Animal-machine

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L'animal-machine est une thèse de la métaphysique selon laquelle les animaux[1] sont des machines. Comme les machines, les animaux seraient des assemblages de pièces et rouages, dénués de conscience ou de pensée. Cette conception naît chez René Descartes au XVIIe siècle, et s'intègre dans une vision mécaniste du réel. Ses implications éthiques et religieuses en font une théorie controversée. Dès sa publication, elle est combattue par des penseurs comme Pierre Gassendi et plus tard par des empiristes comme Condillac dans son Traité des animaux. Elle est toutefois largement influente dans d'autres courants. Au XVIIIe siècle, La Mettrie en propose une version radicalisée, où l'homme lui-même est assimilé à la machine (L'Homme Machine).

Naissance de l'hypothèse[modifier | modifier le code]

Contexte historique[modifier | modifier le code]

Il est important de savoir que la naissance de cette hypothèse a lieu au moment où de nombreuses poupées articulées voient le jour, et où ces automates émerveillent et fascinent le monde entier. C'est à cette période que l'on s'est rendu compte que l'homme était capable de concevoir de toutes pièces un objet ressemblant au vivant, mais qui ne l'était pourtant pas.

Hypothèse d'origine[modifier | modifier le code]

L'expression « animal-machine » est inspirée des textes de Descartes, où le philosophe compare les animaux aux machines. Sa thèse s'expose notamment dans la Lettre au Marquis de Newcastle du 23 novembre 1646, dans la cinquième partie du Discours de la méthode ou encore dans la Lettre à Morus du 5 février 1649. Descartes déclare tranquillement que les hurlements que pousse un animal pendant une vivisection n'ont pas plus de signification que le « timbre d'une pendule »[2].

Selon lui, les animaux obéissent à leurs instincts et donc au principe de causalité : en effet, tel stimulus extérieur (par exemple l'odeur d'un prédateur) entraîne chez l'animal telle réponse comportementale prévisible (ici, la fuite). Descartes affirme donc que l'on pourra un jour créer une machine qui soit indifférenciable d'un animal.

Extension à l'homme[modifier | modifier le code]

La Mettrie prolonge la conception cartésienne des animaux-machines par l'affirmation d'un « homme-machine » (1748). Néanmoins, une telle extension du modèle mécanique de compréhension, tel qu'elle est effectuée par La Mettrie, constitue un geste profondément anti-cartésianiste : par là, La Mettre conteste le dualisme cartésien de la substance étendue et de la substance pensante.

Réfutation[modifier | modifier le code]

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La réfutation de l'hypothèse de l'animal-machine peut s'opérer par la comparaison entre l'organisation des machines et des êtres vivants. Pour cela il est possible de se baser sur la définition de l'être vivant élaborée par Jean-Baptiste Lamarck.

Lamarck constate qu’il existe un « hiatus immense » entre les « corps physiques » et les « corps vivants ». À partir de là, il cherche à déterminer la spécificité des êtres vivants par rapport aux objets inanimés qu’étudie la physique (et donc incidemment aux machines que cette science permet de construire, même si Lamarck n'étudie pas cette question).

Cette spécificité réside selon lui dans l’organisation de la matière qui constitue les êtres vivants. Mais cet « ordre de choses » n’est pas fixe et déterminé une fois pour toutes (comme dans une machine), car l’être vivant naît, se développe et meurt. Cette organisation est donc plus qu’une auto-organisation de la matière sous l’effet des contraintes extérieures (par exemple dans la formation d’un cristal de neige), elle est aussi auto-catalytique, c’est-à-dire qu’elle engendre elle-même les conditions propres à son développement.

La principale caractéristique d’un être vivant, par rapport aux objets inanimés et aux machines, est qu’il est « un corps qui forme lui-même sa propre substance » à partir de celle qu’il puise dans le milieu [3]. De ce phénomène d'assimilation, découlent tous les autres phénomènes propres au vivant : la régénération et le renouvellement de leurs tissus, la reproduction et le développement de l’organisme et enfin l'évolution au cours du temps par acquisition d’organes diversifiés et de facultés plus éminentes.

Autrement dit, alors qu'une machine a toujours une organisation fixe et déterminée une fois pour toute dans le but d'effectuer une tache précise et un travail particulier, l'être vivant a une organisation dynamique et fluide qui peut donc se reproduire, se développer et évoluer[4].

Conséquences de cette approche des points de vue religieux et éthique[modifier | modifier le code]

Du point de vue religieux[modifier | modifier le code]

D'un point de vue religieux, l'application du mécanisme à la vie revient à nier l'âme des bêtes qui périssent donc entièrement au moment de leur mort[5]. Poussée à l'extrême, notamment par Nicolas Malebranche, cette conception implique que leurs cris et gémissements ne peuvent être que le reflet de dysfonctionnements dans les « rouages » plutôt que l'expression d'une souffrance.

Du point de vue éthique[modifier | modifier le code]

Sur le plan éthique, l'assimilation des animaux à des machines a conduit à des abus, vigoureusement critiqués par des courants philosophiques modernes, qui se réclament d'Arthur Schopenhauer, de Jeremy Bentham, d'Albert Schweitzer ou, plus récemment, de Peter Singer. Sans mettre en cause fondamentalement les bases matérielles du fonctionnement des organismes vivants, ces courants insistent sur le caractère d'« êtres sensibles » des animaux, fortement étayé par les résultats mêmes de la biologie et de la physiologie sensorielle. Les animaux doivent donc être considérés comme différents de la chose inerte[6], et susceptibles d'un traitement moral privilégié, voire de droits[7].

Évolution du statut juridique des animaux[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Droits des animaux.

En France[modifier | modifier le code]

Le droit français qualifie traditionnellement les animaux de biens meubles, parfois de biens immeubles[8]. Un amendement voté dans le cadre de la loi relative à la « modernisation et à la simplification du droit et des procédures dans les domaines de la justice et des affaires intérieures » a toutefois modifié la rédaction du Code civil en reconnaissant aux animaux la qualité « d'êtres vivants doués de sensibilité »[9]. Néanmoins, les animaux demeurent en principe soumis au régime des biens meubles[10].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Cette théorie s'opposait à l'idée aristotélicienne selon laquelle il existe trois types d'âme (végétative, sensitive et rationnelle) qui informeraient les corps des vivants, et que l'âme humaine comprendrait ces trois types. Descartes, lui, oppose un mécanisme absolu dans l'étendue (qui comprend donc tous les corps, y compris le corps humain) à l'âme rationnelle (que seul l'homme semble posséder), fondant ainsi un dualisme strict. La théorie des animaux machines est à ce titre bien plus une conséquence de son dualisme qu'une hypothèse indépendante sur la nature des animaux.
  2. Vincent Tremolet de Villers, « Luc Ferry : « Les animaux ne sont ni des choses ni des humains » », Le Figaro, 16 avril 2014, en ligne
  3. Lamarck, Hydrogéologie, 1802, p. 112 ; Philosophie zoologique, 1809, IIe partie, chapitre VII.
  4. Bertrand Louart, Les Êtres vivants ne sont pas des machines, éd. La Lenteur, 2018.
  5. Cf. Malebranche, Ier Entretien sur la mort dans Conversations Chrétiennes, Gallimard, col. Folio essais, 1994, pp. 534-538
  6. Georges Chapouthier, Le respect de l’animal dans ses racines historiques : de l’animal-objet à l’animal sensible, Bull. Acad. Vet. France, 2009, 162 (1), pp 5-12
  7. Georges Chapouthier, J.C. Nouët (editors), The universal declaration of animal rights, comments and intentions, Éditions Ligue Française des Droits de l’Animal, Paris, 1998
  8. https://www.legifrance.gouv.fr/affichCodeArticle.do?cidTexte=LEGITEXT000006070721&idArticle=LEGIARTI000030254009&dateTexte=20180718
  9. https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexteArticle.do;jsessionid=C05080A0E0D24760B1C94163925DB50F.tplgfr28s_2?idArticle=JORFARTI000030248589&cidTexte=JORFTEXT000030248562&dateTexte=29990101&categorieLien=id
  10. https://www.legifrance.gouv.fr/affichCodeArticle.do?cidTexte=LEGITEXT000006070721&idArticle=LEGIARTI000030250342

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]