Argument circulaire

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L’argument circulaire ou le raisonnement circulaire est, dans la philosophie du langage, en rhétorique et en épistémologie, l’argument qui consiste à supposer comme prémisse ce que l’argument veut prouver. C'est un cas particulier de la pétition de principe.

On nomme argument circulaire un argument où une proposition A utilise pour sa justification une proposition B dans le même temps que la justification de la proposition B nécessite la vérité de la proposition A. Un tel argument peut constituer une forme de sophisme, c'est à dire un raisonnement erroné volontairement trompeur, ou alors une erreur de raisonnement logique involontaire lorsque son auteur n'a pas décelé la boucle.

Comique parce qu'évident dans des phrases courtes, ce type d'argumentation peut devenir au contraire beaucoup plus difficile à déceler lorsque la boucle se rallonge et comporte plus de deux éléments, et lorsque la proposition A est reformulée avec des termes différents pour soutenir la proposition B. Car le "retour" saute moins aux yeux, alors qu'au contraire, toute la construction de l'argumentation semble (et est) localement et à chaque instant, pertinente et logique.

Le raisonnement circulaire survient aussi fréquemment lorsqu'on utilise de façon imprécise dans un raisonnement des résultats scientifiques établis par d'autres personnes, alors qu'on ne connait pas les prémisses qui ont été utilisées pour les établir. Il se peut alors que parmi les prémisses utilisées, que l'on a pas vérifié, l'une d'elles soit ce que l'on cherche à démontrer à partir de ces résultats, ce qui rend évidement le raisonnement invalide d'un point de vue rationnel et scientifique. La boucle peut devenir très difficile à détecter lorsque des chercheurs ont utilisé les travaux d'autres chercheurs comme prémisses, qui ont eux aussi utilisé des travaux d'autres chercheurs dans leurs prémisses, et ainsi de suite. Ce risque est élevé dans les sciences humaines et sociales qui expriment souvent leurs raisonnements sous forme de discours complexes avec de multiples formulations possibles pour une même proposition et en utilisant de nombreuses références, ou lors de l'utilisation interdisciplinaire des donnés scientifiques. Ce type d'erreur est également fréquemment commis par la vulgarisation scientifique et l'enseignement, qui tendent à déformer le discours scientifique pour leur besoin de simplification didactique ou scénographique.

Toutefois, les arguments circulaires ne sont pas entièrement dénués d'intérêt pour autant : leur présence indique qu'un système comprenant les propositions A et B ne serait pas nécessairement autocontradictoire, ce qui constitue un début de connaissance à son sujet, sous réserve que A aussi bien que B soient correctement définis en termes opérationnels. Ce type de boucles stables est considéré en détail à travers de nombreux exemples dans le livre de Douglas Hofstadter : « Gödel, Escher, Bach ».

Exemples[modifier | modifier le code]

  • « Notre bureaucratie est un élément capital dans notre fonctionnement (proposition A), car elle génère de nombreux documents, qui je le rappelle, sont extrêmement précieux ! (proposition B) puisqu'utiles au fonctionnement convenable de notre glorieuse bureaucratie, si vitale ! ».
  • « La Bible est la preuve que Dieu existe, et la Bible ne peut mentir ni se tromper car elle est inspirée de Dieu. ».
  • « Si tu critiques la véracité et l'inspiration divine de la Bible c'est que tu es incité à le faire par le Diable car c'est la Bible qui le dit et la Bible est le livre de Dieu. ».

Voir aussi[modifier | modifier le code]