Ankolé
| District ou Royaume d'Ankolé | |
Le drapeau d'Ankole | |
Localisation d'Ankole dans l'Ouganda contemporain | |
| Administration | |
|---|---|
| Pays | |
| Démographie | |
| Population | 3 608 968 hab. (2024) |
| Densité | 252 hab./km2 |
| Géographie | |
| Coordonnées | 0° 36′ 48″ sud, 30° 39′ 30″ est |
| Superficie | 1 429 300 ha = 14 293 km2 |
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L'Ankolé, appelé aussi Nkoré ou Nkolé, est un ancien royaume situé dans le sud-ouest de l'Ouganda, à l'est du Lac Albert. Il s'agit de l'un des cinq royaumes traditionnels et il est bordé par le Buganda à l’est, le Bunyoro au nord, le Karagwe, le Buhaya (de) au sud, et le Rwanda au sud-ouest.
Il joue un rôle politique, culturel et économique majeur dans l’histoire de la région. Aujourd’hui, le royaume n’est plus reconnu par la République d’Ouganda, bien qu’il conserve une dimension symbolique et culturelle pour une partie de la population. Il est actuellement dirigé par le monarque Mugabe ou Omugabe de Nkoré (Rutashijuka Ntare VI, depuis 1993).
Géographie
[modifier | modifier le code]L'Ankolé se trouve dans une zone de savane vallonnée, caractérisée par des collines couvertes d’herbes et de rares acacias. Il appartient à une ceinture qui s’étend le long de la vallée du Rift, de la frontière avec le Soudan à celle du Rwanda[1].
À l’ouest, on trouve les monts Rwenzori et plusieurs lacs, notamment le lac Albert et le lac Tanganyika. À l’est s’étend le lac Victoria. Le seul lac interne d’Ankole est le lac Édouard, qui constitue également sa principale source d’eau. Les sols fertiles et le climat tempéré de certains plateaux, comme celui du Rwenzori, favorisent les cultures, notamment du thé. La région abrite une faune aquatique variée (tilapias, perches du Nil, poissons-chats, notamment) ainsi qu’une grande diversité d’oiseaux[1].
Sources
[modifier | modifier le code]Une importante littérature entoure la société Nkore, ses traditions et ses origines. Elles se distinguent en deux catégories : des sources historiques et des sources sociologiques. La principale source historique est Abagabe b'Ankole (les rois d'Ankole) qui est une version écrite tardivement de la tradition dynastique de Nkore. Deux versions sont écrites au début du XXe siècle, et le contenu est directement influencé par le contexte colonial, omettant certaines données[2]. De plus, une portion du texte repose sur la collecte d'informations provenant de groupes dynastiques contemporains en conflit. Les versions n'appliquent dès lors aucun regard critique historique et se contentent de restituer à l'écrit les récits traditionnels[3]. Ces travaux influencent les travaux ultérieurs[4].
La seconde littérature exploitée pour les sources reprend des codes de l'oralité et se transmet de générations en générations sous forme de contes (ebigano) permettant de perpétuer les normes sociales (ebitekyerezo) et des récits et événements historiques (ebiito)[5]. Des chants et poésies complètent également ce type de littérature et mettent en valeur des figures héroïques[6].
Le principal problème des sources actuelles se situent dans l'identification d'une chronologie cohérente. En effet, la périodisation fluctue en fonction des traditions exploitées, partagées au sein des différents royaumes de l'Ouganda[7].
Histoire
[modifier | modifier le code]Royaume de Nkore
[modifier | modifier le code]Émergence des royaumes lacustres
[modifier | modifier le code]Selon la mythologie interlacustre, les premiers habitants de la région sont les Tembuzis (en), suivis des Bacwezi, pasteurs arrivés vers 500 de notre ère depuis le nord du Nil. Les traditions orales attribuent aux Chwezis l’introduction des bovins à longues cornes dans la région. Leur dynastie, qui aurait régné jusqu’au XVIIe siècle, est à l’origine des royaumes interlacustres, dont l'Ankolé sous le nom de Nkore[1].
Le royaume de Nkore aurait émergé au XIVe siècle à la périphérie de l'Empire du Kitara dont l'historicité reste débattue[8]. Son premier souverain, Ruhinda (en), est considéré comme le fondateur de la dynastie des Abahinda. L’histoire du royaume est marquée par la domination des pasteurs hima sur les agriculteurs iru, domination fondée sur un système de dépendance et de hiérarchie sociale[1]. L'origine de la fondation du royaume et de la dynastie émanant de Ruhinda varie en fonction des traditions des différents royaumes liés à l'Ankolé. Cependant, la comparaison entre ces différentes versions permet de réfuter l'idée selon laquelle Ruhinda soit descendant Bacwezi ou originaire du bassin nilotique. Il serait plutôt un dirigeant local ayant fédéré les petits royaumes pour s'opposer aux invasions Luo[9]. Cependant, son règne ne semble pas clairement établir son autorité et le royaume de Nkore ne s'établit durablement que sous le règne de son fils Nkuba[10].
Du règne de Nkuba jusqu'au règne de Ntare IV (en) en 1699, les royaumes lacustres sont soumis à la pression des migrations Luo et parviennent à se consolider progressivement. Les dynasties opèrent des politiques d'expansion territoriale dans laquelle le royaume de Buganda et de Bunyoro domine la région. Le royaume de Nkore est, dans ce contexte, un royaume mineur qui passe sous domination du Bunyoro[11]. Le règne de Ntare IV marque quant à lui la revitalisation de l'ancien système dynastique notamment par un jeu d'alliance matrimoniale qui démontre que le royaume de Nkore est redevenu, à la fin du XVIIe siècle, indépendant et joue un rôle important dans les relations dynastiques[12]. Un conflit oppose alors le royaume de Nkore au royaume de Bunyoro qui parvient à prendre le contrôle du territoire pendant plusieurs années, mais le royaume parvient à restaurer son influence sur les royaumes voisins par la suite[13].
Conflits multiples
[modifier | modifier le code]La mort de Ntare IV marque la fin d'une certaine stabilité dynastique au sein du royaume de Nkore et laisse le royaume en position de force et d'influence. Cette situation provoque de multiples conflits de succession reposant sur la légitimité faible des différents prétendants. La fonction royale étant liée à une nature divine réclamait une reconnaissance et une légitimation externe importante[14].
Cependant, malgré de nombreux conflits, il est important de noter que 14 des 23 souverains du royaume de Nkore ne sont pas liés à une prise de pouvoir par la force, mais bien par une succession et légitimation convenue. Les processus de légitimation sont méconnus et il est supposé que lorsqu'un nouveau Mugabe (roi) est instauré, il devient légitime lorsqu'il parvient à instaurer ses différents conseillers avec l'accord de ses soutiens militaires[15]. À ceci s'ajoute le fait que chaque fils d'un Mugabe possède une légitimité égale. Ainsi, seuls des rapports de force et d'influence permettent d'instaurer le successeur le plus légitime[16].
Expansion territoriale
[modifier | modifier le code]Au XIXe siècle, vers 1840, l'histoire du royaume de Nkore coïncide avec une série de campagne militaire visant à soutenir une politique expansionniste. En cause, la structuration récente du système militaire du royaume sous le règne de Mutambuka (1839-1867). Le recrutement et l'entrainement des soldats est professionnalisé, chacun d'entre eux intégrant ensuite des fonctions officielles de l'administration du royaume[17].
Jusqu'alors, les conflits entre les différents royaumes sont de l'ordre de raids visant à capturer du bétail plutôt que des territoires. Cependant, dans les années 1860, le royaume de Nkore intervient dans une série de conflits de succession dans les royaumes voisins afin d'installer les prétendants avec lesquels ils nouent les meilleures relations[18]. Sous le règne de Ntare V qui succède à Mutambuka, les raids s'intensifient aux royaumes voisins et affirment une certaine hégémonie martiale sur l'ensemble des royaumes lacustres, les transformant en État tributaires[19]. La mort de Notare V, en 1895, sans héritier mâle, place le royaume dans une crise de succession importante[20].
Colonisation et période contemporaine
[modifier | modifier le code]C'est dans ce contexte de succession en crise qu'interviennent les administrateurs britanniques. Un nouveau Mugabe est intronisé en 1897 tandis que l'Empire britannique a déjà établi le protectorat de l'Ouganda[21]. Cependant, en 1901, le traité d’Ankole intègre Nkore et plusieurs petits États voisins au sein du royaume d’Ankole, sous l’autorité britannique. Le roi conserve son titre, mais ses pouvoirs sont limités[1].
Avec l’indépendance de l’Ouganda en 1962, l'Ankole obtient une autonomie limitée, rapidement supprimée par Milton Obote en 1967, lorsque les royaumes furent abolis par la Constitution. Malgré leur rôle culturel, ils perdirent toute reconnaissance politique. Ankole ne fut pas restauré en 1993, contrairement aux royaumes de Buganda, Bunyoro et Toro, en raison de divisions internes[1],[22].
Durant les années 1980-1990, la région est affectée par la guerre civile ougandaise et par l’afflux de réfugiés rwandais et burundais. Le démantèlement progressif du système hiérarchique entre Himas et Irus est accompagné de réformes démocratiques locales. Depuis la présidence de Yoweri Museveni, originaire d’Ankole, le royaume demeure non reconnu officiellement. Le débat sur sa restauration divise toujours la population[1].
Culture et société
[modifier | modifier le code]La population de l'Ankolé est appelée Nkole. La langue parlée est le runyankole, une langue bantoue. Les Nkole croient en un dieu créateur, Ruhanga, et en des cultes locaux, dont celui du tambour Bagyendanwa, considéré comme doté de pouvoirs surnaturels[1].
Le roi, ou mugabe, exerce un pouvoir absolu, soutenu par un réseau d’administrateurs, de chefs de district et de conseillers, dont l’enganzi, son principal conseiller. Le royaume compte seize districts, chacun dirigé par un chef local. La succession au trône est disputée entre les fils du roi, le plus fort héritant à la fois de la royauté et du tambour sacré Bagyendanwa, symbole du pouvoir. La société est divisée en clans patrilinéaires, dont les Abahinda (aristocratie), les Abasambos et les Abagahes. Les Himas, pasteurs, et les Irus, cultivateurs, entretiennent une relation inégalitaire mais complémentaire[1].
La tradition orale retient une généalogie dynastique permetant de remonter au XVe siècle et présentant une liste de roi et de co-rois jusqu'à aujourd'hui. Les plus notables sont Ruhinda (en) (fondateur régnant entre 1430 et 1446), Ntare IV (en) (régnant entre 1699 et 1727), Macwa (en) (régnant entre 1727 et 1755), Kahaya II (en) (régnant entre 1895 et 1944 sous le Protectorat de l'Ouganda)[23].
Economie
[modifier | modifier le code]Le royaume pratique une économie agricole et pastorale, associée à l’artisanat (métallurgie, poterie, vannerie, sculpture) et au commerce régional. L’introduction de cultures de rente (notamment le coton) et l’ouverture au commerce international au début du XXe siècle modifient profondément l’économie locale[1].
Les bovins ankole, à longues cornes pouvant dépasser 2,5 mètres, constituent l’un des symboles les plus connus de la région. Leur robe varie du caramel clair au brun foncé. Ils fournissent viande et lait (faibles en cholestérol), et leurs peaux sont utilisées pour des instruments de musique ou des vêtements. Associés à la royauté et à la richesse, ils jouent encore aujourd’hui un rôle culturel important[1].
À la suite des réformes d’Idi Amin, l’ancienne entité administrative d’Ankole est divisée en six districts : Bushenyi, Ntungamo, Mbarara, Kiruhura, Ibanda et Isingiro. L’économie repose toujours sur l’agriculture et l’élevage, mais fait face à des défis environnementaux (déforestation, surexploitation des sols, braconnage, invasion de la jacinthe d’eau)[1].
Notes et références
[modifier | modifier le code]- (en) Maryalice Guilford, « Ankole (Nkore) », dans Saheed Aderinto, African Kingdoms : An Encyclopedia of Empires and Civilizations, ABC-CLIO, , 383 p. (ISBN 978-1-61069-579-4), p. 17-21
- ↑ Karugire 1971, p. 2.
- ↑ Karugire 1971, p. 3.
- ↑ Karugire 1971, p. 4.
- ↑ Karugire 1971, p. 6.
- ↑ Karugire 1971, p. 8-9.
- ↑ Karugire 1971, p. 18.
- ↑ The Early State, De Gruyter, coll. « New Babylon », (ISBN 978-3-11-081332-6)
- ↑ Karugire 1971, p. 135-137.
- ↑ Karugire 1971, p. 136-137.
- ↑ Karugire 1971, p. 149-150.
- ↑ Karugire 1971, p. 153-155.
- ↑ Karugire 1971, p. 161.
- ↑ Karugire 1971, p. 167.
- ↑ Karugire 1971, p. 171.
- ↑ Karugire 1971, p. 175.
- ↑ Karugire 1971, p. 200.
- ↑ Karugire 1971, p. 209-211.
- ↑ Karugire 1971, p. 227-229.
- ↑ Karugire 1971, p. 246-247.
- ↑ Karugire 1971, p. 247-249.
- ↑ (en) The Observer Media Ltd. :: The Weekly Observer :: Uganda's Top Resource site
- ↑ John Stewart, African states and rulers, McFarland & Co, (ISBN 978-0-7864-2562-4)
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Bibliographie
[modifier | modifier le code]- (en) Martin R. Doornbos, The Ankole kingship controversy : Regalia galore revisited, Fountain Publishers, Kampala, 2001 (rééd.), 141 p. (ISBN 9970-02281-4)
- (en) Samwiri Rubaraza Karugire, A history of kingdom of Nkore in Western Uganda, Oxford, Claredon Press, , 312 p. (ISBN 978-9970-02621-0, lire en ligne)
- (en) H. F. Morris, A history of Ankole, Fountain Publishers, Kampala, 1962, 60 p. (ISBN 978-9970-02689-0)
- (fr) Dominic Lulu, Des conflits fonciers de l'Ankole précolonial en Ouganda à la géopolitique contemporaine de l'Afrique des Grands Lacs, Université Panthéon-Sorbonne, Paris, 2005, 588 p. (thèse de Sociologie et anthropologie)