Arbre du clergé

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Clerodendrum trichotomum

L’arbre du clergé ou clérodendron de Chine (Clerodendrum trichotomum) est un petit arbre ou un arbuste au port étalé et à feuilles caduques de la famille des Verbénacées, originaire d’Asie orientale. Il est planté comme plante ornementale pour le parfum de ses fleurs et la beauté de ses fruits. Il est utilisé par les médecines traditionnelles chinoise et indienne.

Étymologie et histoire de la nomenclature[modifier | modifier le code]

Le nom de genre Clero.dendrum est composé du grec κλῆρος klêros comportant trois classes d’acceptions « 1} tirage au sort 2} chance, lot 3) clergé »[1], et δενδρον dendron, « arbre ». Selon les auteurs, la morphologie s’interprète comme « arbre du clergé » ou « arbre de la chance ». Une espèce était utilisée autrefois à Ceylan par les prêtres cingalais dans leurs cérémonies[2].

L’épithète spécifique trichotomum est construite à partir du grec τρεῖς treis « trois », etc. τομος tomos « morceau coupé, partie » par référence aux « trois ramifications » des inflorescences en cyme.

Port du clérodendron de Chine

En 1775-1776, le médecin naturaliste suédois Carl Peter Thunberg séjourne au Japon comme chirurgien, dans la baie de Nagasaki. Confiné dans la minuscule île artificielle de Dejima, il arrive cependant à collecter des spécimens de plantes. En 1780, il créé l’espèce Clerodendrum trichotomum dans Nova Acta Regiae Societatis Scientiarum Upsaliensis[3], ser. 2 3: 201.

En chinois l’arbuste se nomme 海州常山 hǎizhōu chángshān[n 1] parce qu’il est produit à 海州 Haizhou (maintenant dans la ville de Lianyungang 连云港市, province du Jiangsu) et utilisé comme le médicament nommé 常山 changshan, une plante médicinale de la famille des saxifrages. Autre nom 臭梧桐 chou wutong (morph. : puant – sycomore) parce que les feuilles et les tiges brisées (et séchées pour faire un remède) émettent une odeur désagréable[4].

Description[modifier | modifier le code]

Clerodendrum trichotomum
Fleur de C. trichotomum

C'est un arbuste ou petit arbre de 1,5 à 10 m de hauteur, peu ramifié, à rameaux lenticellés et parfois pubescents lorsqu'ils sont jeunes[5] et au feuillage caduc.

Ses grandes feuilles simples, opposées, molles, ovales-elliptique, triangulaire-ovale ou ovale, sont progressivement acuminées à l’apex et arrondies à la base[6]. Le limbe foliaire vert foncé sur le dessus, peut mesurer de 5 à 16 cm de long et de 2 à 13 cm de large. Entier ou à peine denté, parfois trilobé, acumins, pubescent dessous, parsemé de glandes, il dégage une odeur fade et désagréable de caoutchouc brûlé quand il est froissé. Le pétiole fait de 2 à 8 cm de long[n 2].

Les inflorescences sont des cymes bipares corymbiformes, érigées, de 8 à 18 cm[5]. Les fleurs odorantes, très agréables, blanches, comportent un calice à 5 lobes verdâtres devenant rougeâtres et une corolle blanche ou rosâtre, de 2 cm de diamètre, au bout d’un long tube mince. Les 4 étamines sont aussi longues que la corolle. Le style est plus court que les étamines. En Chine, la floraison se situe entre juin-juillet et août-septembre.

Le fruit est une drupe bleu-pourpre, de 6 à 7 mm de diamètre, entourée à la base par le calice persistant d’un rouge carmin dont les 5 lobes sont disposés en étoiles. Le fruit bleu turquoise devient bleu foncé à maturité. Il renferme 4 pépins[6].

Distribution[modifier | modifier le code]

Ce clérodendron est largement répandu en Asie orientale : dans presque toute la Chine (sauf Mongolie intérieure, Xinjiang, Tibet), Japon, Corée, ainsi qu’en Inde et en Asie du Sud-Est (nord des Philippines).

Il croît jusqu’à 2 400 m.

Taxons infraspécifiques[modifier | modifier le code]

  • Clerodendrum trichotomum var. trichotomum[7], rameaux, pétioles brun jaune, pubescent à sous glabre. Limbe de 5-16 x 2-13 cm.
  • Clerodendrum trichotomum var. ferrugineum Nakai, Bot. Mag. (Tokyo). 31: 109. 1917, rameaux et inflorescences de couleur rouille, tomenteux, limbe 5-10 x 3-6 cm, Taiwan[8].
  • Clerodendrum trichotomum var. fargesii (Dode) Rehder, arbuste originaire de Chine, de 3 à 4 m de haut, à feuillage juvénile de couleur bronze, donnant une abondante floraison parfumée, qui une fois installé, tolère aisément de -15 à −18 °C[9]. Il a été collecté par le père Paul Guillaume Farges, un missionnaire botaniste affecté très jeune aux Marches du Tibet (ouest du Sichuan) en 1867. Il collectera 4 000 spécimens de plantes dont de nombreuses nouvelles espèces.
  • Clerodendrum trichotomum ‘Variegatum’, à feuillage panaché vert et jaune, devenant vert et blanc[9].

Composition[modifier | modifier le code]

Plus de 280 constituants chimiques ont été isolés et identifiés de différentes espèces du genre Clerodendrum[10]. Dans Clerodendrum trichotomum, 9 diterpénoïdes abiétanes[11] (clerodendrine A, B ...H), 3 anthraquinones, 1 néolignane, des glycosides flavonoïdes et des alcaloïdes ont été isolés et identifiés dans les tiges feuillées. Des études de laboratoire sur l’animal ont établi des effets hypotensifs de Clerodendrum trichotomum. Une étude clinique a trouvé aussi ces effets sur l’homme[12].

Utilisations[modifier | modifier le code]

Horticoles[modifier | modifier le code]

Clerodendrum trichotomum est l’une des rares espèces de ce genre qui soient rustiques jusqu’à la latitude de Paris[6]. Elle a été introduite en Europe, par le médecin et naturaliste Siebold (1796-1866), auteur avec Zuccharini, de la très célèbre Flora japonica[13] en 30 volumes.

Il est cultivé comme plante ornementale pour le parfum et la beauté de ses fleurs à panicules qui apparaissent en été et dont le calice rouge entoure plus tard une petite baie non comestible de couleur bleue ressemblant à une petite perle. Quand il est en fleur, son parfum suave de jasmin, est perceptible à plusieurs mètres à la ronde.

Médecines traditionnelles[modifier | modifier le code]

La médecine traditionnelle chinoise prescrit les feuilles et les pousses séchées, récoltées en dehors de la période de floraison. Après avoir été prélevées, elles sont humidifiées, coupées en morceaux de 1 cm de long et séchées. Dans la terminologie de la médecine chinoise, elles sont indiquées pour traiter le « vent » et enlever l’« humide »[n 3], et faire baisser la tension sanguine[14].

Dans la pharmacopée traditionnelle des Indes, les tiges florales sont réputées pour leurs propriétés anthelminthiques. Elles sont prescrites pour les infections parasitaires intestinales[9].

Album de photos[modifier | modifier le code]

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Liste des variétés[modifier | modifier le code]

Selon Catalogue of Life (8 juin 2014)[15] :

  • variété Clerodendrum trichotomum var. ferrugineum
  • variété Clerodendrum trichotomum var. trichotomum

Selon Kew Garden World Checklist (8 juin 2014)[16] :

  • variété Clerodendrum trichotomum var. fargesii (Dode) Rehder (1916)
  • variété Clerodendrum trichotomum var. ferrugineum Nakai (1917)
  • variété Clerodendrum trichotomum var. trichotomum

Selon The Plant List (8 juin 2014)[17] :

  • variété Clerodendrum trichotomum var. fargesii (Dode) Rehder
  • variété Clerodendrum trichotomum var. ferrugineum Nakai
  • variété Clerodendrum trichotomum var. trichotomum (type)

Selon Tropicos (8 juin 2014)[18] (Attention liste brute contenant possiblement des synonymes) :

  • variété Clerodendrum trichotomum var. esculentum Makino
  • variété Clerodendrum trichotomum var. fargesii (Dode) Rehder = Clerodendrum trichotomum var. trichotomum, selon Tropicos
  • variété Clerodendrum trichotomum var. ferrugineum Nakai
  • variété Clerodendrum trichotomum var. trichotomum
  • variété Clerodendrum trichotomum var. villosum Hsu = Clerodendrum trichotomum var. trichotomum, selon Tropicos

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. la morphologie «  mer- état – souvent – montagne » n’apprend rien, car en fait, on a affaire à deux noms propres
  2. la taille donnée dans Flora of China (de eFloras), des spécimens sauvages sont un peu inférieures à celles des spécimens horticoles
  3. le « vent » feng 风 et l’« humide » 湿 shi font partie des Six qi, liuqi 六气, six phénomènes environnementaux (vent, froid , chaleur (estivale), humidité, sécheresse, feu) dont l’excès provoque des maladies. L’« excès de vent » se manifeste sur le plan clinique par un surgissement rapide, des changements brusques de la condition, des convulsions, tremblements. L’excès d’humidité est associé aux climats humides (Nigel Wiseman, Feng Ye, A practical dictionary of Chinese Medicine, Paradigm Publications, , 946 p.)

Références[modifier | modifier le code]

  1. Bailly 2020, « κλῆρος, ου (ὁ) » (consulté le 27 juin 2020)
  2. Paul FOURNIER, Arbres, arbustes et fleurs de pleine terre., Paris 6e, Paul Lechevalier,
  3. Kungl. Vetenskaps-societeten i Uppsala, Nova acta Regiae Societatis Scientiarum Upsaliensis, Vol III, Uppsala, Almqvist et Wiksells, 1773-1967., (lire en ligne)
  4. 郑州绿博园, « 海州常山|闻着香的臭梧桐 » (consulté le 29 juin 2020)
  5. a et b (en) Référence Flora of China : Clerodendrum trichotomum Thunberg
  6. a b et c Gaëtan du Chatenet, Pierrette Bauer-Bovet, Guide des Arbres et Arbustes exotiques de nos parcs et jardins, Delachaux & Niestlé, , 318 p.
  7. Flora of China, « Clerodendrum trichotomum var. trichotomum » (consulté le 28 juin 2020)
  8. Flora of China, « Clerodendrum trichotomum var. ferrugineum Nakai, Bot. Mag. (Tokyo). 31: 109. 1917. » (consulté le 28 juin 2020)
  9. a b et c Natacha Mauric Jardin ! L’Encyclopédie, « Clerodendrum trichotomum – Arbre du clergé » (consulté le 28 juin 2020)
  10. Jin-HuiWang, FeiLuan, Xiang-DongHe, YongWang, Mao-XingLi, « Traditional uses and pharmacological properties of Clerodendrum phytochemicals », Journal of Traditional and Complementary Medicine, vol. 8, no 1,‎ , p. 24-38 (lire en ligne)
  11. Linzhen Li, Long Wu, Menghua Wang, Jianbo Sun and Jingyu Liang, « Abietane Diterpenoids from Clerodendrum trichotomum and Correction of NMR Data of Villosin C and B », Natural Product Communication, vol. 9, no 7,‎ , p. 907-910 (lire en ligne)
  12. Paul Pui-hay But, Pharmacology And Applications Of Chinese Materia Medica (Vol 2), World Scientific, , 716 p. (lire en ligne)
  13. Philipp Franz Balthazar von Siebold ; Joseph Gerhard Zuccarini, Flora Japonica, sive, Plantae quas in Imperio Japonico collegit, Lugduni Bavatorum, (lire en ligne)
  14. Kee C. Huang, The Pharmacology of Chinese Herbs, CRC Press, , 544 p. (lire en ligne)
  15. Catalogue of Life, consulté le 8 juin 2014
  16. Kew Garden « World Checklist », consulté le 8 juin 2014
  17. The Plant List, consulté le 8 juin 2014
  18. Tropicos, consulté le 8 juin 2014

Liens externes[modifier | modifier le code]

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