Antagonisme social

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Un antagonisme social est un phénomène social qui voit s'opposer des acteurs sociaux entre eux. Ils peut s'agit d'un antagonisme entre des classes sociales, ou entre des strates sociales, des groupes sociaux ou encore des individus. L'opposition peut être due, notamment, à des intérêts divergents, lorsque l'intérêt des uns est en contradiction avec celui des autres.

Concept[modifier | modifier le code]

Antagonisme social et exploitation sociale[modifier | modifier le code]

Plusieurs penseurs, dont notamment Karl Marx, conceptualisent un antagonisme entre des classes sociales. Bien que leur nombre et leur nature change selon les écrits, Marx distingue avant tout deux catégories de la population, la bourgeoisie et le prolétariat, qu'il considère comme étant les deux classes antagonistes. Leur antagonisme est considéré comme étant le moteur de l'histoire dans la philosophie de l'histoire de Marx[1]. Les marxistes considèrent que toutes les sociétés, organisées selon un mode de production, créent un antagonisme social. Dès lors que le travailleur est aliéné, c'est-à-dire qu'il gagne moins que ce qu'il produit (du fait de l'accaparement de la plus-value par le bourgeois), il y a un antagonisme[2].

Le marxisme n'est toutefois pas la première école de pensée à avoir mis en avant l'existence d'antagonismes sociaux liés à l'exploitation ou à l'inégale répartition des richesses. Le thème est déjà abordé par Pierre-Joseph Proudhon, ou encore Auguste Blanqui. Jean Jaurès aborde le sujet frontalement lors de débats parlementaires dans les années 1890. Il estime qu'« il y a un antagonisme et antagonisme croissant, dans l'ordre industriel, entre le grand patronat et les salariés »[3].

Antagonisme social et définition du « nous »[modifier | modifier le code]

L'antagonisme social peut trouver son origine dans un processus identitaire visant à opposer à soi l'autre afin de se définir. Les antagonismes sociaux répondraient donc au besoin des populations de se distinguer des autres, c'est-à-dire de créer un « eux » pour se sentir appartenant à un « nous »[4]. L'antagonisme social entre la bourgeoisie et la noblesse dans la France des années qui précèdent la Révolution française aurait permis à la bourgeoisie de prendre conscience d'elle-même en tant que classe[5].

Antagonisme social et rejet de l'antagonisme[modifier | modifier le code]

L'idée d'un antagonisme social a fait l'objet de critiques, ou de négations, par divers régimes politiques. Ainsi, certains régimes fascistes ont nié l'existence d'un antagonisme social entre les détenteurs du capital et les détenteurs du travail afin de fonder une harmonie sociale basée sur l'appartenance à un groupe ethnique ou racial[6].

Antagonisme social et espace public[modifier | modifier le code]

Plusieurs penseurs, comme Jürgen Habermas, ont écrit au sujet du concept d'espace public, qu'il soit local ou mondial. On trouve ainsi chez Habermas, ainsi que chez Oskar Negt, une réflexion sur comment l'antagonisme social se concrétise dans un milieu urbain par l'opposition entre les espaces publics bourgeois et les espaces publics prolétariens[7].

Histoire[modifier | modifier le code]

Le XIXe siècle voit, en Europe de l'Ouest, le renforcement des peuples et leur affirmation en tant qu'acteurs politiques. Adolphe Clémence, figure importante de la Commune de Paris, publie en 1871 un ouvrage intitulé De l'antagonisme social. Ses causes et ses effets[8].

Frédéric Le Play écrit dans ses notes un chapitre intitulé « Sur l'antagonisme social qui se développe en Savoie, comme en plusieurs autres contrées de l'Occident », où il il affirme que « le développement de l'antagonisme social est l'un des symptômes les plus inquiétants qui se manifestent de nos jours chez les sociétés établies à l'ouest du continent européen ». Il remarque que pour beaucoup d'auteurs, la paupérisation des classes les plus pauvres peut conduire au ressentiment, et donc à un antagonisme social[9]. Il nuance toutefois ce propos en remarquant que les classes moyennes peuvent aussi être mues par un antagonisme social[10].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Antimo Farro, Les mouvements sociaux: diversité, action collective et globalisation, PUM, (ISBN 978-2-7606-1774-2, lire en ligne)
  2. Moishe Postone, Temps, travail et domination sociale, Fayard/Mille et une nuits, (ISBN 978-2-7555-0339-5, lire en ligne)
  3. Jean Jaurès, Discours et conférences, Flammarion, (ISBN 978-2-08-133777-0, lire en ligne)
  4. Altay Manço, Kévin Haddad et Monique Eckmann, Antagonismes communautaires et dialogues interculturels: Du constat des polarisations à la construction des cohésions, Editions L'Harmattan, (ISBN 978-2-296-21715-7, lire en ligne)
  5. Brigitte Le Grignou, Du côté du public: usages et réceptions de la télévision, Economica, (ISBN 978-2-7178-4724-6, lire en ligne)
  6. Slavoj Zizek, Le plus sublime des hystériques: Hegel avec Lacan, Presses Universitaires de France, (ISBN 978-2-13-074226-5, lire en ligne)
  7. Sylvain Lavelle, Rémi Lefebvre et Martine Legris, Critiques du dialogue: Discussion, traduction, participation, Presses Univ. Septentrion, (ISBN 978-2-7574-1531-3, lire en ligne)
  8. Adolphe Clémence, De l'antagonisme social: ses causes et ses effets, (lire en ligne)
  9. Frédéric le Play, Naissance de l’ingénieur social: Les ingénieurs des mines et la science sociale au XIXe siècle, Presses des Mines via OpenEdition, (ISBN 978-2-35671-086-4, lire en ligne)
  10. Philippe Riviale, L'état réformateur, état conservateur: autorités sociales, altérité sociale, Harmattan, (ISBN 978-2-7475-9018-1, lire en ligne)