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Archives nationales de Luxembourg

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Les Archives nationales de Luxembourg dans les anciennes casernes du Plateau du Saint-Esprit.

Les Archives nationales de Luxembourg (ANLux) constituent la mémoire historique du Grand-Duché de Luxembourg ainsi que de la société luxembourgeoise. En effet, les sources historiques conservées témoignent du passé politique, religieux, culturel, social et économique du Luxembourg. Elles constituent une des plus grandes richesses du patrimoine national et permettent de reconstituer et de mieux comprendre l’histoire du Grand-Duché. Les ANLux font partie des instituts culturels de l’État et sont placées sous la tutelle officielle du Ministère de la Culture.

Elles se trouvent au Plateau du Saint-Esprit à Luxembourg-Ville[1].

Guillaume Ier, roi des Pays-Bas et grand-duc de Luxembourg, est à l'origine de la volonté de création d'archives nationales.

Les premières traces de volonté politique d'établir des archives au Luxembourg se trouvent après la création du Grand-duché de Luxembourg quand le premier grand-duc, Guillaume d'Orange-Nassau, également roi des Pays-Bas, entend unifier ses différents peuples et faire de son grand-duché la dix-huitième province du royaume uni des Pays-Bas sur lequel il règne en maître. À ce titre, le parait un arrêté royal donnant instruction aux autorités locales de prendre des mesures pour faire découvrir, examiner et mettre au jour les documents concernant l’histoire des Pays-Bas dans le but de créer une identité nationale néerlandaise. Une circulaire du ministre de l’Intérieur, Pierre van Gobbelschroy, demande aux gouverneurs de le renseigner sur l’état des archives de leurs provinces respectives. Le gouverneur du Luxembourg, Jean-Georges Willmar, répond que celles-ci sont « dans une confusion affligeante, faute de place pour les trier et les ranger »[2].

La création d'un entrepôt central pour abriter le futur « bureau des Archives provinciales » est décidée en 1830 à Luxembourg-ville et un architecte arrive de Bruxelles afin de lancer le projet, mais la révolution belge interrompt cet élan. La Belgique proclame son indépendance du royaume uni des Pays-Bas le et en profite pour annexer le Luxembourg. Toutefois, la ville de Luxembourg, capitale grand-ducale et plus grande ville du territoire, ne peut devenir le chef-lieu de la nouvelle province belge de Luxembourg car la puissante forteresse qui l'entoure est occupée par une garnison de l'armée prussienne en vertu de l'appartenance du grand-duché à la confédération germanique. Cette situation entraine la délocalisation, initialement provisoire, du chef-lieu et des institutions belges à Arlon. Pendant ce temps, à Luxembourg, le personnel du tribunal entreprend le classement des archives judiciaires à partir de 1835, l'inventaire est achevé le .

Scission du Grand-Duché de Luxembourg

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Après la reconnaissance de l'indépendance de la Belgique par Guillaume Ier en 1838, les grandes puissances font opérer la scission du grand-duché de Luxembourg le par le biais du traité des XXIV articles. La Belgique doit rendre le Grand-duché de Luxembourg à son propriétaire, le grand-duc Guillaume, mais est autorisée à conserver la partie occidentale francophone, le « quartier wallon », qui devient l'actuelle province de Luxembourg. Le Pays d'Arlon, pourtant germanophone, fait exception à la séparation linguistique et demeure belge pour des raisons politiques[3]. Les archives font alors l'objet d'un partage entre les deux pays, les documents intéressant les localités devenues belges étant transférés au dépôt des Archives de l'État à Arlon, les autres à Luxembourg.

Les dépôts belges et luxembourgeoises sont dès lors complémentaires pour l'époque précédant 1839 (Conseil de Luxembourg, États provinciaux du Luxembourg, Commission des charges publiques, Administration du département des Forêts, Administration du Grand-Duché, etc.). À côté des archives historiques, administratives ou judiciaires, existent des archives ecclésiastiques, seigneuriales, des fonds de familles, de particuliers, d'entreprises ou d'associations diverses, une collection de presse et de cartes et plans.

En 1867, le départ de l'armée prussienne en garnison dans la forteresse de Luxembourg, libère de nombreux bâtiments, dont ceux des futures Archives nationales.

Le , l'ancien « bureau des Archives provinciales » prend le nom d’« Archives du gouvernement grand-ducal ». Le service est dirigé par Louis Deny (lb) et relève directement du secrétaire général du nouveau gouvernement du Luxembourg. Le dépôt de l’hôtel du gouvernement est très vite saturé et les opérations de transfert des archives « belges » relatives à la province de Luxembourg vers les Archives de l'État à Arlon prennent du temps et ne s’achèvent qu’en 1847. Le , le nouveau grand-duc de Luxembourg, Guillaume II, fait paraitre un arrêté royal grand-ducal créant la « Société pour la recherche et la conservation des monuments historiques et archéologiques concernant le grand-duché de Luxembourg et le territoire de l’ancien duché de Luxembourg »[4]. Dès 1846, celle-ci lance un appel aux Luxembourgeois pour qu’ils lui remettent tous les objets et documents témoins du « glorieux souvenir » du passé, ce qui lui permet de constituer un premier dépôt d’archives historiques.

Le , la Chambre des députés se penche sur la question des archives du pays après un énième rapport de Louis Deny, mettant en évidence la carence des locaux et le manque de personnel. Mais il se heurte au manque d'enthousiasme de nombreux hommes d'état, dont le président du gouvernement, Victor de Tornaco, qui déclare[5] :

« Messieurs, les archives d’un pays ont certainement beaucoup d’importance ; mais il faut réduire cette importance à sa juste valeur. Les archives ont de l’importance pour les savants, pour ceux qui écrivent l’histoire d’un pays ; mais elles n’exigent point, pour être consultées, d’être précisément placées dans des bâtiments spéciaux. Quand elles ont une valeur historique réelle on sait même les trouver dans les greniers. [...] Elles existent d’ailleurs depuis de nombreuses années et jamais on n’a songé à leur donner cette immense importance qu’on leur prête aujourd’hui [...] »

En 1864, la Belgique demande le rapatriement à Bruxelles des archives des Pays-Bas autrichiens transférées de Bruxelles à Vienne en 1794, afin de les mettre à l’abri des Français, dont l'empereur Napoléon III envisage de racheter le Luxembourg.

En 1867, l'évacuation des troupes de l'armée prussienne en garnison dans la forteresse de Luxembourg, libèrent d'immenses bâtiments qui seront repris par l'état. La décision de construire un véritable dépôt d’archives dans la cour de l’hôtel du gouvernement est alors prise en 1884.

Selon la loi modifiée du portant réorganisation des instituts culturels de l'État[6], les Archives nationales de Luxembourg ont pour mission de :

  • de collecter, de réunir, de conserver, de classer, d'inventorier, d'étudier et de communiquer des documents d'intérêt historique, scientifique, économique, sociétal et culturel national ;
  • de conseiller les producteurs ou détenteurs d'archives, publiques ou privées, sur le classement, l'inventorisation et la conservation de leurs archives ;
  • d'assurer l'encadrement et d'élaborer des recommandations sur la manière d'organiser, de gérer, de conserver les archives publiques et de les verser aux Archives nationales ;
  • d'accepter des archives privées par don, legs ou dépôt en vue de leur intégration ou de leur mise en dépôt aux Archives nationales et d'acquérir au profit de l’Etat des archives privées d’intérêt historique, scientifique, économique, sociétal ou culturel ;
  • d'assurer la protection et la préservation des archives publiques et des archives privées classées conformément à la loi du relative à l'archivage ;
  • d'organiser des expositions temporaires, des colloques, des conférences ainsi que des activités pédagogiques qui sont en rapport avec nos activités dans le but de valoriser le patrimoine archivistique national et de sensibiliser le public à l'importance de la conservation de ce patrimoine ;
  • de sensibiliser les institutions, administrations et services publics aux techniques de l'archivage et à la conservation des documents d'intérêt historique, scientifique, économique, sociétal et culturel national ;
  • de contribuer au développement de l'archivistique au niveau national et au niveau international.

Les Archives nationales s'intègrent dans le vaste réseau des instituts culturels luxembourgeois qui comprennent des bibliothèques, des médiathèques, des musées et qui animent la vie culturelle, intellectuelle et sociale du pays.

Étant donné que le monde archivistique est en pleine mutation depuis plusieurs années et que les tâches incombant aux ANLux ont évolué, une nouvelle loi sur l'archivage actuellement en élaboration devra prendre en compte ces changements.

Fonds et collections

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Les dépôts des Archives nationales abritent actuellement environ 45 km d’archives et 30 000 microfilms. Afin de faciliter la gestion de ces archives, elles sont réparties dans différentes sections, dont chacune se compose de plusieurs fonds.

  • Section ancienne
  • Section moderne
  • Section contemporaine
  • Section administrative
  • Section économique
  • Section iconographique

Accès aux fonds d'archives

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Toute personne détentrice d'une carte de lecteur gratuitement disponible aux Archives nationales a le droit de consulter les documents qui y sont conservés.

Le règlement grand-ducal du 15 janvier 2001règle la consultation des documents d'archives. En principe - hormis les exceptions définies dans le dit règlement - les documents publics conservés aux Archives nationales sont librement consultables dans les salles de lecture à partir d'un délai de 30 ans après leur création.

L'accès du public aux fonds d'archives privées est déterminé d'un commun accord entre le propriétaire des archives et les ANLux[7].

En vue de garantir la conservation à long terme des documents d'archives, les ANLux ont le droit de retirer temporairement de la consultation des documents très fragiles ou fortement endommagés.

Exploitation et mise en valeur du patrimoine historique

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Allant au-delà de leur cœur de métier que sont la conservation, l’inventorisation et la mise à disposition de documents historiques, les Archives nationales de Luxembourg contribuent à la recherche scientifique et historique en s’engageant activement dans plusieurs projets de recherche, dont le projet « Terres rouges – Histoire de la sidérurgie luxembourgeoise » destiné à illustrer les multiples facettes des deux industries minière et métallurgique implantées au Grand-Duché.

En vue de faire connaître le patrimoine conservé dans leurs dépôts et souvent peu connu, les ANLux organisent régulièrement des expositions et conférences ou publient des ouvrages illustrant l'histoire du Grand-Duché. Des visites guidées permettent au public de découvrir de près des documents ayant façonnée le destin du Grand-Duché et des ateliers pédagogiques sont proposés aux classes scolaires ou autres groupes de jeunes.

Perspectives et orientation

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Comme tous les domaines liés à l'information, celui des archives a été bouleversé par la révolution technologique de l'informatique. Il a été amené à revoir progressivement ses conceptions traditionnelles en matière de collecte, de traitement et d'exploitation des archives. De très importants efforts sont entrepris en vue de numériser et de mettre en ligne des archives publiques et privées, gratuitement et à la disposition de tous. À cette fin, les Archives nationales se sont munis d'un outil informatique approprié pour la constitution des archives virtuelles. Un moteur de recherche en ligne intègre en une seule et unique archive numérique textes, images, documents sonores et individuels avec les métadonnées nécessaires. Les structures appropriées pour que les documents numériques puissent être archivés de façon durable et sûre, sont ainsi créées. Les ANLux s'efforcent continuellement d'augmenter le nombre de documents numérisés et consultables en ligne et en ont fait une priorité.

Vu que la production d'archives s'est considérablement amplifiée et ne cessera d'augmenter dans les années à venir, un renforcement des effectifs et un agrandissement des installations actuelles de stockage et de conservation des collections s'avèrent indispensables. La construction d'un nouveau bâtiment pour les archives à Esch-Belval, projet sans cesse reporté, répondra à l'apparition de ces besoins. Ces nouvelles installations permettraient aussi d'accueillir un public plus large dans de meilleures conditions et répondra ainsi à la soif de mémoire toujours plus pressante des historiens professionnels, jeunes chercheurs, généalogistes amateurs et autres.

Bibliographie

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  • Frédéric Laux, Origine et mémoire du Grand-Duché de Luxembourg, Publications de l’École nationale des chartes, coll. « Archives et nations dans l’Europe du XIXe siècle », (lire en ligne)

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Articles connexes

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Liens externes

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Notes et références

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  1. Plan d'accès
  2. Laux 2004, p. 82-102.
  3. Patrick Nothomb, « 1839 : la fin de l’unité luxembourgeoise », Conférence à l'université de Luxembourg, sur Cercle-werner.aubange.be,
  4. « Historique », sur Institut grand-ducal (consulté le )
  5. Publications de la section historique de l’Institut grand-ducal de Luxembourg, État général des fonds conservés aux Archives nationales du grand-duché de Luxembourg et aux archives de la section historique de l’Institut grand-ducal, vol. CXII, t. I, , p. 30
  6. Légilux
  7. Toute personne, société ou association disposant d'archives ayant une valeur historique potentielle peuvent contacter les ANLux. Les responsables seront heureux d'évaluer les documents et de les incorporer le cas échéant dans le patrimoine historique national.