Aquilino Morelle

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Morelle.
Aquilino Morelle
Illustration.
Biographie
Nom de naissance Aquilino Gabriel Morelle Suárez
Date de naissance (54 ans)
Lieu de naissance Paris (France)
Nationalité Française
Conjoint Élizabeth Martichoux
Laurence Engel
Entourage Arnaud Montebourg
Manuel Valls
Diplômé de Médecine
Sciences po
ENA
Profession Inspecteur général des affaires sociales

Aquilino Morelle, né le 5 juin 1962 à Paris, est un médecin et homme politique français.

Il a notamment été conseiller de Lionel Jospin, lorsque celui-ci était Premier ministre, de 1997 à 2002[1], et conseiller politique au cabinet du président de la République François Hollande, du au [2].

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance et études[modifier | modifier le code]

Né dans une famille d'immigrés espagnols asturiens (des municipalités de Mieres et Langreo), Aquilino Morelle passe toute son enfance dans le quartier populaire parisien de Belleville, et une partie de son adolescence dans le 16e arrondissement de Paris, où il découvre l'autre côté de la vie parisienne tout en poursuivant des études de médecine.

Son père était également prénommé Aquilino avant de franciser son prénom en Achille lors de sa naturalisation. C'était un ouvrier affûteur chez Citroën à Javel puis à Nanterre[3] ; sa mère, Elena Morelle, née Suarez, était femme au foyer[2],[4]. Il a cinq sœurs aînées[5] dont quatre nées en Espagne et un frère cadet.

Après des études secondaires au lycée Claude-Bernard[6], il s'inscrit en médecine. Par la suite, il effectue son internat aux Hôpitaux de Paris (AP-HP ; 1985 à 1988)[7]. Parallèlement à ses études de médecine (il n'a cependant jamais exercé)[4], il intègre Sciences Po, puis réussit au concours d'entrée à l'ENA, dont il sort diplômé en 1992 dans la promotion Condorcet[2],[8].

Carrière[modifier | modifier le code]

Aquilino Morelle exerce son premier poste à l'Inspection générale des affaires sociales (IGAS), où il se penche sur l'affaire du sang contaminé à travers une étude sur les collectes de sang en prison. Il tire de cette expérience l'ouvrage La Défaite de la santé publique. Il fait également un rapport sur le Mediator. En 1992, il vote « non » au traité de Maastricht[5].

De 1997 à 2002, il est la « plume » du Premier ministre Lionel Jospin[3]. En 2000, il participe au programme Young Leaders organisé par la French-American Foundation[9].

Aux élections municipales de 2001, il est candidat pour le Parti socialiste à la mairie de Nontron en Dordogne[10],[7], où il est battu au premier tour par le maire RPR sortant Pierre Giry.

Investi par le PS pour les législatives de 2002 dans la deuxième circonscription des Vosges, il renonce finalement à se présenter, sous la pression de Christian Pierret, ancien député de cette même circonscription et ministre du gouvernement Jospin, qui lui demande de se désister en faveur du député PS sortant Claude Jacquot. Après l'élimination de Lionel Jospin au premier tour de l'élection présidentielle, Christian Pierret, considère que « la proximité d'Aquilino Morelle avec Lionel Jospin était un handicap »[2]. Claude Jacquot sera battu au second tour par le candidat UMP Gérard Cherpion.

Après 2002, Aquilino Morelle part travailler chez Euro RSCG[11] aux États-Unis (il officie dans la branche Santé, pour le compte de laboratoires pharmaceutiques[4]), mais revient en politique à partir de 2004. En 2005, il soutient, avec Laurent Fabius notamment, le « non » au référendum sur le traité constitutionnel européen[3].

En 2004, en marge de l'enquête sur Georges Panayotis (en) mis en cause pour abus de bien sociaux, la Brigade financière découvre qu'Aquilino Morelle, alors qu'il était conseiller de Lionel Jospin en 2001, est intervenu pour faire obtenir la Légion d'honneur à Panayotis[4] et a obtenu de celui-ci un séjour avec une forte remise au Sofitel de Venise. Face à ce qui pourrait s'apparenter à un trafic d'influence[12], Aquilino Morelle est placé en garde à vue[13] et son domicile est perquisitionné. L'affaire n'aura pas de suite pour Morelle.

En 2007, il est candidat aux élections législatives sous l'étiquette du Parti socialiste dans la 6e circonscription de Seine-Maritime, où il est battu au premier tour, n'arrivant pas à s'imposer entre le communiste Jean-Paul Lecoq (qui sera finalement élu) et le député UMP sortant Denis Merville. Il réintègre alors l'IGAS[4].

En 2011, après avoir corédigé[14] le rapport de l'IGAS sur l'affaire du Mediator[15], il est le directeur de campagne d'Arnaud Montebourg lors de la primaire présidentielle socialiste de 2011[3]. Celui-ci déclare à son sujet : « c'est un génie politique, Aquilino ! Il voit plus loin, plus fort que n'importe qui », participant à ce que le député de Saône-et-Loire se place comme le « troisième homme » de la primaire[4].

Lors de la campagne pour l'élection présidentielle française de 2012, il rédige des discours pour le candidat François Hollande[3]. Le journal Mediapart affirme qu'en réalité Aquilino Morelle aurait utilisé un nègre littéraire pour les écrire, l'ancienne plume Paul Bernard. « Alerté, le président a fini par sortir le nègre des griffes du conseiller en décembre 2012 », assure le journal[16],[17].

Conseiller du président François Hollande[modifier | modifier le code]

Le , Aquilino Morelle est nommé conseiller politique auprès du président François Hollande[2]. Début , il est également nommé « chef du pôle communication » de l'Élysée[18],[19].

Le , une enquête du journal Mediapart montre qu'il a conseillé des laboratoires pharmaceutiques pendant qu'il exerçait à l'IGAS[20]. L'enquête de Mediapart met aussi en exergue d'autres comportements critiquables dont l'utilisation de moyens de la République pour des affaires privées[21],[22]. Le 18 avril, Aquilino Morelle est contraint par François Hollande à démissionner de ses fonctions de conseiller à l'Élysée[23],[24]. « Aquilino Morelle a pris la seule décision qui s'imposait », déclare François Hollande[25]. Les commentaires médiatiques très abondants dépassent rapidement la personne d'Aquilino Morelle pour décrire les effets de cette affaire sur l'image du pouvoir : Le Monde voit ainsi dans cette affaire « une tache » sur la « République exemplaire » proclamée par François Hollande[26].

Le , une enquête préliminaire visant l'ex-conseiller est ouverte par le parquet national financier, en rapport avec ses liens passés supposés avec des laboratoires pharmaceutiques[27],[28]. Il est remplacé dans sa fonction de conseiller en communication à la présidence par Gaspard Gantzer le 23 avril 2014[29]. Mi-mai, l'IGAS écrit à François Hollande pour exiger une procédure administrative à l'encontre d'Aquilino Morelle[30]. L'enquête préliminaire est classée sans suite le 8 février 2015[31].

Le , dans une interview accordée à l'hebdomadaire Le Point, Aquilino Morelle compare son éviction et celle d'Arnaud Montebourg au « génocide du Rwanda »[32]. À l'Agence France-Presse, il nie ses propos, mais à Europe 1 il les confirme[33] ; Étienne Gernelle, directeur du Point, les confirme également[34]. En novembre 2014, Aquilino Morelle n'avait encore reçu aucune sanction pour ses prises de parole ni pour le conflit d'intérêt avec un laboratoire pharmaceutique, alors que Mediapart dévoile un projet de réforme des procédures disciplinaires qui rendrait difficile une sanction[35]. Bien que le conflit d'intérêts soit établi, aucune enquête n'est ouverte, d'où l’absence de sanction contre Morelle et le fait qu'il n'ait pas remboursé les sommes perçues en violation des régles déontologiques de l'IGAS[36].

Retour à l'IGAS[modifier | modifier le code]

Revenu à l'IGAS, Aquilino Morelle publie en janvier 2017 le livre L’Abdication aux éditions Grasset, dans lequel il critique la manque de volontarisme économique de François Hollande, son ralliement aux thèses libérales et l'accuse d'être responsable de son éviction de l’Élysée en divulguant lui-même l'affaire des cirages de chaussures : « [Hollande] a ordonné à ses sicaires de constituer un dossier à charge contre moi, de "monter un chantier" comme l'on dit dans le milieu de la police », mais cette thèse est violemment contredite par Mediapart, l'organe de presse à l'origine des révélations sur Aquilino Morelle[36].

Il soutient et conseille Arnaud Montebourg pour la primaire citoyenne de 2017[37].

Autres fonctions[modifier | modifier le code]

Aquilino Morelle est maître de conférences à Sciences Po et professeur associé à l'université Paris I Panthéon-Sorbonne, depuis 2004[38].

Selon le journal Mediapart, il aurait été, simultanément à ses fonctions à l'IGAS, un collaborateur du laboratoire pharmaceutique danois Lundbeck[39]. C'est à la suite de cette affaire, soit le lendemain des révélations publiées par Médiapart, qu'il donne sa démission de son poste de conseiller à la présidence de la République.

Vie personnelle[modifier | modifier le code]

Aquilino Morelle a été marié à la journaliste Elizabeth Martichoux, avec qui il a deux enfants[5].

Il vit ensuite avec Laurence Engel, énarque (promotion Condorcet), conseillère à la Cour des comptes, ancienne directrice de cabinet auprès d'Aurélie Filippetti au ministère de la Culture jusqu'au , ensuite médiatrice du livre, présidente du conseil d'administration de l'Institut national d'Histoire de l'Art et présidente de la commission financière de l'AFP, nommée en 2016 présidente de la Bibliothèque nationale de France (BnF)[2]. Ils ont trois enfants[5].

Publications[modifier | modifier le code]

Distinction[modifier | modifier le code]

En 1998, Aquilino Morelle reçoit la distinction de « Young Leader » décernée par la French-American Foundation[7].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Judith Perrignon, « Aquilino Morelle, 37 ans », Libération,‎ (lire en ligne)
  2. a, b, c, d, e et f Pierre-Alain Furbury, « Aquilino Morelle, si près du pouvoir », Les Échos,‎ (lire en ligne)
  3. a, b, c, d et e Cécile Amar, « Aquilino Morelle, la plume qui pense », Le Journal du dimanche,‎ (lire en ligne)
  4. a, b, c, d, e et f David Le Bailly et Mariana Grépinet, « Aquilino Morelle : plus dure sera la chute », Paris Match, semaine du 24 au 29 avril 2014, pages 56-57.
  5. a, b, c et d Luc Le Vaillant, «  Aquilino Morelle, un caillou dans la chaussure » sur Libération, 10 janvier 2017
  6. Aquilino Morelle, L'Abdication, Grasset, 2017, p. 376.
  7. a, b et c « Aquilino Morelle, la plume du président », Libération,‎ (lire en ligne)
  8. Source : Who's Who in France, édition 2002-2003.
  9. EARLIER CLASSES, frenchamerican.org
  10. « Génération Jospin », Le Point, 22 janvier 2007.
  11. « La chute d'Aquilino Morelle, le conseiller politique de Hollande », Le Monde.fr, 18 avril 2014.
  12. « Vacances à prix d'ami ? », Eric Pelletier et Jean-Marie Pontaut, l'Express.fr - 11 octobre 2004.
  13. « Quand Aquilino Morelle était en garde à vue à la Brigade financière » l'Express.fr - 18 avril 2014.
  14. Avec Anne-Carole Bensadon et Étienne Marie France (mission confiée par le ministre de la Santé, Xavier Bertrand).
  15. « Enquête sur le MEDIATOR - IGAS - Inspection générale des affaires sociales », consulté le 18 avril 2014.
  16. « Aquilino Morelle, proche conseiller de Hollande, accusé de conflits d'intérêts » Le Parisien.fr - 17 avril 2014.
  17. « Élysée : la face cachée d’Aquilino Morelle, selon Mediapart », Les Échos.fr - 17 avril 2014.
  18. David Revault d'Allonnes et Thomas Wieder, « Aquilino Morelle, l'homme fort de la « com' » présidentielle », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  19. « Elysée : comment Aquilino Morelle avait évincé ses rivaux », Le Nouvel Observateur,‎ (lire en ligne)
  20. Michaël Hadjenberg, « Elysée : les folies du conseiller de François Hollande », Mediapart, (consulté le 17 avril 2014)
  21. « Aquilino Morelle, la face cachée du conseiller de François Hollande », Libération,‎ (lire en ligne)
  22. « Aquilino Morelle : le double discours permanent de la gauche morale », François-Xavier Bellamy, Le Figaro.fr, 18 avril 2014.
  23. « Aquilino Morelle annonce sa démission de conseiller à l'Elysée », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  24. Pierre-Alain Furbury, « Aquilino Morelle : la chute d’un homme de pouvoir », Les Échos,‎ (lire en ligne)
  25. « "Aquilino Morelle a pris la seule décision qui s'imposait" (François Hollande) », France Info.fr - 18 avril 2014.
  26. « L'affaire Morelle, la tache sur la "République exemplaire" », Le Monde.fr, 19 avril 2014.
  27. « Conflit d'intérêts: Aquilino Morelle visé par une enquête préliminaire », 20minutes.fr avec AFP - 22 avril 2014.
  28. « Conflit d'intérêt : Aquilino Morelle visé par une enquête préliminaire », Le Parisien.fr avec AFP - 22 avril 2014.
  29. « Gaspard Gantzer remplace Aquilino Morelle à l'Élysée », Tristan Quinault Maupoil, Le Figaro.fr - 23 avril 2014.
  30. Anne Jouan, « Affaire Morelle : l'IGAS demande à Hollande une enquête », Le Figaro.fr, 9 mai 2014.
  31. Interview d'Aquilino Morelle par Éric Hacquemand, « Aquilino Morelle, ex-conseiller de Hollande, contre-attaque », Le Parisien.fr, 9 mars 2015.
  32. « Morelle : "J'ai été liquidé par la Tcheka hollandienne" », Anna Cabana, Le Point.fr - 10 septembre 2014.
  33. « La froide colère d'Aquilino Morelle », Europe 1.fr - 11 septembre 2014.
  34. « Aquilino Morelle dit à l'AFP n'avoir "jamais" donné d'interview au Point », Le Point.fr - 11 septembre 2014.
  35. Michaël Hajdenberg, « Un décret sur mesure pour Aquilino Morelle à l'Igas », mediapart.fr, (consulté le 26 novembre 2014)
  36. a et b Michaël Hadjenberg, « Aquilino Morelle, l’amnésie et l’art du storytelling », mediapart.fr, (consulté le 10 janvier 2017)
  37. Éric Haquemand, « Primaire de la gauche, tout se joue à la tété », Paris Match, semaine du 5 au 11 janvier 2016, page 22.
  38. cf. décret de nomination du 3 mars 2004 : « Légifrance > Fac-similé JO du 10/03/2004, texte 69 », sur le site http://www.legifrance.gouv.fr - consulté le 16 mai 2015.
  39. « Le conseiller de Hollande, Aquilino Morelle, ciblé par Médiapart », sur le site http://lci.tf1.fr - 17 avril 2014.

Liens externes[modifier | modifier le code]