Approche écosystémique

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Zone humide de la Floride, États-Unis

L'approche écosystémique ou approche par écosystème est une méthode de gestion où les terres, l'eau et les ressources vivantes sont intégrées pour favoriser la conservation et l'utilisation durable et soutenable des ressources naturelles, afin de respecter les interactions dans les écosystèmes dont l'être humain dépend[1]. En résumé, toutes les parties d'un écosystème sont liées, il faut donc tenir compte de chacune d'entre elles.

À Nagoya en octobre 2010, lors de la Conférence des nations unies sur la diversité biologique réunie en Sommet mondial (réunion qui était aussi la dixième Convention sur la diversité biologique des Nations unies), une « approche écosystémique coordonnée » a été présentée et promue comme un outil transversal et nécessaire. Ceci a été fait au travers d'expositions, conférences, ateliers de travail : sur le rôle des aires protégées, les communautés autochtones et locales, l'eau, l'économie des services écosystémiques et de la biodiversité, les changements climatiques, la perte de la biodiversité, la désertification et l'érosion et la dégradation des terres, ainsi que le financement des moyens d'action[2].

Domaines d'utilisation[modifier | modifier le code]

Cette approche est notamment et surtout utilisée en gestion des forêts[3], des pêches[4],[5], en gestion agricole[6]et en recherche environnementale[7].

Les 12 principes de gestion[modifier | modifier le code]

Lors de la 5e rencontre des Parties de la Convention sur la diversité biologique (CDB), en 2000, 12 principes de gestion ont été adoptés afin d'assurer une approche qui respecte l'esprit de l'approche écosystémique[8]. Ces 12 principes développés lors de la réunion d'expert au Malawi qui a eu lieu en 1998, sont communément appelés les « Principes de Malawi »[9]. Ceux-ci sont définis sur le site de la Convention sur la diversité biologique comme suit :


« Principe 1 : les objectifs de gestion des terres, des eaux et des ressources vivantes sont un choix de société.

Principe 2 : la gestion devrait être décentralisée et ramenée le plus près possible de la base.

Principe 3 : les gestionnaires d'écosystèmes devraient considérer les effets (réels ou potentiels) de leurs activités sur les écosystèmes adjacents ou autres.

Principe 4 : compte tenu des avantages potentiels de la gestion, il convient de comprendre l'écosystème dans un contexte économique. Tout programme de gestion d'écosystème devrait :

  • réduire les distorsions du marché qui ont des effets néfastes sur la diversité biologique ;
  • harmoniser les mesures d'incitation pour favoriser la conservation et l'utilisation durable de la diversité biologique ;
  • intégrer dans la mesure du possible les coûts et les avantages à l'intérieur de l'écosystème géré.

Principe 5 : conserver la structure et la dynamique de l'écosystème, pour préserver les services qu'il assure, devrait être un objectif prioritaire de l'approche systémique.

Principe 6 : la gestion des écosystèmes doit se faire à l'intérieur des limites de leur dynamique.

Principe 7 : l'approche par écosystème ne devrait être appliquée que selon les échelles appropriées.

Principe 8 : compte tenu des échelles temporelles et des décalages variables qui caractérisent les processus écologiques, la gestion des écosystèmes doit se fixer des objectifs à long terme.

Principe 9 : la gestion doit admettre que le changement est inévitable.

Principe 10 : l'approche par écosystème devrait rechercher l'équilibre approprié entre la conservation et l'utilisation de la diversité biologique.

Principe 11 : l'approche par écosystème devrait considérer toutes les formes d'information pertinentes, y compris l'information scientifique (sciences du vivant et sciences humaines) et autochtone, de même que les connaissances, les innovations et les pratiques locales (étudiées en ethnologie).

Principe 12 : l'approche par écosystème devrait impliquer tous les secteurs sociaux et toutes les disciplines scientifiques concernées. »[8]

Gestion de la pêche[modifier | modifier le code]

Accords internationaux[modifier | modifier le code]

Quelques poissons commerciaux

En 1980 à Canberra en Australie se tient la Convention sur la conservation de la faune et la flore marines de l'Antarctique (CCAMLR). Cet accord sera adopté en 1982[10], officialisant ainsi le premier accord International à se fonder sur une approche écosystémique des pêches[11].

L'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) a adopté le 31 octobre 1995 le Code de conduite FAO pour une pêche responsable « en vue d'assurer effectivement la conservation, la gestion et le développement des ressources bioaquatiques, dans le respect des écosystèmes et de la biodiversité. »[12] Ce code de conduite servira de base pour la gestion des pêches fondée sur les écosystèmes (EBFM) ou (EBM)[13] aussi souvent référé en français par approche écosystémique pour la gestion des pêches (AEP)[14]

Gestion des pêches fondée sur les écosystèmes[modifier | modifier le code]

La gestion des pêches fondée sur les écosystèmes (EBFM) ou (EBM), telle que promue par la FAO et l'Europe[15],[16] est une approche qui intègre les principes de gestion de l'approche écosystémique, mais en considérant les frontières écologiques et non seulement politiques. Elle tient aussi compte de la réponse des écosystèmes face aux perturbations environnementales. De plus, l'une de ses principales considérations est de conserver l'intégrité de l'écosystème maritime et côtier, afin d'assurer sa pérennité, dont dépend l'être humain[17].

L'approche traditionnelle pour la pêche, principalement fondé sur le rendement équilibré maximal qui tend, en priorisant la maximisation de la rentabilité des espèces, à la surpêche[18], propose de surveiller presque uniquement les réserves de chaque espèces commercialisables en tant que réserves indépendantes[19]. Cependant les espèces sont interdépendantes entre elles et avec l'ensemble de leur écosystème. Ne pas en tenir compte aggrave les impacts déjà important de la surpêche sur la partie de la sécurité alimentaire et de l'économie dépendante des activités de pêches dans le monde[20].
En Europe, 9 types d'habitats prioritaires au regard de Natura 2000 doivent ainsi être pris en compte et protégés, dont dans l'intérêt de la pêche durable (bancs de sable subtidaux ; estuaires; replats sableux et boueux intertidaux ; lagunes côtières ; grandes criques et baies d’eaux peu profondes ; récifs ; herbiers de posidonies ; structures sous-marines constituées par des flux de gaz ; grottes marines submergées ou partiellement submergée[16]).

Gestion des forêts[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Gestion durable des forêts.
Les séquoias géants sont renforcés par certains feux de forêts qui les débarrassent des espèces compétitrices

L'approche écosystémique appliqué à la foresterie tient compte de la diversité des espèces végétale et animale d'une forêt, des communautés dépendantes des ressources forestières ainsi que des désastre naturels (surtout les feux et les inondations) qui sont assez fréquent pour être considéré comme faisant partie de l'écosystème d'une forêt.

En plus des contrainte économiques et légales, elle peut aussi tenir compte de l'âge des arbres d'une forêt par rapport à la vitesse et la méthode de coupe[21].

Agriculture[modifier | modifier le code]

Recherche environnementale[modifier | modifier le code]

En santé[modifier | modifier le code]

Pollution de l'eau

L'approche écosystémique de la santé humaine, dans laquelle s'intègre la médecine sociale, touche les impacts des activités humaines ou des transformations naturelles de l'environnement sur leur écosystème et les répercussions qui s'ensuivent sur leur santé[22].

Les recherches notables dans le domaine touchent principalement les contaminant et le processus de leur consommation dans l'alimentation humaine; la gestion des ressources naturelles et la protection des écosystèmes; l'habitat humain; ainsi que les pesticides en agriculture. Plusieurs sujets touchant ces grandes catégories ont été abordés lors du Forum international sur les approches écosystèmes et santé humaine qui s'est tenu à Montréal du 18 au [23].


Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (fr) (en) Environnement Canada (Réseau canadien d'information sur la biodiversité), « Approche Écosystémique » (consulté le 18 mars 2010)
  2. Laura Baroni, UICN, pour l'IEPF Un plan d’action conjoint pour les trois Conventions de Rio ?, sur le site de Médiaterre (2010/10/21), consulté 2010/10/22
  3. (fr) (en) (es) Ministère des Ressources Naturelles et de la Faune du Québec, « MRNF-L'aménagement écosystémique : au coeur de la gestion des forêts » (consulté le 18 mars 2010)
  4. (fr) (en) (es) FAO, « AMÉNAGEMENT DES PÊCHES 2. L’approche écosystémique des pêches »,‎ 2003 (consulté le 18 mars 2010)
  5. (fr) Programme des Nations unies pour l'environnement - Plan d'action pour la Méditerranée, « Pam MedOndes 58 » (consulté le 18 mars 2010)
  6. (fr) Commission des ressources génétiques pour l'alimentation et l'agriculture, « L’approche par écosystème appliquée à l'alimentation et à l'agriculture: situation actuelle et besoin. », FAO (consulté le 19 mars 2010)
  7. (fr) Collaborative Mercury Research Network, « Le Mercure: de l'environnement vers l'humain - Études de cas », Université du Québec à Montréal (consulté le 19 mars 2010)
  8. a et b (fr) (en) (es) COP 5, « COP 5 Décision V/6 » (consulté le 19 mars 2010)
  9. (en) FAO, « Annex 1: Malawi Principles for Ecosystem Approach » (consulté le 19 mars 2010)
  10. (en) Département des affaires étrangères de l'Australie., « Convention on the Conservation of Antarctic Marine Living Resources », No 9, Australasian Legal Information Institute,‎ 1982 (consulté le 19 mars 2010)
  11. (fr) Commission européenne, « Commission européenne -Pêche- Convention sur la conservation de la faune et la flore marines de l'Antarctique (CCAMLR) » (consulté le 19 mars 2010)
  12. (fr) (en) (es) FAO, « Code de conduite FAO pour une pêche responsable (1995) (en cache google) » (consulté le 16 février 2010)
  13. (en) Ecosystem-based fisheries management: An Australian perspective 2005 P. 262
  14. (fr) (en) (es) Renforcement des capacités pour une approche écosystémique face aux interactions, y compris avec les mammifères marins FAO
  15. Guidance on the Application of the Ecosystem Approach to Management of Human Activities in the European Marine Environment [Lignes directrices sur l’application de l’approche écosystémique de la gestion des activités humaines dans le milieu marin européen], rapport de recherches collectives du CIEM n° 273, 2005, 22 p.
  16. a et b Fiche technique Approche écosystémique de la pêche
  17. (en) Outils EBM
  18. (en) M.N. Maunder et Brian Fath, Encyclopedia of Ecology, Oxford, Academic Press,‎ 2008, 1e éd. (ISBN 978-0-08-045405-4, lire en ligne), « Maximum Sustainable Yield », p. 2292-2296
  19. (fr) Approche Écosystémique des Pêches : De l’utilisation d’indicateurs à la simulation théorique ; vers un modèle couplé écologie/économie appliqué au Finistère CHASSOT, Emmanuel 2005 P. 13
  20. (fr) (en) Conséquences mondiales de la surpêche, Pêches et Océans Canada
  21. (fr) Sylvie Gauthier, Marie-Andrée Vaillancourt, Alain Leduc, Louis De Grandpré, Daniel Kneeshaw, Hubert Morin, Pierre Drapeau et Yves Bergeron, Aménagement écosystémique en forêt boréale, Québec (Québec, Canada), Presse de l'Université du Québec,‎ 2008, 600 p. (ISBN 978-2-7605-1525-3, lire en ligne), p. 534
  22. (fr) Michel Guérin, Pierre Gosselin, Sylvaine Cordier, Claude Viau, Philippe Quénel et Éric Dewailly, Environnement et santé publique : Fondements et pratiques, Acton Vale (Québec, Canada) et Paris (France), Edisem et Éditons Tec&Doc,‎ 2003, 1 022 p. (ISBN 2-7430-0603-X, lire en ligne), p. 594
  23. (fr) (en) CRDI, « Forum international sur les approches écosystèmes et santé humaine » (consulté le 18 mars 2010)

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Sylvie Gauthier, Marie-Andrée Vaillancourt, Alain Leduc, Louis De Grandpré, Daniel Kneeshaw, Hubert Morin, Pierre Drapeau et Yves Bergeron, Aménagement écosystémique en forêt boréale, Québec (Québec, Canada), Presse de l'Université du Québec,‎ 2008, 600 p. (ISBN 978-2-7605-1525-3, lire en ligne)
  • Michel Guérin, Pierre Gosselin, Sylvaine Cordier, Claude Viau, Philippe Quénel et Éric Dewailly, Environnement et santé publique : Fondements et pratiques, Acton Vale (Québec, Canada) et Paris (France), Edisem et Éditions Tec&Doc,‎ 2003, 1 022 p. (ISBN 2-7430-0603-X, lire en ligne)