Nidaa Tounes

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Nidaa Tounes
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Nom arabe نداء تونس
Présentation
Fondation
Président Mohamed Ennaceur (intérim)
Fondateur Béji Caïd Essebsi
Secrétaire général Mohsen Marzouk
Porte-parole Boujemaa Remili
Légalisation [1]
Adhérents 110 000[2]


Représentation
Députés (2014)
86 / 217
Orientations
Idéologie Nationalisme tunisien
Social-libéralisme
Progressisme
Couleurs Rouge et blanc
Informations
Siège 3, rue du Lac de Garde
Les Berges du Lac
1053 Tunis
Site web www.nidaatounes.org

Nidaa Tounes (نداء تونس) ou Appel de la Tunisie est un parti politique tunisien lancé par Béji Caïd Essebsi en tant qu'initiative le 20 avril 2012 puis transformée le 16 juin en parti autorisé le 6 juillet.

Il devient, après sa victoire aux élections législatives de 2014, le premier parti du pays.

Origines de la fondation[modifier | modifier le code]

Après avoir quitté le poste de Premier ministre, Béji Caïd Essebsi souhaite fonder un parti selon le quotidien Assabah[3], avec pour but de rassembler l'opposition[4]. L'initiative est annoncée le 20 avril 2012 sous le nom de « Nidaa Tounes »[5] et se fixe les objectifs suivants  :

  • la nécessité pour la constituante de délimiter officiellement et avec précision la durée de son exercice pour l'écriture de la Constitution, d'entamer immédiatement les préparatifs des prochaines élections dans les délais impartis ;
  • la mise en place d'un plan de sauvetage de l'économie nationale, fondé sur le consensus afin de recouvrer la confiance des citoyens, de restaurer la sécurité et la stabilité dans l'objectif d'encourager la production, le développement et les investissements, s'agissant, in fine, de créer davantage de postes d'emploi et de freiner la détérioration du pouvoir d'achat du citoyen ;
  • la nécessité sur le plan social d'accorder un intérêt accru aux jeunes et d'établir un plan urgent en faveur des catégories et des régions précaires sur la base de l'équité sociale et de la solidarité nationale ;
  • le lancement, dans un cadre de consensus national, du processus de la justice transitionnelle avec des objectifs bien déterminés à travers un mécanisme indépendant pour traiter les violations du passé et demander des comptes à leurs auteurs tout en dédommageant les victimes, de manière que ces drames du passé ne se reproduisent plus ;
  • la rupture avec les dangers d'un retour à l'interférence entre l'appareil de l'État et les appareils des partis au pouvoir tout en garantissant la neutralité de l'administration de façon que le choix des responsables se fasse sur l'unique critère de la compétence et à ce que cesse immédiatement les nominations dans les hautes fonctions de l'État sur la foi des allégeances ;
  • la neutralité des mosquées tout en mettant un terme au phénomène des milices et en évitant tout retour à la dictature ;
  • la sauvegarde des libertés collectives et individuelles acquises et les prémunir de toutes les éventuelles violations et menaces, et ce aussi bien pour la liberté de la presse, d'expression et d'organisation tout en préservant les acquis modernes pour la société tunisienne et en premier les droits de la femme ;
  • l'application de la loi de façon à prévenir les dangers du terrorisme qui menacent la sécurité sociale et les intérêts nationaux et internationaux de la Tunisie ;
  • la consolidation du rôle de la Tunisie au niveau international en évitant l'alignement sur aucun axe étranger et en se conformant à la neutralité positive dans le cadre des principes de respect des droits de l'homme, des peuples et des conventions internationales y afférentes.

Autour de cette initiative se rassemble une dizaine de personnalités, dont d'anciens ministres du gouvernement Caïd Essebsi parmi lesquels Taïeb Baccouche, Lazhar Karoui Chebbi et Ridha Belhaj[6].

Histoire[modifier | modifier le code]

Figure importante de l'opposition[modifier | modifier le code]

Béji Caïd Essebsi en couverture de Tunivisions, en janvier 2012.

Au mois de mai, on annonce qu'il s'apprête à transformer l'initiative en un parti politique et qu'il annoncera sa création lors d'un grand meeting[7]. Celui-ci a lieu le 16 juin 2012 au Palais des congrès de Tunis en présence de 6 à 7 000 personnes[8].

Lors de ce meeting, il demande à rassembler tous les Tunisiens ainsi que le mouvement Ennahdha pour trouver un moyen de sortir de la crise[9]. Concernant les destouriens, il refuse leur exclusion qui serait selon lui anti-démocratique[9] et encourage la justice à faire son travail, de même pour les hommes d'affaires[10]. Il précise par ailleurs que la révolution n'a été faite par aucun parti politique, n'hésitant pas à critiquer le gouvernement et ses actions[9].

Vers la fin du mois de septembre, Nidaa Tounes acquiert la confiance des sondages qui lui attribuent 20 à 25 % des suffrages, faisant du parti la seconde force politique du pays, qui s'impose de plus en plus sur la scène politico-médiatique grâce à son attachement à l'islam mais aussi à sa position ferme contre l'islamisation du pays. Cette évolution en un court laps de temps est renforcée par les adhésions de militants ainsi que celles d'élus à l'assemblée constituante. De son côté, le mouvement Ennahdha fait face à une chute de popularité alors que le Congrès pour la République et Ettakatol sont en pleine dislocation suite des divisions intérieures[11].

Cependant, Nidaa Tounes est impopulaire au sein des salafistes, d'où l'agression de certains de ses membres et l'interruption ou l'empêchement de plusieurs activités partisanes. Des menaces de morts ciblent également Caïd Essebsi. Dans ce contexte, certains cadres du parti accusent la troïka de vouloir leur « mettre les bâtons dans les roues ». La coalition gouvernementale affiche, de son côté, une intense propagande à l'encontre du parti nouvellement formé, l'accusant de réunir des figures issues du Rassemblement constitutionnel démocratique. Par ailleurs, le Congrès pour la République décide de ne pas inviter les membres de Nidaa Tounes lors de leur congrès du 22 août, prétextant qu'il est lié à l'ancien régime. De même, la participation du mouvement Ennahdha aux émissions télévisées sont annulées si des membres du mouvement y sont conviés[11].

Le 18 octobre, le coordinateur du parti à Tataouine et dirigeant régional de l'Union tunisienne de l'agriculture et de la pêche, Lotfi Nagdh, meurt en marge d'affrontements entre ses partisans et des manifestants proches d'Ennahdha[12]. Selon un représentant du parti, il est mort après avoir été tabassé alors que le porte-parole du ministère de l'Intérieur assure qu'il a été terrassé par une crise cardiaque[12]. Béji Caïd Essebsi dénonce le lendemain le « premier assassinat politique depuis la révolution »[13].

Le 7 décembre, Caïd Essebsi annonce la création d'une coalition entre Al Joumhouri et la Voie démocratique et sociale[14]. Le 29 janvier 2013, elle est officiellement fondée sous le nom d'Union pour la Tunisie[15]. Le 2 février, la coalition est rejointe par le Parti socialiste et le Parti du travail patriotique et démocratique[16]. Suite à de nombreuses tentatives de la part d'Ennahdha et du Congrès pour la République d'exclure Nidaa Tounes et les destouriens de la scène politique, Caïd Essebsi annonce, lors du 79e anniversaire de la création du Néo-Destour, le 2 mars à Ksar Hellal, que ces derniers ont contribué à la création d'un État tunisien indépendant, moderne et musulman. Il considère l'Union pour la Tunisie comme un prolongement du mouvement destourien[17].

Le 4 avril, Caïd Essebsi intervient lors de l’émission 9h du soir sur Ettounsiya TV, déclarant à propos de la loi d’immunisation de la révolution, approuvée le même jour par la commission de la législation générale au sein de l’assemblée nationale constituante, que, si celle-ci prône l'exclusion, elle ne gênerait pas particulièrement son parti, étant donné qu'elle ne concerne que 24 de ses membres. Il affirme aussi que les personnes qui veulent adopter cette loi ont des comptes à régler et n’ont confiance ni en la justice, ni en le peuple tunisien. Il annonce dans le même temps qu'il ne compte pas se présenter à la prochaine élection présidentielle[18].

Caïd Essebsi confirme officiellement, lors d'une interview accordée le 28 avril 2013 sur Nessma, sa décision de se porter candidat à la prochaine élection présidentielle et cela malgré la limitation de l’âge des candidats à 75 ans, ce à quoi il répond que plusieurs hommes politiques de son âge et même plus âgés que lui ont été élus à la magistrature suprême en Allemagne et en Italie ; il déclare que la limitation d’âge pour les candidats à la présidentielle, qui n’existe dans aucun pays démocratique, est une loi crée sous le régime Ben Ali. Quant à une éventuelle nomination au poste de chef du gouvernement, il déclare que ce poste devrait être occupé par Ahmed Néjib Chebbi[19].

Suite au meurtre de Mohamed Brahmi ainsi qu'aux manifestations au Bardo réclamant la dissolution de l'assemblée constituante et du gouvernement, la troïka et l'opposition tentent de trouver un consensus. Dans ce contexte, Caïd Essebi et Rached Ghannouchi, leader d'Ennahdha, se rencontrent à Paris le 14 août et s'entendent pour remplacer le président Moncef Marzouki par Béji Caïd Essebsi et former un gouvernement composé de technocrates et d'hommes politiques[20], initiative sans suite.

Victoire électorale de 2014[modifier | modifier le code]

Élections législatives[modifier | modifier le code]

Parti en tête par circonscription selon le nombre de voix exprimées lors des élections législatives.

Le programme de Nidaa Tounes pour les élections législatives du 26 octobre 2014 repose sur la préservation du modèle sociétal qui inclut l'autorité de l’État de droit, la démocratie, l'émancipation de la femme ainsi que l'éducation sur la base des valeurs universelles et un islam tolérant. Il vise aussi une sortie de crise progressive ainsi que le renouvellement du modèle de développement, en fixant les rôles de l’État et du secteur privé, en développant l'emploi, en mettant en avant le développement régional ainsi que des politiques sectorielles ; ce programme repose sur quatre axes principaux à savoir la jeunesse, le développement régional, l'emploi et la justice sociale[21].

Beaucoup d'observateurs estiment que la déclaration de Caïd Essebsi, faite le 20 octobre lors d'un meeting populaire à Hammam Lif, est un facteur déterminant de la réussite de la campagne de son parti. En effet, il affirme alors que quiconque ne vote pas pour Nidaa Tounes est en fait un électeur d'Ennahdha[22]. Il porte ainsi un coup fatal aux partis centristes et démocratiques (Al Joumhouri, Ettakatol, l'Alliance démocratique, l'Initiative nationale destourienne, etc.) dont l'électorat potentiel est amené à voter pour Nidaa Tounes, les condamnant à des résultats médiocres[23].

Attendus le 27 octobre, les premiers résultats sont annoncés par les médias, partageant la nouvelle assemblée en deux principales formations, à savoir Nidaa Tounes, placée en tête du scrutin[24], ainsi qu'Ennahdha qui marque un net recul par rapport aux élections de 2011[25]. La soirée même, Ennahdha reconnaît être arrivé en seconde position, son chef Rached Ghannouchi félicitant Caïd Essebsi pour la victoire de son parti, en lui téléphonant tel qu'indiqué sur le compte Twitter de sa fille, Soumaya, qui a publié une photo de son père au téléphone[25]. Les résultats préliminaires, publiés le 29 novembre en fin de soirée, placent Nidaa Tounes en tête avec 86 sièges sur 217 dans le nouveau parlement ; le parti est présent dans toutes les circonscriptions, surtout au nord du pays. En revanche, dans les circonscriptions du sud du pays, Ennahdha reste majoritaire.

Selon la Constitution, le parti vainqueur doit présenter dans les deux semaines qui suivent les élections son candidat à la présidence du gouvernement au président de la République qui le charge de la formation du gouvernement. Mais Nidaa Tounes ne reconnaît pas la légitimité du président en place et déclare qu'il ne le fera qu'après l'élection d'un nouveau président[26]. Cette décision est officialisée par le dialogue national lors d'une réunion le 31 octobre[27].

Entre temps, les tractations continuent dans la mesure où Nidaa Tounes et ses alliés (Afek Tounes, Initiative nationale destourienne et autres partis) ne possèdent que près de 100 sièges sur les 109 nécessaires. Ils doivent donc faire des concessions à l'un de leurs trois adversaires : Ennahdha, le Front populaire ou l'Union patriotique libre[28]. En cas d'alliance avec Ennahdha, Nidaa Tounes exige que le parti soutienne Caïd Essebsi à la présidentielle[29].

Élection présidentielle[modifier | modifier le code]

L'élection présidentielle tunisienne, qui a lieu au cours de l'automne 2014, est la première élection présidentielle libre et démocratique du pays. Deux tours de scrutin sont nécessaires à l'élection du nouveau président de la République tunisienne.

Le premier tour a lieu le sur le territoire national et du 21 au à l'étranger[30]. Il s'agit alors de la onzième élection présidentielle, la dixième au suffrage universel direct et la première depuis la révolution de 2011. Le premier tour a lieu un mois après les élections législatives qui ont vu Nidaa Tounes arriver en tête.

Aucun candidat n'ayant remporté la majorité absolue au premier tour[31],[32], un deuxième tour a lieu le 21 décembre entre Béji Caïd Essebsi, chef de Nidaa Tounes, et le président de la République sortant, Moncef Marzouki, réputé proche d'Ennahdha[33]. Caïd Essebsi remporte le second tour avec 55,68 % des votes, Marzouki recueillant 44,32 %, ce qui fait du chef de Nidaa Tounes le président élu de la République tunisienne ; le taux de participation se monte à 60,1 %[34].

Divergences et conflits internes[modifier | modifier le code]

Le choix des listes électorales suscite certes des remous et des insatisfactions, mais la présence de Béji Caïd Essebsi, dont on ne peut contester les décisions et le fait qu’il a prévenu que les députés ne seront pas ministrables, apaise la situation. Seul le choix de la tête de liste de la première circonscription de Tunis, convoitée à la fois par son fils, Hafedh Caïd Essebsi et par Faouzi Elloumi, principal pourvoyeur de fonds du parti, pose problème : Elloumi dénonce la volonté de succession politique de père en fils, ce qui conduit le président à les écarter tous les deux et à choisir une parfaite inconnue, Leila Ouled Ali[35].

L'euphorie de la victoire passée, plusieurs conflits apparaissent, menaçant à chaque fois l’harmonie et l’unité du parti. Il y a d’abord le choix du chef du gouvernement, la tendance gauchiste du parti y voyant l’occasion de parvenir au pouvoir et de former un gouvernement de gauche avec le Front populaire et les libéraux. Fort de cet appui, Taïeb Baccouche exprime sa volonté d’occuper le poste. Toutefois, Caïd Essebsi, qui a promis que Nidaa Tounes n’accaparerait pas tous les pouvoirs, impose le choix d’une personnalité indépendante, Habib Essid. Intervient alors un différend à propos de la coalition gouvernementale, plusieurs voix telles que celle de Baccouche (gauche) et de Mondher Belhaj Ali (porte-voix des libéraux) s'élevant pour rejeter tout rapprochement avec Ennahdha[36]. Ce dernier est même à l’origine d’une pétition, signée selon lui par 70 députés du parti sur 86, allant dans ce sens ; seuls quelques destouriens sont favorables à l’alliance plus sûre avec Ennahdha plutôt qu’avec l’imprévisible Front populaire. Encore une fois, Caïd Essebsi tranche, malgré l’opposition farouche de certains députés qui se sont abstenus et n’ont pas accordé leur confiance au gouvernement Essid ; un député du parti (Sahbi Ben Fraj) vote même contre. Quant au choix des ministres, il n’est pas facile : des députés refusent la condition préalable de Caïd Essebsi de ne pas choisir des membres du gouvernement parmi eux. Le triumvirat composé de Mohamed Ennaceur, Baccouche et Boujemâa Remili est obligé de proposer deux représentants parmi les plus vindicatifs d’entre eux : Lazhar Akremi et Saïd Aïdi. Cependant, dans la liste proposée et acceptée par Essid où figurent huit membres du parti et cinq sympathisants, on dénombre neuf ministres de la mouvance gauchiste (Baccouche, Mahmoud Ben Romdhane, Néji Jalloul, Akremi, Kamel Jendoubi, Farhat Horchani, Ahmed Zarrouk, Mohamed Salah Ben Aïssa et Latifa Lakhdhar), un ministre libéral (Aïdi) et trois indépendants (Selma Elloumi Rekik, Slim Chaker et Anis Ghedira). Ceux qui ne sont pas retenus dénoncent la faiblesse de la représentation de leur parti ou l’absence du courant destourien qui aurait fait gagner au parti près d'un million de voix[37].

Abdessatar Messaoudi, avocat personnel de Caïd Essebsi, accuse Mohsen Marzouk, ministre-conseiller du président de la République, et Ridha Belhaj, son chef de cabinet, de l’isoler par rapport à ses anciens collègues de parti et accuse Remili d’avoir favorisé ses amis et proches, à l’instar de Lakhdhar qui est sa propre belle-soeur[38]. Khemaïs Ksila accuse le trio Marzouk, Belhaj et Rafâa Ben Achour de saboter le parti[39]. Pour sa part, Hafedh Caïd Essebsi, qui a hérité de la responsabilité des structures et de la mobilisation du temps de son père, se voit en héritier naturel et épouse la cause des destouriens déçus et frustrés du cours des choses. Les députés réclament leur part du pouvoir, d’autant plus que la plupart des membres du comité exécutif sont entrés au gouvernement ou à la présidence. La lutte pour le pouvoir et pour la succession s’intensifie : Akremi déclare que la cooptation du trio Ennaceur, Hafedh Caïd Essebsi et Mohamed Fadhel Ben Omrane est illégale et refusée par la Premier ministère[40], tout en dénonçant un complot visant à assurer la transmission de la responsabilité du parti vers Hafedh Caïd Essebsi[41]. Pour sa part, Nabil Karoui, directeur de la chaîne Nessma, réclame de faire partie du comité constitutif dans la mesure où il figure parmi les fondateurs du parti et parce que sa chaîne a joué un rôle capital dans sa victoire aux élections[42]. La colère monte contre le comité constitutif qui est obligé de battre en retraite : il soutient la cooptation des trois membres et accepte d’élargir la direction à huit représentants du comité exécutif et huit députés. Entre-temps, le député Walid Jalled présente à la télévision des documents ultrasecrets attestant que Karoui et l’homme d’affaires Chafik Jarraya, qui vient d’adhérer au parti, sont en relation avec le Libyen Abdelhakim Belhadj qui les aurait soudoyés pour améliorer son image et favoriser la reconnaissance de Fajr Libya par les autorités tunisiennes[43]. Hafedh Caïd Essebsi constitue un courant réformateur, rejoint par plusieurs députés et membres du comité exécutif. Il organise un conseil national, contre la volonté du comité constitutif, et réunit près de 800 délégués[44]. Des tentatives de conciliation sont effectuées par des députés et, après plusieurs ajournements, les élections sont prévues pour le 22 mars et le nombre des représentants à élire est porté à vingt. Toutefois, le courant réformateur subit un camouflet et aucun de ses candidats, dont certains se sont retirés de la course (Ksila, Abdelaziz Kotti, etc.) n’est élu. Selon Le Maghreb, les vingt élus se répartissent comme suit : douze destouriens, trois syndicalistes, trois gauchistes et deux indépendants[45].

Les destouriens élus n'appartiennent pas au clan de Hafedh Caïd Essebsi mais plutôt de celui de Faouzi Elloumi. Les journaux rapportent la volonté du premier, après la défaite de son clan, de fonder un autre parti dénommé « Nouveau Nidaa »[45] même si cette information n’est pas confirmée ; il s’agirait plutôt d’un courant d’opposition au sein du parti[46].

Structures dirigeantes[modifier | modifier le code]

Président[modifier | modifier le code]

Leader Mandat Notes
1 Beji Caid el Sebsi at the 37th G8 Summit in Deauville 006.jpg Béji Caïd Essebsi -
(2 ans 6 mois et 2 jours)
Premier ministre sous l'intérim de Fouad Mebazaa, il fonde Nidaa Tounes en vue de rassembler l'opposition. Le 23 novembre 2014, il se qualifie pour le second tour de l'élection présidentielle face à Moncef Marzouki, le président sortant. Remportant l'élection avec 55,68 % des voix, il est officiellement proclamé président de la République le 29 décembre 2014 et investi le 31 décembre. Conformément à l'article 78 de la Constitution, il démissionne de la présidence du parti, ne pouvant cumuler responsabilités présidentielle et partisane.
I MohamedEnnaceur.jpg Mohamed Ennaceur Depuis le
(7 mois et 24 jours)
Ministre des Affaires sociales sous les présidents Habib Bourguiba et Fouad Mebazaa, il rejoint le parti le 9 février 2014 et se trouve désigné vice-président[47]. Candidat unique le 4 décembre, il est élu président de l'Assemblée des représentants du peuple. Le 31 décembre, il prend la présidence à titre intérimaire à la suite de l'accession de Caïd Essebsi à la présidence de la République, jusqu'à la tenue du premier congrès du parti[48].

Comité constitutif[modifier | modifier le code]

En plus du fondateur, le comité constitutif comprend dix membres[49] et un directeur exécutif :

Ridha Belhaj, considéré comme le membre le plus influent de la composante gauchiste du parti, il est nommé directeur exécutif, jusqu'à sa nomination comme chef de cabinet du président de la République.

Après l'élection présidentielle de 2014, Béji Caïd Essebsi quitte le parti comme le stipule la constitution et quatre nouveaux membres rejoignent le comité constitutif :

  • Mohamed Ennaceur : vice-président du parti, nommé président provisoire pour assurer l'intérim jusqu'au prochain congrès ;
  • Hafedh Caïd Essebsi : fils du fondateur, élu responsable de la direction centrale des structures et de la mobilisation ;
  • Mohamed Fadhel Ben Omrane : ancien membre du comité central du Rassemblement constitutionnel démocratique, élu président du groupe parlementaire de Nidaa Tounes.

Bureau politique[modifier | modifier le code]

Après la nomination de la plupart des membres du comité constitutif comme ministres ou membres du staff présidentiel, des voix s'élevent pour faire participer les autres structures du parti à la décision. Il est ainsi décidé de constituer un bureau politique de 34 membres composé du comité constitutif (quatorze membres), de représentants du comité exécutif (dix membres) et de députés du parti (dix membres). Des élections ont lieu le 22 mars 2015 et aboutissent à l'élection des personnalités suivantes[51] :

  • Membres du comité exécutif :
    • Mounir Ben Miled : homme d'affaires du secteur de l'hôtellerie, ancien député du Rassemblement constitutionnel démocratique ;
    • Faouzi Elloumi : homme d'affaires et principal mécène du parti, ancien député du Rassemblement constitutionnel démocratique ;
    • Abdelmajid Sahraoui : syndicaliste, ancien membre de l'Union générale tunisienne du travail, l'un des défenseurs les plus acharnés de la représentation des différents courants du parti ;
    • Amina Ben Kaddour : enseignante, fille de l'ancien syndicaliste Houcine Ben Kaddour, gauchiste, proche de la Voie démocratique et sociale ;
    • Olfa Khelil : coach en gestion des ressources humaines, fille de l'ancien ministre Mohamed Fadhel Khelil, de tendance libérale ;
    • Faïza Kefi : ancienne ministre et présidente de l'Union nationale de la femme tunisienne, issue du Rassemblement constitutionnel démocratique ;
    • Aziza Hetira : ancienne présidente de l'Union nationale de la femme tunisienne, issue du Rassemblement constitutionnel démocratique ;
    • Najoua Makhlouf : syndicaliste, membre de la commission de la femme de l'Union générale tunisienne du travail ;
    • Rabiâa Najlaoui : ancienne députée de l'assemblée constituante élue sur les listes de la Pétition populaire, l'une des premières à rejoindre Nidaa Tounes après sa constitution ;
    • Fayçal Hafiane : conseiller à la présidence de la République chargé du Suivi des actualités politiques.
  • Députés :

Comité exécutif[modifier | modifier le code]

Le 20 septembre 2012, le parti annonce la composition d'un comité exécutif formé de 39 membres. Le 2 octobre, les responsabilités sont réparties comme suit :

  • Béji Caïd Essebsi : président ;
  • Taïeb Baccouche : secrétaire général ;
  • Lazhar Karoui Chebbi : membre chargé des affaires juridiques ;
  • Selma Elloumi Rekik : trésorière ;
  • Ridha Belhaj : porte-parole et directeur exécutif ;
  • Mohsen Marzouk : membre chargé des relations extérieures ;
  • Hédi Ghodhbani, Abdelmajid Sahraoui et Khemaïs Ksila : membres chargés de la structuration et de l'organisation ;
  • Mohamed Raouf Khammassi : membre chargé de la coordination générale et du suivi des structures à l'étranger ;
  • Boujemâa Remili : membre chargé du règlement intérieur ;
  • Slim Chaker : membre chargé des programmes économique et social ;
  • Wafa Makhlouf Sayadi : membre chargée des petites entreprises et de l'emploi des jeunes ;
  • Samah Dammak : membre chargée des affaires de la femme ;
  • Anis Ghedira : membre chargé des affaires de la jeunesse ;
  • Autres membres : Abdelmajid Chaker, Lazhar Akremi, Faouzi Elloumi, Mahmoud Ben Romdhane, Mondher Belhaj Ali, Rafâa Ben Achour, Hafedh Caïd Essebsi, Leïla Hamrouni, Najoua Makhlouf, Abdelaziz Mzoughi, Taher Ben Hassine, Bochra Belhaj Hmida, Mustapha Ben Ahmed, Amina Rekik, Amina Ben Gaddour, Olfa Khelil, Saïda Garrache et Souha Ben Othmen.
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Le 13 mai 2015, Mohsen Marzouk est désigné comme secrétaire général en remplacement de Taïeb Baccouche ; trois vice-présidents sont par ailleurs nommés : Faouzi Elloumi, Hafedh Caïd Essebsi et Baccouche[52].

Représentation[modifier | modifier le code]

Le 8 août 2012, les constituants Ibrahim Kassas et Mouldi Zidi rejoignent officiellement le parti après avoir présenté leurs démissions du groupe de la Pétition populaire pour la liberté, la justice et le développement[53]. Quelques semaines plus tard, Abdelaziz Kotti et Dhamir Mannaï du Congrès pour la République (CPR) font de même[54].

En septembre, Mohamed Ali Nasri du parti Wafa issu d'une scission du CPR rejoint le parti[55], de même que Khemaïs Ksila (Ettakatol)[56]. En octobre, c'est au tour de Jamel Gargouri (Ettakatol), Chokri Yaïche (Al Joumhouri)[57] et Abdelmonem Krir (Pétition populaire)[58] de faire de même. En novembre, Rabiâa Najlaoui (Pétition populaire) rejoint le parti, lui permettant de créer son propre groupe parlementaire[59], initiative contrecarrée par la démission de Zidi[60]. Fatma Gharbi et Sélim Ben Abdesselem (Ettakatol) font de même en juillet 2013[61].

Kassas démissionne toutefois le 11 novembre 2013[62], Yaïch et Gargouri font de même le 8 décembre[63] puis Mannaï le 23 décembre[64]. Nasri démissionne le 15 avril 2014 pour protester contre la réaction de son parti face à un récent verdict du tribunal militaire[65].

Références[modifier | modifier le code]

  1. (fr) « Nidaa Tounes de Béji Caïd Essebsi autorisé », Business News, 6 juillet 2012
  2. (fr) « L'interview intégrale de Béji Caïd Essebsi à Leaders : j'irai jusqu'au bout ! », Leaders, 1er septembre 2014
  3. (fr) « Al Wehda Al Watanya, un nouveau parti de Béji Caid Essebsi ? », Tunisie Focus, 19 novembre 2011
  4. (fr) « Caïd Essebsi veut fonder un parti », L'Expression, 28 novembre 2011
  5. (fr) « L'Appel de Tunisie de Béji Caïd Essebsi », Business News, 20 avril 2012
  6. (fr) « Liste des personnalités entourant Béji Caïed Essebsi dans son Appel », Business News, 20 avril 2012
  7. (fr) « Tunisie - L'Initiative de Béji Caïed Essebsi s'apprête à se transformer en parti », Business News, 27 mai 2012
  8. (fr) « Tunisie – Des milliers de personnes présentes à l'Initiative de Béji Caïed Essebsi », Business News, 16 juin 2012
  9. a, b et c (fr) Ridha Kéfi, « Caïd Essebsi veut rassembler tous les Tunisiens, les Nahdhaouis compris », Kapitalis, 16 juin 2012
  10. (fr) Thierry Portes, « En Tunisie, un front laïc face aux islamistes », Le Figaro, 18 juin 2012
  11. a et b (fr) « Nidaa Tounes, le cauchemar de l’actuel pouvoir », Business News, 1er octobre 2012
  12. a et b « Tunisie : un mort dans le Sud lors de violences entre adversaires politiques », Agence France-Presse, 18 octobre 2012
  13. (fr) « Tunisie : Nida Tounès parle d'« assassinat politique » après la mort d'un de ses représentants », Jeune Afrique, 19 octobre 2012
  14. (fr) « Tunisie – BCE annonce une coalition de cinq partis », Tunisie numérique, 7 décembre 2012
  15. (fr) « Naissance de l'Union pour la Tunisie », Mag14, 29 janvier 2013
  16. (fr) « L'Union pour la Tunisie passe de trois à cinq », Directinfo, 2 février 2013
  17. (fr) « BCE rend hommage aux destouriens lors du congrès du 2 mars 1934 à Ksar Helal », Business News, 2 mars 2013
  18. (fr) « La loi d’immunisation de la Révolution ne gênera pas Nidaa Tounès, dixit Béji Caïd Essebsi », Business News, 4 avril 2013
  19. (fr) Noureddine Hlaoui, « Béji Caïd Essebsi s'explique sur la présidentielle et sur Néjib Chebbi », Business News, 28 avril 2013
  20. (fr) Nizar Bahloul, « Le deal : Ali Laârayedh à la Kasbah, Béji Caïd Essebsi à Carthage », Business News, 18 août 2013
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