
[modifier | modifier le code]- ↑ Anne Prache, Initiation à l'art roman – Architecture et sculpture, .
- 1 2 3 4 5 Arta Bodet-Kokkinaki, Histoire de l'art, Paris, Grange Batelière,
- 1 2 3 4 « Généralités sur l'Art Roman en Bourgogne », sur Bourgogne.com (consulté le )
- ↑ « Châtillon-sur-Seine », sur bourgogneromane.com (consulté le )
- 1 2 3 4 Xavier Barral I Altet, Le Monde roman, Cologne, Taschen,
- 1 2 3 Bourgogne, Paris, Guide Michelin,
Annexes
[modifier | modifier le code]Bibliographie
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: document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.
- Xavier Barral I Altet, Le monde roman, Cologne, éd. Taschen, .
. - Arta Bodet-Kokkinaki, Histoire de l'art, Paris, éd. Grange batelière, .
. - Jacques Loubatière, Bible de l'art roman, éd. Ouest-France, .
- Thérèse Castieau, L'Art roman, Paris, Flammarion, coll. « Tout l'Art », , 80 p. (ISBN 978-2-08-130260-0, BNF 43630469)
- Rolf Toman, L'Art roman : Architecture, sculpture, peinture, H.F. Ullmann Editions, , 480 p. (ISBN 978-3-8480-0453-9)
- Jérôme Baschet, Jean-Claude Bonne et Pierre-Olivier Dittmar, Le Monde roman : Par-delà le Bien et le Mal, Paris, Éditions Arkhê, , 288 p. (ISBN 978-2-918682-20-2, BNF 42786032)
- Gérard Denizeau, L'Art roman, Paris, Nouvelles éditions Scala, coll. « Sentiers d'art », , 127 p. (ISBN 978-2-35988-018-2, BNF 42210438)
- Georges Duby et Jean-Luc Daval, La Sculpture, de l'Antiquité au XXe siècle, vol. 1 : De l'Antiquité au Moyen Âge : du VIIIe siècle av. J.-C. au XVe siècle, Cologne, Taschen, , 1150 p. (ISBN 978-3-8365-2394-3, BNF 42270137), « L'art roman », p. 266-344.
- Jean-René Gaborit, La Sculpture romane, Paris, Éditions Hazan, , 440 p. (ISBN 978-2-7541-0360-2, BNF 42336904)
- Marie-Madeleine Davy, Initiation à la symbolique romane, Paris, Flammarion, coll. « Champs Histoire », , 312 p. (ISBN 978-2-08-121884-0, BNF 41410178)
- Marcel Durliat (préf. Jacques Lacoste), L'Art roman, Paris, Citadelles et Mazenod, , 620 p. (ISBN 978-2-85088-280-7, BNF 41465915)
- Frank Horvat et Michel Pastoureau, Figures romanes, Paris, Seuil, , 286 p. (ISBN 978-2-02-093384-1, BNF 41015623)
- Éliane Vergnolle, L'Art roman en France : architecture, sculpture, peinture, Paris, Flammarion, , 383 p. (ISBN 978-2-08-011296-5)
- Alain Cassaigne et Muriel Zeppellini, L'Art roman en France, Paris, Vilo, , 240 p.
- Jean Wirth, L'Image à l’époque romane, Paris, Éditions du Cerf, , 497 p. (ISBN 978-2-204-06086-8)
- Angelico Surchamp, L'Art roman : Rencontre entre Dieu et les hommes, Paris, Desclée de Brouwer, , 208 p. (ISBN 978-2-220-03405-8)
- Henri Focillon, Le Moyen Âge roman, Paris, Armand Colin,
- Henri Focillon, L'Art des sculpteurs romans : Recherches sur l'histoire des formes, Paris, Presses universitaires de France,
- Bourgogne romane, éditions Zodiaque
- Marcello Angheben, Les chapiteaux romans de Bourgogne. Thèmes et programmes, Turnhout, .
- (en) Clement Edson-Armi, Design and construction in Romanesque architecture. The first Romanesque architecture and the pointed arch in Burgundy and northern Italy, Cambridge, .
- Monique Jannet-Vallat (éd.), D'ocre et d'azur. Peintures murales en Bourgogne, Dijon, .
- Raymond Oursel, Itinéraires romans en Bourgogne, éd Zodiaque, coll. « les travaux des mois », .
- Raymond Oursel, Terres de Bourgogne, éd. Zodiaque, coll. « la nuit des temps », .
- Nicolas Reveyron (éd.), Le renouveau des études romanes, Paray-le-Monial, 2000.
- Christian Sapin, La Bourgogne préromane, Paris,
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- * Jean Virey, Les Églises romanes de l'ancien diocèse de Mâcon. Cluny et sa région, Mâcon, .
