Antoine Marie Chamans de Lavalette

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Antoine Marie Chamans de Lavalette
Frédéric Christophe d'Houdetot (1778–1859), Lavalette, conseiller d'État.Paris, Conseil d'État.
Frédéric Christophe d'Houdetot (1778–1859), Lavalette, conseiller d'État.
Paris, Conseil d'État.
Biographie

Antoine-Marie Chamans, comte de Lavalette[1], né le à Paris et mort dans la même ville le , est un officier et haut fonctionnaire français.

Il est directeur général des Postes sous le Premier Empire de 1804 à 1814 et pendant les Cent-Jours. Condamné à mort en 1815, il réussit une audacieuse évasion avec la complicité de sa femme. Il est gracié en 1822.

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Le père de Lavalette, un limonadier, le destine d’abord à l’état ecclésiastique mais il préfère rentrer dans l’étude d’un procureur, afin de se préparer à la profession d’avocat au collège d'Harcourt.

Après de bonnes études, Antoine Lavalette devient secrétaire du bibliothécaire de Louis XVI. Favorable aux idées de la Révolution, il se prononce en faveur de la famille royale lors des journées des 5 et 6 octobre 1789, 20 juin et , et s’oppose aux mouvements populaires.

Carrière militaire[modifier | modifier le code]

Il s’engage alors dans l’armée et devient officier d’état-major du général Custine en l’an II (1793), puis aide-de-camp de Baraguey d’Hilliers l’année suivante. Le général Napoléon Bonaparte, après la bataille d'Arcole (1796) en fait son aide-de-camp en remplacement du colonel Jean-Baptiste Muiron, tué lors de la bataille.

Il assiste aux négociations des préliminaires de la paix de Leoben (1797) en qualité de secrétaire. Puis en l’an V, Bonaparte l’envoie à Paris étudier l’esprit public, afin de l’instruire des causes de la lutte qui venait d’éclater entre la majorité des conseils et le Directoire. Le Directoire ayant découvert le but de sa mission, voulut, par des menaces, le déterminer à lui livrer la correspondance de son général ; mais Lavalette préféra la brûler.

L'Évasion de Lavalette (vers 1834), bas-relief anonyme ornant sa tombe. Paris, cimetière du Père-Lachaise.

Lavalette épouse le (an VI) Émilie de Beauharnais (1781-1855), nièce de Joséphine de Beauharnais. Un mois après, le jeune marié part pour l’Égypte. Lavalette participe ensuite à la prise de Malte, puis est expédié en mission à Corfou, avant de rejoindre le corps expéditionnaire en Égypte.

Carrière administrative[modifier | modifier le code]

Il revient en France avec Bonaparte peu avant coup d'État du 18 brumaire an VIII (1799). En janvier 1800, il est envoyé en mission diplomatique en Saxe et en Hesse. Enfin, après avoir été successivement administrateur de la caisse d'amortissement, commissaire central (1801), puis directeur général des Postes (19 mars 1804), (an XII) Lavalette est nommé peu après à la section de l’Intérieur du Conseil d’État. Il est également directeur du Cabinet noir, le bureau de la censure.

Il est membre et commandant de la Légion d'honneur, les 4 germinal et 25 prairial an XII, (printemps 1804) il fut élevé en 1808 au rang de comte de l'Empire, et le à celui de grand officier de la Légion d'honneur.

La Restauration[modifier | modifier le code]

Émilie de Lavalette à la Conciergerie après l’évasion de son mari.
Tombe de Lavalette, Paris, cimetière du Père-Lachaise.

Lors de la Première Restauration, Lavalette participe à une conspiration menée par les généraux Drouet d’Erlon, et Lefebvre-Desnouettes.

Le , apprenant le débarquement de Napoléon, Lavalette se présente à l’administration des Postes. Le comte Ferrand, pressé de s’enfuir, demande à l'ex-ministre des Postes de signer son passeport, contrairement à la loi (le comte Ferrand est toujours le ministre et il doit signer lui-même son passeport).

Son évasion[modifier | modifier le code]

Lavalette est arrêté chez lui le et est conduit à la Conciergerie pour conspiration contre l’état et usurpation de fonctions. Après un procès agité, il est condamné à mort le [2].

Le 20 décembre (la veille de son exécution), Émilie de Lavalette et sa fille rendent visite à leur mari et père. La femme de Lavalette a prévu une évasion. Antoine revêt les vêtements de sa femme puis à l'aide de sa fille, il parvient à tromper la surveillance des gardiens avec les habits de sa femme, qui reste dans la cellule, à sa place[3].

Avec l'aide d'Amable de Baudus, Lavalette trouve refuge dans l'appartement de fonction de Bresson chef de la division des fonds et de la comptabilité, au ministère des Affaires étrangères dirigé par le duc de Richelieu, un complice.

Il quitte Paris le avec la complicité de trois officiers anglais : Bruce, Hutchinson et le général Robert Wilson. Il revêt l’uniforme britannique et gagne Mons, en Belgique. Puis Antoine de Lavalette se dirige seul vers la Bavière, pays où il réside plusieurs années, avec la bienveillance d’Eugène de Beauharnais, d’Hortense, ses cousins, et du roi Maximilien.

Gracié en 1822, il rentre à Paris où il retrouve son épouse, Émilie, qui à la suite de sa détention a perdu la raison après avoir accouché d'un enfant mort-né. Lavalette, mort sans doute d’un cancer des poumons à Paris le , vivait depuis son retour dans la plus profonde retraite. Il a laissé des Mémoires.

Il est enterré à Paris au cimetière du Père-Lachaise.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Sur des documents d'époque, il signe aussi Lavallette ou Lavallete.
  2. « Il montra, pendant la durée des débats, autant de calme que de dignité, réfuta avec noblesse les charges invoquées contre lui par le ministère public, et lorsque le président de la cour prononça l’arrêt de mort, il se tourna vers Tripier, son avocat, et lui dit : “Que voulez-vous, mon ami, c’est un coup de canon qui m’a frappé”. Puis, en se retirant, il salua les nombreux employés de la poste appelés comme témoins contre lui. Un mois après, les journaux annoncèrent le rejet de son pourvoi en cassation, et le bruit se répandit que le recours en grâce formé par Mme de Lavalette avait été repoussé. » (Mullié).
  3. « Ces femmes furent introduites dans la cellule du condamné, et là, on n’entendit que sanglots et gémissements ; puis ces trois femmes, dont l’une paraissait accablée de douleur, sortirent, traversèrent le greffe, franchirent une grille, puis une autre, accompagnées du concierge. Celui-ci, en rentrant, entendant quelque bruit dans la cellule qu’elles venaient de quitter, y pénètre et, au lieu d’y trouver celui qu’il devait le lendemain livrer au bourreau, il reconnut Mme de Lavalette : “Ah ! Madame, s’écria-t-il, vous m’avez perdu !” » (Mullié)

Annexes[modifier | modifier le code]

Sources partielles[modifier | modifier le code]

  • Mémoires et souvenirs du comte de Lavallette, t. 1 : 1789-1799, Paris, H. Fournier jeune, , 2e éd. (lire en ligne)
  • Mémoires et souvenirs du comte de Lavallette, t. 2 : 1800-1829, Paris, H. Fournier jeune, , 2e éd. (lire en ligne)
  • Mémoires et souvenirs du comte de Lavalette. Préface et notes de Stéphane Giocanti. Mercure de France. Collection "Le Temps retrouvé", 1995.
  • Wikisource-logo.svg « Lavallette (Antoine-Marie-Amand, comte de) » dans Charles Mullié, Biographie des célébrités militaires des armées de terre et de mer de 1789 à 1850, [détail de l’édition]
  • Jean Tulard (dir.), Dictionnaire Napoléon, Tome 2, Paris, Fayard, 1999, 1000 p.
  • « Antoine Marie Chamans de Lavalette », dans Louis-Gabriel Michaud, Biographie universelle ancienne et moderne : histoire par ordre alphabétique de la vie publique et privée de tous les hommes avec la collaboration de plus de 300 savants et littérateurs français ou étrangers, 2e édition, 1843-1865 [détail de l’édition]
  • Auguste Imbert et Benjamin Louis Bellet, Biographie des condamnés pour délits politiques : depuis la restauration des Bourbons en France, jusqu'en 1827, Bruxelles, Librairie belge, , 271 p. (lire en ligne), p. 107

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • J. Lucas-Dubreton, L'évasion de Lavallette, Paris, Librairie Hachette, 1926, 119 p.
  • Duchesse d'Abrantés, Mémoires, t.II et III, 1838.
  • François-René de Chateaubriand, Mémoires d'outre-tombe, t.III et IV, édition Biré.
  • Charles-Augustin Sainte-Beuve, Causeries du lundi, t.V et VI.
  • Anne-Sophie Silvestre, Joséphine de Lavalette, Éditions Casterman.
  • Archives nationales, F76681 et 6822 (dossier 2483).
  • Archives de la préfecture de police de Paris, A/A.328 et A/A.329.

Liens externes[modifier | modifier le code]

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