Annie Londonderry

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Annie Londonderry
Annielondonderry.jpg
Annie Londonderry, jeune fille
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Cycliste, journalisteVoir et modifier les données sur Wikidata
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Annie Cohen Kopchovsky dite Annie Londonderry (1870–1947) est une aventurière qui fut la première femme à faire le tour du monde en bicyclette. Indépendante et émancipée, elle affronte le défi à la suite d'un pari mais surtout dans une optique féministe, afin de prouver que les femmes étaient tout aussi valeureuses et intrépides que les hommes, à une époque où celles-ci n'avaient pas encore obtenu le droit de vote.

Biographie[modifier | modifier le code]

Annie Cohen Kopchovsky est une fille d’émigrants juifs originaires de Riga en Lettonie. Sa date et son lieu de naissance ne sont pas connus. Néanmoins, on pense qu'elle aurait émigré avec sa famille à Boston au milieu des années 1870[1]. Elle s'est mariée à l'âge de 18 ans avec Max Kopchovsky, un Juif lui-même colporteur. En 1894, au moment de son départ pour le tour du monde elle exerce un emploi de commerciale et vend des encarts de publicités pour plusieurs journaux de Boston. Elle est aussi la mère de trois enfants en bas âge.

Le tour du monde en vélo[modifier | modifier le code]

Le 25 juin 1894, à Boston devant les marches du palais du gouvernement de l’État du Massachusetts, Annie Cohen Kopchovsky, sans un cent en poche, avec pour tout bagage quelques vêtements de rechange et un revolver à manche de nacre, déclara devant une foule d’environ 500 personnes venues l’encourager, qu’elle partait faire le tour du monde sur sa bicyclette Columbia.

À l’origine de la folle entreprise (du moins aux yeux de ses contemporains), il y a une sorte de pari: Annie avait parié 20 000 $ contre 10 000 $ qu'une femme pouvait voyager autour du monde à vélo. Le défi lui offre en outre la perspective de gagner 5 000 dollars au cours de son périple. Dans les termes du pari, elle doit prouver sa capacité à se débrouiller seule en terre étrangère. De plus, Annie Cohen Kopchovsky signe un contrat avec la Londonderry Lithia Spring Water Company, qui lui permet de gagner 100 $ à la condition qu'elle porte un panneau publicitaire au nom de la société sur son vélo. Afin d'augmenter ses gains, Annie accepte de prendre un nom d'emprunt le temps du périple, et se rebaptise Annie "Londonderry", du nom de son sponsor. Il faut dire qu'à partir de la deuxième moitié du XIXe siècle, les tours du monde sont mis à profit par les entreprises comme l'occasion d'une opération de promotion publicitaire de grande envergure.

Il est étonnant de noter qu'avant de partir, Annie Cohen Kopchovsky pratiquait très peu la bicyclette et surtout, qu'elle laisse derrière elle mari et enfants pour mener son aventure, dans une époque où les femmes sont cantonnées à la sphère familiale et ont très peu de liberté. Il faut dire que cinq ans auparavant, l'Américaine Nellie Bly avait réalisé un tour du monde en solitaire et en 72 jours afin de battre Phileas Fogg, le héros du Tour du monde en quatre-vingts jours de Jules Verne. De même, à l'apogée de la popularité de la bicyclette, Annie acquiert la célébrité.

À ce que l'on sait, au départ de Boston, elle se rend à New York sur un vélo de femme Columbia, à pignon fixe et pesant environ 20 kilos, vêtue du vêtement féminin d'usage, une robe longue. Dès cette première étape, elle opte pour un short-culotte féminin d'athlétisme, un bloomer, et se procure une bicyclette masculine plus légère et maniable, de la marque anglaise Sterling. Ensuite elle se dirige vers Chicago, mais l'hiver s'annonce déjà et il est trop tard pour traverser les montagnes à l'Ouest. Elle décide donc de changer d'itinéraire et s'embarque pour le Havre. De là, elle se rend à Paris puis à Marseille, où elle prend un bateau pour Alexandrie. Selon Peter Zheutlin, plus d’un millier de personnes se regroupent sur le quai marseillais pour l'acclamer à son départ[1]. Les étapes suivantes de son périple sont Colombo, Singapour, Saïgon, Hong-Kong, Shanghai et Nagasaki. En mars 1895, Annie Londonderry arrive à San Francisco à bord d’un vapeur belge. De San Francisco, Annie prit la direction de Los Angeles, puis traversant l'Arizona et le Nouveau-Mexique et elle arrive à El Paso à la fin du mois de juillet 1895. Tout au long du parcours, elle donne des conférences pour raconter son périple. Elle atteint Chicago, terme de son voyage, le 12 septembre 1895.

Elle aura donc effectué son tour du monde en quinze mois, gagnant son pari et acquérant une notoriété. Le 20 octobre 1895 le New York World avait déclaré qu'il s'agissait “du voyage le plus extraordinaire jamais entrepris par une femme".

Les étapes du tour du monde[modifier | modifier le code]

D'après « Chasing Annie: The Woman Who Changed My Life Was Brave, Cunning, Daring And Free -- And I Never Met Her » de Peter ZHEUTLIN[2].

Les retombées de l'exploit[modifier | modifier le code]

À son retour, pour profiter des retombées de son succès, elle s'installe avec sa famille à New York, donne des conférences et écrit des récits de voyage dans New York World, signant "The New Woman". Elle devient pour un temps le porte-drapeau du mouvement féministe, affirmant, en prenant son exploit pour preuve, qu'une femme pouvait faire tout ce qu'un homme était capable d'accomplir.

Au-delà de l'exploit humain et sportif, Annie Cohen Kopchovsky avait aussi pour objectif de tirer un profit financier de son tour du monde, en menant notamment une opération de communication. C'est la raison pour laquelle elle donne de nombreuses conférences tout au long de son voyage et après. Toutefois, s'apercevant que l'intérêt du public risque de s'émousser, elle décide d'épicer ses aventures en y ajoutant des anecdotes inventées de toutes pièces. Par exemple, elle racontera que, prise dans la guerre sino-japonaise de 1895, elle aurait traversé le front, serait tombée dans une rivière gelée, puis aurait été touchée par une balle à l'épaule avant d’être jetée dans une prison japonaise. Malgré tout, une fois revenue à sa vie de mère de famille, Annie Londonderry sombre assez rapidement dans l'oubli, jusqu'à sa mort, en 1947.

Aujourd'hui l'exploit d'Annie Londonberry demeure peu connu. Toutefois, en 2007, Peter Zheutlin, arrière petit neveu d’Annie Cohen Kopchovsky, a publié une biographie de son ancêtre intitulée Around the World on Two Wheels: Annie Londonderry's Extraordinary Ride. Par ailleurs, en 2011, Evalyn Parry a monté la comédie musicale SPIN, inspirée de l'histoire d'Annie Londonderry[3]. Il existe aussi un documentaire sur l'histoire de cette globe-trotteuse intitulé The New Woman - Annie "Londonderry" Kopchovsky et réalisé en 2013[4].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (en) Peter Zheutlin, Around the world on two wheels : Annie Londonderry's extraordinary ride, Tantor Media Inc, ℗2007 (ISBN 9781400155477, OCLC 244642182).
  2. (en) Peter ZHEUTLIN (PDF), « Chasing Annie: The Woman Who Changed My Life Was Brave, Cunning, Daring And Free -- And I Never Met Her », Bicycling,‎ , p. 64-69 (lire en ligne)
  3. SPIN Website
  4. The New Woman - Annie "Londonderry" Kopchovsky, Spokeswoman Productions

Liens externes[modifier | modifier le code]