Apports nutritionnels conseillés

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Les apports nutritionnels conseillés ou ANC, représentent la quantité suffisante de différents paramètres nutritionnels nécessaires pour assurer la couverture des besoins nutritionnels de différentes sous-catégories pertinentes de la population.

Principes d'élaboration[modifier | modifier le code]

Plusieurs autorités nationales élaborent des ANC sur une base scientifique. Dans le monde anglophone, on les appelle RDA (recommended dietary allowances). Dans le monde francophone, les ANC publiés depuis 1981 en France ont la plus grande portée. Ils sont élaborés par l'Anses (ex-Afssa) en fonction du besoin nutritionnel moyen (BNM) d'une sous-population pertinente, à laquelle est ajoutée une marge de sécurité de deux écarts-types (les ANC sont donc supérieurs à la moyenne des besoins réels). Les ANC cherchent donc à représenter les apports couvrant les besoins physiologiques de 97,5 % des sous-populations étudiées[1], celles-ci ayant des besoins variant avec l'âge, le sexe et l'activité.

L'Anses en France liste par exemple 12 catégories distinctes de population pour la vitamine A, chacune ayant des apports nutritionnels conseillés distincts (par exemple : nourrissons ; enfants 10-12 ans ; adolescentes 13-15 ans ; femmes enceintes au troisième trimestre…). L'ANC ne doit surtout pas être confondue avec les AJR (apports journaliers recommandés), qui représentent une valeur globalisée qui a pour vocation de servir comme valeur de référence sur les étiquettes de produits alimentaires, indistinctement des variations énormes en termes d'ANC selon les catégories de population (ainsi un rapport de 1 à 5 en fer entre les nourrissons et les femmes enceintes au troisième trimestre).

Les ANC peuvent varier selon les pays (même voisins), sont périodiquement remis à jour et peuvent connaître des ajustements importants. Ainsi les ANC en vitamine D ont été réévalués en décembre 2010 aux États-Unis avec le triplement de la quantité recommandée sur certaines catégories de population. Les ANC français sont en général inférieurs aux ANC américains, à l'heure actuelle.

En France, les ANC principaux sont publiés[2] et révisés par l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses)[3] :

Nutriment Apports nutritionnels conseillés pour une femme de 20 à 40 ans[4] (ANSES)
Vitamine A (rétinol) 600 µg ER
Vitamine B9 (acide folique) 300 µg
Vitamine C (acide ascorbique) 110 mg
Vitamine D 5 µg
Calcium 900 mg
Fer 16 mg
Glucides 50 à 55 % de l’Apport énergétique Total (AET)
Lipides 35 à 40 % de l’AET[5]
Protides 12 à 16 % de l’AET - soit 60,5 à 82,5 g
Energie 1800 kcal

Les ANC de référence détaillés sont disponibles dans un livre publié en 2001 (voir bibliographie) mais sont rediscutés fréquemment, soit par l'ANSES, soit dans d'autres instances comme l'AESA. D'autres organismes comme l'OMS peuvent émettre des recommandations sur les ANC, comme une limitation de la consommation de sucre[6].

La couverture est plus large aux États-Unis où les RDA (recommended dietary allowances) sont élaborés par le Food and Nutrition Board, organe de l'USDA[7],[8] en général tous les cinq à dix ans depuis 1941. Ceux-ci sont repris par le Canada.

Pour les nutriments pour lesquels on ne peut calculer le RDA (recommended dietary allowances) en raison du manque de données scientifiques, on parle de adequate intake (AI).

Déficits, carences et ANC[modifier | modifier le code]

Les ANC sont conçus comme des repères (supérieurs à la moyenne des besoins) pour mieux manger mais les besoins individuels peuvent varier considérablement. Avoir des apports inférieurs à 30 % aux ANC ne se traduit ainsi pas forcément en déficit d'apport ou en carence physiologique.

En principe (voir ci-dessous), on peut calculer les valeurs apportées par l'alimentation à partir de bases de données, la base CIQUAL[9] en France, et la base de l'USDA[10] aux États-Unis.

Limites[modifier | modifier le code]

Les ANC, en principe basés sur une science stricte, souffrent de simplification (trop de chiffres ronds) et de biais méthodologiques évidents, puisque les valeurs pour certains nutriments comme le calcium sont différentes entre les pays développés.

Les ANC sont conçus à partir de la science actuelle disponible, sur un principe analytique strict, sans tenir compte des interactions, qui sont mal connues. On a donc affaire à un réductionnisme, une simplification de la réalité à partir des connaissances acquises[11]. Une simple pomme est en réalité un mélange complexe de milliers de molécules, dont on ne connait pas encore l'effet. On connait donc certains aspects de la composition d'un aliment. Et on n'a étudié les éléments connus qu'individuellement, rarement en synergie. Par exemple, une étude de la FAO indique que les ANC en calcium sont plus élevés dans les pays développés, ce qui est expliqué par une plus grande consommation de protéines et de sel[12].

À fortiori, on n'a pas étudié la totalité des polyphénols d'un fruit ou d'un légume, et encore moins leurs combinaisons. On peut même prédire que jamais cette étude ne sera disponible, car elle nécessiterait un investissement énorme au niveau financier.

Enfin les ANC dépendent en réalité de la biodisponibilité du nutriment concerné en tant que tel[13], et des aliments qui l'accompagnent lors de l'ingestion (interaction avec les phytates, polyphénols et facteurs anti-nutritionnels, influence du pH, et d'autres nutriments comme la vitamine C). Les ANC pour les protéines ne prennent pas en compte leur qualité, etc.

Selon Marion Nestle[14], au lieu de proposer des ANC, il serait préférable de proposer des modèles alimentaires. Il faut inciter à la consommation de certains aliments, au lieu de focaliser sur les nutriments. C'est ce que préconise le PNNS (Plan national nutrition santé) à travers les repères nutritionnels[15].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Ambroise Martin, Apports nutritionnels conseillés pour la population française, Tec & Doc,‎ 2000, 605 p. (lire en ligne)

Articles connexes[modifier | modifier le code]