Anguille électrique

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Electrophorus electricus

L'anguille électrique (Electrophorus electricus) est une espèce de poissons qui malgré son nom n'appartient pas à la famille des anguilles mais aux Gymnoptidae (mais certains le classent dans une famille à part : les Electrophoridae).

C'est un poisson d'eau douce que l'on rencontre dans le nord de l'Amérique du Sud du bassin de l'Orénoque à celui de l'Amazone.

C'est un poisson qui ressemble aux vraies anguilles et qui peut atteindre jusqu'à 2,5 m de long et peser 20 kg.

Il se nourrit de petits poissons, d'herbe ou d'algues.[réf. nécessaire]

Certaines personnes pensent qu'il existe deux espèces d'anguilles électriques distinctes car elles comportent des différences physiques importantes : l'une a une tête et un corps massifs, l'autre a une tête fine et un corps fuselé (l'anguille électrique géante, qui vit dans le fleuve du Coppename au Suriname). Le scientifique Brady Barr a découvert[réf. nécessaire] que ces différents spécimens ont en plus des impulsions électriques différentes. Leur ADN en revanche est très similaire et tend à indiquer qu'elles sont une seule et même espèce.

Organe électrique[modifier | modifier le code]

Les poissons "électriques" intriguent les biologistes et certains physiciens depuis longtemps (les médecins égyptiens utilisaient une raie électrique pour soigner l'épilepsie. Faraday a utilisé des anguilles pour étudier la nature de l'électricité. L'étude anatomique d'anguilles a contribué à aider Volta à créer sa première batterie. C'est l'une des motivations du séquençage complet du génome de l'anguille électrique par l'Université de Wisconsin-Madison, qui a été achevé l'été 2014)[1].

L'anguille électrique présente la particularité de posséder des organes électriques (plaque électrique) dans la partie postérieure de son corps. Ces derniers peuvent atteindre 80 % de sa masse. Il est capable d'envoyer des décharges électriques d'une tension allant de 100 à 700 volts, le champ électrique est d'environ 100 V par 30 cm (c'est-à-dire 333 V⋅m-1) qui peuvent paralyser un cheval (qui peut alors se noyer) ou tuer un être humain[2] (électrocution). Certaines de ces décharges ont atteint un record de plus de 700 V pour un courant de A. Sa peau forme une couche protectrice contre ses propres décharges. Ils utilisent ces décharges pour se défendre ou comme moyen de prédation. Une anguille électrique de 2 m peut produire un courant dont la tension peut atteindre 600 volts, soit cinq fois celle d'une prise de courant des États-Unis[1].

3 types de décharges électriques existent[1] :

  1. des impulsions basse tension ; elles servent à la détection de l'environnement proche.
  2. de courtes séquences, de deux ou trois impulsions à haut voltage durant chacune quelques millisecondes (appelés doublets ou triplets), durant le comportement de chasse ;
  3. des salves de haute tension, des impulsions à haute fréquence au moment de la capture d'une proie ou de défense contre un animal ou objet jugé menaçant.

Selon Kenneth Catania (après 9 mois d'étude sur décharges électriques à haute tension), le système qui délivre des électrochocs est « étrangement similaire à un Taser »[1].

Ils utilisent aussi des décharges électriques continues d'une plus faible tension (environ 10 V) pour s'orienter dans l'eau boueuse, localiser et/ou neutraliser des proies ou prédateurs ainsi que pour trouver des partenaires sexuels.

Les mouvements de cette espèce sont très rapides (il suffit d'environ un dixième de seconde pour qu'un ver ou un petit poisson, lui-même paralysé en quelques dixièmes de seconde soit gobé)[1].

Reproduction[modifier | modifier le code]

La période de reproduction a lieu entre septembre et décembre.

Les mâles construisent des nids avec leur salive à base de plantes aquatiques et protègent les œufs, puis les alevins. Ces derniers ont une taille d'environ 10 cm après l'éclosion. L'anguille électrique peut pondre jusqu'à 17 000 œufs.

Physiologie[modifier | modifier le code]

Electrophorus electricus - squelette conservé au MNHN de Paris

L'anguille électrique ne possède pas de nageoires dorsale, caudale ou pelviennes. Toutefois, elle possède une longue nageoire anale.

Tête de Electrophorus electricus - squelette conservé au MNHN de Paris

Bien qu'il possède des branchies, il doit remonter périodiquement à la surface pour gober de l'air et c'est dans sa bouche richement vascularisée que se font les échanges gazeux. Ces caractéristiques lui permettent de réaliser des trajets sur la terre ferme et de se contenter d'eaux pauvres en oxygène.

Il n'a guère de prédateurs et n'est pas d'un grand intérêt pour les populations, les chocs électriques pouvant survenir jusqu'à 8 heures après sa mort.

C'est la seule espèce du genre Electrophorus. Bien que de la même famille que le gymnote, l'anguille électrique est un autre genre. Certains auteurs classent l'électrique dans une famille à part, les electrophoridae.

Descriptions historiques[modifier | modifier le code]

Alexander von Humboldt fit une description saisissante de sa rencontre avec des Gymnotes lors de sa célèbre expédition en Amérique du Sud, au début du XIXe siècle:

"La crainte des décharges d'anguille électrique est si exagérée dans la population que nous ne pûmes en obtenir aucune en trois jours. Notre guide emmena chevaux et mulets et les fit entrer dans l'eau. En cinq minutes environ deux chevaux se noyèrent. L'anguille d'un mètre soixante de long se frottait au ventre du cheval et lui donnait un choc. Mais lentement la violence du combat inégal se calma et les anguilles épuisées se dispersèrent. En un rien de temps nous eûmes cinq grandes anguilles. Après les avoir étudiées pendant quatre heures, nous eûmes jusqu'au lendemain des crampes, des douleurs aux articulations et une nausée générale." (traduction depuis l'article wikipedia allemand "Zitteraal").

Éthologie[modifier | modifier le code]

Un comportement d'attaque avec saut hors de l'eau est parfois observé ; il a été accidentellement observé par Kenneth Catania de l'université Vanderbilt qui a noté que ces animaux se jetaient parfois hors de l'eau pour "attaquer" la jante des épuisettes utilisées pour les capturer[3]. Une étude publiée mi-2016 dans les Actes de l'Académie américaine des sciences[4],[5] a montré que ces anguilles peuvent effectivement sauter hors de l'eau pour attaquer un autre animal, et que ce saut augmentait la tension électrique, rendant l'attaque nettement plus efficace. (vidéo en ligne sur le site). Plus l'anguille sort de l'eau, plus la décharge est violente ; dans un cas le voltage est passé de 10 à 300 volts[3]. Ce comportement pourrait avoir été acquis au cours de l'évolution comme solution adaptative permettant à cette anguille de mieux se défendre durant la saison sèche amazonienne, quand elle est piégée face un prédateur dans des zones résiduelles de faible profondeur[5].

Culture populaire[modifier | modifier le code]

Dans "Tintin et les Picaros", le capitaine Haddock est attaqué par une gymnote.

Recherche[modifier | modifier le code]

Le Museum Aquarium de Nancy mène des recherches sur l'utilisation de gymnotes pour examiner la qualité de l'eau. En effet, la fréquence des impulsions électriques émises par un gymnote sain en milieu propre est d'une étonnante régularité. Cependant, dès que l'eau est polluée, par des résidus de pétrole par exemple, le signal se trouve perturbé.

Références taxinomiques[modifier | modifier le code]

Genre Electrophorus[modifier | modifier le code]

Espèce Electrophorus electricus[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d et e Electric eels deliver taser-like shocks Vanderbilt University, 4 dec 2014, from : K. Catania. The shocking predatory strike of the electric eel. Science, 2014; 346 (6214): 1231 DOI: 10.1126/science.1260807
  2. 12 animaux aux superpouvoirs hallucinants, National Geographic
  3. a et b Shultz, David (2016) Video: Jumping electric eels pack more zap, 6 juin 2016 ; Science, Plants & Animals DOI:10.1126/science.aaf5767
  4. Kenneth C. Catania. Leaping eels electrify threats, supporting Humboldt’s account of a battle with horses. PNAS, June 6, 2016 DOI: 10.1073/pnas.1604009113
  5. a et b Kenneth C. Catania (2016) Leaping eels electrify threats, supporting Humboldt’s account of a battle with horses

Lien externe[modifier | modifier le code]

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