Arabesque (beaux-arts)

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Arabesques aux fleurs ornant un panneau de céramique siliceuse à décor peint sur engobe et sous glaçure transparente. Iznik (Turquie), seconde moitié du XVIe siècle. Musée du Louvre
Arabesques en ferronnerie d'art et peintures dans la cage d'escalier de l'hôtel Tassel, Bruxelles, Style art nouveau, Victor Horta 1892

Sens premier: L’arabesque est un motif ornemental composé de rinceaux végétaux pouvant former des entrelacs plus ou moins complexes. Les arabesques ont été identifiés en Occident au XVe siècle comme un élément de l'art islamique, d'où leur nom. Mais en Occident ce terme a été fréquemment utilisé pour désigner par extension des entrelacs et des rinceaux divers, y compris ceux de tradition occidentale, même lorsqu'ils n'ont aucune correspondance avec les motifs arabes. Les origines de ces motifs sont particulièrement anciennes et difficiles à tracer. Ceux de l'Antiquité gréco-romaine ont eu la plus grande influence sur de nombreuses cultures, ils se sont particulièrement développés dans l'art byzantin et dans l'art médiéval européen (enluminure), puis dans l'art islamique dont ces motifs sont devenus une des principales expressions, aux côtés des motifs géométriques, du fait de l'interdit de la figuration humaine dans l'Islam. En Occident la dérive du terme s'est étendue jusqu'à designer aussi les "grotesques", fort différents, qui sont composés de montages fantaisistes d'éléments architecturaux, vases, motifs végétaux (rinceaux, guirlandes, etc) et de figures humaines ou chimériques (la représentation de ces dernières étant déconseillée par l'Islam, on les trouve d'autant plus rarement dans l'art islamique).

Ces ornements graphiques ou en relief, peuvent être conçus et réalisés dans tous les médiums visuels des Beaux Arts et des Arts décoratifs qui s'appliquent éventuellement dans les revêtements de l'architecture, au mobilier ou aux arts textiles. Leur caractère ornemental provient d'effets de symétries ou de jeux de courbes qui évoquent des formes végétales, souvent entrelacées.

Deuxième sens : ligne sinueuse. Dans le monde Occidental imprégné par les mouvements orientalistes le terme peut désigner des jeux de courbes libres, souples, flexibles en valorisant la sensualité et l'énergie générées par des courbes et contre-courbes provenant du monde végétal et plus généralement de la nature vivante mais de manière très stylisée.

Dans l'art ancien[modifier | modifier le code]

L'arabesque étant l'un des motifs les plus abondants de l'art décoratif islamique, elle fut identifiée sous ce nom en Occident, bien qu'elle existe dans de nombreuses cultures, en particulier en Occident depuis l'Antiquité. On la nomme aussi entrelacs ou rinceaux selon les cas.

Dans l'art islamique le tabou de l'iconographie humaine a facilité le développement des motifs d'entrelacs végétaux comme décoration principale sur de nombreux supports, souvent en association avec des décorations géométriques (il ne faut pas confondre ces dernières avec les arabesques proprement dites). Pour un musulman, ces formes constituent des motifs dont la répétition s'étend au-delà du monde matériel visible : elles symbolisent la nature infinie - et dépourvue de centre - de la création. Comme dans l'art chrétien, l'arabesque dans l'art islamique est donc l'expression d'une spiritualité. C'est surtout dans l'art persan que ce type de décors prendra le plus de développement et de raffinement, en devenant le décor presque unique, pouvant couvrir entièrement l'architecture.

  • Termes techniques connexes

Les arabesques, évoquant des feuilles et des fleurs entrelacées, peuvent être réalisées par des techniques utilisées dans l'ornementation des palais islamiques, tels le stuc, souvent ciselé, éventuellement peint ou les zelliges. Mais aussi la céramique, les arts du métal, ciselé ou travaillé au repoussé ou recouvert d'émaux champlevés ou cloisonnés ou de nielle et l'ivoire travaillé.

Dans la culture occidentale "moderne"[modifier | modifier le code]

L'arabesque ou mauresque à partir de la Renaissance[modifier | modifier le code]

Malgré la présence musulmane en Espagne, c'est par les rapports commerciaux entre le Moyen-Orient et Venise que s'introduit le terme d'« arabesque » dans l'art occidental à partir de la Renaissance italienne (bien que le terme d'entrelacs soit déjà utilisé). Il pouvait s’écrire aussi rabesques (Synonyme de moresque, aussi écrit mauresque, venant des Maures). À partir de ce moment, même les compositions de rinceaux et les entrelacs de tradition occidentale, souvent inspirés de l'Antiquité, seront fréquemment nommés « arabesque », et il devient parfois difficile de faire la part des deux traditions, les termes entretenant la confusion.

Le genre se diffuse au XVe siècle dans les tableaux des peintres vénitiens Cima da Conegliano (1460-1465), Vittore Carpaccio (1525-1526) et Palma le Vieux. Dans la majorité des cas il s'agit de réminiscences des anciens motifs d'entrelacs occidentaux romains, médiévaux et byzantins, mais ils sont parfois mélangés avec des motifs réellement orientaux. À partir de cette époque, on rencontre les « arabesques » dans les illustrations de livres, frappées sur les reliures, peintes sur la faïence, brodées sur les costumes, décorant des tapisseries et des objets en métal.

Utilisée dans les plats des reliures des livres décorés à la feuille d’or appelé alla damaschina (comme un damasquinage) en Italie, les moresques seront utilisées en France dans les livres reliés pour le roi Louis XII (vers 1510) et le premier livre entièrement consacré aux mauresques est celui du Florentin établi en France, Francesco Pellegrino (1530) et ensuite, d'une façon originale en Europe, dans l'ornementation des illustrations des livres par les éditeurs de Lyon et de Paris : les encadrements de moresques par B. Salomon dès 1547 pour des livres publiés à Lyon celui de G. Paradin, Memoriae nostrae, (1548), La Métamorphose d’Ovide figurée, par Jean de Tournes (1557). Jacques Androuet du Cerceau (1563) en regroupera l'essentiel dans ses estampes.

Aux XIXe et XXe siècles, le nom d’arabesque est donné à tous modèles de jeu de lignes. Il est alors recommandé d'utiliser plutôt le mot « moresque » pour désigner les motifs islamique ou dérivés.

Les grotesques[modifier | modifier le code]

À partir de la fin du XVIIe siècle, une confusion s'installe également en France avec l'art grotesque (pourtant différent par l'usage de figures humaines et animales, voire chimériques et de motifs architecturaux), ce qui détournera plus encore l'usage du mot « arabesque ». Ainsi dans les catalogues de vente, les dessins de grotesques des élèves de Raphaël sont décrits comme "arabesques", alors qu'ils n'ont aucune ressemblance avec les arts décoratifs islamiques et s'inspirent en réalité directement des grotesques romains antiques, notamment ceux de la Domus Aurea de Rome. En Allemagne et en Angleterre également sont publiés des livres de modèles d'« arabesques », en partie copiés d’après les Italiens.

Les rinceaux antiques[modifier | modifier le code]

L'expression d'"arabesque" a souvent été appliquée à tort aux frises composées d'enroulements plus ou moins réguliers d'acanthes ou de vignes qui décorent les édifices ou des objets de style hellénistique et romain antique, ou dérivés stylistiquement dans l'architecture moderne (Renaissance, baroque, néoclassique, styles historiques et éclectiques du XIXe siècle). Le mot « rinceau » est le seul qui puisse nommer proprement ces frises[1].

L'arabesque, comme ligne sinueuse et comme jeu de courbes et contre-courbes[modifier | modifier le code]

C'est un motif très employé dans les arts décoratifs et dans les beaux-arts de style Art nouveau à la fin du XIXe et au début du XXe siècle, à tel point qu'elle en constitue un trait caractéristique essentiel.

Galerie[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  1. Arabesques : Panneaux décoratifs de la Renaissance, Paris, Les éditions du Carrousel, , 93 p. (ISBN 2-7456-0229-2).
  2. Jules Adeline, Lexique des termes d'art, Canada, Guérin, , 419 p. (ISBN 2-7601-4620-0)
    Réimpr. anastatique d'un ouvrage de la fin du XIXe siècle non daté
    .
  3. Aloïs Riegl, Questions de style. Fondements d'une histoire de l'ornementation, Paris, Hazan, 1992, 2002, 289 p. (ISBN 2-85025-831-8)
    Réédition d'une traduction des Stilfragen publiées en Allemand en 1893. Pages 207 - 275 : « Le rinceau ornemental sarrazin ».

On pourra aussi se reporter à la bibliographie succincte de l'article Arts de l'Islam, et la Bibliographie détaillée concernant l'art islamique.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Adeline 1997, p. 23

Liens externes[modifier | modifier le code]