Art déco

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Flèche du Chrysler Building, New York (1930).

L'Art déco est un mouvement artistique né au cours des années 1910 et qui a pris son plein épanouissement au cours des années 1920 avant de décliner à partir des années 1930. C'est le premier mouvement architecture-décoration de nature mondiale.

Le style Art déco tire son nom de l'Exposition internationale des Arts décoratifs et industriels modernes qui se tint à Paris en 1925[1].

« Art déco » est l'abréviation de « Arts décoratifs », et concerne l'architecture, plus spécialement l'architecture intérieure avec ses tapisseries, vitraux, peintures et sculptures ornementales, son ébénisterie, l'emploi de la céramique, de l'orfèvrerie. Le design qui débute sur les grandes séries d'équipement de l'habitat et des bureaux peut y être associé, ainsi que la mode vestimentaire et la typographie des signalisations et des réclames affichées et les enseignes.

Le style Art déco prend son essor avant la Première Guerre mondiale contre les volutes et formes organiques de l'Art nouveau. Il consiste en un retour à la rigueur classique : symétrie, ordres classiques (souvent très stylisés), pierre de taille (sans aucun effet pittoresque). Le décor, en général encore très présent, n'a plus la liberté des années 1900 ; il est sévèrement encadré par ses créateurs et son dessin s'inspire de la géométrisation cubiste.

Ordre, couleur et géométrie : l'essentiel du vocabulaire Art déco est posé. Vocabulaire prenant des formes différentes selon les régions, selon les architectes et leurs clients, son unité stylistique tient à l'emploi de la géométrie (à la géométrisation) dont les fins sont essentiellement décoratives — et non structurelles —, au contraire du mouvement de l'avant-garde internationale, dite aussi modernisme ou style international, qui établit des principes architecturaux de volumes de baies et de circulations harmoniques. Ces deux architectures de la décoration « riche » et d'autre part de la « pureté » donnée par la simplicité comporteront de fait des passerelles entre elles selon la rigueur d'application de principes en usage chez les architectes dans le pays d'application et avec des variations de style individuel de production d'ordre pragmatique.

L'Art déco est le premier style à avoir eu une diffusion mondiale, touchant d'abord la France, puis principalement la Belgique, le Portugal, l'Espagne, l'Afrique du Nord, et tous les pays anglo-saxons (Royaume-Uni, États-Unis et ses associations « Art Deco » actives, Canada, Australie, Nouvelle-Zélande, Inde, Philippinesetc.), ainsi que les villes principales du Viêt Nam pour le mouvement initial, plusieurs villes chinoises telles Shanghai et encore Hong Kong, ou bien le Japon, par exemple, pour le palais du prince Asaka, à Tokyo.

Contexte[modifier | modifier le code]

Des origines antérieures à 1914[modifier | modifier le code]

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Les sources de l'Art déco doivent être recherchées dès les années 1900-1910.

Un mouvement de réaction contre l’Art nouveau apparaît dès le début du siècle en France, et encore plus tôt à l’étranger comme en Belgique, en Allemagne, aux Pays-Basetc. : certains qualifient déjà les formes Art nouveau de « molles », ou encore de « style nouille ». Ils s’orientent dès lors vers des lignes simples, des compositions classiques et un emploi parcimonieux du décor. Ce désir de retour à l'ordre, à la symétrie et à la sobriété prend différentes expressions selon les pays.

En Autriche, par exemple, la ligne ondoyante des premiers temps de l'Art nouveau est rapidement remplacée par un réseau de lignes orthogonales et de volumes simples, sous l'influence de l'architecte et designer écossais, Charles Rennie Mackintosh. Les artistes emblématiques de cette tendance sont Josef Hoffmann, Koloman Moser, Otto Wagner et les Wiener Werkstätte.

Le hasard d'une commande passée à Josef Hoffmann introduit cette évolution à Bruxelles, grande ville Art nouveau, dès 1905-1911 : le palais Stoclet. Les intérieurs, connus par photographies, mobilisent l'ensemble des Wiener Werkstätte et le peintre Gustav Klimt.

En France, les premiers signes de cette volonté de changement sont perceptibles dès les années 1900. Analyser le travail d'un Henri Bellery-Desfontaines, permet de mesurer le passage, dès 1902-1904, entre Art nouveau et Art déco : cet artiste généreux n'est pas le seul à cette époque à opérer un point de jonction entre les styles, à réduire les frontières entre « décoratif », artisanal et artistique.

En 1907, Eugène Grasset publie une Méthode de composition ornementale qui donne la part belle aux formes géométriques et à ses déclinaisons[2],[3]. Cette vision tranche avec la liberté ondoyante du style d'Hector Guimard, si prisé à Paris quelques années plus tôt. L'année suivante, Paul Iribe dessine pour Paul Poiret un album de mode dont l'esthétique frappe le milieu parisien par sa nouveauté[4].

Troisième événement important, le Salon d'automne de 1910 voit l'invitation des artistes munichois qui depuis plusieurs années avaient adopté des formes strictes et dépouillées[5]. Autour de 1910, les décorateurs français André Mare, Louis Süe et Paul Auscher font eux aussi évoluer leur style vers davantage de rigueur et de retenue. En sculpture, François Pompon crée son ours célèbre.

Sur le plan architectural, entre 1910 et 1913, s'ouvre le chantier du théâtre des Champs-Élysées, autre signe du changement esthétique radical que connaît le milieu parisien d'alors. D'abord confiés à Henry Van de Velde, la conception et le chantier reviennent rapidement à Auguste Perret. La composition rigoureuse de la façade et la place mesurée laissée au décor frappent les esprits lors de l'inauguration en 1913. Enfin, Henri Sauvage renouvelle depuis le début du siècle les repères formels architecturaux et ses références techniques par des immeubles à gradins.

Ces évolutions sont résumées en 1912 sous la plume d'André Vera, un décorateur. Son article, « Le nouveau style », paru dans la revue L'Art décoratif, exprime le rejet des formes Art nouveau qui sont asymétriques, polychromes, pittoresques, et qui excitent davantage les sentiments que la raison. Il appelle à une « simplicité volontaire », à une « matière unique » et à une « symétrie manifeste ». La fin de l'article exhorte les artistes à s'inspirer du classicisme du XVIIe siècle marqué par « la clarté, l'ordre et l'harmonie ». Il appelle à reprendre le fil de l'histoire des styles français à partir de la période Louis-Philippe, sans pasticher. Les derniers mots de Vera décrivent deux thèmes qui seront omniprésents dans le futur style Art déco, « la corbeille et la guirlande de fleurs et de fruits ».

L'influence de la peinture des années 1910 se fait, moment de diffusion et popularisation du fauvisme, et plus encore du cubisme. Les peintres de la Section d'or exposent des œuvres souvent plus accessibles pour le public que ne l'étaient celles des Picasso et Braque de la période du cubisme analytique. Les thèmes (sport, monde ouvrier, etc.) et les couleurs chatoyantes tranchent avec les natures mortes fragmentées et avant-gardistes des pionniers du mouvement. Le vocabulaire cubiste séduit les créateurs de mode, de mobilier et de décoration intérieure[6],[7].

Enfin, le Paris des années 1910 découvre les ballets russes de Serge Diaghilev, mêlant danse, musique, et peinture, inspirés des Mille et une nuits. Ils sont une invitation au luxe et à l'exotisme ; les costumes sont créés par Léon Bakst et bien d'autres. D’où la mode des éventails, des plumes, des jets d’eau, des couleurs vives. Les couleurs insolites s’imposeront dans le décor et le mobilier : on verra des boudoirs aux murs orangés, des salons tendus de noir.

Les années folles après la Première Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

L'hôtel particulier de Jacques Doucet, 33, rue Saint-James, Neuilly-sur-Seine (1929). Joseph Csaky a conçu l'escalier, Henri Laurens la fontaine, Jacques Lipchitz le manteau de la cheminée, Louis Marcoussis un tapis cubiste. Le sculpteur Gustave Miklos et d'autres ont collaboré à la décoration du studio
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Bureau-bibliothèque de l'Ambassade française de Pierre Chareau à l’Exposition internationale des Arts décoratifs et industriels modernes de 1925, Musée des Arts Décoratifs (Paris).

Tandis que l'Allemagne des années 1920 est l'objet d'une grave crise économique (dont témoigneront les artistes de la Nouvelle Objectivité), la France voit son économie repartir. Les crises monétaires de 1924 et 1926-1927 n'entraveront pas une progression qui culminera en 1930. Le monde dans son intégralité en dehors de ces deux pôles antagonistes se met à l'heure de la vitesse et des déplacements rapides.

Cette reprise de la paix mondiale ne peut faire oublier les difficultés laissées sur le terrain par la guerre ; les villes détruites devaient être reconstruites. Reims et Saint-Quentin, par exemple, ont été rasées à 80 % et seront rebâties en grande partie dans un style architectural du présent et de sa richesse constitué par l'Art déco[pas clair]).

La mentalité ambiante évolue avec cette guerre longue qui fait cohabiter sur le front des populations venues de tous les points du globe. Elle modifie dans l'après-guerre la signification des contenus des musées, devenus ethnographiques modernes. Elle change également le regard porté dans le milieu artistique sur ce qui était cantonné à l'exotisme, comme ce qui avait été produit précédemment dans l'architecture anglaise de cité des maisons et jardins[pas clair] (vérandas, terrasses, etc.). Le modernisme concerne de fait les villes reliées au monde, par exemple Bordeaux (et, en face, New York). Cependant, l'instabilité monétaire en Europe génère une hausse des prix constante jusqu'en 1927 en France et la législation française sur les loyers cause une forte crise du logement pour les classes populaires et moyennes.

Mais le début des années 1920 voit aussi des manifestations de la présence de la richesse financière restée intacte des classes les plus aisées en France. À Paris, comme dans les grandes villes de province, les commentateurs de l'époque observent la construction de riches immeubles de rapport, villas et hôtels particuliers. Autant de chantiers prolifiques pour les artistes décorateurs et les architectes Art déco. La tendance est une simplification du travail pour gagner en rapidité d'exécution, tendance qui structure toute l'architecture à principes modernes, jusqu'à utiliser des structures constructives en béton armé et des profils métalliques. Le modèle de la hauteur grandissante de l'immeuble, signe de richesse et de modernité, est pris depuis les États-Unis qui s'affichent comme le pays le plus florissant économiquement de l'époque. Cette envie de hauteur est contenue par les plans d'urbanisme qui ne dérogent à leurs règles que si l'architecture de la construction le justifie. La raison suffisante est l'apport de progrès structurel de l'abri (construction de garages intégrés par exemple) ou esthétique (caractère patrimonial) dans la construction.

Car, globalement, les années 1920 sont aussi le théâtre d'évolutions dans différents domaines :

  • L'architecture Arts déco :
Il réside un fort intérêt pour la richesse de décoration, pour l'aspect ressenti et un moindre intérêt pour la structure constructive et les principes de baies larges et de la circulation visible dans l'édifice. Cette architecture voisine avec l'architecture structurelle dite « moderniste ». Le modernisme prône un fort intérêt pour la structure constructive, avec sa traduction par les baies et les circulations. Architectes et maîtres d'ouvrage affichent un moindre intérêt pour la richesse apparente symbolisée par la décoration. La motivation réelle peut aussi être celle de l'économie financière, voisinant avec l'économie de la peine subie faite par l'habitat, une action architecturale définissant le « geste d'habiter » et théorisé à l'époque (voir, par exemple, la composante structurée cuisine et salle à manger dans l'habitat, étudiée par l'architecte autrichienne, Margarete Schütte-Lihotzky, en 1926). Ces architectures comporteront de fait des passerelles conceptuelles entre elles, selon la rigueur d'application des théories et des styles en usage chez les architectes dans les pays, ceci ajouté au style flattant l’orgueil là où ils construisent, et selon la modernité du travail tel qu'il est défini sur la place de construction (architecture pouvant rester dans l'esprit colonial).
  • Les découvertes scientifiques et techniques :
L’aviation intercontinentale commence avec Charles Lindbergh et Jean Mermoz, l’automobile, le téléphone sont établis, la théorie de la relativité d'Albert Einstein est mise au point , etc.
  • La psychanalyse :
Le développement des théories de Sigmund Freud est sensible en Europe et s'applique à la classe aisée, sensibilisée aux progrès de la médecine, même s'il ne touche qu'une élite intellectuelle.
  • La littérature et les arts :
Le surréalisme régénère les avant-gardes du début du siècle, en s'appuyant précisément sur les théories de l'inconscient, en réaction aux désastres humain de la Première Guerre mondiale. André Breton en est le chef de file. Parallèlement, Jean Cocteau évoque le « rappel à l'ordre » (dit aussi « Retour à l'ordre ») auquel on assiste en art et en littérature. C'est le temps de Paul Valéry (qui publie Eupalinos ou l'Architecte, en 1923). Pablo Picasso délaisse la fragmentation cubiste pour s'inspirer de la peinture classique et notamment d'Ingres. Ce mouvement parti d'Europe touche dans le même temps une élite des États-Unis qui y trouve les bases de son mouvement moderne émancipé.
  • Le cinéma :
Hollywood devient pleinement une « usine à rêves » et les productions des grands studios sont diffusées à travers l'Europe. En France, Marcel L'Herbier, René Clair et Germaine Dulac développent un cinéma d'avant-garde.

Caractéristiques de l'Art déco[modifier | modifier le code]

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Arts appliqués et Style 1925, puis Arts déco[modifier | modifier le code]

Le mot « Art déco » est né dans les années 1960[8] pour désigner le style qui triomphe à l’Exposition internationale des Arts décoratifs et industriels modernes, qui a lieu à Paris, en 1925. Les appellations Arts appliqués ou Style 1925 l'ont précédé. « Art deco » (désignation américaine, e au lieu de é) est un style d'art contemporain.

Deux tendances très différentes coexistent dans cet ensemble de fabrications de bâtiments, d'aménagements de paquebots, de fourniture d'objets meublants :

  • La tendance traditionnelle : c’est le style « Art déco » qui s'adresse à une élite fortunée de 1920 à nos jours.
  • La tendance moderne, fonctionnelle dès 1910 : c’est le début du design (voir UAM en 1929), qui recherche une production industrialisable, pour une clientèle de masse. Ce fut une véritable, mais brève explosion artistique concernant de nombreuses disciplines :

En architecture : Chrysler Building (New York). Empire State Building (New York). Tony Garnier, Auguste Bluysen, Le Corbusier et Robert Mallet-Stevens, Pierre Patout, Michel Roux-Spitz, Henri Sauvage, Louis Süe, Albert Laprade.

En France, des hôpitaux, des postes, des écoles, des stades et des aérogares tout comme des terminaux portuaires voyageurs et des grands hôtels portent cette architecture.

L'un des thèmes en architecture ostentatoire était d'utiliser les formes des objets quotidiennement utilisés par le propriétaire du bâtiment afin de les appliquer au bâtiment. Ainsi, le toit du Chrysler Building, aux États-Unis, évoque les pare-chocs des voitures de la marque. Ce concept atteint son paroxysme ultérieurement avec le style California Crazy, où l'objet surdimensionné est un élément du bâtiment ou le bâtiment dans son entier (immeubles en forme de hot-dog, de piano, de chien…).

Cette formulation de l'Art déco permet aussi un retour à des formes et des matériaux pré-modernes (utilisation du staff de façon remarquablement appuyée dans certaines réalisations). La statuaire de façade est issue de la formulation classique et antique des atlantes, cariatides et mascarons, une formulation porteuse de symboles religieux protecteurs. Une reformulation symbolique est appliquée à cette statuaire, un marquage positif. Là, la statuaire représente des figures neutres ou des représentations personnelles des individus commanditaires marquant leur importance (comme dans l'Antiquité). Des matières contemporaines (matières plastiques par exemple) sont utilisées. Les formes épurées de vitraux, leurs motifs parfois figuratifs (jusqu'à représenter des usines), parfois abstraits, sont représentatifs du monde contemporain d'alors, de l'industrialisation.

Sans leader véritable ni théorie établie, l'Art déco fut critiqué dans le milieu créatif architectural dès ses premières années pour sa superficialité. Cette architecture était particulièrement employée pour tous les édifices devant valoriser l'image de son commanditaire, ou évoquant les loisirs : l'architecture commerciale (boutique, siège social, etc.), les théâtres et cinémas, mais aussi l'architecture domestique (le décor servant de signe de distinction sociale lors des réceptions, très en vogue dans tous les pays concernés). Touchant d'abord les classes les plus aisées, ce style fut demandé rapidement dans l'ensemble du corps social et devint très populaire. Concernant le métier de l'architecte, cette période formule l'évolution de la profession d'architecte-artiste en architecte-ensemblier qui coalise pour un chantier des artistes et des techniques d'artisans ou d'industriels.

L'importance culturelle contemporaine de l'Art déco est variable selon le pays concerné. Elle est relativement faible en France, son pays d'origine. Elle n'y est que le contre-point de l'architecture moderniste dépouillée, qui fut très en vogue, toutes classes sociales confondues, après la Seconde Guerre mondiale. Elle est d'importance en Belgique. Elle a été présente en Afrique du Nord coloniale et se mélange avec son pendant, l'architecture rigoureuse du Mouvement moderne, pour constituer un patrimoine devant être actuellement conservé après la décolonisation. Et le style Art déco a été très important dans l'histoire du Canada et celle des États-Unis (avec ses gratte-ciels marquant sa richesse), deux pays intégrateurs des architectures issues d'autres contrées, dont la culture occidentale était raffinée en comparaison. Ce fut là où les Arts déco furent créés et où ils se poursuivent.

Cette composante a toute son importance dans l'« histoire courte » de ces pays, qui aboutit à leur indépendance culturelle, où la destruction de patrimoine local n'est pas due aux guerres. Ce style est la marque de richesse de la future jet set, en constitution après la Seconde Guerre mondiale, qui remplace la clientèle des paquebots de luxe qui reliaient l'Europe aux Amériques. Cette architecture est portée par des halls d'entrée ostentatoires et symboliques, des circulations verticales en ascenseur luxueux et des intérieurs en étages tout aussi raffinés, ainsi que des inscriptions et figures statuaires symboliques extérieures. Une grande partie de ces équipements avait été, à son origine, importée d'Europe sous l'action d'architectes aussi bien européens qu'américains. En Amérique du Sud, ce style existe de la même façon pour les mêmes raisons.

Vase en grès signé « Frères Mougin », réalisé vers 1925, dans l'atelier de la Faïencerie de Lunéville-Saint-Clément.

Matériaux[modifier | modifier le code]

L'usage du béton en recouvrement offre une surface plus lisse et nue que la brique, rappelant les massifs blocs de pierre utilisés dans ces civilisations antérieures.

Les bâtis sont le plus souvent en chêne. Les structures moulurées ou plaquées utilisent l’acajou, le palissandre, le thuya, l’amarante, le citronnier… Contrastes de bois clairs (citronnier) et de bois foncés (amarante), de couleurs et de matières. Si les tissus d'ameublement sont employés, les décorations murales stylisées sont peintes sur les murs, et sur des papiers peints.

Formes[modifier | modifier le code]

Les volumes sont parallélépipédiques, aux angles vifs, ou arrondis, ou à pans coupés. Le cercle et l’octogone sont également appréciés.

Les gratte-ciel Art déco sont généralement faits de segments empilés de dimensions décroissantes dont les jonctions se font à angles droits. En général, cette géométrie est issue des nouveaux plans d'urbanisme mis en place. Les corniches et linteaux de fenêtre sont couverts de hauts reliefs géométriques.

Le mobilier à l'origine du Style 1925 est le dernier témoin d’une longue tradition française. Les sièges sont souvent d’inspiration Directoire ou Restauration. Un souci de confort est à remarquer dans les fauteuils, inspirés du fauteuil club, aux formes profondes. Le bois est peu apparent et souvent dissimulé par un revêtement en cuir ou en textile.

Le cosy-corner, création de l’époque, fait fureur. C’est un divan d’angle, encastré dans une boiserie avec diverses étagères.

Les commodes et meubles d’appui ont une façade très souvent galbée, voire ventrue. Les tables sont rondes, ovales ou rectangulaires avec les angles cassés. Les coiffeuses et bureaux de dames sont particulièrement raffinés.

Les formes du mobilier restent classiques, avec parfois des rappels des styles antérieurs : Louis XVI, Directoire, Louis-Philippe et mobilier traditionnel africain. Mais l’art cubiste va pousser à une simplification des formes.

Les meubles sont souvent supportés par des socles. Si la ligne est épurée, le mobilier affiche une décoration soignée et souvent luxueuse. Les moulures sont rares. Les représentations solaires avec rayons sont récurrentes.

La sculpture est très méplate. Elle utilise un répertoire géométrique, floral ou animal, très stylisé, géométrisé. La rose est très présente en bouquet, en corbeille, en guirlande. Pour le traitement des surfaces, on utilise la dorure, la laque ou encore la marqueterie : incrustation de filets, de plaquettes en ivoire (influence de l'art nègre), de nacre ou de métal (argent, cuivre, laiton, aluminium).

On met en valeur la coloration de certains bois, tel l’érable, teinté en rouge, bleu, vert ou gris (goût de la polychromie né des Ballets russes).

Les figures sont stylisées, les motifs régulièrement répétés. Le tissu sature souvent les intérieurs de rythmes saccadés et vifs qui rappellent ceux de la musique légère de l’époque. Tous les motifs et influences déjà cités se répètent avec une constance qui contribue, certes, à l’unité du style, mais finit aussi par rendre les intérieurs étouffants.

Principaux créateurs[modifier | modifier le code]

Le mobilier Art déco est l’œuvre d’artistes décorateurs destinée à une clientèle aisée, ayant soif de nouveauté, mais qui demeure relativement conformiste. Il s'agit de meubles réalisés par des ébénistes qui cherchent le luxe et la perfection. Les meubles sont donc des pièces uniques. La formule Art déco caractérise un style décoratif répandu internationalement. Initialement l’Art déco, le style Moderne, ou International, appartient à un monde de luxe et d’opulence, il est un amalgame entre l’art et l’artisanat.

Édifices Art déco[modifier | modifier le code]

France[modifier | modifier le code]

Art deco building 90 bis chaussée de l’étang, St-Mandé, 94160 France. Architecte: Aristide DANIEL (1930)

.

Bibliothèque Carnegie (1921),
Les Halles du Boulignrin (1929), architecte Maigrot
Villa Douce (1929 à 1932),
Villa Demoiselle,
Église Saint-Nicaise (1923),
Piscine du Tennis-Club (1920),
Opéra de Reims, décoration intérieure (1931),
Comptoir de l'Industrie (6-12, rue Cérès) ; architectes : Marcel Rousseau et Émile Thion (1922),
Cinéma Opéra (9-11, rue de Thillois) ; architectes : Marcel Rousseau et Émile Thion (1923),
Hôtel de la mutualité (12, cours Langlet et 11, rue des Élus) ; architectes : Ferdinand Amann et Albert Cuvillier (1927),
71, rue de Vesle (2-4, rue des Capucins) ; architecte : Lucien Gillet (1930),
Familistère des Docks rémois 18, rue de Vesle (1-5, rue Talleyrand) ; architecte : Pol Gosset (1927),
Anciens grands magasins Au Petit Paris (31-33, rue Talleyrand) ; architectes : Marcel Dastuque et Paul Viard (1924),
Anciennes Galeries Rémoises (rue Docteur-Jacquin, rue de l'Arbalète) ; architectes : Léon Margotin et Louis Roubert (1934),
22, rue Courmeaux ; architecte : Jacques Rapin (1923),
La villa Collet, située à Ay (51160).
Piscine Molitor, 16e arrondissement de Paris,
Palais de la Porte Dorée, 12e arrondissement de Paris,
Le Grand Rex, 2e arrondissement de Paris,
Palais de Tokyo (1937), 16e arrondissement de Paris,
Palais de Chaillot (1937), 16e arrondissement de Paris,

Belgique[modifier | modifier le code]

  • Bruxelles :
Le Palais Stoclet,
La Basilique de Koekelberg,
La villa Empain,
La gare de Bruxelles-Central,
Le Palais des beaux-arts,
L'ancienne maison de la Radio, actuel centre Flagey,
Les palais du Heysel,
L'église Saint-Augustin,
Le Musée Alice et David van Buuren,
La cité-jardin du Kapelleveld à Woluwe-Saint-Lambert,
La maison communale de Woluwe-Saint-Lambert,
Le Résidence Palace, actuel siège du conseil européen,
La maison communale de Forest,
Le bâtiment Citroën, place de l'Yser.
  • Anvers :
L'Église du Christ-Roi,
La Boerentoren.

Autres pays[modifier | modifier le code]

Rockefeller Center, complexe architectural Art déco,
Empire State Building,
Chrysler Building.

Objets[modifier | modifier le code]

Galerie d'images[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • 1925, quand l'Art déco séduit le monde, catalogue de l'exposition à la Cité de l'architecture du patrimoine, éditions Norma, 2013, 287 p. (ISBN 978-2915542554).
  • Patricia Bayer, Intérieurs Art déco, Thames & Hudson, coll. « Beaux Livres », 2000, 224 p. (ISBN 978-2878111781).
  • (en) Tim Benton, Charlotte Benton et Ghislaine Wood, Art déco 1910-1939,  éd. Bulfinch, 2003, 464 p. (ISBN 978-0821228340).Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Bernard Blistène, « Une histoire de l'art du XXe siècle », Beaux-Arts magazine, 2002.
  • Emmanuel Bréon, Gaston Suisse. Splendeur du laque Art déco, Somogy, coll. « Essai Somogy », 2013, 269 p. (ISBN 978-2757206362).
  • Danuta Cichocka, Gustave Miklos. Un grand œuvre caché. Livres, reliures, graphismes, Fata Libelli, 2013, 225 p. (ISBN 978-2954480107).
  • Alastair Duncan, Art déco. Encyclopédie des arts décoratifs des années vingt et trente, Citadelle et Mazenod, 2010, 544 p. (ISBN 978-2850883019).
  • Christian Eludut, Le Monde animal dans l'art décoratif des années 30, Éditions BGO, 2007 (ISBN 978-2-9529802-0-3).
  • Kenneth Frampton, L'Architecture moderne. Une histoire critique, Thames & Hudson, coll. « Beaux Livres », 2006, 399 p. (ISBN 978-2878112627).
  • Généalogie de l’art contemporain, CRDP Lille, 1999.
  • Peter Gössel et G. Leuthäuser, L’Architecture du XXe siècle, Taschen, 2001, 608 p. (ISBN 9783822841259).
  • Raymond Guidot, Histoire du design, Hazan, coll. « Beaux Arts », 2000, 388 p. (ISBN 978-2850259678).
  • Artdeco, histoire de style et tendance du design, 1920–1939.
  • Stéphane Laurent, Chronologie du design, Flammarion, coll. « Tout l’art. Encyclopédie », 237 p. (ISBN 978-2081219182).
  • Edward Lucie-Smith, Histoire du mobilier, Thames & Hudson, coll. « L’univers de l’art », 1990, 215 p. (ISBN 978-2878110180).
  • Félix Marcilhac, Jean Dunand, Les Éditions de l'Amateur, 1991, 351 p. (ISBN 978-2859170981).
  • Patrick Malaureille, Craquelés. Les animaux en céramique 1920-1940., Paris, Éditions Massin, , 96 p. (ISBN 978-2707202109).
  • La Mode au XXe siècle, tome 1, Délandre.
  • Laurence Mouillefarine et Evelyne Possémé (dir.), Bijoux Art déco, Les Arts décoratifs, Éditions Norma, 2009, 255 p. (ISBN 978-2915542202).
  • Jocelyn de Noblet (dir.), Catalogue de l’exposition Design, Miroir du siècle, 1993, 432 p.
  • Klaus-Jürgen Sembach, Peter Gössel et Gabriele Leuthäuser, Le Design du meuble au XXe siècle, Taschen, 1989, 225 p. (ISBN 978-3822801635).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Art déco ou Arts déco : style décoratif mis en vedette, en 1925 par l'Exposition internationale des Arts décoratifs et industriels modernes de Paris (ses fondements étaient établis dès avant la guerre de 1914-1918 […] On dit aussi « Arts appliqués » […] Arts décoratifs : disciplines visant à la production d'éléments décoratifs, d'objets plus ou moins utilitaires ayant une valeur esthétique », Larousse L1, 1979, p. 410.
  2. « Eugène Grasset. Méthode de composition ornementale. Éléments rectilignes (1905), Librairie Centrale des Beaux-Arts, Paris », Gallica.bnf.fr
  3. (en) « Eugène Grasset. Méthode de composition ornementale (1905) », Archive.org,‎
  4. Paul Iribe, Les Robes de Paul Poiret, 1908.
  5. Meredith L. Clausen, Frantz Jourdain and the Samaritaine. Décoration et le rationalisme architectural à l'Exposition universelle, Leiden, E. J. Brill, 1987 (ISBN 90-04-07879-7).
  6. Cécile Debray et Françoise Lucbert, La Section d'or. 1912-1920-1925, musées de Châteauroux, musée Fabre, exhibition catalogue, Éditions Cercle d'art, Paris, 2000.
  7. (en) Jared Goss, « French Art Deco », Metropolitan Museum of Art (consulté le 29 août 2016).
  8. Terme issu du livre de l’historien Bevis Hillier, Art déco des années 20 et 30, 1960 ; rééd. Phaidon Press, 2003, 240 p. (ISBN 978-0714843285).
  9. Craquelés, p. 32.