Ars antiqua

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Ars antiqua, aussi appelé ars veterum ou ars vetus, est un terme utilisé par les musicologues modernes pour désigner la musique médiévale de l'Europe du haut Moyen Âge, entre 1170 et 1310 environ. Elle couvre la période de l'école de Notre-Dame de Paris (l'utilisation de lignes mélodiques multiples, simultanées et indépendantes), et les années suivantes qui ont vu le développement précoce du motet, une composition musicale chorale très variée. Le terme ars antiqua est généralement limité à la musique sacrée (église) ou polyphonique, à l'exclusion des chants monophoniques profanes (non religieux) des troubadours, et des trouvères. Cependant, le terme ars antiqua est parfois utilisé plus vaguement pour désigner l'ensemble de la musique européenne du XIIIe siècle, et d'un peu avant. Le terme ars antiqua est utilisé pour la première par Philippe de Vitry et Johannes de Muris, en opposition à ars nova (signifiant « nouvel art », « nouvelle technique » ou « nouveau style »), qui désigne la période d'activité musicale entre 1310 et 1375 environ.

Presque tous les compositeurs de l'ars antiqua sont anonymes. Léonin et Pérotin sont les deux seuls compositeurs connus de l'école Notre Dame. Pierre de la Croix, est un des rares compositeurs des années postérieures à l'école de Notre-Dame qui ne soit pas anonyme.

En théorie musicale, la période de l'ars antiqua a connu plusieurs avancées par rapport à la pratique antérieure. La plupart d'entre elles dans la conception et la notation du rythme. Au début de l'ère de la musique médiévale, la notation indiquait les hauteurs des chants sans indiquer le rythme dans lequel ces notes devaient être chantées. Le théoricien de la musique le plus célèbre de la première moitié du XIIIe siècle, Jean de Garlande, est l'auteur du traité De Mensurabili Musica (vers 1240), le traité qui définit et élucide le plus complètement les modes rythmiques. Un théoricien allemand d'une période un peu plus tardive, Francon de Cologne, fut le premier à décrire un système de notation (la notation mesurée) dans lequel des notes de formes différentes ont des valeurs rythmiques différentes (dans l'Ars cantus mensurabilis de 1280 environ), une innovation qui eut un impact important sur l'histoire ultérieure de la musique européenne. La plupart des musiques notées du XIIIe siècle qui subsistent utilisent les modes rythmiques définis par Jean de Garlande.

Le gothique primitif comprend la musique française composée à l'école Notre Dame jusqu'en 1260 environ, et haut gothique toute la musique jusqu'à 1310-1320, le début conventionnel de l'ars nova. Les formes d'organum et de conduit ont atteignirent leur apogée au début du gothique et commencèrent à décliner dans le gothique supérieur, pour être remplacées par le motet.

Bien que le style de l'Ars antiqua se soit démodé assez soudainement au cours des deux premières décennies du XIVe siècle, il avait un défenseur tardif en le nom de Jacques de Liège, qui a écrit dans son Speculum Musicae (vers 1320) produisit une violente attaque contre l'Ars nova. Il considérait que l'Ars antiqua était la « musica modesta », et que l'Ars nova était une « musica lasciva », une musique qu'il considérait comme capricieuse, immodeste et sensuelle[1].


Formes musicales de l'ars antiqua[modifier | modifier le code]

École de Notre-Dame (gothique primitif)[modifier | modifier le code]

  • L'organum
  • Le conduit
  • La clausule
  • Le hoquet : technique d'écriture qui consiste en un découpage, avant tout rythmique, de la voix par des silences. Cela a donné naissance à une forme

Années suivantes : 1260-1320 (haut gothique)[modifier | modifier le code]

  • Le motet
  • Le rondeau : il passe à plusieurs voix et est considéré comme le précurseur de la chanson polyphonique. Le rondeau (comme la ballade et le virelai) est une pièce à forme fixe et suit la structure suivante : ABaAabAB (où "a" désigne une partie musicalement identique à "A" mais avec des paroles différentes- de même pour "b" et "B")

Le motet[modifier | modifier le code]

  • Motet simple : 2 voix : ténor (la voix de « teneur », celle qui « tient » le plain-chant) et duplum (« double », ou plutôt seconde voix). Motet chanté sur un seul texte (latin ou français)
  • Motet double : 3 voix : ténor, motetus et triplum. Les voix supérieures peuvent avoir 2 textes différents : les 2 en latin, les 2 en français ou mélangé. À la voix de triplum, le texte est toujours plus long et plus rapide que celui du motetus (car chanté sur des valeurs rythmiques plus brèves).
  • Motet triple : 4 voix avec quadruplum. Il peut y avoir 3 textes différents chantés simultanément par les voix supérieures, en français ou mélangées au latin.
  • Motet conduit : 3 ou 4 voix avec ténor et voix supérieures avec le même texte, donc le rythme est identique.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  •  Anderson, Gordon A., and Edward H. Roesner. "Ars Antiqua [Ars Veterum, Ars Vetus]". The New Grove Dictionary of Music, and Musicians, edited by Stanley Sadie, and John Tyrrell. 29 vols. London: Macmillan Publishers, 2001. (ISBN 1-56159-239-0).
  • Jacobus of Liège. Speculum musicae, edited by Roger Bragard. Seven volumes in eight. Corpus scriptorum de musica 3. Rome: American Institute of Musicology, 1955–73.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Gordon A. Anderson et Edward H. Roesner, « Ars Antiqua », dans Oxford Music Online, Oxford University Press, (lire en ligne)