Anna Anderson

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Anna Anderson
AnnaAnderson1922.jpg
Anna Anderson en 1922.
Biographie
Naissance
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Borowy Las (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Décès
Nom de naissance
Franziska SchanzkowskaVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalités
Activité

Anastasia Manahan, plus connue sous le nom d’Anna Anderson[1],[2] et de son véritable nom Franziska Schanzkowska, est née à une date inconnue (peut-être le ) et morte le à Charlottesville, aux États-Unis[3],[4]. Elle affirme être Anastasia Nikolaïevna de Russie, la quatrième fille du tsar Nicolas II de Russie, morte fusillée avec sa famille le 17 juillet 1918 à Iekaterinbourg. Le corps de la princesse n’étant retrouvé qu’en 2008, la théorie d’Anna Anderson est discréditée longtemps après sa mort[4],[5],[6].

En 1920, Anderson est hospitalisée après avoir fait une tentative de suicide à Berlin. Elle refuse d’abord de révéler son identité, se faisant appeler Fraülein Unbekannt (« Mademoiselle Inconnue »). Elle utilise ensuite le nom de Tchaïkovski, puis Anderson. En mars 1922, la théorie selon laquelle Anderson serait une princesse russe gagne en popularité. Les membres de la famille impériale survivants et les personnes qui connaissaient la princesse enfant, dont son précepteur Pierre Gilliard, affirment qu’il s’agit d’une imposture, mais la thèse prend de l’ampleur. En 1927, Ernest-Louis de Hesse lance une enquête et identifie Anna Anderson : il s’agit de Franziska Schanzkowska, une ouvrière polonaise avec un historique de maladie psychologique[7]. Après plusieurs années de procès, la cour allemande juge qu’elle n’est pas Anastasia, mais la presse continue à relayer l’affirmation[8].

De 1922 à 1968, Anderson vit en Allemagne, voyageant régulièrement aux États-Unis où elle a de nombreux soutiens et visite plusieurs sanatoriums et au moins un hôpital psychiatrique. En 1968, elle émigre définitivement aux États-Unis. Peu avant la péremption de son visa, elle épouse le professeur d’histoire Jack Manahan, qui l’appelle « l’excentrique la plus appréciée de Charlottesville »[9]. À sa mort en 1984, les cendres d’Anderson sont enterrées à Seeon-Seebruck, en Allemagne.

Après la chute de l’Union des républiques socialistes soviétiques, la localisation des corps de la famille impériale russe est révélée et leur identité est confirmée par tests d’ADN[4],[5]. Des tests d’ADN conduits sur Anderson montrent que son ADN ne correspond pas à celui des Romanov[10], mais à celui de Karl Maucher, un petit-neveu de Franziska Schanzkowska[11]. Le consensus scientifique, historique et journalistique est qu’Anna Anderson était bien Schanzkowska[4],[12].

Tentative de suicide[modifier | modifier le code]

Ancien asile d'aliénés de Dalldorf, aujourd'hui clinique pychiatrique Bonhoeffer.

Le 27 février 1920[13], une jeune femme tente de se suicider à Berlin, se jetant du pont du Bendlerblock dans le Landwehrkanal. Elle est sauvée par un policier qui l’emmène aux urgences de l’hôpital Élisabeth, sur la Lützowstraße. N’ayant pas de papiers d’identité et refusant de parler, elle est admise sous le nom Fraülein Unbekannt (« Mademoiselle Inconnue ») dans un hôpital psychiatrique de Berlin-Wittenau, à l’époque appelée Dalldorf. Elle y reste internée deux ans[13][14]. La patiente est couverte de cicatrices, sur sa tête et sur son corps, et parle allemand avec un accent que les médecins estiment être russe[15]. Elle a une cicatrice en forme de triangle sur le pied, qui, selon l'examen effectué par les experts en 1960, pourrait correspondre à un coup de baïonnette, semblable à celles qu’avaient utilisées les bolcheviks pour exécuter la famille impériale[réf. nécessaire].

Début 1922, Clara Peuthert, une autre patiente, affirme que l’inconnue est Tatiana Nikolaïevna de Russie, une des quatre filles du tsar Nicolas II[16][17]. Sortant de l’hôpital, Peuthert dit au Russe blanc Nicholas von Schwabe qu’elle a vu la princesse Tatiana à Dalldorf[18][17]. Schwabe visite l’hôpital et confirme qu’il s’agit de Tatiana[19]. Il persuade d’autres Russes blancs de rendre visite à la femme, dont Zinaida Tolstoï, amie d’Alexandra de Saxe-Altenbourg. La baronnesse Sophie Buxhoeveden, ancienne dame de compagnie de la tsarine, se rend à l’asile. Elle déclare que la femme est trop petite pour être Tatiana[20], et part de l’hôpital en affirmant qu’il ne s’agit pas d’une princesse russe[21]. Quelques jours plus tard, l’inconnut affirme : « je n’ai jamais dit être Tatiana »[22][23].

Une infirmière, Thea Malinovsky, affirme des années plus tard que la femme a dit être une autre princesse, Anastasia Nikolaïevna de Russie, dès l’automne 1921[24]. Cependant, la patiente elle-même ne s'en souvient pas[25]. Ses biographes ont soit choisi d'ignorer l'affirmation de Malinovsky[26], soit de l'intégrer à d'autres témoignages[27].

Vie en Allemagne et en Suisse[modifier | modifier le code]

En mai 1922, Peuthert, Schwabe et Tolstoï estiment que l'inconnue est Anastasia, est Buxhoeveden affirme qu'elle ne lui resemble absolument pas[28]. L'inconnue est relâchée et hébergée à Berlin par le baron Arthur von Kleist, un Russe blanc qui était commissaire de police au sein du Royaume de Pologne avant la chute du tsar. Le policier berlinois qui a géré l'affaire, Franz Grünberg, estime qu'il espère des faveurs pour avoir protégé la princesse si l'empire russe est rétabli[29].

L'inconnue commence à se faire appeler Anna Tchaïkovski[30], choisissant ainsi une abrévitation courante du prénom Anastasia[31], bien que d'autres personnes, dont Peuthert, choisissent de l'appeler Anastasia[32]. Tchaïkovski se fait héberger par des connaissances allemandes, dont Kleist, Peuthert, une famille ouvrière du nom de Bachmann, et chez l'inspecteur Grünberg près de Zossen[33]. Grünberg organise une visite entre la femme et Irène de Hesse-Darmstadt, sœur de la tsarine, mais Irène ne la reconnaît pas[34]. Grünberg arrange également une visite de Cécilie de Mecklembourg-Schwerin, à qui Tchaïkovski refuse d'adresser la parole, et qui s'en va perplexe[35]. Dans les années 1950, Cécilie déclare que Tchaïkovski est bien Anastasia[36], une déclaration réfutée par sa famille qui laisse entendre qu'elle souffre de démence[37].

En 1925, Tchaïkovski est touchée par une infection tuberculeuse de son bras et est soignée dans plusieurs hôpitaux à la suite. Très malade et proche de la mort, elle perd énormément de poids[38]. Elle reçoit la visite d'Alexei Volkov, valet de la tsarine, par le tuteur d'Anastasia Pierre Gilliard, par sa femme Shura, qui était une servante d'Anastasia, et par la soeur du tsar, Olga Alexandrovna de Russie. Tous expriment de la sympathie pour la malade et s'abstiennent de faire une déclaration publique immédiate, mais chacun nie plus tard que la malade ait été Anastasia[39]. En mars 1926, elle est soignée à Lugano avec Harriet von Rathlef. Le prince Valdemar de Danemark paie pour la convalescence par le biais de l'ambassadeur danois en Allemagne, Herluf Zahle, le temps que son identité soit confirmée[40]. Pour l'autoriser à voyager, le bureau de l'immigration berlinois lui fournit un certificat temporaire portant le nom d'Anastasia Tchaïkovski et les informations personnelles de la princesse Anastasia[41]. Après une dispute avec Rathlef, Tchaïkovski est envoyée au sanatorium de Sillachhaus à Oberstdorf en juin 1926 et Rathlef retourne à Berlin[42].

À Oberstdorf, Tchaïkovski reçoit la visite de Tatiana Botkina, la nièce de Serge Boktin, qui est à la tête du bureau des réfugiés russes de Berlin et la fille du médecin de la famille royale, Evgueni Sergueïevitch Botkine, tué avec la famille du tsar en 1918. Melnik a déjà rencontré Anastasia et l'a vue pour la dernière fois en février 1917[43]. Elle estime que Tchaïkovski resemble à Anastasia, mais observe que « la bouche a changé et visiblement épaissi, et parce que son visage est si maigre, son nez semble plus grand qu'avant »[44]. Dans une lettre, elle écrit : « Son attitude est enfantine, et généralement on ne peut la traiter comme une adulte responsable, mais la diriger comme une enfant. Elle n'a pas seulement oublié les langues, mais a de manière générale perdu le pouvoir d'une narration juste... elle raconte les histoires les plus simples de façon incorrecte et incohérente, il ne s'agit que de mots enchaînés dans un allemand impossiblement faux... Son défaut touche manifestement sa mémoire et sa vision. »[45] Elle déclare ensuite que Tchaïkovski est bien Anastasia, et suppose que son incapacité à se souvenir des événements et son refus de parler russe sont causés par sa maladie mentale et physique[46]. Melnik apprend à Tchaïkovski de nombreuses informations sur la vie de la famille impériale[47][48].

Franziska Schanzkowska[modifier | modifier le code]

En 1927, Valdemar est poussé par sa famille à cesser de soutenir Tchaïkovski financièrement[49]. Le duc Georges Maximilianovitch de Leuchtenberg l'héberge au château de Seeon[50]. Tchaïkovski cite pour se justifier « l'oncle Ernie », c'est-à-dire Ernest-Louis de Hesse, frère de l'ex-tsarine, et révèle l'avoir vu la dernière fois en en Russie. Cette allégation sous-entend un grave secret politique : ce prince allemand, par cette visite clandestine, aurait envisagé de trahir ses alliés par une paix séparée avec la Russie. Ernst de Hesse nie farouchement et engage un détective privé, Martin Knopf, pour enquêter sur la véritable identité d'Anna Tchaïkovski[51].

Young woman wearing an apron and facing forwards
Franziska Schanzkowska, vers 1913

Knopf assurera que la jeune fille se nomme Franziska Schwanzdowska, une ouvrière polonaise. Mais en 1965 un témoin assermenté, le prince Dimitri Galitzine, confirmera devant le tribunal de Hambourg l'allégation d'Anna Anderson. En 1968, on cesse de voir en elle l'« héritière de toutes les Russies ». Anna décide alors de se rendre aux États-Unis, où elle se marie avec un certain Jack Manahan, de vingt-et-un ans son cadet, à Charlottesville, le [52]. Elle meurt le et son corps est incinéré. Ses cendres sont enterrées au cimetière de Seeon en Bavière sous le nom d'« Anastasia Manahan 1901-1984 »[53].

C'est qu'elle a été reconnue comme la grande-duchesse Anastasia par Tatiana Botkina et son frère Gleb dans les années 1920, les enfants du médecin du tsar (assassiné avec la famille impériale) qui publia un an après sa mort un ouvrage sur elle[54]. Le second a même affirmé que contrairement à ce que disaient ses détracteurs, cette femme parlait et comprenait le russe[55]. Elle a été également identifiée par deux cousins germains allemands des cinq enfants de Nicolas II et de l'impératrice, les princes Frédéric Ernest de Saxe-Altenbourg (1905-1985) et Sigismond de Prusse (1896-1980), qui défendirent Anna Anderson pendant ses procédures des années 1950 et 1960. Il faut aussi citer le capitaine Felix Dassel qui, blessé en 1916, se fit soigner à l’hôpital par les grandes-duchesses Maria et Anastasia. En 1927, relativement sceptique à sa possible survie, il tenta plusieurs fois de la piéger en lui communiquant de fausses informations, qu'elle corrigea aussitôt. Il acquiert alors la conviction que cette dame est bien la quatrième fille du tsar et n'en démord plus[56]. En 1958, peu avant sa mort, il témoigna de nouveau sous serment l'avoir reconnue. En France à partir de 1957, la journaliste du Figaro Dominique Auclères, après confrontation de tous les points de vue, et la découverte qu'elle parlait le français et servait le thé au lait à l'anglaise (lait d'abord, thé ensuite, selon les habitudes de la tsarine), prit fait et cause pour elle et lui consacra un livre[57].

En 1960, le débat est relancé avec la publication d'une lettre écrite par le grand-duc André en 1928 à la grande-duchesse Olga de Russie, sœur de Nicolas II : « j'ai passé deux jours avec elle, je l'ai observé de près attentivement et je dois dire en toute conscience qu'Anastasia Tschaikowkaya n'est autre que ma nièce Anastasia Nicolaïevna. Je l'ai reconnue immédiatement et l'observation ultérieure n'a fait que confirmer ma première impression. Dans toute cette affaire, il n'y a vraiment aucun doute : elle est Anastasia[58] ». Mais la mère de Nicolas II, l'impératrice douairière Marie Feodorovna, la sœur de l'Impératrice, la princesse Irène de Prusse, le précepteur des enfants Romanov, Pierre Gilliard et des domestiques n'avaient pas reconnu en leur temps Anna Anderson comme étant Anastasia. De plus Anna Anderson parlait très mal le russe, et parlait correctement l'allemand, langue que la vraie grande-duchesse Anastasia avait refusé d'apprendre.

Anna Anderson en 1920.

Pour d'autres, les filles du tsar, occidentalisées, ne parlaient le russe qu'avec les domestiques et après la mort de Pierre Gillard en 1962 on découvrit dans ses archives des cahiers des filles prouvant -contrairement à ce qu'il avait toujours affirmé- qu'elles avaient toutes pris des cours d'allemand avec lui[59].

La grande-duchesse Anastasia en 1916.

En 1967, le tailleur viennois Heinrich Klebenzelt, témoin oculaire de sa fuite à Ekaterinbourg, se présente au tribunal et assure l'avoir cachée — sur demande d'un garde rouge et d'un civil — blessée, trois jours[60]. Cependant il n'est nullement question d'Alexandre Tchakaikovski : ce sont les deux hommes cités qui l'auraient reprise chez le tailleur pour l'emmener vers une destination inconnue. Après un ultime recours en appel en 1970, la Cour de Hambourg admet qu'Anastasia avait peut-être survécu, mais que la requérante n'avait pu donner la preuve formelle de son identité.

En , dans la forêt de Koptiaki au lieu-dit de la « fosse aux troncs » sont exhumés sous l'autorité de l'Académie des sciences d'URSS des ossements, les restes de quatre hommes entre 50 et 65 ans, deux femmes de 50 ans, une jeune femme de 20-25 ans, deux jeunes filles de 18-20 ans. En 1998, la commission gouvernementale conclut en s'appuyant sur les expertises faites avec les techniques de la biologie moléculaire et du génie génétique en Angleterre, à l'authenticité des ossements de la famille Romanov[61]. En 1979, Anna Anderson est opérée d'une occlusion intestinale et un morceau de son côlon est prélevé et conservé.

Franziska Schanzkowska en 1916.

En 1994, on compare donc l'ADN mitochondrial d'Anna Anderson avec celui du prince Philip, duc d'Édimbourg dont la grand-mère, Olga Constantinovna de Russie, est la fille de la grande-duchesse Alexandra. Le test se révèle négatif, Anna Anderson n'est pas une Romanov[62]. En revanche, on compare ce même ADN mitochondrial avec celui fourni dans un échantillon sanguin en 1994 par Karl Maucher, petit-fils de Gertrude Schanzkowska, la sœur de Franziska Schanzkowska, une ouvrière polonaise, et le test se révèle positif. Franziska Schanzkowska est donc la véritable identité d'Anna Anderson.

En 2008, le laboratoire de la faculté de médecine de l'université du Massachusetts confirme que tous les membres de la famille Romanov ont bien été exécutés[63]. Cinq d'entre eux sont inhumés à Saint-Pétersbourg au cours d'une cérémonie solennelle en 1998. Deux ans plus tard, le tsar et sa famille sont canonisés par l'Église orthodoxe russe.

Thèses qui contestent la version officielle de l'exécution des Romanov[modifier | modifier le code]

Le débat a cependant pris une tournure inattendue en faveur de sa réhabilitation à partir de 1976 par les travaux d'Anthony Summers, Tom Mangold[64], puis de Marina Grey[65], Marc Ferro[66], un docu-fiction de Jacqueline Monsigny[67] et un ouvrage de Michel Wartelle de 2008, par des éléments qui feraient redoutablement concurrence aux tests ADN.

L'examen de l'intégrale du dossier Sokolov, dont seule une petite partie avait été publiée, indique qu'il n'y a peut-être pas eu de massacre de l'impératrice et de ses quatre filles à Ekatérinbourg mais une évacuation des cinq femmes vers Perm, où elles auraient été vues prisonnières au complet par au moins un témoin oculaire, l'infirmière Natalia Moutnik, en , tandis que de nombreux autres témoins y auraient eu connaissance de la fuite et/ou tentative de fuite d'une des filles, qui se trouverait être Anastasia. L'ouvrière polonaise qu'elle serait et/ou les imposteurs qui la manipulaient pouvaient-ils le savoir ou le deviner ? Anna Anderson qui, aux dires même de Tatiana Botkine, n'a jamais en personne communiqué une version détaillée du massacre, a dit en 1974 à Summers et Mangold : « il n'y a jamais eu de massacre à Ekatérinbourg... mais je ne peux pas en dire plus »[68].

En 1982, un certain Alexis Durazzo publia un livre dans lequel il affirma être son petit-neveu, le cousin éloigné du prince Frédéric-Ernest de Saxe, qui confirma. En même temps, Durazzo affirmait être le petit-fils de Maria Romanov qui serait décédée d'un cancer en 1970, ainsi que le petit-neveu de deux anciennes « prétendantes » de l'après-guerre : Marga Boodts/Olga, « Madame Michaelis »/Tatiana. Or il se trouve qu'en 1957, Sigismond de Prusse aurait identifié en Magda de Boodts, après une rencontre — au cours de laquelle ils se racontèrent des souvenirs d'enfance —, sa cousine germaine russe[69]. D'après un testament olographe produit par Alexis Durazzo, son arrière-grand-mère, l'impératrice, sa grand-mère et ses trois grand-tantes ne furent pas tuées à Ekatérinbourg en juillet 1918 mais bien évacuées à Perm jusqu'en octobre suivant[70]. D'après Durazzo, Maria Romanov bénéficia en d'une fausse identité que lui donna le commissaire soviétique aux affaires étrangères, Gueorgui Tchitcherine, grâce à un lien de parenté avec la tsarine[71]. En , lors de son premier déplacement à l'étranger à la conférence de Gênes, Tchitchérine ne reconnut que l'exécution du tsar : « Le tsar est mort. Je ne sais pas exactement ce qu'il est advenu de la tsarine et des enfants. Je pense qu'ils ont été transportés à l'étranger »[72]. En 1919 à Bucarest Maria aurait épousé le prince ukrainien Nicolas Dolgorouki et retrouvé temporairement sa sœur Anastasia en présence de la Reine Marie de Roumanie à qui, d'après le fils d'un diplomate roumain, Yvan Guika déposant en 1984, le Grand Duc Cyril Wladimirovitch Romanov, enjoignit de taire les deux passages impériaux féminins [73].

Les recherches de Michel Wartelle ont peut-être attesté ce pronostic, l'ancien témoignage de Natalia Moutnikh, la confidence d'Anna Anderson, la déclaration de Tchitchérine et le témoignage d'Yvan Guika ; il s'agirait de trois pierres tombales italiennes qui porteraient les noms de trois femmes de la famille Romanov. L'une se trouverait à Rome au nom de S.A.I. Maria Nicolaïevna Romanov-Dolgorouri (1899-1970). La deuxième, près du lac de Côme jusqu'en 1995, aurait porté en allemand l'épitaphe « En souvenir d'Olga Nicolaïevna, fille aînée du tsar Nicolas II (1895-1976) ». Enfin, la troisième serait dans un couvent florentin où reposerait « Alicia d'Acia (1872-1942) » identifiée comme la tsarine Alexandra[74].

Par ailleurs les chercheurs cités ont reproduit une pièce qui fut une première fois portée au dossier par la requérante en appel à Hambourg qui met encore plus en difficulté les dénégations et attaques passées d'Ernest de Hesse. Le , celui-ci fit parvenir en Grande-Bretagne un télégramme à sa sœur Victoria via la princesse Louise de Suède, où il indiquait savoir « de deux sources sûres qu'Alix et tous les enfants sont en vie ». De surcroît, les tests ADN des années 1990 et 2000 sont postérieurs à la mort d'Anna Anderson et à celle de ses proches. Anthony Summers et Tom Mangold faisant l'historique de cette affaire, firent le détail dans leur ouvrage, Le dossier Romanov, des multiples examens auxquels elle accepta de se livrer dès les années 1920, comme des analyses graphologiques ou celles de son corps portant bien les cicatrices d'Anastasia Romanov. Ils aboutirent dans les années 1960 au rejet de l'identité roturière et polonaise invoquée autrefois par le détective privé d'Ernst de Hesse[75].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Vorres 2001, p. 19.
  2. (en) Anastasia : Le Mystère d’Anna, 1986.
  3. Godl 1998.
  4. a b c et d (en) Michael D. Coble, Odile M. Loreille, Mark J. Wadhams et Suni M. Edson, « Mystery Solved: The Identification of the Two Missing Romanov Children Using DNA Analysis », PLoS ONE, vol. 4, no 3,‎ , e4838 (ISSN 1932-6203, PMID 19277206, PMCID PMC2652717, DOI 10.1371/journal.pone.0004838, lire en ligne, consulté le 4 août 2020)
  5. a et b (en) E. I. Rogaev, A. P. Grigorenko, Y. K. Moliaka et G. Faskhutdinova, « Genomic identification in the historical case of the Nicholas II royal family », Proceedings of the National Academy of Sciences, vol. 106, no 13,‎ , p. 5258–5263 (ISSN 0027-8424 et 1091-6490, PMID 19251637, PMCID PMC2664067, DOI 10.1073/pnas.0811190106, lire en ligne, consulté le 4 août 2020)
  6. Discovery solves mystery of last Czar's family, CNN, (lire en ligne[archive du ])
  7. I, Anastasia, pp. 213, 217, 230; Klier and Mingay, p. 105; Kurth, Anastasia, p. 167; Massie, p. 178
  8. Klier and Mingay, p. 109; Kurth, Anastasia, pp. 10, 53
  9. Tucker, William O. Jr., Jack & Anna: Remembering the czar of Charlottesville eccentrics, Charlottesville, Virginia, Better Publications LLC, (lire en ligne[archive du ])
  10. Stoneking et al.; Van der Kiste and Hall, p. 174
  11. Stoneking et al.
  12. Gutterman; Massie, p. 249; Sieff; Sykes, p. 75
  13. a et b Rapport de la police de Berlin, cité par Krug von Nidda dans I, Anastasia, p. 89
  14. Klier et Mingay 1995, p. 93.
  15. Nurse Erna Buchholz and Dr Bonhoeffer quoted by Krug von Nidda in I, Anastasia, pp. 95–96
  16. I, Anastasia, p. 91; Kurth, Anastasia, p. 14
  17. a et b Klier et Mingay 1995, p. 94.
  18. King and Wilson, p. 91; Kurth, Anastasia, pp. 16–17
  19. Kurth, Anastasia, p. 21; Welch, p. 103
  20. Klier and Mingay, p. 95; Kurth, Anastasia, p. 25; Massie, p. 163
  21. I, Anastasia, p. 93; Hall, p. 340; Kurth, Anastasia, p. 25
  22. Kurth, Anastasia, p. 26
  23. Klier et Mingay 1995, p. 95.
  24. Kurth, Anastasia, p. 12
  25. I, Anastasia, p. 91
  26. Klier and Mingay, pp. 93–94, just describes Peuthert's claim.
  27. King and Wilson, pp. 88–89; Massie, p. 163
  28. I, Anastasia, p. 93; Klier and Mingay, p. 95
  29. Letter from Grünberg to his superior, Councillor Goehrke, quoted by Krug von Nidda in I, Anastasia, p. 92
  30. Klier and Mingay, p. 96; Kurth, Anastasia, p. 53; Berlin police records, quoted by Krug von Nidda in I, Anastasia, p. 112
  31. I, Anastasia, p. 98; Klier and Mingay, p. 96
  32. Grünberg's notes, quoted by Krug von Nidda in I, Anastasia, p. 112
  33. I, Anastasia, pp. 100–112; Klier and Mingay, pp. 97–98; Kurth, Anastasia, pp. 29–63
  34. Klier and Mingay, pp. 97–98; Kurth, Anastasia, pp. 51–52; Krug von Nidda in I, Anastasia, pp. 103, 106–107; Welch, p. 108
  35. I, Anastasia, p. 115; Kurth, Anastasia, p. 64; Klier and Mingay, p. 98; Massie, p. 168
  36. Kurth, Anastasia, p. 343; Massie, p. 168; Krug von Nidda in I, Anastasia, p. 116
  37. Kurth, Anastasia, p. 343
  38. Kurth, Anastasia, pp. 84–85; Massie, p. 172; Welch, p. 110
  39. Klier and Mingay, pp. 99–103; Kurth, Anastasia, pp. 99–124; Krug von Nidda in I, Anastasia, pp. 135–169
  40. Klier and Mingay, p. 91; Kurth, Anastasia, p. 102
  41. Kurth, Anastasia, p. 130
  42. Klier and Mingay, p. 104; Kurth, Anastasia, pp. 130–134; Krug von Nidda in I, Anastasia, pp. 180–187
  43. Kurth, Anastasia, p. 138
  44. Tatiana Melnik's declaration on oath, 1929, quoted (in negligibly different translations) by Krug von Nidda in I, Anastasia, p. 193; King and Wilson, p. 172 and Kurth, Anastasia, pp. 141–142
  45. Quoted (in two negligibly different translations) by Massie in p. 169 and Krug von Nidda in I, Anastasia, p. 195
  46. Massie, p. 170; Krug von Nidda in I, Anastasia, pp. 197–198
  47. Gilliard, Pierre (1929) La Fausse Anastasie quoted in Krug von Nidda, p. 198
  48. Godl (1998)
  49. Kurth, Anastasia, pp. 151–153; Massie, p. 181
  50. Klier and Mingay, pp. 105–106; Kurth, Anastasia, pp. 151–153; Massie, p. 181
  51. Anderson's supporters claimed that Ernest Louis's hostility towards Anderson arose from her allegation that they had last met when he had visited Russia in 1916. Anderson claimed that in the midst of a war between Russia and Germany, Ernest Louis had visited Russia to negotiate a separate peace. Ernest Louis denied the allegation, which if true would have been tantamount to treason. There was no conclusive proof either way. (See: Klier and Mingay, pp. 100–101; Kurth, Anastasia, pp. 93–95; Massie, pp. 177–178; Krug von Nidda in I, Anastasia, pp. 127–129)
  52. (en) The Hook, 5 juillet 2007, « Jack & Anna: Remembering the czar of Charlottesville eccentrics » (Jack & Anna, souvenirs du tsar des marginaux de Charlottesville).
  53. Tombes de Nicolas II et de sa famille sur le site tombes-sépultures.com.
  54. Tatiana Botkine, Catherine Duhamel, Anastasia retrouvée, Paris Grasset, 1985 ; Gleb Botkine, The Real Romanov, 1932.
  55. Cité par Marc Ferro, La Deuxième Mort de Nicolas II, Les Tabous de l'Histoire, Pocket 2002 p. 100.
  56. Felix Dassel, « Le mystère de la Grande Duchesse Anastasie », Historia, n°59, octobre 1951, p. 281-293.
  57. Dominique Auclères, Anastasia, qui êtes-vous ?, Paris, Hachette, 1962.
  58. Marc Ferro, La vérité sur la tragédie des Romanov Tallandier 2012.
  59. Anthony Summers, Tom Mangold, Le dossier Romanov ,Paris Albin Michel, 1980 .
  60. Tatiana Botkine, Catherine Duhamel, Anastasia retrouvée, Paris Grasset, 1985 ; Gleb Botkine, The Real Romanov, 1932, p. 308-309.
  61. L'ultime mystère des Romanov bientôt levé, sur le site www.le figaro.fr (consulté le 20 décembre 2012).
  62. (en) Jack J. Pasternak An introduction to human molecular genetics éd. John Wiley 2005 p. 362 (ISBN 0-471-47426-6).
  63. (en) DNA Confirms Remains of Czar's Children.
  64. The file of the Tsar, 1976-le Dossier Romanov, Paris, Albin Michel, 1980.
  65. Marina Grey, Enquête sur le massacre des Romanov, Paris Perrin,1987.
  66. Marc Ferro, Nicolas II, Les tabous de l'Histoire (La deuxième mort de Nicolas II).
  67. Les filles du tsar, Marie ou les tourbillons du destin.
  68. Anthony Summers, Tom Mangold The file of the Tsar, 1976-le Dossier Romanov, Paris, Albin Michel, 1980 p. 238.
  69. Michel Wartelle, L'affaire Romanov ou le mystère de la maison d'Ipatiev, annexe 14, p. 181-182.
  70. Alexis Durazzo, Moi Alexis, arrière petit-fils de Nicolas II, Paris, 1982.
  71. Marc Ferro, La vérité sur la tragédie des Romanov, Paris, Tallandier, 2012 p. 148-149, 166, 198 .
  72. Essad Bey, Devant la révolution ; la vie et le règne de Nicolas II Paris, Payot, 1935 p. 367 .
  73. Marc Ferro, "La deuxième mort de Nicolas II" dans Les tabous de l'Histoire 2002 .
  74. Michel Wartelle, op. cit, p. 95, 97.
  75. Anthony Summers et Tom Mangold, Le dossier Romanov, op cit, chapitre « Anna Anderson ».

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles[modifier | modifier le code]

  • Mark Stoneking, Terry Melton, Julian Nott, Suzanne Barritt, Rhonda Roby, Mitchell Holland, Victor Weedn, Peter Gill, Colin Kimpton, Rosemary Aliston-Greiner et Kevin Sullivan, Establishing the identity of Anna Anderson Manahan, vol. 9, , 9–10 p. (PMID 7704032, DOI 10.1038/ng0195-9), chap. 1
  • Sieff, Martin, Romanov mystery finally solved, United Press International, (lire en ligne[archive du ])
  • Evgeny I Rogaev, Anastasia P Grigorenko, Yuri K Moliaka, Gulnaz Faskhutdinova, Andrey Goltsov, Arlene Lahti, Curtis Hildebrandt, Ellen LW Kittler et Irina Morozova, Genomic identification in the historical case of the Nicholas II royal family, vol. 106, , 5258–5263 p. (PMID 19251637, PMCID 2664067, DOI 10.1073/pnas.0811190106, Bibcode 2009PNAS..106.5258R), chap. 13
  • Godl, John, Remembering Anna Anderson, Boise, Idaho, Archimandrite Nektarios Serfes, 25 march 2000a (lire en ligne[archive du ])
  • Godl, John, Remembering Anna Anderson: Part II, Boise, Idaho, Father Nektarios Serfes, 26 march 2000b (lire en ligne[archive du ])
  • Identification of the remains of the Romanov family by DNA analysis, vol. 6, , 130–135 p. (PMID 8162066, DOI 10.1038/ng0294-130), chap. 2
  • Michael D Coble, Odile M Loreille, Mark J Wadhams, Suni M Edson, Kerry Maynard, Carna E Meyer, Harald Niederstätter, Cordula Berger, Burkhard Berger, Anthony B Falsetti, Peter Gill, Walther Parson et Louis N. Finelli, Mystery Solved: The Identification of the Two Missing Romanov Children Using DNA Analysis, vol. 4, (PMID 19277206, PMCID 2652717, DOI 10.1371/journal.pone.0004838, Bibcode 2009PLoSO...4.4838C), chap. 3, e4838

Livres[modifier | modifier le code]

  • I, Anastasia: An autobiography with notes by Roland Krug von Nidda translated from the German by Oliver Coburn, London, Michael Joseph,
  • William Clarke, Romanoff Gold: The Lost Fortune of the Tsars, Stroud, Sutton Publishing, (ISBN 978-0-7509-4499-1)
  • John Godl, Anastasia: The Unmasking of Anna Anderson, Oakland, Arturo Beeche, , 3–8 p., chap. VI
  • Gutterman, Steve, Bones turn up in hunt for last czar's son, Associated Press, (lire en ligne)
  • Coryne Hall, Little Mother of Russia: A Biography of Empress Marie Feodorovna, London, Shepheard-Walwyn, (ISBN 0-85683-177-8)
  • Greg King et Penny Wilson, The Resurrection of the Romanovs, Hoboken, John Wiley & Sons, (ISBN 978-0-470-44498-6)
  • John Klier et Mingay, Helen, The Quest for Anastasia, London, Smith Gryphon, (ISBN 1-85685-085-4)
  • Peter Kurth, Anastasia: The Life of Anna Anderson, London, Jonathan Cape, (ISBN 0-224-02951-7)
  • Peter Kurth, Tsar, Toronto, Little, Brown, (ISBN 0-316-50787-3)
  • James Blair Lovell, Anastasia: The Lost Princess, London, Robson Books, (ISBN 0-86051-807-8)
  • Robert K. Massie, The Romanovs: The Final Chapter, London, Random House, (ISBN 0-09-960121-4)
  • Bryan Sykes, The Seven Daughters of Eve, New York, Norton, (ISBN 0-393-02018-5)
  • John Van der Kiste et Hall, Coryne, Once A Grand Duchess: Xenia, Sister of Nicholas II, Phoenix Mill, Sutton Publishing, (ISBN 0-7509-2749-6)
  • (en) Ian Vorres, The Last Grand Duchess: Her Imperial Highness Grand Duchess Olga Alexandrovna, Key Porter Books, (ISBN 1-55263-302-0)Voir et modifier les données sur Wikidata
  • Frances Welch, A Romanov Fantasy: Life at the Court of Anna Anderson, New York, W.W. Norton & Co, (ISBN 978-0-393-06577-0, lire en ligne)

Liens externes[modifier | modifier le code]

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