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Apathéisme

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Frontispice de l'Encyclopédie de Diderot (1751).

L’apathéisme est un néologisme ; c'est un mot-valise forgé dans le monde anglophone en 2001, à partir des mots apathie et théisme[1] pour qualifier une forme d'indifférence religieuse, de neutralité vis-à-vis des religions et des spiritualités. L'apathéisme ne s'occupe pas de professer ou de nier l'existence de Dieu ou de tout autre être surnaturel, ni même de douter de leur existence, l'apathéisme juge ces questions dépourvues d'intérêt.

Cette notion, est parfois assimilée à l'athéisme pratique, ou considérée comme une variante de l'agnosticisme.

Origine et définition

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Le néologisme apatheism est né dans le monde anglophone, créé par le pasteur américain Robert James Nash en 2001[2]. C'est un mot-valise formé des mots apathy et theism. Selon son créateur, ce concept correspond à une attitude, et non pas à une croyance, qui n'entraîne pas le prosélytisme que peuvent comporter diverses formes d'athéisme[3]. Ce terme est employé entre guillemets en par Jonathan Rauch dans un article de The Atlantic intitulé « Let it Be », où il en donne une longue définition[4]. La traduction française en apathéisme a suivi.

Mais bien avant cela dans le monde francophone, la notion elle-même existe ; il n'est que de se reporter à l'association des termes « indifférence » et « religion » popularisée dès le XIXe siècle par l'ouvrage de La Mennais, Essai sur l'indifférence en matière de religion, publié en quatre volumes de 1817 à 1823. Ce texte remporte un succès considérable auprès du public de l'époque. La Mennais s'y livre à une critique virulente de Voltaire et de la philosophie des Lumières, en particulier de l'indifférence manifestée par Diderot, qui écrit à Voltaire[5] : « Il est [...] très important de ne pas prendre de la ciguë pour du persil, mais nullement de croire ou de ne pas croire en Dieu : “Le monde, disait Montaigne, est un esteuf[6] qu’il a abandonné à peloter aux philosophes”, et j'en dis presque autant de Dieu même[7]. »

Christianisme et déchristianisation

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Selon une enquête menée dans les années 1980 par le Vatican, l'indifférence religieuse résulte de l'« athéisme théorique » et se définit comme « une attitude post-athée, un climat existentiel et un style de comportement d'où Dieu est absent. Une absence non ressentie, indolore et pacifique »[8]. Cet éloignement serait dû à l'évolution des cultures vers une « civilisation marquée par l'efficacité et le pragmatisme » et dont les valeurs dominantes sont « celles du succès, de l'efficacité, du pouvoir, de la liberté sans conditions et du plaisir. L'avancée de l'indifférence religieuse va de pair, généralement, avec celle du développement technologique et du confort qui s'ensuit »[8]. De même, le cardinal Paul Poupard incrimine l'hédonisme, la perte du sens du caractère sacré de la vie, le pragmatisme utilitaire et la recherche de l'efficacité[9].

En conclusion, le Vatican voit dans l'indifférence religieuse un phénomène relativement récent, coïncidant avec la montée du laïcisme, car la déchristianisation de la majorité de la population se produit à partir des dernières décennies du XIXe siècle[10].

En France, ce phénomène est si préoccupant pour l'Église catholique qu'elle lance en 2007 le groupe de travail « Indifférence religieuse et visibilité de l'Église », qui remet son rapport final en 2010. Un sondage Ipsos réalisé à la même date montre que si 29 % des moins de 25 ans possèdent une bible, seuls 9 % la lisent[11]. Ces chiffres incitent les institutions catholiques et protestantes à éditer en 2011 ZeBible publiée par l'Alliance biblique française[12].

Pour Claude Dagens, président du groupe de travail, l'indifférence religieuse est une conséquence de la sécularisation. Mais il souligne qu'il ne faut pas en rester aux causes extérieures à l'Église[13]. L'indifférence peut provenir de la simple ignorance du fait religieux ou prendre une forme plus argumentée, proche de l'athéisme ; elle peut également être liée aux circonstances de la vie, lorsque les individus sont trop occupés ou préoccupés pour s'intéresser à la religion, ou encore résulter d'un simple désintérêt pour les questions religieuses[13].

Indifférence et athéisme

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Il n'existe pas de corrélation directe entre indifférence et athéisme. Par exemple, en Italie vers 1970, les indifférents oscillent entre 50 % et 60 % de la population adulte, alors que les athées n'en représentent que 5 %[14]. De même, à Cuba, pays longtemps athée, le rétablissement des institutions religieuses en 1992 ne se traduit pas par un retour massif de la population dans les églises. Ainsi, un sondage détermine en 2007 que 85 % des Cubains ont une croyance, mais seuls 15 % d'entre eux pratiquent régulièrement une religion[15].

L'indifférence est particulièrement marquée dans les pays développés, au point d'y être devenue la norme.

En termes de religion officielle, la laïcité est comparable à un apathéisme d'État. Ce dernier n'impose l'observance d'aucune religion ou d'absence de religion à ses citoyens, il ne reconnait la prééminence d'aucun culte par rapport aux autres et défend la liberté de conscience et donc le droit de changer de conviction. Les représentants des pouvoirs publics ne doivent arborer aucun signe religieux visible dans l'exercice de leurs fonctions et les institutions en elles-mêmes ne manifestent aucune pratique religieuse en leur sein. Mais la laïcité professionnelle de ces personnes ne s'oppose pas à leur pratique ou absence de pratique religieuse à titre personnel en dehors de leur travail.

Références

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  1. Asmaa Boussaha, « paroles « Je n’ai jamais eu de problème pour discuter avec des croyants » », sur la-croix.com, (consulté le )
  2. (en) Robert James Nash, Religious pluralism in the academy : Opening the dialogue, New York, Peter Lang, , 224 p. (ISBN 978-0820455921, lire en ligne), p. 27. Cette antécédence du terme est affirmée par (en) Kyle Beshears, « Athens without a Statue to the Unknown God », Themelios, no 44.3,‎ , p. 517–529 (lire en ligne)
  3. Google livre : Dictionnaire critique de mythologie de Jean-Loïc Le Quellec et Bernard Sergent, CNRS éditions, consulté le 2 décembre 2019.
  4. (en) Jonathan Rauch, « Let it Be », The Atlantic,‎ (lire en ligne, consulté le )
  5. Denis Diderot, Correspondance générale, Texte sur Wikisource.
  6. « Petite balle utilisée au jeu de longue paume ».
  7. (en) Jim Herrick, Against the Faith : some deists, sceptics, and atheists, Londres, Glover & Blair, , 250 p. (ISBN 9780906681084), p. 75
  8. a et b Secrétariat pour les non-croyants, La Foi et l'Athéisme dans le monde, Desclée, Paris, 1988, p. 16.
  9. Lydie Garreau, Le Cardinal Poupard face à l'athéisme : De crise en crise, l'effritement d'un pouvoir - Approche d'une nouvelle évangélisation, Paris, L'Harmattan, , 260 p. (ISBN 9782747569910), p. 242
  10. Secrétariat pour les non-croyants (préf. Monseigneur Poupart), L'Indifférence religieuse, Paris, Beauchesne, 1983 réed. 1997, 343 p. (ISBN 9782701010618, lire en ligne), p. 169
  11. Loup Besmond de Senneville, « Une Bible pour séduire les jeunes », sur la-croix.com, .
  12. « Ze Bible », Alliance biblique.
  13. a et b Claude Dagens, Entre épreuves et renouveaux, la passion de l'évangile - Indifférence religieuse, visibilité de l'Église et évangélisation, Bayard, p. 10-11, p. 23.
  14. (it) Silvano Burgalassi, Italiani in chiesa : Analisi sociologica del comportamento religioso, Brescia, Mozcelliana, , 243 p. (lire en ligne) , (it) Silvano Burgalassi, Il comportamento religioso degli italiani : Tre saggi di analisi socio-religiose, Florence, Vallecchi, , 345 p. (lire en ligne) , (it) Silvano Burgalassi, Le Cristianità nascoste : Dove va la cristianità italiana ?, Bologne, , 398 p. (lire en ligne)
  15. Mauricio Vicent, « Les églises sortent de l'ombre », Géo, no 339,‎ , p. 74.

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Bibliographie

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Articles connexes

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Lien externe

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