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Armand Marc de Montmorin Saint-Hérem

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Armand Marc de Montmorin Saint-Hérem
Illustration.
Armand Marc, comte de Montmorin Saint-Hérem.
Fonctions
Principal ministre d'État

(1 an, 2 mois et 25 jours)
Monarque Louis XVI
Prédécesseur Jacques Necker
Successeur Jean-Marie Roland de La Platière (ministre de la Justice)
Biographie
Date de naissance
Lieu de naissance Courpière
Drapeau du royaume de France : entièrement blanc Royaume de France
Date de décès (à 46 ans)
Lieu de décès Paris
Drapeau du Royaume de France Royaume de France
Famille Famille de Montmorin de Saint-Hérem

Signature de Armand Marc de Montmorin Saint-Hérem

Image illustrative de l’article Armand Marc de Montmorin Saint-Hérem

Armand Marc, comte de Montmorin Saint-Hérem, né au château de la Barge, à Courpière, le , et mort à Paris, dans la prison de l'Abbaye, le lors des massacres de Septembre, est un homme politique français.

D'origine auvergnate, Armand-Marc de Montmorin Saint-Hérem est le fils d'un compagnon d'armes du maréchal de Saxe devenu gouverneur de Belle-Ile. Il fait partie pendant un moment de l'entourage du Dauphin[1].

Diplomate jusqu'à la Révolution française

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Après avoir été ambassadeur du Roi de France en 1774 auprès de Clément Wenceslas de Saxe, électeur de Trèves, oncle maternel de Louis XVI, le comte de Montmorin est envoyé de 1778 à 1784 en poste à Madrid comme ambassadeur, où il est notamment chargé de négocier l'entrée en guerre du royaume d'Espagne aux côtés de la France et des insurgents nord-américains, contre le royaume d'Angleterre.

Sa mission, menée avec ténacité, vient à bout des réticences du vieux roi Charles III d'Espagne (1716-1788) et du gouvernement espagnol (le marquis de Sonora) qui craignaient à juste titre que les aspirations des colons anglais à l'indépendance se propagent dans leurs colonies sud-américaines. Le 12 avril 1779, le traité d'alliance est signé à Aranjuez[2].

L'intérêt du comte de Montmorin pour la question américaine perdure bien après son ambassade à Madrid si l'on en croit les mémoires de l'agent américain Gouverneur Morris, ambassadeur des États-Unis à Paris sous la Révolution, qui relate ses nombreux contacts avec Montmorin dans le but de développer les échanges commerciaux entre les deux nations[3].

En 1784, à la demande du Contrôleur général des finances Calonne, il remplace le marquis d'Aubeterre au poste de commandant en chef en Bretagne[4], rejoignant l'Assemblée des notables de Bretagne[1].

Dernier ministre des Affaires étrangères de Louis XVI

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A la mort de Vergennes, il devient ministre des Affaires étrangères de Louis XVI, le 14 février 1787, puis secrétaire d'État à la Marine, par intérim du 25 août au 24 décembre 1787 (en attendant que César Henri de La Luzerne, alors gouverneur général des Isles sous-le-vent, rentre à Paris).

Renvoyé le en même temps que Necker, il est rappelé après la journée du .

Pendant la Révolution française

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On peut le qualifier de « monarchiste », c'est-à-dire de contre-révolutionnaire modéré, convaincu qu'il est de la nécessité d'accepter certaines réformes pour sauver la monarchie.

Pendant son ministère, il met sur pied, avec Mirabeau, le fameux « atelier de police » dont Danton est l'un des agents[5].

Sorti du ministère le 20 novembre 1791, il forme avec Malouet, Molleville et quelques autres une police secrète dénoncée par le journaliste Carra dans son journal, les Annales patriotiques et littéraires, sous le nom de comité autrichien[6].

La correspondance de Mirabeau et du comte de La Marck[7] relate des lettres de sa part, par exemple le 13 juillet 1792 (suite à la prise de Tuileries le 10 août 1792) sur les dispositions du peuple de Paris, las et fatigué à l'excès[8] :

Il ne se portera à rien, ni pour ni contre le roi... Il ne se remue plus pour rien ; les émeutes sont absolument factices ; cela est si vrai, qu'ils ont été obligés de faire venir du monde du Midi pour en faire. Presque tous ceux qui ont forcé les portes des Tuileries ou plutôt qui y sont entrés, le 20 juin, étaient étrangers ou curieux, rassemblés par le spectacle que représentait cette horde de piques, de bonnets rouges, etc. Tout cela était si poltron, qu'ils s'enfuyaient au seul mouvement de présenter les armes que fit une partie de la garde nationale à l'arrivée d'une députation de l'Assemblée, et les chefs furent obligés de les rassurer et de leur dire qu'on ne voulait pas tirer sur eux.

Justement, après cette prise des Tuileries et l'incarcération de la famille royale, il essaie de se cacher, mais est découvert et envoyé en prison[9]. Déplaisant par sa modération vis-à-vis des ennemis de l'extérieur[1], il est jugé par le tribunal le 17 août et à nouveau emprisonné, il est massacré par un groupe de révolutionnaires, le 2 septembre 1792[10].

Ses restes sont probablement dans les catacombes de Paris[11].

Armand-Marc de Montmorin Saint Hérem est le fils d'Armand-Gabriel de Montmorin de Saint-Herem, capitaine au régiment de Noailles, lieutenant général pour le Roi au gouvernement de Verdun, menin du Dauphin, et de Catherine-Marie Le Gendre de Collandres, dame de la châtellenie de Gaillefontaine.

Petit-fils de Joseph-Gaspard de Montmorin de Saint-Hérem, officier, puis entré dans les ordres et devenu évêque d'Aire, il est issu d'une ancienne famille de la noblesse d'Auvergne, éteinte au XIXe siècle dans la maison d'Aurelle, qui en a relevé le nom[12].

Il est aussi l'arrière-petit-fils de Marc René de Voyer de Paulmy, marquis d'Argenson, garde des sceaux de France de 1718 à 1720[13].

Il épouse le 27 août 1763 à Authézat sa cousine germaine Françoise de Tane (1741-1794), fille d'Antoine, comte de Tane, et de Marie-Louise-Alexandrine de Montmorin.

Françoise de Tane et son fils sont recueillis au début de la Révolution en Bourgogne par Antoine Mégret, comte de Sérilly (fils d'Antoine), et son épouse Anne-Louise de Domangeville. Arrêtés, ils sont finalement guillotinés le 10 mai 1794 avec leur protecteur, dans la même charrette que Madame Élisabeth, sœur du roi.

Cinq enfants sont issus de ce mariage[14] :

  • Hugues Calixte de Montmorin, officier de chasseurs, né le 5 novembre 1771 à Versailles (paroisse Notre-Dame), guillotiné le 10 mai 1794, le même jour que sa mère ;
  • François Augustin Marie Henriette, usuellement appelé Auguste de Montmorin, né le 26 juin 1775 à Versailles (paroisse Notre-Dame), enseigne de vaisseau, mort accidentellement, avec son camarade Navaillès à l'île Bourbon le 29 janvier1797, leur chaloupe ayant chaviré ;
  • Victoire Marie Françoise de Montmorin, née le 10 août 1765 à Paris, dame de Madame Victoire de France, fille du Roi Louis XV, morte en prison pendant la Révolution le 6 juillet 1794. Elle épousa à Condé-Sainte-Libiaire (Seine-et-Marne) le 7 octobre 1784 César Guillaume, comte de La Luzerne (1763-1833), fils de César Henri, comte de La Luzerne, ministre de la Marine du Roi Louis XVI, et de Marie-Adélaïde Angran d'Alleray. De ce mariage, sont issues deux filles. Victoire est connue aussi pour sa relation avec Charles-Michel de Trudaine (1766-† guillotiné le 26 juillet 1794 alias le 8 thermidor an II, avec son frère aîné Charles-Louis, l'époux de Mme Trudaine, à la veille de la chute de Robespierre ; deux petits-fils de Daniel-Charles[15]), dont elle eut une fille en 1793, Elisa Bouvard de Fourqueux (1793-1867 ; Postérité ; son nom vient de sa grand-mère paternelle, la mère donc de Charles-Michel et de Charles-Louis : Rosalie Bouvard de Fourqueux)[16],[17]. Victoire ne fut pas condamnée à mort car elle avait sombré dans la folie. Soutenue dans sa captivité par la comtesse de Sérilly, qui, elle aussi, avait de peu échappé à la guillotine, elle se laissa mourir, tandis que son amant, Charles Michel de Trudaine, fut guillotiné quelques semaines plus tard le même jour que son frère Charles-Louis, et un jour après leur ami, le poète André Chénier ;
  • Marie Michelle Françoise Pauline de Montmorin (1768-1803), née le 15 août 1768 à Mussy-sur-Seine, mariée le 25 septembre 1786 à Paris (Saint-Sulpice) avec Christophe François, comte de Beaumont d'Auty, séparée de son époux (le divorce ne sera prononcé que le17 novembre 1799), elle est connue pour avoir été le grand amour de François-René de Chateaubriand, avant de mourir prématurément de la tuberculose auprès de lui, le 4 novembre 1803 à Rome, sans postérité.
  • une enfant née en 1769, décédée le 20 septembre 1771 à Paris (Saint-Roch).

Propriétés familiales

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En 1781, il avait acheté à Paris un hôtel particulier, rue Plumet, aujourd'hui rue Oudinot, qui depuis a gardé le nom d'hôtel de Montmorin et abrite aujourd'hui le ministère des Outre-mer[18].

Le 21 octobre 1790, il avait vendu l'ancienne châtellenie de Gaillefontaine, héritée de sa mère, à M. du Ruey[19].

Notes et références

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  1. a b et c Dictionnaire d'histoire de France, Perrin, (ISBN 2-262-01321-7)
  2. Histoire de la participation de la France à l'établissement des États-Unis d'Amérique. Correspondance diplomatique et documents (6 volumes, 1886-1899) Texte en ligne 1 2 3 4 5 6.
  3. (en) The Diary and Letters of Gouverneur Morris, Minister of the United States to France; Member of the Constitutional Convention, éd. Anne Cary Morris (1888). 2 vols. online version.
  4. Armand Rébillon, Les États de Bretagne de 1661 à 1789, Paris, Éditions Picard, , p. 394-395.
  5. Honoré-Gabriel de Riquetti comte de Mirabeau (dir.) et Adolphe Fourier de Bacourt, Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de La Marck pendant les années 1789, 1790 et 1791, t. 2, Paris, A. Pagny, , 453 p. (OCLC 832707088, lire en ligne), p. 170.
  6. Annales patriotiques et littéraires de la France, et affaires politiques de l'Europe : journal libre par une Société des Écrivains Patriotes, t. 1-3, Paris, Buisson, , 406 p. (lire en ligne), PA79.
  7. Honoré-Gabriel de Riqueti comte de Mirabeau, Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de La Marck: pendant les années 1789, 1790 et 1791, Ve. Le Normant, (lire en ligne)
  8. Hippolyte Taine (préf. Jean-Paul Cointet), Les origines de la France contemporaine, Paris, Rober Laffont, collection Bouquins, (ISBN 978-2221122181)
  9. Luc-Normand Tellier, Face aux Colbert : les Le Tellier, Vauban, Turgot et l'avènement du libéralisme (lire en ligne).
  10. Louis-Gabriel Michaud, Biographie universelle ancienne et moderne ou histoire par ordre alphabétique, de la vie privée et publique de tous les hommes qui se sont fait remarquer par leurs écrits, leurs actions, leurs talents, leurs vertus ou leurs crimes, t. 23, Paris, Ch. Delagrave, , 660 p. (lire en ligne), p. 271.
  11. https://www.tombes-sepultures.com/crbst_755.html
  12. Comte Albert de Remacle, Dictionnaire généalogique, Familles d'Auvergne, tome 2, Clermont-Ferrand, ARGHA, , 135 p. (ISBN 978-2-9503286-5-6, BNF 36595033), p. 594-604
  13. Georges Martin, Histoire et généalogie de la Maison de Voyer de Paulmy d'Argenson, Lyon, l'auteur, , 242 p., p. 54 & 175
  14. Comte Albert de Remacle, Dictionnaire généalogique, Familles d'Auvergne, tome 2, Clermont-Ferrand, ARGHA, , 135 p. (ISBN 978-2-9503286-5-6, BNF 36595033), p. 603-604
  15. « Charles-Louis Trudaine (1764-1794) », sur Histoire de la Bibliophilie, par Jean-Paul Fontaine, article posté le 15 mars 2016
  16. « Elisa Bouvard de Fourqueux, fille naturelle de Victoire de Montmorin St-Herem et de Charles-Michel de Trudaine », sur Man8Rove
  17. Michel de Gouberville, Composition sociologique et géographique d'une ascendance au temps du Roi-soleil, Sans lieu, l'auteur, , 122 p., p. 47-62
  18. https://paris-promeneurs.com/l-hotel-de-montmorin-le-ministere-des-outremer/
  19. Abbé J.-E. Decorde, Essai historique et archéologique sur le canton de Forges les Eaux, Paris & Rouen, Derache & Lebrument, , VIII+327, p. 156-157

Bibliographie

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  • Arnaud de Maurepas, Antoine Boulant, Les Ministres et les ministères du siècle des Lumières (1715-1789). Étude et dictionnaire, Paris, Christian-JAS, 1996, 452 p.
  • A. Bardoux, Pauline de Montmorin, comtesse de Beaumont : études sur la fin du XVIIIe siècle (Paris, 1884), pour une défense de la politique de Montmorin.
  • F. Masson, Le Département des affaires étrangères pendant la révolution, 1787-1804, ch. ii. (Paris, 1877).
  • A. de Bacourt, Correspondance entre Mirabeau et le comte de La March, 1789-1791, (3 vols., Paris, 1851), contient de nombreuses lettres de Montmorin.
  • « Correspondance du Comte de Moustier avec le Comte de Montmorin », dans The American Historical Review, vol. VIII. (1902-1903).
  • Jean-Philippe Zanco, Dictionnaire des Ministres de la Marine 1689-1958, S.P.M. Kronos, Paris 2011.
  • Gustave Chaix d'Est-Ange, Dictionnaire des familles françaises anciennes ou notables à la fin du XIXe siècle, tome 2, pages 82 à 83, Aurelle des Cornais et de Montmorin Saint-Hérem (d')
  • François Nivet, Je t’aime du meilleur de mon cœur - Lettres inédites d’Armand Marc de Montmorin à sa fille Pauline de Beaumont (1781-1791), Les Amis du Vieux Villeneuve-sur-Yonne, juillet 2025, 175 p. Nos publications récentes – LES AMIS DU VIEUX VILLENEUVE-SUR-YONNE (A.V.V.)

Articles connexes

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Liens externes

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