Anne-Gédéon de La Fitte de Pelleport

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Anne-Gédéon La Fite de Pellepore
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Activité

Anne-Gédéon de La Fitte, marquis de Pelleport[1] né à Stenay le 11 mai 1754, mort à Liège le 26 mars 1807[2], est un libelliste, homme de lettres et aventurier français.

Après avoir renoncé à la carrière des armes, il mena en Europe une existence d'aventurier littéraire et de journaliste frondeur. Ses écrits témoignent d'une pensée libre et d'un épicurisme teinté de nihilisme qui l'affilie aux Lumières radicales[3]. Brissot, qui l'a connu et qui travailla à ses côtés à Neuchâtel et à Londres, en donne le portrait suivant dans ses Mémoires :

« Homme d’esprit mais sans fixité dans les principes, aimant les plaisirs quoique dénué de la fortune qui les procure […] [il] avait de l’esprit, l’apparence de la bravoure, un goût effréné pour le plaisir, un mépris profond pour toute espèce de moralité. C’était une sorte d’Alcibiade qui se prêtait à tous les rôles qu’on voulait lui faire jouer[4]. »

Au lendemain de la Révolution française, il fut successivement employé comme agent diplomatique de la Convention, avant de se faire espion et agent-double. Émigré, il se fixa à Hambourg où il occupa une place d'agent commercial avant de se lancer dans la fabrication de cire à cacheter. De retour dans la France consulaire, il tenta de poursuivre son entreprise mais sans succès. Il parvint alors à recevoir la charge de géomètre de la Meuse inférieure, département où il devait mourir à l'âge de cinquante-deux ans.

Sa vie fut ponctuée de nombreuses incarcérations et marquée par une profonde mobilité voire un refus de toute forme de stabilité qui en font un témoin précieux de son temps, plus particulièrement dans le monde de la littérature clandestine, ainsi que dans la sphère du renseignement et de l'espionnage.

Biographie[modifier | modifier le code]

Généalogie[modifier | modifier le code]

Pelleport est né, comme il le dit lui-même, au « hasard des garnisons » [5]. Antoine-Abraham de La Fitte de Pellaport (1646 – 1723) fut le premier membre de cette famille des militaires originaire de la région de Toulouse à se fixer en Clermontois qui dépendait des princes de Condé. La plupart des membres de cette branche se sont illustrés dans la carrière des armes. Cette famille dont la devise est 'Fiscum animo sedes' (Je reste inébranlable) a donné de nombreux officiers de cavalerie et d'infanterie. Antione-Abraham fut nommé gouverneur de Mont-Louis le 11 mars 1719 et fit souche dans la région en épousant Marie Barbe Izarn de Villefort, fille de la marquise de Villefort, sous-gouvernante des enfants de France.

La famille Pelleport[modifier | modifier le code]

Son père, Gabriel-René (1724 - 1783), relativement pauvre, bénéficiait d'appuis à la cour. Ce capitaine de cavalerie occupait la place d'écuyer et gentilhomme ordinaire de la maison du comte d'Artois et chevalier de Malte. Ce fils illégitime de Jean Anne-Gédéon de Joyeuse Grandpré prit pour première épouse Marie-Catherine de Geoffre de Chabrignac de Condé[6]. De cette union devait naître neuf enfants. Anne-Gédéon en est l'aîné [7]. On lui connaît deux sœurs, Marie-Scholastique (Stenay, 29 juillet 1758 – Salles, 1813) qui devait entrer dans les ordres et se faire élire abbesse d'un collège de chanoinesse du chapitre de Salles (Villefranche-sur-Saône) en 1783[8] et Reine-Marguerite-Dieudonné (Stenay, 21 avril 1764 - 1797), toutes deux élèves de la Maison Royale de Saint-Cyr. Deux de ses frères embrassèrent des carrières militaires, participèrent aux guerres révolutionnaires avant de connaître des périodes plus ou moins heureuses d’Émigration. Le 2 juin 1765, trois ans après le décès précoce de Marie-Catherine, Gabriel-René de Pelleport prit en seconde noce Marie Élisabeth de Givry (1732 - 1782) dont il eut cinq des enfants. L'une d'elle, Gabrielle-Joséphine (1770 - 1837) émigra en Suisse avant de regagner Paris en 1791 où il épousa Victor Marie du Pont (1767 - 1827), consul français aux États-Unis, fils de Pierre Samuel du Pont de Nemours et père de l'industriel américain Samuel Francis du Pont.

Formation scolaire et militaire[modifier | modifier le code]

Durant ses premières années, il ne voit que très son père partagé entre ses obligations à Versailles et les théâtres d'opérations de la Guerre de Sept Ans. Il développe à Stenay un goût précoce pour la littérature [9] avant d'être conduit au Collège Henri IV de la Flèche[10]. Il intègre par la suite l'École militaire de 1764 jusqu'en 1770 où il témoigne de très bonnes dispositions pour les mathématiques, l'allemand et l'équitation. Il y suit par ailleurs, les leçons d'Edme Mentelle, capitaine d'infanterie, cartographe du roi, géographe qui enseigne histoire et géographie à l’École dès 1760 et lui ouvre les portes de son cercle parisien[11]. Son assiduité au cours de Nicolas Beauzé, professeur de latin et grammairien de renom lui permet d'acquérir de solide notions de métaphysique et développe son goût des langues. Cependant, des écarts de conduite scandalisant ses proches, plusieurs lettres de cachets sont déposés contre le jeune homme. Il est ainsi mis aux arrêts pour dettes à Arras. L’École lui retire sa croix de Saint-Louis ainsi que sa pension. Durant ses années, il reçoit la protection du maréchal de Richelieu dont il partage le goût pour le libertinage et les jeux[12]. Au printemps 1770, âgé de seize ans, il intègre le régiment d'Île-de-France alors à Valenciennes, sous le commandement du marquis Charles-Joseph de Lambert à la réputation de grande sévérité. Quinze mois passés, sans congé, il disparaît en Hollande aux bras d'une comédienne, une « aventurière » qui lui donne un enfant et avec laquelle il projette de gagner la Pologne [13], « sans cependant qu'il ait fait dans le dit régiment aucune action qui blesse l'honneur ou les mœurs »[14]. Arrêté à Bruxelles, on l'enferme au château de Sedan »[15]. S'étant aliéné toute sympathie au sein de l'Ecole militaire et du régiment il se décide à prendre l'habit ecclésiastique et regagne les terres de Stenay. Mais répondant à l'appel des amours et des voyages, il s'éprend d'une femme de chambre de la maison. Les amants passent un temps à Lausanne, puis séjournent dans la paroisse de Stenay (mars 1773) et enfin à Paris où on les trouve en 1773 dans une « affreuse misère ». Son père, nourrissant une vive inquiétude, dépose plusieurs lettres de cachets contre lui. Détenu à la prison de l'Abbaye en janvier 1774, il est envoyé à Lorient puis embarqué de force au bord du Sainte-Anne le 21 avril, sous les ordres du capitaine Patrice Astruc. Il débarque à Saint-Denis de la Réunion le 27 avril 1774 et intègre le régiment d'Île-de-France comme volontaire, puis comme porte-drapeau en janvier 1775, sous les ordres du Charles-Henri-Louis d'Arsac de Ternay. Blessé à l'épaule gauche, des soins exigent son retour en France ce qui ne satisfait pas son père. En juillet 1775, ce dernier sollicite auprès du maréchal de Richelieu une place dans un régiment étranger qui éloignerait son fils de la capitale. En 1776, Anne-Gédéon demande à être admis dans les troupes coloniales ou à pouvoir être employé aux Provinces-Unies où le Stadthouder lui a promis de l'emploi.

Le refuge helvétique[modifier | modifier le code]

Reformé des troupes coloniales et sans nouvelles du Secrétariat de la Guerre, il passe la frontière et cherche sans succès refuge à Neufchâtel où en 1777 le Conseil Général lui refuse l'autorisation d'exercer la géographie et les mathématiques[16]. Il fréquente alors la maison de Pierre-Alexandre Dupeyrou, ami de Rousseau qui lui accorde sa protection[17].

On lui trouve une place de précepteur auprès de l'horloger Jean Diedeyet et il enseigne les mathématiques et la géographie au Locle. Il se lie avec Ostervald et se rapproche de la Société typographique de Neuchâtel dont il est l'un des intermédiaires[18], collabore au Journal helvétique et rédige en 1779 un Essai sur la partie arithmétique de l'horlogerie. Il fait la rencontre de Jacques Pierre Brissot - proche lui-même du cercle de Mentelle - dans ces années là[19].

Le 11 juin 1777, il épouse à Abbévillers[20], principauté de Porrentruy, une femme de chambre de la maison Dupeyrou, Elisabeth Salomé Lienhard de Frutigen qui lui donne plusieurs enfants[21]. Son épouse, calviniste, abjure sa foi pour le catholicisme en 1779. Le couple et leurs deux enfants, Pierre-Alexandre (né en 1778) et François Julie Marie (né en 1779) rentrent à Stenay au printemps 1780 avec où est officialisé une union légale. Le second mariage de son père et des spéculations malheureuses ruinent le peu qui lui reste. Pour fuir ses créanciers, Pelleport gagne Londres où il a noué des relations par l'intermédiaire de la Société typographique de Neuchâtel et de Brissot.

L'aventure londonienne[modifier | modifier le code]

Il gagne La Haye 1781, occupe un temps une place dans les bureaux du duc de la Vauguyon puis se réfugie à Londres en juillet 1782 accompagné par Charles Angélique de Joubert. Installé dans une pension de Chelsea, il donne des leçons de mathématiques et de langues françaises [22] et fréquente assidûment Brissot par lequel il entre en contact avec Serres de la Tour qui l'emploie au Courier de l'Europe pour la rédaction des nouvelles étrangères[23].
. C'est dans cet emploi qu'il rencontre Samuel Swinton et Simon-Nicolas-Henri Linguet. En lien avec le libraire genevois David Boissière installé depuis dix ans à Londres, il se propose de négocier la suppression d'ouvrages obscènes ou érotiques sont dirigés contre la Cour de France - Les Petits soupers de l'hôtel de Bouillon - contre Marie-Antoinette -les Passes-temps de Toinette ou contre Vergennes - Les Amours du Vizir Vergennes[24]. Sa familiarisant très vite avec la langue anglaise, il entreprend plusieurs travaux de traductions tel que The Modern Atlantis or The Devil in a Air Balloon (1784), les Letters on political Liberty de David Williams dans lequel il insère des critiques à l'égard du gouvernement français et rédige l'ébauche d'un Compte rendu au peuple anglais ce ce qui se passe chez la nation française contenant toutes les anecdotes secrètes et scandaleuses de la cour de France et de ses ministres. Il se trouve impliqué en 1783 dans une opération de police dirigée par l'inspecteur Receveur et l'ancien libelliste Charles Théveneau de Morande, tous deux chargés de racheter les libelles français et d'en punir les auteurs[24].

Frontispice du Diable dans un bénitier.

Pour se venger des menées des deux hommes et s'en protéger, il rédige en 1783 un pamphlet qui retrace les opérations de la police de Paris et de Morande contre les libellistes français : Le Diable dans un bénitier et la Métamorphose du gazetier cuirassé en mouche, ou tentative du Sieur Receveur. Dans cet ouvrage ou ne sont épargnés ni les Secrétaires d'État en place, ni les ambassadeurs français en poste à Londres, il dresse le portrait d'un royaume despotique et corrompu et le tableau rocambolesque des réfugiés français à Londres.

Le tombeau de la Bastille[modifier | modifier le code]

Le libelle ainsi que le projet d'une entreprise éditoriale concurrente du Courier de l'Europe éveillent contre lui la colère de Morande et de l'ambassade de France. Attiré en France sous la promesse d'un poste de traducteur par Samuel Swinton, il est arrêté à Douvres par l'agent diplomatique Buard de Sennemar, puis embastillé pour ses travaux de plume le 11 juillet 1784. Il est alors le voisin du marquis de Sade emprisonné le 29 février.

Lors des interrogatoires, menés par Lenoir, s’il accepte être l’auteur du Diable dans un bénitier, il récuse le fait d’avoir rédigé ou participé à la rédaction de libelles contre la Reine. Sa détention semble avoir été douce. Il est apprécié par le gouverneur de la Bastille, le marquis de Launay, à la fille duquel il donne des leçons de musique. En retour, le gouverneur lui rendait des services, lui procurant papier et encre et lui faisant passer « des melons et autres gourmandises dont il était friand[25]. » Il se livre à différents travaux, rédige des poèmes, une étude des langues vivantes et vraisemblablement l'ébauche de son roman picaresque et satirique Les Bohémiens.

Dans cette captivité, il eut comme compagnon, un ancien libelliste et escroc Hippolyte Chamoran, soi-disant comte, qui n’eut de cesse de s'en plaindre. Les deux hommes s'étaient connus à Londres. Il occupe un temps une cellule voisine de celle de Jeanne de Valois-Saint-Rémy, autre connaissance londonienne par laquelle il fait passer les lettres à sa famille par l'intermédiaire de son avocat Doillot. Dénoncés, ils échangent une correspondance en faisant passer leur lettres par une meurtrière[26].

Libéré par l'intermédiaire de M. de Villedeuil et du chevalier Pawlet, au mois d'octobre 1788, il continue de recevoir une pension royale de trois cents livres, à titre de « secours annuel » mais doit se tenir « toujours à trente lieues de Paris ».
Il regagne ses terres de Stenay. Puis, Député extraordinaire du canton de Rocroi, chargé d'une mission relative à des défrichements, il se rend à Paris où ses enfants sont accueillis à l'Ecole des orphelins. Le 14 juillet 1789 quand le peuple parisien s'empare de la forteresse, il risque sa vie en vain pour sauver celle du major Antoine-Jérôme de Losme-Salbray arrêté comme l'ancien gouverneur et mis à mort avant d'avoir atteint la place de l'Hôtel de Ville. Pelleport est arraché des mains des émeutiers par Jean de Manville, lui aussi ancien pensionnaire de la forteresse[27]. Cette scène a été immortalisée par le peintre Charles Thévenin[28].

Agent de la Révolution ?[modifier | modifier le code]

Lors de sa convalescence à Stenay, il cherche à obtenir justice de l'inspecteur Longpré et du baron de Breteuil qu'il estime responsables de sa détention illégale[29] et dénonce dans un nouvel écrit l'injustice des lettres de cachet dans un appel « aux habitant du Clermontois » en 1790[30]. Naviguant entre Londres et Paris, résidant à Longwy, il est employé à des missions diplomatiques dès 1791 à Vienne. Il effectue de fréquents voyages à l'abbaye d'Orval, Mahneim et Coblentz et se charge du courrier diplomatique de Montmorin vers les cours allemandes durant l'année 1791[31]. Ses connaissances de l'Angleterre incitent Valdec Delessart à l'envoyer comme agent et espion à Londres en 1792. Mais le 7 février 1792, son jeune frère, Claude-Agapite de Pelleport, paraissant suspect à la municipalité de Stenay, est arrêté en compagnie de Pierre-Jean Lambelet, maître de langue que Pelleport avait bien connu à Londres. Le frère aîné, qui emploie les deux hommes, se livre aux autorités peu de temps après. À la séance de l'Assemblée législative du 17 février suivant, le Comité diplomatique fit savoir à l'Assemblée « que les frères Pelleport étaient réellement chargés d'une mission de la part du gouvernement, qu'ils avaient des passeports en règle » et que c'était à tort qu'ils avaient été arrêtés arbitrairement par les municipalités de Stenay et de Neuville. Le Comité proposait que l'Assemblée décrétât que « MM. Pelleport et Lemblay seront élargis sur-le-champ, et que le scellé mis sur les effets de M. de Pelleport sera levé [32]». Ces fréquents voyage à Chimay sont suspects pour nombre de députés et des contemporains[33] qui les associent aux opérations qui préparèrent la fuite à Varennes[34]. Delassart informe le Comité diplomatique que l'on ne peut compter sur sa probité et que bien qu'il fût « utile à l’État , fût en même temps l'agent des princes rebelles »[35]

Il est cependant réemployé dès juin 1793 par Deforgues et Barère de Vieuzac et gagne la confiance d'Hérault le jeune. Envoyé à Chimay à la fin de l'année 1793, se faisant passer pour émigré,il prétend pouvoir entrer en contact avec la chancellerie de Metternich pour discuter d'éventuelles négociations de paix et nouer des relations avec l'état-major du prince de Cobourg[36]. Il est aidé dans cette mission par Etienne Dona, originaire de Dinan-sur-Meuse. Son épouse ayant demandé le divorce, il est accompagné par sa nouvelle femme, Maire-Louise Chevry qui le rejoint à Liège et lui donne une fille.

Les années d'émigration[modifier | modifier le code]

Dénoncé par Joseph-Dominique Cussy-Maratray, secrétaire auprès du prince de Chimay et Vertueil, officier du régiment de Lorraine, il est arrêté sur ordre du prince de Cobourg en août 1793. Incarcéré dix-huit mois, il est libéré sous condition de ne regagner la France qu'après la paix. Pelleport est décrété d’accusation et déclaré émigré. En avril 1794, il intègre la communautés des réfugiés français de Brême, y occupe plusieurs place de précepteurs avant de se lancer dans la fabrication de savon et de cire à cacheter et de bougie « de blanc baleine dont Mme Pellepore est l'inventrice »[37]. On le retrouve en 1798 à Hambourg où il prête ses services au représentant britannique James Gregan Craufurd dans la surveillance des United Irishmen[38]. D'Altona où il sert Charles de Hesse-Cassel, il se rend au Danemark où il occupe un poste de représentant commercial pour une entreprise locale qui le charge d'approvisionner le général Nelson.

Retour dans le Paris consulaire[modifier | modifier le code]

En 1800, il est recherché par l'administration batave[39]. Il requiert l'autorisation de rentrer en France auprès de Fouché en février 1801[40]. C'est chose faite dès septembre, accompagné de sa seule fille Charlotte, muni d'un passeport délivré à La Haye par Charles-Louis-Huguet de Semonville et stipulant qu'il est « sorti en France sous le ministère du citoyen Desforgues, avec autorisation et sous les soins du Comité de Salut public ». La même année, sa fille Désirée épouse Bernardin de Saint-Pierre.
En 1802, un capital légué par sa grand-tante paternelle lui permet de s'associer avec madame Cosseron-Lagrenée pour laquelle il fabrique de la cire. Il profite de la loi d'amnistie pour récupérer ses biens parisiens. Mais, en novembre, il est arrêté à Paris par la police consulaire sous l'accusation de propos contre le gouvernement. Ses déclarations royalistes, réactions à des « reproches généraux, mais amers, faits à la noblesse française » furent tenues en présence d'une proche de Joséphine de Beauharnais. Cet épisode le conduit pour quelques mois au Temple. Lors des interrogatoires, il réfute les accusations de conspiration mais martèle son attachement à la figure de feu Louis XVI et à l'Ancien Régime. Libéré grâce à l'appui de ses proches et de son beau-frère Dupont, il est contraint de demeurer à Stenay-Popincourt sous la surveillance des autorités locales. Mais il parvient à se soustraire à cette obligation, fixe sa résidence à Versailles chez sa grand-tante, s'occupe de travaux de rédactions et obtient même du Ministre des Finances, le poste de géomètre de la Meuse-inférieure [41]. Mais, surveillé et suspecté par la police secrète, il doit se résoudre à regagner Stenay tout passeport lui étant refusé la police suspectant en lui un agent de la conspiration. Désirée de Pelleport, épouse Saint-Pierre, cherche auprès de son mari des appuis pour venir en aide à son père. Il est autorisé à quitter la capitale grâce à ses puissants appuis et exerce la charge de vérificateur des cadastres des département de l'Ourthe jusqu'à sa mort[42].

Remarques[modifier | modifier le code]

Ses frères sont Louis-Joseph (1757 - 1836) l'aîné et Claude François-Agapithe. Louis-Joseph est le père de Wladimir de la Fite, comte de Pelleport, écrivain français connu sous le pseudonyme de Piotre Artamov, né au château de Krioukovo (Viazma), le 28 février 1818.

Plusieurs membres de cette branche des La Fite-Pelleport ont joué lors de la Révolution des rôles mal connus. L'État militaire de 1789 mentionne un « Laffite-Pelport », capitaine en second de grenadiers au Régiment de Vivarais mais comme Anne-Gédéon était embastillé de 1786 à 1788, cet officier ne peut être qu'un frère ou un parent. Sa femme lui a donné quatre enfants. Ses fils furent placés à l'École des orphelins. L'une de ses filles, Marguerite-Charlotte-Désirée, fut l'épouse de Bernardin de Saint-Pierre, puis du littérateur Louis-Aimé Martin.

Annexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. On trouve aussi Lafitte de Pellepore, Pelleporc, Pelleport, Belleport.
  2. L'Intermédiaire des chercheurs et curieux, 1903, op. cit.
  3. L'anticléricalisme de ses œuvres et certains faits semblent indiquer qu'il était athée. Ainsi son compagnon de détention s'en plaint comme d'un « disciple de Diagore qui, lorsqu'on lui parle de la cause première qui régit l'univers, vous répond par un sourire ironique et trace un zéro, qu'il appelle sa profession de foi. » (Hippolyte Chamoran à de Crosne, Bibliothèque de l’Arsenal, ms. 12.454, f.10)
  4. Mémoires de Brissot, op. cit. p. 303
  5. Les Bohémiens, op. cit., t. II, p. 13
  6. Jean Baptiste de Courcelles, Histoire généalogique et héraldique des pairs de France, t. VI, p.  71 ; Jean François Louis Jeantin, Manuel de la Meuse histoire de Montmedy et des localités meusiennes de l'ancien comté de Chiny, 1863, p.  1976
  7. Archives départementales de la Meuse, État-civil, Cote 2 E 513 (6), f. 105.) Son parrain est le seigneur de Joyeuse Grandpré (mort en 1774), sa marraine, la marquise d'Izarn de Villefort de Montjeu.
  8. Moniteur judiciaire de Lyon, n° 34, p. 2, le 29 avril 1818.
  9. Il rapporte ainsi comment une femme de chambre parisienne lui faisait lecture dès ses cinq ans du Don Quichotte et des Fables de la Fontaine ; Les Bohémiens, op. cit., t. II, p. 147
  10. Archives du Prytanée National Militaire, Fonds Raoul Digard, 211c, « Notices historiques sur le collège royal de la Flèche, avec un répertoire des élèves du Roy, élèves dans ce collège de 1764 à 1794 »
  11. Il devait rester en contact avec la famille de ce dernier au moins jusqu'en décembre 1801.
  12. Robert Laulan, « La discipline à l’École militaire de Paris, 1753-1788 », L’information historique, Paris, 1955, p.  178-9 ; son dossier le désigne comme « peu religieux, et suspects pour les mœurs »
  13. Léger-Marie Deschamps, Correspondance Générale, établie à partir des Archives d’Argenson, avec les Lettres sur l’esprit du siècle, Paris, Bibliothèque des correspondances, mémoires et journaux, Honoré Champion, 2006.
  14. Personnel colonial ancien, Série E, 245, 1774-1776, f. 784-5.
  15. Personnel colonial ancien, ibidem, f. 786.
  16. « Il fallut donc encore sortir de Neufchâtel en vertu d'une ordonnance de ses magistrats hospitaliers » ( Les Bohémiens, op. cit., t. I, p. 125).
  17. Michel Schlup (sous la direction), La Société typographique de Neuchâtel, l’édition neuchâteloise au siècle des Lumières (1769-1789), Bibliothèque publique et universitaire de Neuchâtel, 2002, p. 91.
  18. Il correspond en particulier avec Legrand qui à l'époque cherche à publier divers ouvrages licencieux et galants et qui se lance avec Claude-Sixte Sautreau de Marsy dans l'aventure éditoriale d'un Journal de Monsieur qui ne devait jamais voir le jour.
  19. Jeanne-Marie Roland de La Platière, Lettres de madame Roland, édité par Claude Perroud, 1900, p. 768.
  20. Archives départementales du Doubs, 2 MI EC 389 - AD 25.
  21. Le couple prend en charge un enfant illégitime de Pelleport Antoine-François, « fruit d'un 'commerce de galanterie' du comte et d'Anne Simon, domiciliée à Commentry ». R. A. Leigh, Correspondance complète de Jean-Jacques Rousseau, v. 44, p. 6, 7607bis
  22. Police de Paris dévoilée, op. cit., t. II, p. 29.
  23. Les Bohémiens, op. cit., v.2, p. 163
  24. a et b Munro Price, Preserving the monarchy, op. cit., p. 169.
  25. Frantz Funck-Brentano, Revue historique, 1876, suivant une indication d'Alfred Bégis.
  26. Vie de Jeanne de Saint-Rémy de Valois, ci-devant comtesse de La Motte écrite par elle-même, Paris, Garnéry, 1792.
  27. Pierre Manuel, La Bastille dévoilée, Desenne, 1789, p.  69 ; Jean Joseph Dusaulx, De l'insurrection Parisienne, Didot, 1790, p.  41 ; L'Année littéraire, décembre 1789, n°50, p.  193. « La Bastille qui a failli m’écraser en tombant, puisque j’ai reçu sept blessures en défendant jusqu’à la dernière extrémité contre toute la populace le digne et respectable chr de Losme, que ces cannibales ont enfin massacré, la Bastille, dis-je, a enfin écrasé la petite pension de 300 # de Mde de Pellepore (...) Si les papiers publics n’avaient point fait mention de mes efforts pour sauver le respectable chr de Losme, je joindrais ici des certificats, des témoins oculaires, et des chirurgiens qui m’ont pansé, mais si vous le désirez, rien n’est plus facile que de les requérir. » (16 septembre 1791, à Laporte, ministre du roi, AN O1 595 n° 314)
  28. Jean-Marie Bruson, Christophe Leribault (sous la direction de), Peintures du Musée Carnavalet : catalogue sommaire, Paris-Musées, 1999, p.  396.
  29. « Nous désirons connaître les auteurs de nos maux mais c'est afin d'obtenir réparation que les lois anciennes assuraient aux victimes de l'abus du pouvoir, dès le berceau de la monarchie. L'assemblée ne peux, ni ne veux rejeter sous ce rapport, dans une position pire que celle dans laquelle les lois nous mettaient avant sa convocation.» AN D/V/3, n° 37, 30e, f. 27, le 4 mai 1790, Pelleport au Comité des Lettres de cachet.
  30. Archives Nationales, Série D/V/3, dossier 37. » ; Mémoires pour servir à l'histoire de l'année 1789, t. III, Brunet, 1791, pp. 172- 177.
  31. Archives nationales, Carton, comités des Assemblées, dossier 325 ; Archives Nationales, Achat (1956) – AB XIX 3302, dossier 12 ; [Courier français], jeudi 16 février 1792, seconde année n° 14.
  32. Moniteur, 1792, nos 47 et 49
  33. « (…) il reste prouvé qu'outre les ministres avoués de la nation française, auprès des cours étrangères, il est des agents secrets chargés de missions ténébreuses et suspectes. Quand on connaît les bases sur lesquelles reposent notre révolution, on ne conçoit pas trop la nécessité de prodiguer de l'argent à des hommes perdus de dettes et de débauches et très suspects dans leurs opinions, pour découvrir ou deviner ce qui se passe dans le cabinet ou le boudoir d'un prince. » 'Patriote français du jeudi 16 février 1792 (n°920)
  34. Voir sur la réalité de ces accusation l'article d'Anne-Marie de La Fite de Pelleport, arrière petite-fille de Louis-Joseph de Pelleport, Intermédiaire des chercheurs et des curieux, 1969, pp.  437 – 439.
  35. Louis Sébastien Mercier, Annales patriotiques, 3e année, février 1792, p. 221 ; Archives Parlementaires de 1787 à 1860. Série 1, 1787 – 1799, v. 38, p. 507 – 508, 521 – 6, 584 – 90.
  36. Émile Dard, Un épicurien sous la Terreur – Hérault de Séchelles (1759 – 1794), Paris, Perrin, 1907, p. 234, 237-40.
  37. Paul Hermann Eduard Piper, Altona und die Premden : insbesondere die Emigranten vor hundert Jahren, 1914, 270 p., p. 20
  38. Paul Weber, On the Road to Rebellion: The United Irishmen and Hamburg, 1796-1803, Four Courts Press, 1997, p. 110.
  39. Koninklijke Bibliotheek, DPO, 7781 / KW Plakk Q 177 [74]
  40. S.Burrows, Blackmail, Scandal and Revolution, op. cit., p. 56.
  41. Lieutenant-colonel Largemain, « Bernardin de Saint-Pierre, ses deux femmes et ses enfants. Documents inédits », Revue d'histoire littéraire de la France, n° 3, 1902
  42. Archives de l'État en Belgique, État-civil, Acte de décès de Liège, n° 347

Œuvres[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  • Essai sur la partie arithmétique de l'horlogerie, in 8-octo, Société typographique de Neufchâtel, 1779.
    • Le Boulevard des Chartreux, poème chrétien « à Grenoble, de l’Imprimerie de la Grande Chartreuse », 1779 (attribué)
  • Les Petits soupers et les nuits de l’hôtel de Bouillon. Lettre de M. le comte de… à milord ..., au sujet des récréations du marquis de Castries et de la danse de l'ours, anecdote singulière d'un cocher qui s'est pendu à l'hôtel de Bouillon au sujet de la danse de l'ours., Bouillon, 1783 (attribué).
  • Les Passe-temps d’Antoinette (attribué).
  • Les Amours du Vizir Vergennes (attribué).
  • Le Diable dans un Bénitier et la Métamorphose du GAZETIER CUIRASSE en mouche, ou tentative du Sieur Receveur, Inspecteur de la Police de Paris, Chevalier de St. Louis pour établir à Londres une Police à l'instar de celle de Paris…, Londres, 1783, 159 p. Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Les Rois de France dégénérés par les princesses de la maison d’Autriche, avec estampe (attribué).
  • Le Tocsin ou avis à toute personne et surtout aux étrangers, (placard attribué), Londres, 1783.
  • Les Bohémiens, Paris, rue des Poitevins, hôtel de Bouthillier, 1790, 2 vol, in-12. (conservé à la bibliothèque du château d'Oron.) Document utilisé pour la rédaction de l’article

Sources[modifier | modifier le code]

Sources manuscrites[modifier | modifier le code]

  • Archives des Affaires étrangères (Orsay), Correspondance politique, fonds Angleterre (AAE CP Ang.), vol. 549, 542,
  • Bibliothèque de l’Arsenal, Fonds Archives de la Bastille, Ms. 12.454 (Pellepore, Chamorand).
  • Bibliothèque municipale d’Orléans, Ms. 1422 ( Mémoires de Lenoir, titre sixième).

Sources imprimés[modifier | modifier le code]

  • Brisot, Mémoires de Brissot (1754 – 1793), note de Claude Perroud, chapitre XII. Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Charpentier, La Bastille dévoilée ou Recueil de pièces authentiques pour servir à son histoire, Paris, Dessenne, 1789, 3e livraison. Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Correspondance secrète, politique, & littéraire dite de Mettra, 20 juillet 1784, t. XVI, Londres, 1789. Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Imbert de Boudeau, Chronique scandaleuse, tome 3e, Paris, 1789. Document utilisé pour la rédaction de l’article

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • L'Intermédiaire des chercheurs et curieux :
    • 1028, 1864, p. 79 (Alfred Bégis)
    • 1903, 18, v. 48, année 39, p. 137-138 (Mac-Ivor pseud. de Wladimir de la Fite de Pelleport)
    • 30 octobre 1904, p. 634. (S. Churchill).
  • Société d'émulation de l'arrondissement de Montargis no 20, p. 25, 36 (2e série). « La famille Lafite de Pellepore »
  • Alphonse Aulard, Paris sous le Consulat, 1903, t. III, p. 386.
  • Olivier Blanc, Les Espions de la Révolution et de l’Empire, p. 293.
  • Simon Burrows, « A Literary Low-Life Reassessed: Charles Theveneau de Morande in London, 1769-1791 », Eighteenth-Century Life, vol. 22, no 1, février 1998, pp. 76–94.
    • Idem, A King's Ransom : The Life of Charles Théveneau de Morande, Blackmailer, Scandalmonger and Master-Spy, Londres, Continuum, 2010.
  • Arthur Chuquet, Valenciennes (1793), Plon, 1894, p. 35.
  • Gérard de Contades, Emigrés et Chouans, Paris, 1895, p. 190.
  • Robert Darnton, Gens de lettres. Gens du livre, Paris, Éditions Odile Jacob, coll. «Histoire», 1992, 302 p.
  • Idem, « The Brissot Dossier », French Historical Studies, vol. 17, printemps 1991, pp. 191–205.
  • Fernand Drujon, Les Livres à clef : étude bibliographique critique et analytique pour servir à l’histoire littéraire, Paris, 1888, 674p.
  • Charly Guyot, De Rousseau à Mirabeau : pèlerins de Môtiers et prophètes de 89, 1936, p. 196.
  • Lieutenant-colonel Largemain, « Bernardin de Saint-Pierre, ses deux femmes et ses enfants. Documents inédits » Revue d'histoire littéraire de la France, 9e Année, No. 3, 1902.
  • H. T. Mason, (ed.), The Darnton Debate : Books and Revolution in the Eighteenth Century, Oxford, The Voltaire Society, 1999, 316 p.
  • Charles Monselet, Oubliés et Dédaignés, Paris, 1885.
  • Vincent Milliot, Un policier des lumières suivi de Mémoires de J.C.P. Lenoir : ancien lieutenant général de police de Paris, éditions Champ Vallon, 2011.
  • Munro Price, Preserving the Monarchy : The Comte de Vergennes 1774-1787, Cambridge University Press, 2004.
  • Suzanne Roth, L’Aventure et les aventuriers au dix-huitième siècle : essai de sociologie littéraire, Lille : serv. reprod. th. Univ. Lille 3, 1980, 2 vol., 870 p.
  • Jacques de Thiboult Du Puisact, Journal d'un fourrier de l'armée de Condé, publié et annoté par le comte G. de Contades, 1882.
  • Marion Ward, Forth, Philimore, London, 1982, 238 p.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]