Armoise annuelle

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Artemisia annua


Artemisia annua, l'armoise annuelle ou absinthe chinoise (en chinois: qinghao (青蒿)) est une espèce de plantes dicotylédones de la famille des Asteraceae, sous-famille des Asteroideae, originaire de l'Ancien Monde (Eurasie, Afrique du Nord), introduite et naturalisée dans les régions tempérées d'Europe et d'Amérique.

Ce sont des plantes herbacées annuelles, glabres, utilisées en médecine traditionnelle chinoise pour lutter contre les fièvres[2]. L'armoise annuelle contient une substance active, l'artémisinine, efficace pour lutter contre les parasites du genre Plasmodium, qui sont les agents du paludisme.

Description[modifier | modifier le code]

Artemisia annua est une plante herbacée annuelle, très ramifiée, fortement aromatique, pouvant atteindre 1,6 m de haut (voire 2 m). La plante est d'abord faiblement pubérulente et raidement glabre. Les feuilles, parsemées de glandes, de forme générale ovale ou triangulaire, ont une limbe finement découpé, pennatipartite ou pennatiséqué[3].

Les fleurs sont groupées en capitules nombreux, brièvement pédonculés, sous-tendus par un verticille de bractées, eux mêmes groupés en panicules de 15 cm de long sur 8 cm de large Les capitules sont entourés d'un involucre globuleux de 1,5 à 2,5 mm de diamètre. Ils comptent 10 à 178 fleurons marginaux femelles et 10 à 30 fleurons centraux bisexués à corolle jaune ou jaune foncé. Les fruits sont des akènes ellipsoïdes-ovoïdes[3].

La floraison est estivale. On la trouve dans tous les terrains vagues (y compris au milieu des habitations) des zones tempérées chaudes. L'espèce est diploïde (2n = 2x = 18)[3].

Confusion possible[modifier | modifier le code]

L’armoise annuelle peut être confondue avec l’ambroisie (Ambrosia artemisiifolia), espèce d'un genre voisin, reconnue comme l’une des premières causes d’allergies polliniques (y compris cutanées). Les feuilles de l’armoise annuelle sont très divisées, de couleur vert clair, et l’odeur est très forte quand on les froisse entre les doigts, tandis que celles de l’ambroisie n’ont aucune odeur.

Taxinomie[modifier | modifier le code]

Synonymes[modifier | modifier le code]

Selon The Plant List (24 novembre 2018)[1] :

  • Artemisia annua f. annua
  • Artemisia chamomilla C.Winkl.

Liste des variétés[modifier | modifier le code]

Selon Tropicos (24 novembre 2018)[4] :

  • Artemisia annua var. zelandica Lam.


Utilisation[modifier | modifier le code]

L'armoise annuelle est utilisée par les herboristes chinois depuis longtemps dans le traitement de nombreuses maladies, telles que des dermatites ou bien encore contre la malaria depuis l'antiquité. En effet, la plante contient de l'artémisinine (qinghaosu (青蒿素)), une lactone sesquiterpénique qui s'est révélée efficace à titre curatif, et non préventif, contre des formes graves de paludisme (en particulier contre Plasmodium falciparum devenu en de nombreux endroits résistants aux médicaments classiques). C'est donc une alternative simple à la portée des populations soumises à ce fléau.

L'artémisinine est efficace contre plusieurs souches de parasites responsables du paludisme.

De multiples études scientifiques confirment cette propriété[5] et l'Organisation mondiale de la santé (OMS) encourage des programmes de soins et de culture. Cette même OMS déconseille la monothérapie à base d'artémisinine et recommande les traitements combinés (polythérapie)[6].

Bien que des résultats acceptables soient obtenus avec des cures sous forme de tisanes, à utiliser au moment des fièvres, cette utilisation en tisane est également fortement déconseillée par l'OMS car cette approche pourrait favoriser la résistance du parasite à la molécule d'artéméther (dérivé semi-synthétique de l’artémisinine). Bien que l'application du principe de précaution de la part de l'OMS soit louable, certains font remarquer qu'aucune forme de résistance à l'artémisinine n'a été enregistrée en Chine, alors que cette tisane est utilisée seule depuis près de 2000 ans[5]. L'incertitude récemment apparue découle de la possibilité nouvelle d'une utilisation systématique et d'une application en masse de traitements à base d'artémisinine de qualité plus ou moins variable sur une très nombreuse population, une situation qui jusqu'à récemment ne s'était encore jamais produite avec cette substance.

Production[modifier | modifier le code]

Actuellement, la seule possibilité de se procurer de l'artémisinine pour la fabrication de médicaments est la récolte de plantes cultivées d'Artemisia annua, mais il est à noter qu'il y a des difficultés de culture en zone tropicale rendant le processus très complexe.

En effet, les grandes différences de teneur en artémisinine en fonction du sol, de la période et des conditions de récolte, de séchage et de stockage rendent difficile la standardisation et donc la garantie d'efficacité de la plante utilisée en tisane. Le paludisme étant potentiellement mortel, il est des plus importants que l’efficacité soit certifiée. La grande variabilité du taux de principe actif ne peut certifier son efficacité.

Il est de plus difficile de préconiser une dose journalière. En médecine moderne, les dérivés d’artémisinine ne sont jamais utilisés en dessous de 50 mg. On estime au mieux, un taux d’artémisinine de 1,4 % dans les espèces sélectionnées. Elle se situe autour de 0,25 % en moyenne. Le principe actif est peu soluble dans l’eau. Aussi, ce faible dosage pourrait favoriser l’apparition de résistances.

La récolte chinoise bien que déterminante pour les sociétés pharmaceutiques est devenue insuffisante. Des cultures sont également en place en Europe de l'Ouest (principalement sur le pourtour des Alpes). Une production africaine s'y ajoute. Artemisia annua verdit au Cameroun, au Nigeria, au Kenya, en Tanzanie, en Ouganda et à Madagascar. Deux projets d'envergure ont vu le jour, en 2006, en Afrique de l'Est pour la culture d'Artemisia annua et la fourniture d'artémisinine (East African Botanicals au Kenya, Ouganda et Tanzanie (un millier d'hectares répartis sur ces 3 pays) et Bionexx à Madagascar (600 hectares)).

Productivité (en culture)[modifier | modifier le code]

  • Plante fraîche entière : ~ 30-35 t/ha
  • Plante sèche entière : ~ 10 t/ha
  • Feuilles sèches : ~ 2,5-3 t/ha
  • Teneur en artémisinine des feuilles sèches : ~ 1,3 %

Culture et mode d'emploi d'Artemisia annua[modifier | modifier le code]

  • Semis :

Le semis se fait dès réception des graines. On mélange une cuillère à café de graines avec 5 à 6 cuillères à café de sable fin. Puis, on parsème ce mélange dans une caisse remplie de pleine terre, on arrose sans inonder. La germination se produit après 4 à 7 jours sous des températures nocturnes de 16 à 18 °C et diurnes de 23 à 25 °C.

  • Repiquage dans des pots :

Le repiquage des plantules en pot se fait dès que la végétation devient trop dense. Chaque plant est alors placé individuellement dans un récipient de taille équivalente à un pot de yaourt pour qu'il ait suffisamment de place. On laisse en place jusqu'à ce que ces plants portent 5 ou 6 feuilles. Cette opération n'est pas obligatoire et certains réalisent un repiquage en plein champ directement à partir des plantules issues de la pépinière.

  • Repiquage en terre :

Le repiquage, à l’extérieur en pleine terre, se fait 3 semaines plus tard (ou 6 semaines après semis) lorsque les plants ont atteint une hauteur de 15 cm. Il est alors important de bien espacer ces plants (environ 80 cm entre chacun). Cette plante demande beaucoup de lumière, pendant le plus longtemps possible, et il faut veiller à l'arroser. Désherbage au sarcloir ou mécanique.

  • Récolte :

La récolte se fait juste avant la floraison en récupérant les feuilles. Ne pas oublier de conserver une partie des plantes intactes pour la récolte des akènes contenant les graines. (environ 12 000 graines/gramme). Elles ont une faculté germinative supérieure à 90 % et une longévité de 3 ans à température ambiante.

  • Séchage :

Il est très important de faire sécher les feuilles à l'abri du soleil sinon la matière active disparaît. Une fois sèches (2 à 3 jours dans une atmosphère sèche et aérée), les feuilles sont prêtes.

  • Réduction en poudre et utilisation : les feuilles et les jeunes tiges peuvent être réduites en poudre dans un blinder puis tamisée à l'aide d'un tamis ou d'une passoire. La poudre d'Artemisia sera consommée telle quelle : une cuillère à café rase (500 à 1000 mg/jour) en préventif chaque matin. En curatif, en cas de crise, toutes les 6 heures soit 4 fois par jour réparties au mieux sur la journée pendant 7 à 8 jours. Si on mélange la poudre avec du miel ou de la confiture pour en atténuer la forte amertume, il faut le faire au moment de consommer et non à l'avance : risque d'altérer la substance active.
  • La poudre de plante est plus efficace que la tisane parce que les lactones et les flavonoïdes qu'elle contient sont peu solubles dans l'eau. Si on fait de la tisane il faut 10 grammes de plantes pour un litre à consommer dans la journée. Pour les bébés et le jeunes enfants on peut faire des suppositoires avec de la graisse et de la poudre mélangées et préparées au dernier moment : exemple une cuillère à café de beurre de karité et une demi cuillère à café de poudre. Pour un adulte prendre une cuillère à café de poudre.
  • Mode d'action : la fonction peroxyde de la molécule d'artémisine d'Artemisia annua réagit avec les ions fer en libérant un radical oxygène libre extrêmement oxydant et fatal pour les cellule riches en fer. Ce qui explique la destruction des parasites du sang (Plasmodium falciparum) ou leur forte inhibition ainsi que la destruction des cellules tumorales (cancer du poumon)[1]. D'autres substances contenues dans la plante entière agissent en synergie pour une efficacité supérieure, il s'agit en fait d'une multi thérapie (d'après le Docteur Omnius).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b The Plant List, consulté le 24 novembre 2018
  2. (en) « Hard to swallow - Is it possible to gauge the true potential of traditional Chinese medicine? », Nature, vol. 448,‎ , p. 105-106 (DOI doi:10.1038/448106a, lire en ligne).
  3. a b et c (en) « 40. Artemisia annua Linnaeus, Sp. Pl. 2: 847. 1753.  », sur Flora of China (consulté le 24 novembre 2018).
  4. Tropicos, consulté le 24 novembre 2018
  5. a et b Conjuguer les efforts pour lutter contre le paludisme, UniversScience.fr 12/01/2004
  6. « L'OMS publie des lignes directrices en matière de culture de la plante essentielle utilisée dans les médicaments antipaludiques », sur http://www.who.int, (consulté le 28 octobre 2018)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Barbara Blanc, Bernard Weniger et Jean-Pierre Nicolas, Réflexions autour de la culture d'Artemisia annua et de la production d'artémisinine, Ethnopharmacologia, n°41, 82-88, 2008.
  • Lucile Cornet-vernet, Laurence Couquiaud, Jean-Louis Lamboray, Artemisia : une plante accessible à tous pour éradiquer le paludisme, Actes Sud, coll. « Domaine du Possible », , 186 p. (ISBN 9782330111144).

Liens externes[modifier | modifier le code]

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