Arc de Berà

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Arc de Berà
Image illustrative de l’article Arc de Berà
Arc de Berà sur la Via Augusta.
Localisation
Pays Drapeau de l'Espagne Espagne
Communauté autonome Drapeau de la Catalogne Catalogne
Commune Roda de Berà
Protection Patrimoine mondial de l'UNESCO
Coordonnées 41° 10′ 24″ nord, 1° 28′ 09″ est
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Arc de Berà
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Arc de Berà
Arc de Berà

L'arc de Berà (en catalan, Arc de Berà qui tient son nom du comte de Berà) est un arc de triomphe situé à Roda de Berà, à environ 20 km au nord-est de Tarragone, en Espagne. L'arc est situé sur le tracé de ce qui est la Via Augusta à l'époque romaine, actuellement sur la route N-340.

Il est construit au Ier siècle av. J.-C. en l'honneur de l'empereur Auguste, puis rénové après une disposition testamentaire de Lucius Licinius Sura à la fin du Ier siècle. Au cours de l'histoire moderne, il fait l'objet de diverses réhabilitations et modifications. L'arc de Berà est au XXIe siècle av. J.-C. l'un des éléments de l'« ensemble archéologique de Tarragone », déclaré au Patrimoine mondial par l'UNESCO en 2000[1], sous l'identification 875-014.

D'une seule ouverture, il est construit en pierre de taille locale, avec huit pilastres cannelés, surmontés de chapiteaux corinthiens, qui supportent un entablement avec une inscription faisant allusion à sa construction.

Localisation[modifier | modifier le code]

Localisation de l'arc de Berà (Roda de Berà).

L'arc se situe sur l'ancienne Via Augusta, voie de communication reliant Rome à la Gadès antique, soit l'est au sud de l'Hispanie romaine[A 1],[2]. Au XXIe siècle, il s'agit de la route N-340[2].

Il se situe à la frontière de l'ager tarraconensis à 25 km au nord-est de Tarraco[3].

Histoire[modifier | modifier le code]

Périodes antique et médiévale[modifier | modifier le code]

La construction du monument commence dans le dernier quart du Ier siècle av. J.-C. et la restauration provient du testament de Lucius Licinius Sura nommé trois fois consul sous la dynastie des Antonins et général romain, ainsi qu'un ami personnel de l'empereur Trajan[A 2],[4],[2]. Ce sénateur romain du Ier siècle av. J.-C. semble avoir une relation particulière avec la capitale de la province de Tarraconaise[A 3].

À l'origine le monument était surmonté par un groupe sculpté en bronze avec la figure d'Auguste au milieu, car l'arc a été construit en l'honneur de l'empereur. C'est pour cela qu'à l'origine on l'appelait Arc d'Auguste et que ce n'est qu'au XIe siècle qu'il est connu sous le nom d'arc de Berà, car il reprend le nom de la localité voisine dans lequel le château de Berà fut construit, château qui aurait appartenu à la famille des Berà, premiers comtes de Barcelone au IXe siècle (il pourrait aussi s'agir d'une autre personne portant le même nom, très présent à l'époque du Haut Moyen Âge)[5].

Périodes moderne et contemporaine[modifier | modifier le code]

Photographie de Marcel·lí Gausachs i Gausachs en 1928 avant la guerre d'Espagne qui débute en 1936.

L'arc est restauré une première fois en 1788 pour consolider le pilier sud orienté face à la mer[B 1].

Une seconde restauration débute en 1840 après la Première Guerre carliste sous la direction du commandant général de la province Juan Van Halen[A 4]. La corniche est fixée et une inscription est placée en marbre sur la façade orientale rendant hommage à Isabelle II et au général Baldomero Espartero, puis est enlevée en 1845[A 5],[B 2] :

« En el reinado de Isabel II y la Regencia de su augusta madre Da Maria Cristina, en celebridad de la pacificación de España, debido al triunfo de los dos ejércitos reunidos, bajo el mando de Baldomero Espartero, Duque de la Victoria, fué restaurado este monumento por disposición expresa de Don Juan Vanhalen, Comandante General de la « Algunes notes historiques sobre I'Arc de Elera » 173 provincia de Tarragona, y a expensas del Ayuntamiento constitucional de Vendrell en agosto de 1840. »[A 6]

À la fin du XIXe siècle, de petites parties de l'arc sont réutilisées pour créer des tombes[A 5].

Après le soulèvement militaire du , des miliciens originaires de El Vendrell décident de couper la circulation sur l'axe routier qui passe sous l'arc et qui relie Barcelone à Tarragone[A 1]. Les miliciens placent une charge explosive à l'intérieur du pilier sud, puis utilisent alors les pierres de l'arc pour barrer cette route très empruntée[A 1],[B 3]. Au siècle précédent cet évènement, ni les troupes napoléoniennes lors de l'occupation française de l'Espagne, ni les troupes carlistes lors des trois guerres carlistes n'ont détérioré le monument[A 1]. L'arc est restauré dans les mois qui suivent par le service des monuments de la Généralité de Catalogne tout en créant un contournement routier à l'occasion afin d'éviter l'arc[A 1],[B 3].

Une nouvelle campagne de restauration est organisée entre 1994 et 1998, ce qui permet de lui rendre son aspect de 1840[6].

Historiographie[modifier | modifier le code]

De nombreux humanistes du XVIe siècle comme l'écrivain italien Mariangelo Accursio, Lluis Ponq d'lcard, l'archevêque de Tarragone Antonio Agustín, Pere Anton Reuter ou encore Jeroni Pujades ont décrit l'aspect d'origine de l'arc dans des gravures de l'époque[B 1],[2].

La première mention dans l'historiographie moderne est faite en 1768 dans un ouvrage écrit en catalan intitulé Llibre de Ordes del Ajuntament de la Vila de Vendrell[A 3]. L'année suivante, le religieux et historien Enrique Flórez rédige le tome XXIV de sa España sagrada dénommé Parte Segunda. Antigüedades Tarraconenses où il oublie d'évoquer une partie de la frise[A 4]. Puis, Henry Swinburne, écrivain et voyageur anglais du XVIIIe siècle av. J.-C. publie une représentation de l'arc de Berà dans son Travels through Spain in the years 1775 and 1776 en 1779 ou l'archéologue français Alexandre de Laborde[A 7],[B 1].

Au XIXe siècle, l'historien catalan Jaume Ramon i Vidales évoque l'arc comme « un des principaux monument de la comarque » dans son ouvrage Vendrell Historie[A 8]. William A. Tell Lafont mentionne également ce monument dans son poème écrit en 1887[A 9].

Antoni Rovira, linguiste catalan de la première moitié du XXe siècle, met en évidence les dimensions de l'arc dans son Historia de Catalunya[A 5].

Caractéristiques architecturales[modifier | modifier le code]

Vue d'ensemble[modifier | modifier le code]

Il s'agit d'un arc honorifique construit en opus quadratum avec des pierres de taille locales de calcaire appelées « Mèdol »[2] de la carrière d'Elies, très proche, de la localité de Roda de Barà. Les historiens datent sa construction à l'époque de l'empereur Auguste, au Ier siècle av. J.-C.[2].

Les pierres de taille du socle du podium sont taillées dans une pierre de couleur différente et plus consistante, une des caractéristiques de l'architecture réalisée dans les provinces occidentales de l'empire à la fin du Ier siècle av. J.-C. Le pied romain est la mesure utilisée lors de la construction.

Le monument mesure 12,28 mètres de haut sur 12 mètres de largeur et 2,34 mètres d'épaisseur[A 5]. L'arc proprement dit mesure 4,87 mètres de largeur et 10,87 mètres de haut[A 5].

Le corps central est dominé par l'arc, souligné par une archivolte moulurée[2].

Les deux corps soutiennent un entablement formé par une architrave, une frise et une corniche, dont sont conservés trois blocs denticulés comme motif décoratif[2].

Les lésènes devaient à l'origine soutenir un groupe sculpté en bronze avec au centre l'empereur Auguste.

De la corniche romaine d'origine, des fragments sont récupérés lors des fouilles effectuées en 1994, puis sont intégrés à l'arc lors de la dernière restauration effectuée.

Chapiteaux[modifier | modifier le code]

Époques de construction ou de rénovation des huit chapiteaux de l'arc.

L'arc est encadré par deux scènes, à l'intérieur, et deux lésènes d'angle aux extrémités des façades principales du bâtiment. Ces lésènes, à bases attiques, décorés avec de huit pilastres et surmontés par des chapiteaux corinthiens, reposent sur une moulure courante qui fait office de socle[B 3]. Un chapiteau date de la première restauration au XIXe siècle, trois chapiteaux de celle de la fin du XIXe siècle et quatre de l'époque romaine[B 3].

Les quatre chapiteaux de l'époque romaine sont en grès provenant des environs de Roda de Berà, mais abîmés en raison de leur exposition orienté vers le front de mer[B 3]. Ils sont chacun composés de trois parties : une partie supérieure avec une sculpture et deux parties inférieures où apparaissent deux couronnes de feuilles d'acanthe[B 3].

Les trois chapiteaux réalisés à la fin du XVIIIe siècle sont une parfaite réplique de ceux de l'époque romaine avec l'utilisation du même type de grès et traitées à l'acide pour leur donner un aspect ancien[B 3]. Leur seule différence tient en leur création dans un seul bloc de pierre[B 3]. Ces répliques conçues pour le pilier sud (à l'exception de la façade sud-ouest) sont réalisées par le sculpteur Vicenç Roig[B 3].

Le seul chapiteau construit au XIXe siècle est celui situé à la façade nord-est du pilier nord de la façade nord-est[B 3]. Il s'agit d'une copie très schématique des chapiteaux du Ier siècle av. J.-C., car les décors présentent de petites variantes et l'ensemble manque de relief[B 3].

Frise[modifier | modifier le code]

Sur la frise subsistent les restes d'une inscription dédicatoire dans l'architrave où il est fait référence à Lucius Licinius Sura, un haut dignitaire, qui va prendre en charge les dépenses des travaux de restauration qui vont être effectués sur le monument selon ses dispositions testamentaires[7],[8]. L'inscription conservée dit :

« Ex testamento L(uci) Licini L(uci) f(ilii) Serg(ia tribu) Surae consa[...] »

La phrase traduite en français donne « Consacrée (ou érigée) selon la volonté de Lucius Licinus Sura, fils de Lucius, de la tribu Sergia »[A 4].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Fiche de l'ensemble archéologique de Tarraco sur unesco.org. Consulté le .
  2. a b c d e f g et h espais 1989, p. 1.
  3. espais 1989, p. 1-2.
  4. de Llanza 2010, p. 182.
  5. Dupré i Raventós 1994.
  6. (ca) Arc de Berà sur Gran enciclopèdia catalana. Consulté le .
  7. CIL II, 4282
  8. espais 1989, p. 2.
  • Algunes notes històriques sobre l'Arc de Berà
  1. a b c d et e Ruart i Güixens 1993, p. 166.
  2. Ruart i Güixens 1993, p. 166-168.
  3. a et b Ruart i Güixens 1993, p. 168.
  4. a b et c Ruart i Güixens 1993, p. 172.
  5. a b c d et e Ruart i Güixens 1993, p. 173.
  6. Ruart i Güixens 1993, p. 172-173.
  7. Ruart i Güixens 1993, p. 167.
  8. Ruart i Güixens 1993, p. 170.
  9. Ruart i Güixens 1993, p. 165.
  • Els capitells corintis de l'Arc de Berà (Roda de Berà, Tarragonès)
  1. a b et c Dupré i Raventós 1983, p. 308.
  2. Dupré i Raventós 1983, p. 308-309.
  3. a b c d e f g h i j et k Dupré i Raventós 1983, p. 309.

Annexe[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

Ouvrage[modifier | modifier le code]

  • (ca) Xavier Dupré i Raventós, L'arc romà de Berà, Tarragone, Institut d'estudis catalans, , 321 p. Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article.

Articles[modifier | modifier le code]

  • (ca) Xavier Dupré i Raventós, « Els capitells corintis de l'Arc de Berà (Roda de Berà, Tarragonès) », Revista de món clàssic i antiguitat tardana, nos 45-46,‎ , p. 308-315 (ISSN 2385-3352). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article.
  • (ca) Jaume Ruart i Güixens, « Algunes notes històriques sobre l'Arc de Berà », Miscel·lània penedesenca, vol. 17,‎ , p. 163-174 (ISSN 2385-3409). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article.
  • (es) Isabel Rodà de Llanza, « La promoción de las elites del Conventus Tarraconensis », Pluralidad e integración en el mundo romano, Barañáin,‎ . Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article.
  • (ca) « L'Arc de Berà. Patrimoni de Catalunya-30 », Espais: revista del Departament de Política Territorial i Obres Públiques, no 15,‎ (ISSN 2385-3530).