Angus Deaton

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Angus Deaton
Angus Deaton 0244.jpg
Biographie
Naissance
Nationalité
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Fitzwilliam College
Fettes College (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
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Prix Leontief (d) ()
Prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d'Alfred Nobel ()Voir et modifier les données sur Wikidata

Angus Stewart Deaton, né le à Édimbourg en Écosse (Royaume-Uni), est un économiste britannico-américain, spécialiste de microéconomie. Il a obtenu le prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d'Alfred Nobel en 2015.

Éléments de biographie[modifier | modifier le code]

Né en Écosse, Angus Deaton effectue ses études primaires et secondaires au Fettes College. Il poursuit ses études au Fitzwilliam College (Deaton deviendra fellow du collège) de l'université de Cambridge en Angleterre où il obtient un Bachelor of Arts, un Master of Arts, et enfin un Doctorate of Philosophy en sciences économiques[2].

Deaton commence sa carrière à l'université de Bristol en 1976, en tant que professeur d'économétrie. Il reçoit ensuite, en 1978, la Firsch Medal attribuée par la société d'économétrie. Il quitte Bristol en 1983 et rejoint le département d'économie de l'université de Princeton en tant que professeur en relations internationales et en économie[3]. Il acquiert par la suite la nationalité américaine[4].

En 2015, âgé de 69 ans et enseignant toujours à Princeton, il est lauréat du prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d'Alfred Nobel pour ses travaux basés sur la mesure économétrique fine des comportements individuels dans le domaine de la consommation et la pauvreté en relation avec le bien-être[5].

Conceptions économiques[modifier | modifier le code]

Revenu et santé[modifier | modifier le code]

Deaton explique, dans son livre intitulé The Great Escape: Health, wealth and the origins of inequality, que la corrélation qui a été observée — d’abord par Samuel H. Preston (en) en 1975 — entre des mesures de santé (espérance de vie, taux de petits poids de naissance, grandeur, etc.) et de revenu (PIB, etc.) n’est pas causale. De manière générale, la croissance du revenu ne contribue pas significativement à améliorer la santé. La hausse du revenu contribue à améliorer l’état de santé des populations et des personnes qui sont très pauvres dans la mesure où elle permet de se procurer les aliments nécessaires ou de l’eau potable. Cependant, l’espérance de vie s’est accrue d’environ vingt ans dans plusieurs pays (Bolivie, Honduras, Nicaragua) en l’absence de croissance économique importante ; et le taux de mortalité infantile a beaucoup diminué en Chine avant que la croissance économique décolle vers 1980, alors qu’il tendait à cesser de diminuer en Inde malgré l’accélération de la croissance économique au début des années 1990. En fait, plusieurs des améliorations qui peuvent sauver des vies ne sont pas très onéreuses, et ce qui a réellement permis d’améliorer les indicateurs de santé (par exemple d’augmenter l’espérance de vie de 12 ans au Sri Lanka entre 1946 et 1956), ce ne sont pas les ressources économiques comme telles, mais la « volonté politique et sociale d’aborder les problèmes de santé ». La relation apparente entre le revenu et la santé quand on considère différents pays est due à une « variation dans la qualité des institutions » ; et les écarts des taux de mortalité s’expliquent par « l'application des connaissances, en particulier par l'action gouvernementale ». Dans des pays qui étaient à des stades différents de développement, les mêmes connaissances médicales ont souvent eu des effets similaires sur le taux de mortalité ; et beaucoup des améliorations en matière de santé sont directement reliées à la capacité des institutions de mener des projets (par exemple, assainissement des eaux) et des campagnes d'information (par exemple, lavage des mains et utilisation du préservatif). L'implication pratique de cette étude est que les « maladies liées à la pauvreté » ne disparaissent pas avec la croissance économique, et que la meilleure manière d'en réduire le fardeau consiste à mettre directement l'emphase sur les enjeux de santé[6].

Progrès et inégalités[modifier | modifier le code]

Selon Deaton, « le progrès est un moteur d’inégalité (qui) creuse des fossés entre les gens qui dirigent le progrès — et donc qui en tirent avantage — et les autres ». Quand l'inégalité est temporaire, ce n’est pas un problème ; le problème survient quand les améliorations issues de la connaissance ou des technologies médicales ne profitent pas à tous, comme le taux de mortalité du cancer du sein qui est plus élevé parmi les femmes « noires » que chez les « blanches » (aux États-Unis). Ainsi, « ce qui est le plus préoccupant à propos des écarts de revenus, c’est qu'ils peuvent se transformer en inégalités politiques », alors que « des études ont démontré que les politiciens sont beaucoup plus attentifs à leurs concitoyens riches que pauvres ». Les économistes croient à l'optimum de Pareto, selon lequel le monde devient meilleur si le bien-être d’une personne s’améliore alors que personne n’y perd, mais « ils en adoptent une conception très étroite » quand ils trouvent normal que l’argent des uns soit utilisé pour miner le bien-être des autres, en termes d’accès à l'éducation publique ou aux soins de santé, ou qu’il y a beaucoup de dépenses militaires, et donc moins de ressources pour les programmes sociaux, alors qu'il faut payer des taxes et vivre dans un tel système. Par exemple, l'organisation des soins de santé aux États-Unis subit une perte importante dans ce qui est dépensé en rentes, qui ne profite qu’à un petit groupe et fait perdre à tous les autres[7].

Autres notions économiques[modifier | modifier le code]

En 2010, Angus Deaton contribue à une étude où il montre avec Daniel Kahneman (lauréat du « prix Nobel d'économie » 2002) qu'aux États-Unis l'argent fait le bonheur jusqu'à un revenu annuel de 75 000 $US (68 000 euros/an). À revenu plus élevé, la qualité de vie ne semble plus s'améliorer, peut-être — selon lui — parce qu'au-delà de ce seuil « des hausses de revenus n’améliorent plus la capacité des individus à faire ce qui compte le plus pour leur bien-être émotionnel, comme de passer du temps avec ceux qui leur sont chers, éviter la douleur et la maladie, et profiter de leurs loisirs ».

En 2013, dans The Great Escape: Health, wealth and the origin of inequality, il estime que, parce que la grande pauvreté a reculé, « la vie est meilleure aujourd’hui qu’elle ne l’a jamais été dans toute l’histoire », affirmation qu'il nuance en 2015 en rappelant qu'« il ne faut pas faire preuve d’un optimisme aveugle : 800 millions de personnes vivent toujours dans la pauvreté », qui pourrait comme les inégalités, augmenter en raison du dérèglement climatique[5].

Il a notamment montré qu'accroître le revenu des plus pauvres (dont ceux dans les pays en développement) ne se traduit pas nécessairement aussitôt par un recul de la malnutrition[5] ; en raison de comportements individuels qui, par exemple, peuvent conduire à ce que cet argent soit d'abord investi dans l'achat d'un téléphone portable. Ainsi la mesure du bien-être doit être nuancée et non confondue avec le niveau de revenu[5]. Il estime que le libre-échange[5] pourrait être préférable à l'aide au développement (qui selon lui « rend les leaders moins démocratiques »). Ce qu'il reproche aux organisations d'aide au développement est critiqué, notamment par Oxfam et Bill Gates[réf. souhaitée].

Publications[modifier | modifier le code]

Toutes ces publications sont écrites en anglais sauf mention contraire.

Livres[modifier | modifier le code]

Documents de travail[modifier | modifier le code]

  • On the Behavior of Commodity Prices (avec Guy Laroque, l’ENSAE et l’INSEE), INSEE, Paris, 1989, document de travail CREST no 2002-19, 38 pages.
  • Estimating the Commodity Price Model (avec Guy Laroque, l’INSEE, le Département de la recherche et le CREST), INSEE, Paris, 1989, document de travail ENSAE et Unité de recherche no 8909, 1 vol., 60 pages.
  • Patterns of Aging in Thailand and Côte d’Ivoire (avec Christina Paxson (en)), The World Bank, Washington, 1991, Living standards measurement study working paper 81, 1 vol., 46 pages.
  • Demand Analysis and Tax Reform in Pakistan (avec Franque Grimard), The World Bank, Washington, 1992, Living standards measurement study working paper 85, 1 vol. (IX-45 pages).
  • Competitive Storage anc Commodity Price Dynamics (avec Guy Laroque et le CREST), INSEE, Paris, 1994, document de travail CREST no 9460, 41 pages.
  • Estimating a Nonlinear Rational Expectations Model with Unobservable State Variables (avec Guy Laroque et le CREST), INSEE, Paris, 1994, document de travail CREST no 9501, 47 pages.
  • Housing, Land Prices, and the Link between Growth and Saving (avec Guy Laroque et le CREST), INSEE, Paris, 1999, document de travail CREST no 9922, 36 pages.
  • A Model of Commodity Prices after Sir Arthur Lewis (avec Guy Laroque et le CREST), INSEE, Paris, 2002, document de travail CREST no 2002-19, 38 pages.

Principaux articles[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Cyrille Lachèvre, « Angus Deaton, le prix Nobel qui pourrait murmurer à l'oreille du pape », sur lopinion.fr, (consulté le 13 octobre 2015).
  2. « Cambridge alumnus awarded Nobel economics prize », sur University of Cambridge, (consulté le 19 octobre 2015)
  3. « Angus Deaton », sur scholar.princeton.edu (consulté le 19 octobre 2015)
  4. « Scottish economist Angus Deaton wins Nobel economics prize », sur Yahoo News (consulté le 19 octobre 2015)
  5. a, b, c, d et e Christian Losson, Vittorio De Filippis, « Le Britannique Angus Deaton obtient le «Nobel d'économie» », Libération, (consulté le 12 octobre 2015).
  6. David N. Weil, A Review of Angus Deaton’s The Great Escape: Health, Wealth, and the Origins of Inequality, Journal of Economic Litterature, 53(1), 102-114, 2015. [PDF]
  7. « Microeconomist Angus Deaton talks about Inequality and rent-seeking », The Daily Sabbatical/Rotman, 16 janvier 2015.[1]

Liens externes[modifier | modifier le code]