Arséniate de cuivre chromé

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L'arséniate de cuivre chromé, également appelé arséniate de cuivre chromaté, ou CCA[1], est l'un des pesticides du bois aux principes fongicide et insecticide, notamment utilisé en marine contre les tarets.

Sa diffusion débute dans les années 1930 et il est utilisé pour le traitement des bois, de résineux notamment, destinés à être exposés aux intempéries, avec l'inconvénient, en raison de l'oxydation du cuivre, de donner au bois une teinte verte. Il s'est montré très efficace mais toxique et cancérigène et il est pour cette raison interdit dans de nombreux pays.

Histoire[modifier | modifier le code]

Ce produit a été breveté en 1934. Il a été commercialisé ou l'est encore sous forme de sels ou oxydes en phase aqueuse, injecté dans le bois par imprégnation sous vide.

Usages[modifier | modifier le code]

Il est utilisé ou l'a principalement été pour traiter les types de bois suivants :

  • bois d'œuvre
  • poutres de construction
  • poteaux électriques et téléphoniques
  • pilotis et bois posés en milieu marin ou saumâtre
  • bois de marine
  • clôtures

Toxicité et écotoxicité[modifier | modifier le code]

Les CCA étaient réputés théoriquement se fixer dans les membranes des cellules du bois en ne laissant que des traces de produit résiduel à l’état libre dans le bois et à sa surface, mais des cas d'empoisonnement mortels d'animaux (chiens) ayant mâché des copeaux, et des cas de pollution du sol ou du sable sous les jeux d'extérieurs en bois pour enfants[2], voire des pollutions de puits (USA), ont montré que ce produit, une fois exposé aux pluies, pouvait migrer et polluer l'environnement (notamment en contexte acide, où certains champignons pourraient alors absorber et bio-concentrer l'arsenic et le chrome lessivé à partir du bois acidifié).

Il est susceptible d'avoir de graves effets directs et indirects sur les ressources halieutiques et les écosystèmes touchés.

Un des problèmes est le devenir des déchets (copeaux, sciure). Le bois traité à l'ACC ne doit jamais être en contact avec l'eau potable, ni brûlé (la fumée et les cendres sont très toxiques). Au Canada, un groupe de travail réunissant des représentants de l'industrie du traitement des bois, du secteur de la vente du bois aux détail, avec Environnement-Canada, Santé-Canada, et l'ARLA, ainsi qu'avec des universitaires, doit produire des lignes directrices pour mieux sensibiliser les utilisateurs à la manipulation et à l'élimination des produits du bois traités avec un agent de préservation[3].

En condition acide, certains champignons se montrent capables d'extraire jusqu'à 50 % de l'arsenic et des taux significatifs de cadmium du bois traité et réduit en sciure.

Législation, interdiction progressive[modifier | modifier le code]

Depuis les années 1990, ce produit est peu à peu interdit par un nombre croissant d'Étatsaméricains et pour un nombre croissant d’usages ; Ainsi dès le début des années 2000, par précaution et au vu des données disponibles, et sans attendre les conclusions des analyses du risque pour la santé en cours, certains organismes ou États (Floride, New Hampshire, Connecticut…). ont restreint ou interdit le bois traité à l'ACC pour certains usages (domestiques ou publics) ou ont émis des avis de santé à la population.

En France, seul une recommandation sur les jeux pour enfants à destination d'un usage collectif a été publiée le 13 juin 2000 [4].

L'US EPA (12 février 2002) et l’ARLA (3 avril 2002) ont conclu une entente avec les fabricants de bois traité pour que l'ACC ne soit plus jamais utilisé aux États-Unis ni au Canada pour préserver le bois servant à construire de structures et aires de jeux, terrasses, tables de pique-nique, aménagements paysagers, clôtures domestiques, passerelles et trottoir en bois, dès le 1er janvier 2004.

Au Canada, l'ARLA a recommandé deux produits beaucoup moins toxiques pour les animaux à sang chaud (cuivre alcalin quaternaire (CAQ) et cuivre d'azole), mais néanmoins écotoxiques, et contenant un composé non biodégradable (le cuivre).

Certains stocks ont été vendus, de pays riches vers des pays où ce produit n'était pas encore interdit. Par exemple[5], environ 200 t d'arséniate de cuivre chromaté ont été exportées de Grande-Bretagne à la firme Ethiopian Power Corporation. Elles ont été retrouvées sur le port de Djibouti dans des bidons de plastique qui avaient déjà commencé à fuir sur le bateau (ils auraient dû être en acier). Et alors que la FAO annonçait une catastrophe écologique, les autorités portuaires démentaient. Les bidons avaient été stockés dans cinq camions garés sur le port. Certains ouvriers ayant manipulé ce produit l'ont inhalé et ont dû être hospitalisés.

Selon la presse locale, du produit coulait des camions sur le port, à 400 m d’un dépôt d'aide alimentaire de la banque mondiale. La FAO avait estimé à 35 000 dollars US le cout d'un traitement en urgence et plus de 80 000 dollars pour le remballage et la décontamination des conteneurs. Aux 10 conteneurs interceptés en janvier 2002 s'en ajoutaient 5 début mars 2002.

En Europe, plusieurs textes (ex directive 76/464/CEE et suivantes[6]) protégeant « le milieu aquatique contre les rejets de substances dangereuses » concernent la pollution causée par certaines substances dangereuses déversées dans le milieu aquatique. Elle s'applique a priori à l'introduction de bois créosoté dans les eaux de surface. En France, un décret du 17 novembre 2004 précise les conditions de mise sur le marché et d'emploi de l'arsenic et de ses composés, interdit l’arsenic pour le traitement des bois, mais avec de nombreuses dérogations[7].

Au Canada et USA, un étiquetage particulier est obligatoire ou prévu[8].

Recommandations[modifier | modifier le code]

Les acheteurs devraient refuser tout bois traité à l'ACC présentant des cristaux ou résidus de l'agent de préservation en surface. Les utilisateurs manipulant ou travaillant ce bois devraient porter des gants et des chemises à manches longues et un masque antipoussières, des lunettes de protection, des gants lors du sciage, sablage, ponçage, rabotage ou autre mise en forme ou tout autre usinage du bois traité, pour éviter le contact cutané avec la sciure ou l'inhalation ou ingestion de celle-ci, en travaillant à l'air libre, mais non sous la pluie. Ils devraient se laver les mains et toute partie exposée de la peau avant de manger, de boire ou de fumer. Les vêtements devraient être lavés (séparément des autres vêtements) avant d'être à nouveau portés. les déchets sont à considérer comme déchets toxiques et déchets dangereux.

Toutes chutes, sciures, poussières, copeaux et autres débris de construction doivent enlevés et éliminés conformément à la réglementation en vigueur.

En cas de suspicion d'empoisonnement, contacter le centre anti-poison local.

Si des enfants doivent être en contact avec du bois traité, le risque sanitaire est supposé plus important[2],[9]. L'Institut national de santé publique du Québec fait la recommandation suivante : « Bien qu'il ne soit pas nécessaire de démolir les structures ayant encore une durée de vie utile, il apparaît important de les sceller avec une teinture à base d'huile (ex : huile de lin) à tous les 2 ans et ce, surtout dans les aires de jeux, les parcs municipaux et les installations scolaires ». En fin de vie, ce bois devra être traité comme déchet toxique.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. À ne pas confondre avec l'arséniate de cuivre ammoniacal ou ACA
  2. a et b Fields S., 2001. Caution-children at play : how dangerous is CCA?. Environmental Health Pespective, 109(6): A262-9.
  3. Fiche de Santé-Canada ; ISBN 0-662-74288-5
  4. http://www.sante.gouv.fr/fichiers/bo/2000/00-29/a0292107.htm
  5. Article de www.afrik.com
  6. Ineris ; Directive n° 76/464/CEE du 04/05/76 concernant la pollution causée par certaines substances dangereuses déversées dans le milieu aquatique de la Communauté
  7. JORF 19/11/04 ; Décret n° 2004-1227 du 17 novembre 2004 relatif aux conditions de mise sur le marché et d'emploi de l'arsenic et de ses composés, du colorant bleu, du pentabromodiphényléther et de l'octabromodiphényléther et modifiant le décret n° 92-1074 du 2 octobre 1992 Voir
  8. Processus des options stratégiques du secteur de la préservation du bois
  9. US EPA (United States Environmental Protection agency), 2001. Preliminary evaluation of the non-dietary hazard and exposure to children from contact with chromated copper arsenate treated wood playground structures and contaminated soil. Scientific Advisory Panel report No. 2001-12, 62 p. www.epa.gov/scipoly/sap/2001/october/ccawood.pdf

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Loi canadienne sur la protection de l'environnement. Liste des substances d'intérêt prioritaire. Rapport d'évaluation. L'arsenic et ses composés. 1993, Santé Canada et Environnement Canada.
  • Consumer Product Safety Commission (Washington, DC, CPSC, 1990). Project on Playground Equipment - Transmittal of Estimate of Risk of Skin Cancer from Dislodgeable Arsenic on Pressure Treated Wood Playground Equipment. Aug. 2, 1990.
  • Cooper, P.A. Leaching of Wood Preservatives from Treated Wood in Service. Travaux publics. Ministre d'Approvisionnements et Services Canada, 1991. ISBN 0-662-18870-5.
  • ARLA (Agence de réglementation de la lutte antiparasitaire), 2001. Fiche technique : Bois traité à l’arséniate de cuivre chromaté (ACC). Octobre 2001. en PDF
  • ARLA (Agence de réglementation de la lutte antiparasitaire), 2002. Mise à jour sur la réévaluation du bois traité à l’arséniate de cuivre chromaté au Canada. Note sur la réévaluation REV2002-01, 12 février 2002. en PDF
  • ARLA (Agence de réglementation de la lutte antiparasitaire), 2002. Arséniate de cuivre et de chrome (ACC). Note sur la réévaluation REV2002-03, 3 avril 2002. en PDF
  • Nicolino F., François Veillerette, Pesticides, révélations sur un scandale français, Fayard, 2007
  • Les pesticides, un risque sanitaire avéré mais encore mal pris en compte, Le Monde, 11 juin 2007

Filmographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]