Antalas

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Antalas[1] ou Antalus (en tifinagh : ⴰⵏⵜⴰⵍⴰⵙ, en grec Ἀντάλας) est un chef berbère de la première moitié du VIe siècle qui se rebella contre l'Empire byzantin, jouant un rôle majeur dans les guerres entre les Byzantins et les tribus berbères en Afrique du Nord. Antalas et sa tribu, les Frexenses de Byzacène, furent d'abord des alliés des Byzantins mais, après 544, ils changèrent de camp. Finalement, avec la victoire des Byzantins en 548, Antalas et sa tribu chrétienne devinrent de nouveau des sujets de l'Empire. Les sources principales sur sa vie sont le poème épique Iohannis de Corippe et les textes de Procope de Césarée.

Biographie[modifier | modifier le code]

Antalas naquit vers 500. Il était le fils d'un certain Guenfan selon Corippe et appartenait à l'une des tribus berbères de la Byzacène (la Tunisie centrale), probablement celle des Frexenses. Corippe rapporte que la carrière d'Antalas commença alors qu'il avait dix-sept ans. Il rassembla rapidement un ensemble de partisans avec il forma un groupe combattant les Vandales. Vers 530, il devint le chef des Berbères en Byzacène et, la même année, il remporta une victoire décisive contre les Vandales[2].

Après la guerre des Vandales (533-534) et la conquête du royaume des Vandales par l'Empire byzantin, Antalas devint un allié de celui-ci, recevant de l'argent et diverses fournitures en échange. Toutefois, en 543, une révolte éclata parmi les Berbères de Byzacène, qui conduisit à l'exécution de son frère, Guarizila, et la fin de l'aide du gouverneur byzantin, Solomon. Cette réaction entraîna le changement de camp d'Antalas et, quand les Luwata se révoltèrent en Tripolitaine l'année suivante, lui et ses partisans les rejoignirent. Ces tribus unifiés infligèrent une lourde défaite aux Byzantins lors de la bataille de Cillium, où Solomon en personne périt[3].

La mort du gouverneur compétent qu'était Solomon déboucha sur son remplacement par son neveu Serge, dont le traitement arrogant qu'il infligea aux Luwata favorisa le déclenchement de leur révolte. Dans le même temps, Stotzas, un soldat déserteur byzantin qui avait conduit une rébellion infructueuse quelques années plus tôt, se joignit à Antalas depuis son refuge en Maurétanie. Antalas écrivit alors à l'empereur byzantin, Justinien, pour lui demander de congédier Serge, sans résultats. Au début de l'année 545, l'empereur envoya le patrice Areobindus pour qu'il dirige les opérations avec Serge. Toutefois, ces deux hommes ne possédaient pas de compétences militaires et passèrent leur temps à se disputer[2],[4]. Tandis que Serge restait passif à Carthage, Antalas et Stotzas dirigea ses troupes vers le nord et parvint à piéger Himérius, le commandant d'Hadrumète, qui, avec ses hommes, laissa la ville alors qu'il devait rencontrer un autre général byzantin du nom de Jean. Himérius tomba alors dans un piège et, tandis que ses soldats se mutinaient et rejoignit Stotzas, il fut contraint de livrer Hadrumète pour sauver sa vie[5]. Finalement, à la fin de l'année 545, Aréobindus ordonna à Jean, alors rétif, de progresser et de s'opposer à l'armée conjointe d'Antalas et de Stotzas, positionnée à Sicca Veneria. Les troupes de Jean étaient en grande infériorité numérique face aux forces rebelles et subirent une déroute à la bataille de Thacia, symbolisée par la mort de Jean qui, toutefois, parvint à blesser mortellement Stotzas en duel[6],[4].

Après la défaite à Thacia, Sergius fut démis de ses fonctions et Aréobindus le remplaça. A cet instant, l'ambitieux dux byzantin de Numidie Gontharis contacta les différents chefs berbères, avec pour objectif de renverser Aréobindus. Antalas se vit promettre la direction de la Byzacène, la moitié du trésor d'Aréobindus et 1 500 soldats byzantins. Dans le but d'accroître la pression sur les Byzantins, les Berbères et les partisans de Stotzas se dirigèrent vers Carthage. Au même moment, Aréobindus contacta en secret Cutzinas, un autre chef berbère, qui promit de tuer Antalas une fois la bataille déclenchée. Toutefois, ce plan fut révélé à Antalas par Gontharis. Lors de ces événements, en raison de la pusillanimité d'Aréobindus, une bataille fut évitée et, en mars, Gontharis s'empara de Carthage et assassina Aréobindus[7],[4].

Gontharis était désormais le maître de Carthage et il refusa d'honorer ses engagements envers Antalas. De ce fait, ce dernier retira ses hommes vers la Byzacène. Là, dans le but de se réconcilier avec l'empereur, il contacta le dux de Byzacène, Marcentius, qui avait fuit sur une île, lui proposant un effort commun contre Gontharis. Ce dernier envoya une armée dirigée par Cutzinas et Artabanès contre Antalas qui parvint à le défaire[8]. Toutefois, Gontharis lui-même fut tué peu après (en mai 546) par une conspiration dirigée par Artabanès et, Carthage et l'armée revinrent sous le giron impérial. C'est alors que Justinien envoya un soldat expérimenté, Jean Troglita, pour rétablir l'ordre dans les provinces d'Afrique[9]. Rassemblant ses forces, Troglita quitta Carthage vers la Byzacène. Antalas envoya une ambassade au général byzantin qui la rejeta, emprisonnant les émissaires. Peu après, il envoya son propre ambassadeur, qui plaça Antalas devant le choix d'une bataille ou d'une soumission immédiate. Antalas refusa cette dernière option et les deux armées s'affrontèrent à la fin de l'année 546 ou au début de 547. La bataille déboucha sur une écrasante victoire des Byzantins et de lourdes pertes chez les Berbères, tandis que les insignes impériaux perdus à Cillium furent recouvrés[10],[11].

Toutefois, au cours de l'été, Antalas rejoignit les Berbères de Tripolitaine (sa présence est mentionnée par Procope, non par Corippe) et infligea une lourde défaite à Troglita lors de la bataille de Marta. Après cette victoire, les Berbères lancèrent des raids jusqu'aux environs directs de Carthage[12],[11]. L'année suivante, Antalas se joignit de nouveau aux Berbères de Tripolitaine, désormais dirigés par Carcasan et qui envahissent la Byzacène. Antalas contrastait dans ses positions avec l'impétueux Carcasan car il proposait une tactique de la terre brûlée plus prudente alors que Troglita s'avançait contre eux. Néanmoins, quand les deux adversaires se rencontrèrent plus tard dans l'été, lors de la bataille des champs de Cato, la confrontation déboucha sur une victoire byzantine décisive. Carcasan fut tué et la révolte berbère fut écrasé tandis que Antalas et les dirigeants survivants se soumirent à Troglita. Ce qu'il advint à Antalas par la suite est inconnu[13],[11].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Antala, Antal.
  2. a et b Martindale, Jones et Morris 1992, p. 86.
  3. Martindale, Jones et Morris 1992, p. 86, 1175-1176.
  4. a, b et c Bury 1958, p. 46.
  5. Martindale, Jones et Morris 1992, p. 599-600.
  6. Martindale, Jones et Morris 1992, p. 86, 641.
  7. Martindale, Jones et Morris 1992, p. 86-87, 108-109.
  8. Martindale, Jones et Morris 1992, p. 87, 818.
  9. Bury 1958, p. 146-147.
  10. Martindale, Jones et Morris 1992, p. 87, 647.
  11. a, b et c Bury 1958, p. 147.
  12. Martindale, Jones et Morris 1992, p. 87, 647-648.
  13. Martindale, Jones et Morris 1992, p. 87, 648-649.

Sources[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) John Bagnell Bury, History of the Later Roman Empire: From the Death of Theodosius I to the Death of Justinian, vol. 2, Mineola, Dover Publications, Inc.,‎ (1re éd. 1923) (ISBN 0-486-20399-9).
  • (en) John Robert Martindale, Arnold Hugh Martin Jones et J. Morris (dir.), The Prosopography of the Later Roman Empire, Volume III: A.D. 527–641, Cambridge, Cambridge University Press,‎ (ISBN 978-0-521-20160-5).