Antoine Clot

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Antoine Barthélemy Clot
Description de cette image, également commentée ci-après

Antoine-Jean Gros, Portrait du docteur Clot-Bey (1833),
musée de Grenoble[1].

Alias
Clot-Bey
Naissance
Grenoble
Décès (à 74 ans)
Marseille
Nationalité Française
Profession
Distinctions
Commandeur de la Légion d'honneur en 1851

Antoine Barthélémy Clot, né à Grenoble le , et mort à Marseille le , est un médecin français connu sous le nom de Clot-Bey après avoir travaillé en Égypte.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance et études[modifier | modifier le code]

Antoine Clot est né à Grenoble où il passe son enfance. Son père, sergent major du génie participe à la campagne d’Italie, mais ne prend pas part à la campagne d’Égypte pour raison de santé. La famille s’installe à Brignoles (Var) en 1808 où le père retrouve un ami chirurgien, le docteur Sappey. Dès 1808, Antoine Clot travaille à Brignoles chez un barbier.

En 1813, sans ressources, il s’oriente vers des études de médecine et part pour Marseille où il est employé par un chirurgien-barbier, rue Reynarde. Il est admis à l’Hôtel-Dieu comme élève externe. Le , il est reçu élève interne en chirurgie et devient le officier de santé. Pour devenir médecin, il est obligé de passer son baccalauréat à Aix-en-Provence en 1819 et devient docteur en médecine le à Montpellier, car Marseille ne possède pas encore de faculté de médecine. Il est docteur en chirurgie le .

Il opère à l’Hôtel-Dieu de Marseille où il est adjoint du chirurgien interne. Ce dernier prenant sa retraite, l’administration décide d’ouvrir un concours pour l’attribution de ce poste. Antoine Clot, estimant que poste lui revenait de droit, démissionne le . Par suite de la jalousie de ses pairs et de son caractère ombrageux, il est évincé de ses fonctions à l’œuvre des demoiselles de la Providence, de son poste de chef des travaux anatomiques à l’hôpital et de la Société académique de médecine. Il ouvre un cabinet privé qui a immédiatement un grand succès.

Le médecin d’Égypte[modifier | modifier le code]

M. Tourneau, un Français au service du pacha d’Égypte Méhémet Ali, s'est rendu à Marseille pour recruter des instructeurs et des médecins pour procéder à la modernisation du pays. Antoine Clot décide de tenter l’aventure et s’embarque le . Son contrat prévu pour cinq ans se prolongera finalement jusqu’en 1849.

Dès son arrivée, Clot soigne Méhémet Ali et le guérit d’une gastro-entérite ; il devient son médecin attitré et son ami. Mais l’état sanitaire du pays est déplorable, la médecine n'y étant pas développée. La tâche est immense. Soucieux de travailler au plus près des institutions et de la population, il s'est adjoint un interprète et traducteur de qualité le père Arsène Cardahi [2]. Antoine Clot crée tout d’abord un Conseil de santé ainsi qu’un service sanitaire militaire. Il décide de créer un gigantesque complexe hospitalier à Abu Za Bal. Il crée également une école de médecine ; les enseignants étant européens, il adjoint à chacun d’eux un traducteur en langue arabe. Il contourne les problèmes religieux que pose la dissection des corps humains en utilisant les cadavres d’esclaves non musulmans. Il fait transférer l’école de pharmacie du Caire à Abouzabel.

Les épidémies sévissant fréquemment en Égypte, le docteur Clot introduit la vaccination antivariolique. L’année 1831 est marquée par une terrible épidémie de choléra qui fait 35 000 morts au Caire. Il se dévoue sans compter et obtient le titre de bey, qu’il ajoutera à son nom.

En 1832, il arrive non sans mal à fonder une école de sages-femmes. Il est envoyé en France avec douze de ses meilleurs élèves afin de compléter leur formation ; il assure également une mission officieuse auprès de Louis-Philippe Ier au sujet de la Syrie.

En 1835, une épidémie de peste se déclare. Clot-Bey se dévoue totalement à la lutte contre cette maladie et Méhémet Ali le nomme général à cette occasion. Épuisé par cette tâche, il demande un congé pour se rendre en France. À Marseille, il épousera en 1840 Charlotte Gavoty, fille d’un riche négociant. Au cours de ce séjour, il fera paraître son livre Aperçu général sur l’Égypte. Il revient au Caire en 1840 et continue de s’occuper de santé publique. En 1848, Méhémet Ali abdique en faveur de son fils Ibrahim qui meurt très peu de temps après. Son neveu, Abbas Hilmi lui succède. Celui-ci rejette toute modernisation de son pays et supprime les institutions mises en place par son grand-père. Clot-Bey est en disgrâce et rentre à Marseille en avril 1849. Abbas Hilmi est assassiné et son successeur, Mohammed Saïd rappelle alors Clot-Bey. Malgré sa fatigue, Clot-Bey retourne au Caire en novembre 1854 et retrouve ses fonctions d’inspecteur général de la santé. En 1858, il retourne définitivement à Marseille.

Le collectionneur[modifier | modifier le code]

Durant les trente années de son séjour en Égypte, Clot-Bey a pu acquérir une remarquable collection d’antiquités[3]. Clot-Bey décide de vendre la plus grande partie de sa collection à la ville de Marseille pour un prix dérisoire : il ne demande en fait que le coût du transport. Cette collection d’abord exposée au château Borély est actuellement conservée à la Vieille Charité, au musée d'archéologie méditerranéenne. Parmi les objets présentés, les fameuses stèles orientées du général Kasa placées aux quatre points cardinaux mais également des sarcophages, des tables d’offrande et de nombreux petits objets : amulettes, colliers et ouchebtis. Il a également fait don d'une petite partie de sa collection au musée du Louvre à Paris.

Distinctions honorifiques et décès[modifier | modifier le code]

Tombeau de Clot-Bey au cimetière Saint-Pierre à Marseille.

En 1850, Charles Lucien Bonaparte lui dédia le nom d’une alouette, l'Alouette de Clot-Bey Ramphocoris clotbey.

Par décret du , il est promu commandeur de la Légion d'honneur[4]. La même année, le pape Pie IX le nomme comte du Saint Empire romain. Il obtient de nombreuses décorations étrangères : commandeur de l’ordre d’Isabelle la catholique (Espagne), grand officier de l’ordre Iftikhar de Tunis, grand croix de l’ordre de Saint Stanislas de Pologne, chevalier de l’ordre des Saints Maurice et Lazare (Italie), etc.

Il est élu le à l’Académie de Marseille[5] et reçu au cours de la séance publique du au cours de laquelle il prononce son discours de réception sur le percement de l’isthme de Suez[6]. Il est membre ou correspondant de plusieurs académies : Société géographique de Paris, Académie des sciences de Naples, Saint-Pétersbourg, Philadelphie, etc. Il est également membre de plusieurs sociétés médicochirurgicales : Bordeaux, Paris, Lyon, Leipzig, Barcelone, Marseille, Naples, Hambourg, Madrid, Tunis et Saint-Pétersbourg.

Une avenue de Marseille porte son nom[7], ainsi qu'une rue de Grenoble sa ville natale, et une rue du Caire.

Il meurt dans sa bastide de Sainte Marthe, rue de cade, le . Il est enterré au cimetière Saint-Pierre de Marseille, où ses parents font construire une chapelle funéraire de style oriental portant sa devise « Inter infideles fidelis » (« Fidèle parmi les infidèles »).

Publications[modifier | modifier le code]

  • Relation des épidémies de choléra qui ont régné à l'Heesiaz. à Suez, et en Égypte, Marseille, Feissat, Snr. & Demonchy, , 60 p. (OCLC 24438493)
  • De La Peste observée en Égypte, recherches et considérations sur cette maladie, Paris, Fortin Masson, , 439 p. (OCLC 2082002)
  • Aperçu général sur l'Égypte, 2 volumes, édition A. Barthélemy, 1840.
  • Coup d'œil sur la peste et les quarantaines à l’occasion du congrès sanitaire, Paris, Libraire éditeur Masson, 1851.
  • De l'ophthalmie : du trychiasis, de l'entropion et de la cataracte observés en Égypte, Marseille, Imprimerie Vial, , 54 p. (OCLC 17763470)
  • Introduction de la vaccination en Égypte en 1827. Organisation du service médico-hygiénique des provinces en 1840 : instructions et règlements relatifs à ces deux services, Paris, Victor Masson & Fils, (OCLC 17780732), p. 32
  • Réorganisation du service médical civil et militaire d’Égypte en 1856 sous le gouvernement de S.A. Saïd Pacha, Paris, Thunot, , 111 p. (OCLC 38386556)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Portrait du docteur Clot-Bey », notice no 09940004105, base Joconde, ministère français de la Culture
  2. Les Missions Catholiques Bulletin Hebdomadaire (p.582-583), Missionaires Maronites au Pays des Pharaons, Lyon, Th. Morel, , 626 p.
  3. Cette pratique était à l’époque autorisée.
  4. « Cote LH/555/60 », base Léonore, ministère français de la Culture
  5. Louis Toussaint Dassy, L’Académie de Marseille, Marseille, Imprimerie Barlatier Feissat, 1877, p. 606.
  6. Louis Toussaint Dassy, op. cit., p. 326.
  7. Adrien Blés, Dictionnaire historique des rues de Marseille, Marseille, Éditions Jeanne Laffitte, , 441 p. (ISBN 2-86276-195-8), p. 106

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Adrien Blés, Dictionnaire historique des rues de Marseille, Marseille, Éd. Jeanne Laffitte, 1989, p. 106 (ISBN 2-86276-195-8).
  • Rémy Kertenian, « L'œuvre de Clot-Bey médecin marseillais », in Pascal Coste, toutes les Égyptes, Éditions parenthèses, bibliothèque municipale de Marseille, 1998, p. 235-244 (ISBN 2-86364-092-5).
  • Académie de Marseille, Dictionnaire des marseillais, Marseille, Edisud, 2001, p. 100 (ISBN 2-7449-0254-3).
  • Christian Jean Dubois (préf. Gilbert Sinoué), Clot Bey : Médecin de Marseille (1793-1868), Marseille, Jeanne Laffitte, , 333 p. (ISBN 978-2-86276-505-1)

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :