Anne Brigman

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Anne Brigman
Anne Brigman self-portrait, 1919.jpg
Autoportrait d'Anne Brigman (1919).
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Anne Wardrope (Nott) Brigman (Hawai, - Californie, ) est une photographe américaine, membre fondatrice du mouvement Photo-Secession.

Ces photographies les plus connues sont des nus de femmes prises entre 1900 et 1920.

Biographie[modifier | modifier le code]

Anne Nott naît le 3 décembre 1869 sur le Nu‘uanu Pali au-dessus d'Honolulu, Hawaii. Elle est l'aînée des huit enfants de Mary Ellen Andrews Nott et Samuel Nott. Les parents de sa mère sont des missionnaires arrivés à Hawaii en 1828. Son père a immigré de Gloucester en Angleterre. Alors qu'elle a seize ans, la famille déménage à Los Gatos en Californie.

En 1894, elle épouse le capitaine de bateau Martin Brigman. Elle accompagne son mari lors de plusieurs voyages dans les Mers du Sud, retournant à Hawaii au moins une fois. Imogen Cunningham raconte que lors d'un ces voyages, Anne Brigman se blesse gravement et qu'un de ses seins doit être amputé. Cette information ne sera jamais confirmée par l'intéressée mais dès 1900, Brigman arrête de voyager avec son mari et s'installe à Oakland[1]

Le couple se sépare avant 1910 et Brigman s'installe dans une petite maison sur la Trente-deuxième rue avec son chien, Rory, une douzaine d'oiseaux et avec sa mère, occasionnellement. Elle est active dans la communauté bohémienne de la baie de San Francisco et devient une amie proche de l'écrivain Jack London et du poète et naturaliste Charles Keeler. Elle débute la photographie en 1901. Sa première exposition a lieu en janvier 1902 avec d'autres membres du Club Photo de Californie lors du Deuxième Salon de Photo au Mark Hopkins Institute of Art[2]. Son Portrait of Mr. Morrow est remarqué par la presse et reproduit dans le mensuel Camera Craft[3]. Ce journal fera l'éloge de ses photos au Salon de Los Angeles de 1902 et publiera son travail pendant la décennie suivante. En moins de deux ans, elle acquiert une réputation de maître en photographie picturale. Elle utilise alors une chambre noire partagée, une ancienne grange convertie, située rue Oakland Brockhurst[4].

La carrière de Brigman prend rapidement de l'ampleur. Après son succès lors du Troisième Salon Photo de San Francisco en 1903, elle ouvre une école de photographie près de Berkeley qui attire nombreux universitaires. Ses études allégoriques paraissent dans le Photograms of the Year et ses portraits de célébrités californiennes, comme celui de Herman Whitaker, sont imprimés dans deux numéros du magazine Sunset. Ses expositions sont largement relayées dans la presse entre 1904 et 1908. Durant cette période, elle expose, par exemple, lors des Quatrième et Cinquième Expositions Annuelles du Fonds pour les Arts d'Oakland, sponsorisées par la Starr King Fraternity, de la Première et Seconde Annuelle de l'Association pour les Arts de Berkley; lors de l'Exposition de l'Alameda County à Oakland’s Idora Park; de celle de l'Ebell Clubhouse d'Oakland et à la Gallery d'Art Del Monte à Monterey. Elle organisera également des expositions personnelles dans les galeries Vickery, Atkins & Torrey ou Paul Elder à San Francisco ainsi que dans l'Oakland Club Room ou le Palette, Lyre and Pen Club d'Oakland.

Brigman donne régulièrement des conférences, notamment en octobre 1906, lors d'un événement très fréquenté organisé par le Berkeley’s Town and Gown Club durant lequel elle présente sa philosophie sur l'Art de la Photographie[5]. Sa popularité se confirme en 1907 quand Emily J. Hamilton lui consacre un article d'une page entière dans le San Francisco Call intitulé «Lens Studies of a Photo-Secessionist»[6]. La même année, elle réalise huit illustrations pour le poème de William E. Henley, I Am the Captain of My Soul. Ses «thés d’artistes» à Oakland et Berkeley attirent peintres, lettrés et acteurs de la région. On rencontre également les photographes locaux les plus importants : Oscar Maurer, Laura Adams Armer, Emily H. Pitchford, Adelaide Hanscom Leeson et Oscar V. Lange. Sa popularité se ternit lorsque sa célèbre étude d'un nu féminin non drapé, Soul of the Blasted Pine, est critiquée puis retirée de l'exposition d'Idora Park en 1908, les organisateurs y voyant une photographie vulgaire d'une «dame décharnée».

Reconnaissance nationale[modifier | modifier le code]

Anne Brigman acquiert rapidement une reconnaissance hors de Californie. Fin 1902, elle tombe sur une copie de Camera Work et est captivée par les images et les écrits d'Alfred Stieglitz. Elle lui écrit, le félicitant pour le journal. Elle devient membre, en 1903, puis associée, en 1908, du mouvement fondé par Stieglitz, Photo-sécession. Elle est la seule photographe à l'ouest du Mississippi à être élevée à ce statut[7]. De 1903 à 1908, il expose ses photographies de nombreuses fois et les imprime dans trois numéros de Camera Work. Au cours de cette même période, elle expose et correspond souvent sous le nom de «Annie Brigman», mais en 1911, elle abandonne le «i» et est désormais connue sous le nom de «Anne». En 1908, le Secession Club organise une exposition spéciale de ses photographies à New York[8].

Le Carnegie Institute de Pittsburgh et la Corcoran Art Gallery de Washington organisent en 1904 des expositions individuelles de son travail. En 1905, sa photo intitulée The Vigil est exposée au Salon de Londres[9]. Elle est élue membre du "Linked Ring" un mouvement de photographes d'art britanniques et expose deux "estampes dramatiquement poétiques" lors du salon de 1908[10]. Sa photographie intitulée The Kodak – A Decorative Study est primée et sélectionnée pour la couverture du catalogue Kodak de 1908 et The Moon Moon Cave, ainsi que nombre de ses autres photos, sont présentées à la quatrième exposition annuelle de photographies du Worcester Art Museum[11]. En 1909, elle remporte une médaille d'or à l'Exposition Alaska-Yukon ainsi que des prix en Europe[12],[13]. Elle continue à exposer pendant de nombreuses années et participe à l'exposition internationale historique à l'Albright – Knox Art Gallery à New York en 1911[1].

En juin 1913, Anne Brigman est interviewée par le San Francisco Call et s'exprime sur la libération des femmes dans une société dominée par les hommes. En septembre, elle crée l'illustration de la page de couverture de West Winds, le premier livre publié par le California Writers’ Club, également illustré par Maynard Dixon, Alice Best, George Kegg et Perham Wilhelm Nahl. En 1915 , elle travaille avec Francis Bruguiere pour la Panama Pacific International Exposition. En août 1921, elle expose à la Gump’s Gallery de San Francisco et deux mois plus tard participe au Premier Annual Oakland Photographic Salon. Au printemps 1922, elle organise une exposition dans son studio de Oakland pour huit photographes. Entre 1923 et 1926, elle présente ses "nus imaginés" à l'Exposition Internationale de la Pictorial Photographic Society de San Francisco au Palace of Fine Arts et au Palace of the Legion of Honor. Dans son article pour le Berkeley Daily Gazette, l'artiste Jennie V. Cannon écrit : “l'individualité du travail ressort aussi remarquablement qu'en peinture, sculpture et eaux-fortes".

En dehors de la photographie, Anne Brigman joue Sybil of Nepenthe dans deux représentations d'une pièce de Charles Keeler, déclame de la poésie (ses propres écrits ou des pièces plus populaires comme Enoch Arden) et sera même juge pour un concours de beauté pour bébés[14],[15]. Admiratrice du travail de George Wharton James, elle le photographie à au moins une occasion[16].

Entre 1908 et 1920, Anne Brigman part fréquemment en vacances à Carmel-by-the-Sea, où elle expose ses photos dans plusieurs salons de bord de mer. Elle commence à étudier la gravure à Carmel auprès de James Blanding Sloan et expose ses estampes «de design et de sensation» en avril 1925 avec d'autres étudiants de Sloan à la League of Fine Arts de Berkeley et au City of Paris Galleries à San Francisco[17]. En août 1926, ses photos sont présentées avec les gravures sur bloc de William S. Rice dans une exposition à la galerie Morcom à Oakland; puis, en mars, à la Fine Arts Society de San Diego. Au cours de l'été 1928, elle fait le premier de plusieurs longs voyages à Covina, dans le sud de la Californie. En mars suivant, elle soumet la photographie Figures in a somber dance à l'Exposition d'art de la danse à la Galerie Est-Ouest de San Francisco[4].

En 1929, elle déménage à Long Beach, en Californie, où elle vit seule dans plusieurs appartements successifs près de l'océan. Elle trouve l'inspiration le long des rivages du Pacifique et tient une grande exposition personnelle à la galerie Bothwell et Cooke en janvier 1936[18]. En 1940, elle vit à Los Angeles et exerce la profession d '«écrivaine». En moins de trois ans, Brigman est revenu à Long Beach, où elle est membre de la Poets’ Guild et de la Writers’s Market League où elle fait une lecture de Deepwater Ships that Pass[4].

Sa vue déclinante l'oblige à abandonner la photographie freelance en 1930 même si elle continue la photographie jusque dans les années 1940[19]. Son travail évolue d'un style purement pictorial vers une approche photographie pure[20]. Ses dernières photos en gros plans de plages de sable et de végétation sont presque des abstractions en noir et blanc. Au milieu des années 1930, elle commence à prendre des cours d'écriture créative puis se met à écrire de la poésie. Encouragée par son professeur d'écriture, elle rassemble ses poèmes et photographies dans un livre intitulé Songs of a Pagan. Elle trouve un éditeur en 1941, mais la Seconde Guerre mondiale retarde la publication à 1949, une année avant sa mort.

Anne Brigman meurt à l'âge de 80 ans, le 8 février 1950, dans la maison de sa sœur à El Monte, Californie.

Œuvre photographique[modifier | modifier le code]

Les photos de Brigman sont essentiellement des nus féminins, spectaculairement disposés dans des paysages naturels. La majorité de ses photos ont été prises dans la Sierra Nevada dans des lieux soigneusement sélectionnés, mettant en scène les modèles dans des pauses élaborées[21]. Brigman est souvent le sujet de ses propres photos comme dans Soul of the Blasted Pine pour lequel elle reçoit la médaille d'argent de la Birmingham Photographic Society[22]. Elle utilise également sa soeur comme modèle[20]. Ses négatifs sont abondamment retravaillés à la peinture, au crayon ou en surimposition.

Ses images résolument contre-culturelles suggèrent la bohème, la libération de la femme et le paganisme. Son travail défie les conventions et les normes culturelles de l'Establishment. L'intensité émotionnelle brute et la force barbare de ses photos contraste avec le travail méticuleux et composé de ses contemporains comme le photographe Alfred Stieglitz.

Galerie[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Getty Museum. Anne W. Brigman[23]
  • Alexander Nemerov. "Anne Brigman." Lecture: Yale University, New Haven, CT. 5 October 2006.
  • Brigman, Anne. Songs of a Pagan. (Caldwell, ID: Caxton Printers, 1949)
  • Ehrens, Susan, and Anne Brigman. A poetic vision: the photographs of Anne Brigman. Santa Barbara Museum of Art, 1995.
  • Glauber, Carole. Songs of a Pagan: A Study of Anne Brigman’s Poetry, Photo Review, Spring 2000.
  • Heyman, Therese Thau. Anne Brigman: Pictorial Photographer, Pagan, Member of the Photo-secession:[an Exhibition] The Oakland Museum, Oakes Gallery, September 17 Through November 17, 1974. Oakland Museum, Art Department, 1974.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (en) Therese Thau Heyman, Anne Brigman: Pictorial Photographer/Pagan/Member of the Photo-Secession., Oakland Museum of Art, , p. 2
  2. (en) « Photographers' second salon proves success », The San Francisco call. [volume] (San Francisco [Calif.]) 1895-1913, Image 11,‎ january 10, 1902, (lire en ligne, consulté le 14 mars 2020)
  3. (en) « Anne Brigman », Camera Craft: A Photographic Monthly (San Francisco, CA),‎ , pp.122, 170.
  4. a b et c (en) Robert W. Edwards, « Jennie V. Cannon : The Untold History of the Carmel and Berkeley Art Colonies, vol. one, East Bay Heritage Project, Oakland, », sur www.tfaoi.com, (consulté le 14 mars 2020)
  5. (en) « The Courier », (Berkeley, CA),‎ , p.6
  6. (en) « Anne Brigman », The San Francisco Call,‎ , p.5-M
  7. (en) Susan Ehrens, Original A Poetic Vision: The Photographs of Anne Brigman., Santa Barbara Museum of Art., , p. 23.
  8. (en) « Photo Men Ask Woman to Exhibit: Mrs. Annie W. Brigman Honored by Secession Club of New York City -- Medal Winner Accorded Special Gallery for Studies of Artistic Merit », The San Francisco Call,‎ (lire en ligne)
  9. (en) « Camera Work: A Photographic Quarterly », n°13,‎ , p.52.
  10. (en) « Camera Work: A Photographic Quarterly », n°25,‎ , p. 30
  11. (en) « Camera Craft: A Photographic Monthly », n°15,‎ , p. 30 et 206
  12. (en) « Work of Oakland Artist Captures Coveted Honor - Wins Gold Medal for Lens Studies - Annie W. Brigman Given Honors for Exhibit at Alaska-Yukon Exposition », The San Francisco Call,‎ (lire en ligne)
  13. (en) « Camera Artist to Visit in New York: Mrs. Annie W. Brigman Plans an Extended Visit to the Atlantic Coast », The San Francisco Call.,‎ (lire en ligne)
  14. (en) « Studio Club Acts in Two New Plays », The San Francisco Call,‎ , p. 4 (lire en ligne)
  15. (en) « Events in the Women's Clubs in Alameda County », The San Francisco Call,‎ , p. 4 (lire en ligne)
  16. (en) « Baskets Exhibit Indians' Symbols », The San Francisco Call.,‎ , p. 13 (lire en ligne)
  17. (en) « - », The Oakland Tribune,‎ , p.4-6
  18. (en) « Anne Brigman », Los Angeles Times,‎ , p. 3-9
  19. (en) Trainer, Laureen, Yosemite: Art of an American Icon., edited by Amy Scott. University of California Press, , p. 195
  20. a et b (en) Trainer Laureen, Yosemite: Art of an American Icon, University of California Press, Amy Scott, , p. 195
  21. (en-US) « A Century Ago, She Photographed Herself in Nature, Naked and Unafraid », sur KQED (consulté le 18 mars 2020)
  22. (en) Emily J. Hamilton, « Lens Studies of a Photo-Secessionist », The San Francisco Sunday Call.,‎ (lire en ligne)
  23. (en) « Anne W. Brigman (American, 1869 - 1950) (Getty Museum) », sur The J. Paul Getty in Los Angeles (consulté le 14 mars 2020)