Arnaud Fraiteur

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Arnaud Fraiteur
Naissance
Ixelles (Bruxelles)
Décès
Breendonk
Nationalité Belge
Pays de résidence Belgique
Famille
Monique Fraiteur (sœur)

Arnaud Fraiteur est un résistant belge, né à Ixelles le et mort au fort de Breendonk le , pendu par l’occupant pour le meurtre du collaborateur Paul Colin.

Avant la guerre[modifier | modifier le code]

Né le dans une famille bourgeoise[1] Arnaud Fraiteur effectue ses études secondaires à l’Athénée Royal d'Ixelles.

Il s’inscrit ensuite comme étudiant à l’Université de Liège où il réussit avec succès l'examen d'entrée aux études d'ingénieur civil[2]. En , l'invasion de la Belgique par l'Allemagnenationale-socialiste met fin à son cursus universitaire : l’Université de Liège suspend les cours, tout comme l’Université libre de Bruxelles en [3].

Pendant l'occupation[modifier | modifier le code]

« À la fermeture de l'ULB, les 3 125 étudiants inscrits se dispersèrent, s'engageant tantôt dans la Résistance, cherchant tantôt à poursuivre leurs études ailleurs. »

— C. Laporte, Le Soir (30 novembre 1994)[3], p. 18

Après l'invasion, il suit des cours clandestins de candidature d’ingénieur civil[4] organisés par l'Université libre de Bruxelles.

En 1941, il rejoint[2] l'Armée belge des partisans[4], plus connue sous le nom de Partisans Armés[4],[Notes 1], en tant qu'agent de liaison[4] sous le pseudonyme de Max[4]. Il participe à plusieurs actions[4] menées par une unité bruxelloise spécialisée dans la lutte contre la collaboration intellectuelle[5] ; elle comprend un grand nombre de jeunes proches de l'Université libre de Bruxelles, organisés au sein du Groupe G[6].

Le bunker, la salle des tortures, du fort de Breendonk où furent interrogés Fraiteur, Raskin et Bertulot ; mais aussi de nombreux autres prisonniers et détenus

« L’affaire à l’époque fit grand bruit, à la fois dans la population, qui vit dans l’exécution de Paul Colin le juste châtiment d’un criminel, et dans les milieux de la collaboration qui perdait un chef de file. »

— Jacques Grippa, Chronique vécue d’une époque : 1930 – 1947, p. 217

En avril 1943[7], Fraiteur est chargé par Jacques Grippa[4] de l'assassinat du journaliste et critique d'art Paul Colin[8], collaborateur notoire dans le secteur de la presse, directeur de l'hebdomadaire Cassandre[9] et du quotidien Le Nouveau Journal, qu'il avait créé en 1940[10]

Le 13 avril, accompagné par deux autres résistants, André Bertulot et Maurice Raskin[4], il abat de plusieurs balles[11] Paul Colin ainsi que son garde du corps dans une librairie située 87 rue de la Montagne à Bruxelles[9], au-dessus de laquelle se trouvent les bureaux du Nouveau Journal et de Cassandre. Fraiteur parvient à s'enfuir[4] mais Bertulot et Raskin sont rapidement arrêtés[Notes 2].

« Il advint parfois que la Sipo ait intérêt à un procès politique. Ainsi en fut-il pour Arnaud Fraiteur, exécuteur de Paul Colin. »

— M. Bailly, Le Soir (20 janvier 1992) [12], p. 20

Quoique l'attentat ne concerne que des ressortissants belges, les autorités allemandes s'emparent immédiatement du dossier, montrant par là l'importance qu'elles accordent à la personne de Paul Colin. La Feldgendarmerie, la Geheime Feldpolizei et la Gestapo descendent sur les lieux de l'attentat. L'occupant garde à sa disposition André Bertulot et Maurice Raskin ; la police et la justice belges sont ainsi dessaisies du dossier.

Arnaud Fraiteur est rapidement identifié grâce à la plaque d'immatriculation du vélo qu'il a abandonné sur place[9] et la maison familiale est mise sous surveillance le soir même.

En fuite, il ne rentre pas chez lui et se cache à Uccle chez des amis de ses parents tandis que le Réseau Zéro, avec l'aide du réseau ALI-France (dirigé par Joseph Dubar), organise son évacuation vers l'Angleterre[13]. Le Réseau Zéro fait appel à un chauffeur du ministère des Colonies pour conduire Arnaud Fraiteur vers la France. Mais le chauffeur (nommé Hoogeveen), aidé du directeur qui remplace Paul Colin à la tête du "Nouveau Journal" (de son nom Herten), le dénonce aux autorités allemandes[7], ce qui permet à la Gestapo de l'arrêter (ainsi que son guide et Raymonde Marc du réseau ALI-France [13] dite Carmen[14] et adjointe directe de Drubar[15] le [15] à quelques kilomètres de Hal[4], sur la route qui le conduit vers la frontière française.

« Tenus à des résultats, ils peuvent trafiquer un dossier de toutes pièces pour parvenir à temps au quota de victimes dont l'exécution vient, dans l'affolement, d'être ordonnée par les autorités militaires d'occupation. »

— M. Steinberg, J. Gotowitch, Otages de la terreur nazie [...], p60

Interrogés[10], torturés[11], Fraiteur, Raskin et Bertulot sont par la suite condamnés devant le Conseil de Guerre de l'Obberfeldkommandantur à Bruxelles après un simulacre de procès devant servir d'exemple à la population[7]. Ils sont exécutés par pendaison[7],[10],au Fort de Breendonk[Notes 3] le . Ils sont inhumés à Schaerbeek dans l'Enclos des Fusillés[Notes 4]. Le le corps d'Arnaud Fraiteur est exhumé pour être inhumé dans le caveau familial du cimetière de Saint-Gilles[16].

Le , les coauteurs de la dénonciation d'Arnaud Fraiteur, Herten et Hoogeveen, sont condamnés à mort par le Conseil de Guerre du Brabant et fusillés dans le dos[17], sort réservé aux traitres, à la prison de Saint-Gilles le .

Hommages dans la toponymie[modifier | modifier le code]

Télégramme de Charlie Chaplin aux membres de l'Association de Presse Cinématographique Belge, dans Le Soir, 16 mars 1948
L'enclos des fusillés à Bruxelles aujourd'hui

En 1947, la famille d’Arnaud Fraiteur autorise que l'on donne le nom du jeune résistant à la création d'un centre spécialisé dans l’aide de l’enfance handicapée[Notes 5] : La fondation Arnaud Fraiteur – La Cité Joyeuse dans la commune bruxelloise de Molenbeek-Saint-Jean, premier centre belge de ce type.

Par la suite, portent son nom à Ixelles, une avenue, un pont et un arrêt des transports en commun bruxellois, situé au croisement du Boulevard du Triomphe et de l’avenue Arnaud Fraiteur.

Une plaque est apposée au numéro 60 de la rue de la Concorde, la maison familiale de Fraiteur.

Article connexe[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. J. Gotovitch, Du rouge au tricolore : les communistes belges de 1939 à 1944 : un aspect de l'histoire de la Résistance en Belgique, p. 184
  2. a et b H. Thiry-Van Buggenhoudt, Biographie nationale, vol. 44, p. 496
  3. a et b C. Laporte, Il y a 50 ans, l’ULB rouvrait ses portes ; Une armée se vainc plus facilement qu’une idée, Le Soir, p. 18
  4. a, b, c, d, e, f, g, h, i et j Publication unique, Cercle du Libre Examen, ULB Résistance, p. 21
  5. M. Fincoeur, Contribution à l’histoire de l’édition francophone belge sous l’occupation allemande (1940 – 1944)
  6. (Ouvrage collectif) Guide de l'étudiant, mémento, p. 17
  7. a, b, c et d P. Struye, G. Jacquemyns, José Gotovitch, La Belgique sous l'occupation allemande, 1940-1944, p. 232
  8. L. Ploegaerts, P. Puttemans, L'œuvre architecturale de Henry van de Velde, Ref. 94 p. 187
  9. a, b et c C. Laporte, Jours de guerre sous le signe de l'héroïsme, de Bruxelles à Varsovie, en passant par Boortmerbeek Fraiteur, symbole de la révolte, Le Soir, p. 13
  10. a, b et c C. J. Zabus, Le secret: motif et moteur de la littérature, p. 162
  11. a et b M. Pascal, Colin le collabo oublié, Le Soir, p. 11
  12. M. Bailly, Punition du résistant et exclusion du juif, Le Soir, p. 20
  13. a et b E. Verhoeyen, Un réseau belge du Nord : Ali-France , pt. 4 juillet 1942 – décembre 1943
  14. D. Pommier, Raymonde Marc, elle a survécu à l'enfer des camps, Nord-Éclair
  15. a et b A. Saint-Léger (Université de Lille), Revue du Nord, volume 76, numéro 306 - 307, p. 557
  16. registre des inhumations du cimetière de Saint-Gilles, vol 10 folio 22
  17. C. Bronne, Le temps des vendanges, p. 36

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Quelques renseignements sont aussi disponibles sur le Front de l'indépendance, Front de l'Indépendance
  2. Selon certaines sources, le premier le sera immédiatement, le second le lendemain, voir voir ULB Résistance, p. 21 ; selon d'autres, ils sont arrêtés immédiatement sur les lieux de l'attentat, voir Jours de guerre sous le signe de l'héroïsme, de Bruxelles à Varsovie, en passant par Boortmerbeek Fraiteur, symbole de la révolte, Le Soir
  3. Il est possible qu'ils aient été les premiers exécutés sur la potence, voir D Day Overlord, Forum ; voir US Army 39-45, Forum.
  4. le nom de l'endroit où Fraiteur est inhumé peut porter à confusion avec sa mort comme l'écrit C. Laporte dans Le Soir du 30 juillet 1994, p. 18, Fraiteur est fusillé.
  5. voir le site internet, Centre Arnaud Fraiteur