Armée du salut des Rohingya de l'Arakan

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Armée du salut des Rohingya de l'Arakan
Image illustrative de l’article Armée du salut des Rohingya de l'Arakan

Idéologie Islamisme (accusé, officiellement nié)[1]
Nationalisme rohingya
Objectifs Protection des populations rohingyas contre l'armée birmane
Statut Actif
Fondation
Date de formation 2013[2]
Pays d'origine Drapeau de la Birmanie Birmanie
Actions
Zone d'opération État d'Arakan
Frontière entre le Bangladesh et la Birmanie
Période d'activité 2013[2] - aujourd'hui
- aujourd'hui (militairement)
Organisation
Chefs principaux Ataullah abu Ammar Jununi (en)[3],[4]
Membres ~ 200 (janvier 2018)[5],[6]

500[7],[8]-600[9] (2016-17, estimation)

Répression
Considéré comme terroriste par Drapeau de la Birmanie Birmanie[10]
Drapeau de la Malaisie Malaisie[11]
Conflit rohingya (en)
* Conflit dans l'État d'Arakan (depuis 2016)
Drapeau de l'Armée du salut des Rohingya de l'Arakan.

L'Armée du salut des Rohingya de l'Arakan (ARSA)[12],[13],[14], en birman : အာရ်ကန်ရိုဟင်ဂျာ ကယ်တင်ရေးတပ်မတော် (appelée aussi localement Harakah al-Yaqin, « Mouvement de la foi » en arabe[15]), est un groupe armé composé de Rohingya, actif dans l'État d'Arakan en Birmanie[16]. Il est dirigé par Ataullah abu Ammar Jununi (en), un Rohingya né à Karachi au Pakistan et dont la famille a émigré en Arabie saoudite[15] pour échapper aux persécutions que subissaient les Rohingyas en Arakan[17]. Selon un rapport de l'International Crisis Group daté de , le chef du groupe a ensuite grandi à La Mecque[3],[4]. Les autres membres dirigeants du groupe sont constitués d'un comité de Rohingya émigrés en Arabie saoudite[18].

Le Comité central antiterroriste de Birmanie a déclaré l'ARSA groupe terroriste le conformément à la loi antiterroriste du pays[19],[20]. L'ARSA est également considérée comme un groupe terroriste par la Malaisie[11].

L'ARSA a été accusée par le gouvernement birman d'être impliquée et subventionnée par des islamistes étrangers, bien qu'il n'y ait aucune preuve solide prouvant de telles allégations[21]. L'ARSA a ensuite publié une déclaration le , qualifiant les allégations du gouvernement à son encontre de « sans fondement » et affirmant que son objectif principal est de défendre les droits des Rohingyas[22].

Histoire[modifier | modifier le code]

Avant 2016[modifier | modifier le code]

Selon l'International Crisis Group (ICG) et un porte-parole de l'ARSA, le groupe a été formé en 2013, à la suite des émeutes dans l'État d'Arakan en 2012, sous le nom de Harakah al-Yaqin (traduit par « Mouvement de la foi » en français)[2],[18]. Un ancien membre de l'ARSA a décrit comment il avait été recruté par le chef du groupe, Ataullah abu Ammar Jununi, trois ans avant les attaques d'. Ataullah avait approché des villageois, demandant à cinq à dix recrues de rejoindre son groupe et leur disant que le temps était venu de « faire cesser les mauvais traitements infligés aux Rohingyas ». Avant les attaques d', l'ARSA patrouillait simplement les villages armés de bâtons de bambou, s'assurant que les villageois priaient dans les mosquées[23]. Selon des habitants rohingyas et des responsables de la sécurité birmans, le groupe avait recommencé à approcher des hommes rohingyas de divers villages pour les recruter six mois avant sa première attaque en , cette fois avec l'intention de les entraîner de l'autre côté de la frontière au Bangladesh pour une future attaque en Birmanie[21].

2016[modifier | modifier le code]

En , sous le nom de Harakah al-Yaqin, le groupe a revendiqué la responsabilité d'attaques contre des postes frontaliers birmans le long de la frontière entre le Bangladesh et le Myanmar, qui ont fait neuf morts parmi les agents frontaliers et quatre soldats[24],[25]. Les forces armées birmanes ont annoncé le qu'un total de 69 insurgés avaient été tués par les forces de sécurité lors des récents combats[26]. L'ICG a rapporté le que lors d'entretiens avec l'ARSA, ses dirigeants ont affirmé avoir des liens avec des donateurs privés en Arabie saoudite et au Pakistan. L'ICG a également publié des informations non confirmées selon lesquelles des villageois rohingyas avaient été « secrètement entraînés » par des combattants afghans et pakistanais[3],[27].

2017[modifier | modifier le code]

Le groupe connaît une notoriété importante à partir d', à la suite des combats avec l'armée birmane, induisant de nombreux mouvements de population pour fuir ces combats[28].

En , des sources bangladaises ont déclaré que la possibilité de coopération entre l'Inter-Services Intelligence (ISI) pakistanais et l'ARSA était « extrêmement élevée »[29]. Le ministre bangladais des transports routiers et des ponts, Obaidul Quader, a déclaré lors d'une réception organisée par le haut-commissariat adjoint du pays à Calcutta, en Inde, que son pays enquêtait sur les allégations[30].

En , il a été signalé que des membres de la diaspora rohingya en Malaisie apportaient un soutien financier à l'ARSA[31].

2018[modifier | modifier le code]

2019[modifier | modifier le code]

2020[modifier | modifier le code]

Idéologie et structure[modifier | modifier le code]

Le chef de l'ARSA, Ataullah abu Ammar Jununi, a déclaré dans une vidéo publiée en ligne : « Notre objectif principal sous l'ARSA est de libérer notre peuple de l'oppression déshumanisante perpétrée par tous les régimes birmans successifs »[32]. Le groupe prétend être un groupe d'insurgés ethno-nationalistes[2] et a nié les allégations selon lesquelles ils sont islamistes, affirmant qu'ils sont laïcs[1] et « n'ont aucun lien avec des groupes terroristes ou des islamistes étrangers »[1],[12]. Cependant, l'ARSA suit de nombreuses pratiques islamiques traditionnelles telles que demander des fatwas à des religieux musulmans étrangers[33].

Contrairement à d'autres groupes d'insurgés au Myanmar, l'ARSA n'est pas organisée comme un groupe paramilitaire. Alors que d'autres groupes ont des grades et des uniformes militaires, la plupart des membres de l'ARSA sont apparus dans des vidéos portant des vêtements civils. Le groupe est également mal équipé[34],[35] ; il a été signalé que lors de leurs attaques dans le district de Maungdaw (en) le 25 août, la plupart des combattants de l'ARSA étaient armés de machettes et de bâtons de bambou. Les autorités locales ont répondu par des tirs de mitrailleuses automatiques, surpassant largement les armes de l'ARSA[23].

Les analystes ont comparé les tactiques utilisées par l'ARSA à celles utilisées par les groupes d'insurgés combattant dans le sud de la Thaïlande, à savoir traverser la frontière d'un pays à l'autre pour lancer des attaques à petite échelle, puis se replier de l'autre côté de la frontière auprès d'une communauté qui partage des traits similaires sur le plan ethnique et/ou religieux[8].

Exactions[modifier | modifier le code]

L'ARSA est accusé par Amnesty International d'exactions contre des civils hindous et notamment du massacre de 53 villageois, dont 20 hommes, 10 femmes et 23 enfants, à Kha Maung Seik, près de Maungdaw (en), le 25 août 2017[36].

Références[modifier | modifier le code]

  1. a b et c Jamie Tarabay, « Who are Myanmar's militants? Five questions about ARSA », CNN,‎ (lire en ligne [archive du ], consulté le )
  2. a b c et d (en-US) Mike Winchester, « Birth of an ethnic insurgency in Myanmar », Asia Times,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  3. a b et c Jacob J, « Rohingya militants in Rakhine have Saudi, Pakistan links, think tank says » [archive du ], (consulté le ).
  4. a et b Paul Millar, « Sizing up the shadowy leader of the Rakhine State insurgency », Southeast Asia Globe Magazine,‎ (lire en ligne [archive du ], consulté le )
  5. Kocha Olarn et James Griffiths, « Myanmar military admits role in killing Rohingya found in mass grave », CNN,‎ (lire en ligne [archive du ], consulté le )
  6. « 'Beyond comprehension': Myanmar admits killing Rohingya », www.aljazeera.com,‎ (lire en ligne [archive du ], consulté le )
  7. Katie Hunt CNN, « Myanmar Air Force helicopters fire on armed villagers in Rakhine state », CNN,‎ (lire en ligne [archive du ], consulté le )
  8. a et b Bertil Lintner, « The truth behind Myanmar’s Rohingya insurgency », Asia Times,‎ (lire en ligne [archive du ], consulté le )
  9. Subir Bhaumik, « Myanmar has a new insurgency to worry about », South China Morning Post,‎ (lire en ligne [archive du ], consulté le )
  10. (en) Mratt Kyaw Thu et Oliver Slow, « With ARSA attacks, northern Rakhine plunges into new, darker chapter », Frontier Myanmar,‎ (lire en ligne [archive du ], consulté le )
  11. a et b « List of Individuals, Entities and Other Groups and Undertakings Declared by the Minister of Home Affairs As Specified Entity Under Section 66B(1) », Ministry of Home Affairs of Malaysia (consulté le )
  12. a et b (en) Joe Freeman, « Myanmar's Rohingya Insurgency Strikes Pragmatic Note », VOA,‎ (lire en ligne [archive du ], consulté le )
  13. (en) « Rohingya 'Army' stresses right to self-defence in first statement », Frontier Myanmar,‎ (lire en ligne [archive du ], consulté le )
  14. « Myanmar's armed Rohingya militants deny terrorist links », Fox News,‎ (lire en ligne [archive du ], consulté le )
  15. a et b La Libre.be, « La rébellion rohingya : l'Armée du salut des Rohingyas de l'Arakan », La Libre Belgique,‎ (lire en ligne, consulté le )
  16. « L'Arsa, une rébellion armée aux contours encore flous », Libération,
  17. AFP, « Le leader rebelle rohingya Ata Ullah, héros ou fléau pour son peuple »,
  18. a et b « An army crackdown sends thousands fleeing in Myanmar », The Economist,‎ (lire en ligne [archive du ], consulté le )
  19. « The Republic of the Union of Myanmar Anti-terrorism Central Committee Statement » [archive du ], National Reconciliation and Peace Centre (consulté le )
  20. « Exclusive: Is this the final confrontation for the Rohingya? » [archive du ], sur Dhaka Tribune, (consulté le )
  21. a et b Wa Lone, Simon Lewis et Krishna N. Das, « Myanmar Says Foreign Islamists Instigated Series of Attacks », Reuters,‎ (lire en ligne [archive du ], consulté le )
  22. Reuters, « Thousands of panic-stricken civilians flee fighting in Myanmar's northwest », Japan Times,‎ (lire en ligne [archive du ], consulté le )
  23. a et b Jonathan Head, « The truth about Rohingya militants », BBC News,‎ (lire en ligne [archive du ], consulté le )
  24. « Myanmar policemen killed in Rakhine border attack », BBC News,‎ (lire en ligne [archive du ], consulté le )
  25. « Rakhine unrest leaves four Myanmar soldiers dead », BBC News,‎ (lire en ligne [archive du ], consulté le )
  26. (en) Antoni Slodkowski, « Myanmar army says 86 killed in fighting in northwest », Reuters India,‎ (lire en ligne [archive du ], consulté le )
  27. « Rohingya insurgency a 'game-changer' for Myanmar »(Archive.orgWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?), Bangkok Post (consulté le ).
  28. « Rohingyas : HRW dénonce “une stratégie de la terre brûlée” en Birmanie », sur RFI,
  29. (en) Sudhi Ranjan Sen, « As Rohingya deepens, Bangladesh fears Pakistan's ISI will foment trouble », India Today,‎ (lire en ligne, consulté le )
  30. Avijit Ghosal, « Dhaka probing ISI-Rohingiya terror link, says Bangladesh minister Obaidul Quader », Hindustan Times,‎ (lire en ligne [archive du ], consulté le )
  31. Zam Yusa, « Rohingya in Malaysia funding Myanmar insurgent group, says source », Free Malaysia Today,‎ (lire en ligne, consulté le )
  32. (en) « Southeast Asia's Newest Rebel Group Calls Bangladesh 'Great Neighbor' » [archive du ], sur Radio Free Asia (consulté le )
  33. (en) « Pakistan-born leader of Arsa militants trained in modern guerilla warfare », The Straits Times,‎ (lire en ligne [archive du ], consulté le )
  34. Faisal Erdoos, « ARSA: Who are the Arakan Rohingya Salvation Army? », www.aljazeera.com,‎ (lire en ligne [archive du ], consulté le )
  35. (en) « Machetes vs machine guns: Rohingya militants outgunned in Myanmar », Hindustan Times,‎ (lire en ligne [archive du ], consulté le )
  36. « Un groupe armé rohingya massacre des dizaines d'Hindous », Amnesty International,

Articles connexes[modifier | modifier le code]