Artésunate

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Artésunate
Artesunate.svg
Structure de l'artésunate
Identification
Nom UICPA acide 4-oxo-4-
{[(3R,5aS,6R,8aS,9R,10S,12R,12aR)
-3,6,9-triméthyldécahydro-3,12-époxypyrano[4,3-j][1,2]benzodioxépin-10-yl]oxy}butanoïque
Synonymes

acide artésunique

No CAS 88495-63-0
80155-81-3 (sel de sodium)
No ECHA 100.106.898
Code ATC P01BE03
PubChem 6917864
ChEBI 63918
SMILES
InChI
Propriétés chimiques
Formule brute C19H28O8  [Isomères]
Masse molaire[1] 384,4208 ± 0,0196 g/mol
C 59,36 %, H 7,34 %, O 33,3 %,
Précautions
SGH[2]
SGH07 : Toxique, irritant, sensibilisant, narcotique
Attention
H302, H312, H332, P280,

Unités du SI et CNTP, sauf indication contraire.

L'artésunate est un peroxyde organique de type sesquiterpénique utilisé comme médicament antipaludéen. C'est un dérivé semi-synthétique du groupe de l'artémisinine, hydrosoluble et qui peut être administré par voie intramusculaire ou intraveineuse comme traitement de première intention du paludisme sévère[3].

Usage médical[modifier | modifier le code]

L'artésunate s'est montré plus efficace que la quinine pour limiter les décès dus au paludisme lors de deux vastes essais cliniques aléatoires multicentres conduits en Asie[4] et en Afrique[5]. Ce résultat est conforme à la tendance relevée par une revue systématique de sept autres essais cliniques aléatoires[6]. En cas de paludisme sévère pendant la grossesse, il y a moins de certitude quant à l'innocuité de l'artésunate pendant le premier trimestre, mais il reste indiqué comme traitement de première intention au cours des deuxième et troisième trimestres[7].

L'artésunate est également utilisé pour traiter des formes de paludisme moins sévères lorsqu'il peut être administré par voie orale, mais il devrait alors être toujours associé à un deuxième antipaludéen tel que la méfloquine ou l'amodiaquine afin d'éviter le développement de pharmacorésistances ; le développement de telles résistances ont été observées dans l'ouest du Cambodge, où le recours aux monothérapies contre le paludisme est fréquent[8].

Bien que l'artésunate soit avant tout utilisé comme traitement contre le paludisme, il pourrait également avoir certains effets bénéfiques contre les infections à Schistosoma haematobium[9], mais ceci mérite encore d'être confirmé par des essais de plus grande envergure.

L'association artésunate-amiodaquine semble également diminuer la mortalité de la maladie à virus Ebola[10].

Effets secondaires[modifier | modifier le code]

L'artésunate est généralement sûr et bien toléré. L'effet secondaire le mieux documenté est la réduction du nombre de réticulocytes[11], à des niveaux qui ne sont toutefois généralement pas significatifs.

Une hémolyse retardée, survenant environ deux semaines après le traitement, a été observée chez des patients traités à l'artésunate pour un paludisme sévère[12]. On ignore cependant si cette hémolyse est due à l'artésunate ou au paludisme[13].

L'innocuité de l'artésunate pendant la grossesse reste incertaine. Il montre une certaine toxicité chez l'embryon de modèles animaux, tels que des défauts dans les os longs et dans le septum interventriculaire chez la souris et chez le singe, mais un essai mené sur 123 femmes en premier trimestre de grosses n'a pas montré d'effet néfaste sur le fœtus[14].

Un de ses effets secondaires est positif pour contrôler l'asthme : l’artésunate prévient le stress oxydatif et les lésions pulmonaires oxydatives, ainsi que l’inflammation des voies respiratoires dans l'asthme expérimental. Son action est comparable à celle des corticoïdes[15]

Divers[modifier | modifier le code]

L'artésunate fait partie de la liste des médicaments essentiels de l'Organisation mondiale de la santé (liste mise à jour en avril 2013)[16].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Masse molaire calculée d’après « Atomic weights of the elements 2007 », sur www.chem.qmul.ac.uk.
  2. a et b Fiche Sigma-Aldrich du composé Artésunate d'Artemisia annua, consultée le 7 mai 2014.
  3. World Health Organization, « Guidelines for the treatment of malaria, 2e édition, 2010 », Organisation mondiale de la santé (consulté le 10 janvier 2014)
  4. (en) Groupe du South East Asian Quinine Artesunate Malaria Trial (SEAQUAMAT), « Artesunate versus quinine for treatment of severe falciparum malaria: a randomised trial », The Lancet, vol. 366, no 9487,‎ , p. 717-725 (PMID 16125588, DOI 10.1016/S0140-6736(05)67176-0, lire en ligne)
  5. (en) Arjen M. Dondorp, Caterina I. Fanello, Ilse C. E. Hendriksen, Ermelinda Gomes, Nicholas J. White et al. pour le groupe African Quinine Artesunate Malaria Trial (AQUAMAT), « Artesunate versus quinine in the treatment of severe falciparum malaria in African children (AQUAMAT): an open-label, randomised trial », The Lancet, vol. 376, no 9753,‎ , p. 1647-57. (PMID 21062666, PMCID PMC3033534, DOI 10.1016/S0140-6736(10)61924-1, lire en ligne)
  6. (en) Katharine L. Jones, Sarah Donegan et David G. Lalloo, « Artesunate versus quinine for treating severe malaria », The Cochrane Database of Systematic Reviews, vol. 4,‎ , CD005967. (PMID 17943870, DOI 10.1002/14651858.CD005967.pub2, lire en ligne)
  7. (en) « Assessment of the safety of artemisinin compounds in pregnancy », OMS, Genève, 2007.
  8. (en) N. J. White, « Qinghaosu (Artemisinin): The Price of Success », Science, vol. 320, no 5874,‎ , p. 330-334. (PMID 18420924, DOI 10.1126/science.1155165, lire en ligne)
  9. (en) Denis Boulanger, Yemou Dieng, Badara Cisse, Franck Remoue, Francois Simondon et al., « Antischistosomal efficacy of artesunate combination therapies administered as curative treatments for malaria attacks », Transactions of the Royal Society of Tropical Medicine & Hygiene, vol. 101, no 2,‎ , p. 113-6. (PMID 16765398, DOI 10.1016/j.trstmh.2006.03.003, lire en ligne)
  10. Gignoux E, Azman AS, de Smet M et al. Effect of artesunate–amodiaquine on mortality related to Ebola virus disease, N Engl J Med, 2016;374:23-32
  11. (en) Robert L. Clark, « Effects of artemisinins on reticulocyte count and relationship to possible embryotoxicity in confirmed and unconfirmed malarial patients », Birth Defects Research Part A: Clinical and Molecular Teratology, vol. 94, no 2,‎ , p. 61-75 (DOI 10.1002/bdra.22868, lire en ligne)
  12. (en) Thierry Rolling, Tsiri Agbenyega, Saadou Issifou, Ayola Akim Adegnika, Justice Sylverken, Dorothee Spahlinger, Daniel Ansong, Sascha J. Z. Löhr, Gerd D. Burchard, Jürgen May, Benjamin Mordmüller, Sanjeev Krishna, Peter G. Kremsner et Jakob P. Cramer, « Delayed Hemolysis After Treatment With Parenteral Artesunate in African Children With Severe Malaria—A Double-center Prospective Study », Journal of Infectious Diseases,‎ (PMID 24376273, DOI 10.1093/infdis/jit841, lire en ligne)
  13. (en) Robert L. Clark, « Hypothesized cause of delayed hemolysis associated with intravenous artesunate », Medical Hypotheses, vol. 82, no 2,‎ , p. 167-170 (PMID 24370269, DOI 10.1016/j.mehy.2013.11.027, lire en ligne)
  14. (en) Robert L. Clark, « Embryotoxicity of the artemisinin antimalarials and potential consequences for use in women in the first trimester », Reproductive Toxicology, vol. 28, no 3,‎ , p. 285-296 (PMID 19447170, DOI 10.1016/j.reprotox.2009.05.002, lire en ligne)
  15. (en) Wanxing Eugene Ho, Yong-Jiang Xu, Fengguo Xu, Chang Cheng, Hong Yong Peh, Shao-Min Huang, Steven R. Tannenbaum, Choon Nam Ong, W. S. Fred Wong, « Anti-malarial drug artesunate restores metabolic changes in experimental allergic asthmaAnti-malarial drug artesunate restores metabolic changes in experimental allergic asthma », Metabolomics,‎ (DOI 10.1007/s11306-014-0699-x, résumé).
  16. WHO Model List of Essential Medicines, 18th list, avril 2013