Anthidium manicatum

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Anthidium manicatum est une espèce d'hyménoptères de la famille des Megachilidae.

Comme d'autres espèces de son genre[1], on l'appelle abeille cotonnière[2] à cause de son comportement : gratter les poils des feuilles comme celles de la Molène Bouillon-blanc ou de l'Épiaire laineuse qu'elle met en boule et qu'elle transporte sous son corps pour en revêtir son nid[3]. Hors d'Europe, elle est considérée comme espèce invasive.

Description[modifier | modifier le code]

Elle a une envergure d'environ 20 mm, avec une longueur de corps d'environ 11 à 13 mm pour les femelles, et 14 à 17 mm pour les mâles[4]. Cette abeille est le plus souvent noire et jaune, avec une fourrure orange. Elle a aussi des taches jaunes sur les pattes et les côtés de l'abdomen. Les mâles sont nettement plus grands que les femelles.

Distribution[modifier | modifier le code]

Originaire d'Europe, d'Asie occidentale et de la côte d'Afrique du Nord, on la trouve aujourd'hui en Amérique du Nord, en Amérique du Sud, et de là Nouvelle-Zélande et dans les îles Canaries. Selon une étude de 2011, elle est considérée comme l'abeille plus largement répandue dans le monde parmi celles qui ne sont pas gérées par l'humain (telles que l'abeille mellifère (Apis mellifera), le bourdon terrestre (Bombus terrestris) ou Megachile rotundata)[5].

Elle a été introduite accidentellement aux États-Unis dans les années 60, et détectée pour la première fois à Ithaca, dans l'Etat de New-York. Elle s'y est apparemment d'abord étendue lentement, détectée en 1991 en Ontario et en 1996 en Pennsylvanie. Dès 2001, elle s'est répandue à grande vitesse, tant au Nord-Est du continent (Québec, Illinois en 2004[6]) que dans l'ouest, où elle est présente en Californie (2007) et en Oregon (2009), en Utah et au Colorado, et dans l'Ouest du Canada[7]. Sa présence y est fortement corrélée avec les plantes exotiques, et son potentiel invasif, considéré comme important, serait surtout lié aux habitats développés (synanthropie)[8].

En parallèle, elle s'est répandue en Amérique du Sud, du Surinam à l'Argentine au Pérou et jusqu'au Chili[9] (2015). Des données ont été collectées en Asie centrale dans les années 60, mais on ne sait pas s'il s'agit d'expansion ou si elle n'avait pas été détectée auparavant en raison des faibles prospections de la zone[5].

Les impacts de son invasion est encore peu étudiés[10]. En Nouvelle-Zélande, qui possède une faune et une flore très particulière, elle est considérée comme ne présentant pas une menace directe, tout en supposant de plus amples recherches[11]. Aux États-Unis, une étude montre qu'en présence d'Anthidium manicatum, les bourdons locaux (notamment Bombus affinis, et Bombus impatiens), en forte diminution à cause de la perte de leurs habitats, sont exclus des ressources florales. Dans ce cas, le rôle des femelles est aussi important que celui des mâles par la compétition pour les sources de nectar. Toutefois, les bourdons semblaient capables de trouver des ressources ailleurs.[12],[13].

Habitat[modifier | modifier le code]

En Europe, cette espèce se trouve normalement dans les jardins, champs, prairies. Elle niche dans des cavités dans le sol, le bois pourri, les galeries creusées par des insectes xylophages et les creux de murs.

Comportement[modifier | modifier le code]

Anthidium manicatum - mâle, détail
A. manicatum en vol stationnaire

L'espèce est territoriale. Les mâles, qui portent cinq pointes sur les deux segments terminaux de leur abdomen, sont très agressifs contre les autres mâles de leur espèce, ainsi que les autres insectes qui viennent butiner les fleurs de leur territoire, en les percutant à haute vitesse[14]. Juste avant l'impact, ils arquent leur abdomen pour frapper avec leurs dards. Une étude a montré une moyenne de 70 attaques à l'heure sur les fleurs défendues, et qu'ils peuvent aller jusqu'à tuer des concurrents[15]. Ils défendent également les femelles même s'ils les harcèlent en les immobilisant et en tentant à plusieurs reprises de s'accoupler avec elles. Mâles et femelles peuvent voler en vol stationnaire près des fleurs comme les mouches de la famille des Syrphidae.

Contrairement à d'autres espèces de la famille des Megachilidae, ces abeilles ne découpent pas les feuilles ou les pétales pour garnir leur nid[2], mais amassent les poils de certaines plantes ("coton"), ce qui leur a valu leur nom de cotonnière. En anglais, elles sont appelées "wool carder bee", ce qui signifie "abeille cardeuse de laine".

Alimentation[modifier | modifier le code]

Elles consomment le nectar et le pollen des fleurs de différentes familles. Elles sont donc considérées comme des abeilles généralistes. Elles préfèrent les fleurs bleues qui ont une gorge longue.

Sous-espèces[modifier | modifier le code]

  • Anthidium manicatum var nigrithorax, Dalla Torre, 1877
  • Anthidium manicatum var fasciatum, Schirmer, 1915
  • Anthidium manicatum var nasicolle, Friese, 1917
  • Anthidium manicatum var luteum homonym, Gribodo, 1925
  • Anthidium manicatum subcrenulata, Alfken, 1930
  • Anthidium (Anthidium) manicatum cyrenaica homonym, van der Zanden, 1992
  • Anthidium manicatum gribodoi, Schwarz & Gusenleitner, 2003
  • Anthidium (Anthidium) manicatum barbarum, Lepeletier, 1841
Anthidium manicatum endormie sur une fleur
Femelle

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Michael Chinery, Insectes de France et d'Europe occidentale, Paris, Flammarion, , 320 p. (ISBN 978-2-0812-8823-2), p. 246-247
  2. a et b Stéphanie Boucher, Les insectes de nos jardins, Broquet Inc., , 208 p. (ISBN 978-2-89000-742-0, présentation en ligne, lire en ligne), « Hymenoptera », p. 187
  3. Wool Carder Bees – Anthidium manicatum – UK Safari
  4. Anthidium manicatum (Linnaeus, 1758), Discover Life
  5. a et b (en) Terry Griswold, Lindsay Nemelka, Victor H. Gonzalez et Jonathan B. Koch, « Global invasion by Anthidium manicatum (Linnaeus) (Hymenoptera: Megachilidae): assessing potential distribution in North America and beyond », Biological Invasions, vol. 13, no 9,‎ , p. 2115–2133 (ISSN 1387-3547, lire en ligne, consulté le 22 mars 2019)
  6. (en-US) « Wool Carder Bee - Anthidium manicatum », sur North American Insects & Spiders (consulté le 22 mars 2019)
  7. (en) R.L. Rosetta, Extension Nursery Integrated Pest Management, Department of Horticulture, Oregon State University, « European wool carder bee », sur oregonstate.edu, (consulté le 22 mars 2019)
  8. (en) Kelsey K Graham, « Habitat suitability analysis for an invasive bee,Anthidium manicatum » [PDF], sur https://sites.tufts.edu, (consulté le 22 mars 2019)
  9. (en) Felipe Vivallo, Mauro Ríos et Jose Miguel Montalva, « First record of the invasive bee Anthidium manicatum (Hymenoptera: Megachilidae) in Chile », Journal of Melittology, no 56,‎ , p. 1–5 (ISSN 2325-4467, DOI 10.17161/jom.v0i56.4912, lire en ligne, consulté le 22 mars 2019)
  10. Laura Russo, « Positive and Negative Impacts of Non-Native Bee Species around the World », Insects, vol. 7, no 4,‎ (ISSN 2075-4450, PMID 27916802, PMCID PMCPMC5198217, DOI 10.3390/insects7040069, lire en ligne, consulté le 22 mars 2019)
  11. (en) J Soper et JR Beggs, « Assessing the impact of an introduced bee, Anthidium manicatum, on pollinator communities in New Zealand », New Zealand Journal of Botany, no 51:3,‎ , p. 213-228 (ISSN 1175-8643, DOI 10.1080/0028825X.2013.793202, lire en ligne [PDF])
  12. (en) Kelsey Graham, « How an invasive bee (Anthidium manicatum) is changing bumble bee foraging patterns » [PDF], sur bostonbeekeepers.org, (consulté le 22 mars 2019)
  13. (en) Kelsey K. Graham, Katherine Eaton, Isabel Obrien et Philip T. Starks, « Anthidium manicatum, an invasive bee, excludes a native bumble bee, Bombus impatiens, from floral resources », Biological Invasions,‎ (ISSN 1573-1464, DOI 10.1007/s10530-018-1889-7, lire en ligne, consulté le 22 mars 2019)
  14. (en-US) « Under Attack: European Wool Carder Bee Vs. Male Valley Carpenter Bee », sur ANR Blogs (consulté le 22 mars 2019)
  15. (en) Peter Wirtz, Michael Szabados, Horst Pethig et John Plant, « An Extreme Case of Interspecific Territoriality: Male Anthidium manicatum (Hymenoptera, Megachilidae) Wound and Kill Intruders », Ethology, vol. 78, no 2,‎ , p. 159–167 (ISSN 1439-0310, DOI 10.1111/j.1439-0310.1988.tb00227.x, lire en ligne, consulté le 22 mars 2019)

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Liens externes[modifier | modifier le code]