Antalas

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Antalas (en grec ancien : Ἀντάλας), né vers 499, en Byzacène (actuelle Tunisie centrale), et mort en 548, aux champs de Caton (au nord de l'actuelle Carthage, près d’Utique, en Tunisie) est un chef berbère de la première moitié du VIe siècle qui joue un rôle majeur dans les guerres entre les Byzantins et les tribus berbères de Byzacène et Tripolitaine. Antalas et sa tribu, les Frexes de Byzacène, sont d'abord des alliés des Byzantins mais, après 543-544, ils changent de camp. Finalement, avec la victoire des Byzantins aux champs de Caton en 548, Antalas et sa tribu païenne deviennent de nouveau des sujets de l'Empire. Les sources principales sur sa vie sont le poème épique La Johannide de Corippe et Histoire de la guerre contre les Vandales de Procope de Césarée.

Biographie[modifier | modifier le code]

Antalas naît vers 499, en Byzacène (actuelle Tunisie centrale)[1]. Il est le fils de Guenfan[note 1], chef de la tribu des Frexes, localisée traditionnellement entre Thala et Thélepte[1]. Sa carrière commence à ses 17 ans, soit vers 516, lorsqu'il vole des troupeaux de moutons. Il rassemble bientôt des partisans autour de lui, et devient un brigand, se lançant dans des pillages de plus grande ampleur. Il en vient dès lors à combattre les Vandales, en leur tendant des pièges dans les vallées et les montagnes, et il remporte des succès. En 529, il commence pour la première fois à incendier les villes et à piller les plaines, et il ose livrer des batailles ouvertes. En 530, il devient le chef des berbères de Byzacène et remporte la même année une victoire décisive contre les Vandales sous leur roi Hildéric[2].

Après la guerre et la conquête du royaume vandale en 533-534 par l'Empire byzantin, Antalas devient un allié de celui-ci, recevant de l'argent et diverses fournitures en échange. Toutefois, en 544, l'exécution de son frère, Guarizila, accusé de fomenter des troubles par Solomon entraîne la révolte des Frexes et la fin de l'aide du gouverneur byzantin. Cette action entraîne le changement de camp d'Antalas qui veut venger son frère, et, quand les Laguatans se révoltent en Tripolitaine l'année suivante, lui et ses partisans les rejoignent. Ces tribus unifiées infligent une lourde défaite aux Byzantins lors de la bataille de Sufétula, où Solomon en personne périt[3].

La mort du gouverneur compétent qu'était Solomon débouche sur son remplacement par son neveu Serge, dont le traitement arrogant qu'il inflige aux Laguatans, favorise le déclenchement de leur révolte. Dans le même temps, Stotzas, un soldat déserteur byzantin qui avait conduit une rébellion infructueuse quelques années plus tôt, s'est joint à Antalas depuis son refuge en Maurétanie. Antalas écrit alors à l'empereur byzantin, Justinien, pour lui demander de congédier Serge, sans résultats. Au début de l'année 545, l'empereur envoie le patrice Aréobindus pour qu'il dirige les opérations avec Serge. Toutefois, ces deux hommes ne possèdent pas de compétences militaires et passent leur temps à se disputer[2],[4]. Tandis que Serge restait passif à Carthage, Antalas, accompagné de Stotzas, dirige ses troupes vers le nord et parvient à piéger Himérius qui livre Hadrumète pour sauver sa vie[5]. Finalement, à la fin de l'année 545, Aréobindus ordonne à Jean, alors rétif, de progresser et de s'opposer à l'armée conjointe d'Antalas et de Stotzas, positionnée à Sicca Veneria. Les troupes de Jean subissent une déroute à la bataille de Thacia, symbolisée par la mort de Jean qui, toutefois, parvint à blesser mortellement Stotzas en duel[6],[4].

Après la défaite à Thacia, Sergius est démis de ses fonctions et Aréobindus le remplace. À cet instant, l'ambitieux dux byzantin de Numidie, Guntharic, contacte les différents chefs berbères, avec pour objectif de renverser Aréobindus. Antalas se voit promettre la direction de la Byzacène, la moitié du trésor d'Aréobindus et 1 500 soldats byzantins. Dans le but d'accroître la pression sur les Byzantins, les berbères et les partisans de Stotzas se dirigent vers Carthage. Au même moment, Aréobindus contacte en secret Cusina, un autre chef berbère, qui promet de tuer Antalas une fois la bataille déclenchée. Toutefois, ce plan fut révélé à Antalas par Guntharic. Lors de ces événements, en raison de la pusillanimité d'Aréobindus, une bataille est évitée et, en mars, Guntharic s'empare de Carthage et assassine Aréobindus[7],[4].

Guntharic est désormais le maître de Carthage et il refuse d'honorer ses engagements envers Antalas. De ce fait, ce dernier retire ses hommes vers la Byzacène. Là, dans le but de se réconcilier avec l'empereur, il contacte le dux de Byzacène, Marcentius, qui a fui sur une île, lui proposant un effort commun contre Guntharic. Ce dernier envoie une armée dirigée par Cusina et Artabanès contre Antalas qui parvient à le défaire[8]. Toutefois, Guntharic lui-même est tué peu après par une conspiration dirigée par Artabanès en mai 546, et, Carthage et l'armée revient sous le giron impérial. Justinien envoie alors un soldat expérimenté, Jean Troglita, pour rétablir l'ordre dans les provinces d'Afrique[9]. Rassemblant ses forces, Troglita quitta Carthage vers la Byzacène. Antalas envoie une ambassade au général byzantin qui la rejète, emprisonnant les émissaires. Peu après, il envoie son propre ambassadeur, qui place Antalas devant le choix d'une bataille ou d'une soumission immédiate. Antalas refuse cette dernière option et les deux armées s'affrontèrent à la fin de l'année 546 ou au début de 547. La bataille déboucha sur une écrasante victoire des Byzantins et de lourdes pertes chez les Berbères, tandis que les insignes impériaux perdus à Cillium furent recouvrés[10],[11].

Toutefois, au cours de l'été, Antalas rejoint les berbères de Tripolitaine (sa présence est mentionnée par Procope, non par Corippe) et inflige une lourde défaite à Troglita lors de la bataille de Marta. Après cette victoire, les berbères lancent des raids jusqu'aux environs directs de Carthage[12],[11]. L'année suivante, Antalas se joint de nouveau aux berbères de Tripolitaine, désormais dirigés par Carcasan et qui envahissent la Byzacène. Antalas contraste dans ses positions avec Carcasan car il proposait une tactique de la terre brûlée plus prudente alors que Troglita s'avance contre eux. Néanmoins, les deux adversaires se rencontre plus tard dans l'été, lors de la bataille des champs de Caton, près d’Utique. L’armée de Jean Troglita est rangée sur deux lignes de combat : la première avec Cusina, les cavaliers de Putzintulus et Geisirith, la seconde avec les jeunes recrues de Sinduit, Fronimuth et les troupes berbères d’Ifisdaïas. Après un combat difficile où Cusina est mis en difficulté, la mort de leur chef Carcasan entraîne la retraite de la coalition des Syrtes et des Frexes. La révolte est abattue tandis que Antalas et les chefs survivants se soumirent à Troglita[13]. Ce qu'il advient à Antalas par la suite est inconnu[14],[11], mais il retrouve sans doute une situation comparable à celle qui avait prévalu au cours de la période antérieure à ces événements[15].

Référencement[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. mort avant 534

Références[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sources antiques[modifier | modifier le code]

  • Procope de Césarée, Histoire de la guerre des Vandales, Paris, Firmin-Didot, (lire en ligne)
  • Corippe, La Johannide, Tunis, Revue tunisienne, (lire en ligne)

Sources contemporaines[modifier | modifier le code]

  • Yves Modéran, Les Maures et l’Afrique romaine (IVe-VIIe siècle), Rome, Publications de l’École française de Rome, coll. « Bibliothèque des Écoles françaises d’Athènes et de Rome », (1re éd. 2003), 900 p. (ISBN 9782728310036, EAN 9782728310036, DOI 10.4000/books.efr.1395, lire en ligne)
  • Gabriel Camps, « Antalas », Encyclopédie berbère, no 5,‎ (lire en ligne)
  • Philippe Richardot, « La pacification de l'Afrique byzantine 534 - 546 », Stratégique,‎ , p. 129-158, article no 93-94-95-96 (lire en ligne)
  • (en) John Bagnell Bury, History of the Later Roman Empire: From the Death of Theodosius I to the Death of Justinian, vol. 2, Mineola, Dover Publications, Inc., (1re éd. 1923) (ISBN 0-486-20399-9).
  • (en) John Robert Martindale, Arnold Hugh Martin Jones et J. Morris (dir.), The Prosopography of the Later Roman Empire, Volume III: A.D. 527–641, Cambridge, Cambridge University Press, (ISBN 978-0-521-20160-5)