Anglo-israélisme

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L'anglo-israélisme est un courant religieux issu du restaurationnisme qui prétend que les Anglo-Saxons contemporains, vivant en Grande-Bretagne et aux États-Unis, sont des descendants directs des dix tribus perdues et sont liés par un alliance spéciale au trône de David.

Cette théorie tient ses origines de la Réforme anglaise au XVIe siècle, lorsque plusieurs théologiens anglais ont dû justifier la séparation survenue entre l'Église d'Angleterre et l'Église catholique romaine. Ils présentèrent alors les Anglo-Saxons comme un peuple élu ayant des origines bibliques et apostoliques.

L'influence de l'anglo-israélisme compte pour beaucoup dans le folklore historique de ce qui est aujourd'hui appelé White Anglo-Saxon Protestant. Le puritanisme anglais était fortement marqué par l'idée que la race anglaise était choisie ou élue dans un projet messianique.

La mythologie anglo-israélite s'appuie sur des légendes et des mythes historiques, comme le récit de Joseph d'Arimathie en Angleterre, l'Historia Regum Britanniae, la matière de Bretagne, les prétentions à la succession du roi Arthur, la légende racontant que Paul de Tarse vint en Angleterre, etc.

Les adeptes contemporains de ce courant sont regroupés en plusieurs associations ou sectes, n'ayant aucune organisation centrale.

Question: "La thèse anglo-israélisme tient-elle debout?"

Pour répondre à cette question, il importe d’examiner ces prétentions à la lumière de la Bible, de l’histoire antique et de la génétique. (1) 2 Rois 17:18 dit qu’Israël fut déporté en Assyrie en 722 av. J-C. Après cette époque la mention scripturaire des 10 tribus du royaume du nord (Israël) est fort rare. Pourtant, les Ecritures (ainsi que le récit historique) font croire que certains membres de ces tribus sont restés dans leur patrie, tandis que d’autres se sont refugiés en Juda (royaume du sud). 2 Chroniques 35,18 parle d’Israël qui célèbre la Pâque de concert avec Juda environ 90 ans après la déportation assyrienne. 2 Chroniques 15,9 nous dit que plusieurs habitants d’Israël (les tribus d’Ephraïm, Manassé et Siméon) se sont établis en Israël longtemps après l’invasion assyrienne. Dans le Nouveau Testament on parle de la prophétesse Anne qui était de la tribu d’Asher (Luc 2:36), l’une des tribus dites perdues. C’est vrai que la majorité de ces tribus du royaume du nord furent déportées, mais une bonne partie s’est refugiée en Juda. En outre, il est fort probable que les Israélites déportés plus tard par le Babyloniens se soient mis en contact avec ceux de la déportation assyrienne, et que ces derniers se soient joints à ceux qui sont rentrés en Israël sous Esdras et Néhémie.

Que sont devenus le reste qui se trouvait en Babylonie et Assyrie ? Ils furent déportés à Gozan en Mésopotamie, et remplacés par d’autres peuples assujettis. Cela a produit une race bâtarde qui s’est appelé plus tard des Samaritains qui avaient leur culte sur le mont Garizim et leur version particulière de la Torah. Il en est resté jusqu’aujourd’hui quelques 550 qui prétendent descendre des tribus d’Ephraïm, Gad et Manassé. Mais qu’en est-il des autres déportés ? Il semble qu’ils aient émigré plus loin vers l’orient, par exemple jusqu’en Suse (capitale hivernale des rois de Perse) v. le livre d’Esther. Des traces en ont été retrouvées chez la tribu de Manipur (aux Indes), en Chine (les Chiang Min), en Birmanie (les Chinlung) et en Afghanistan (la tribu des Pashtouns). Tous, à l’exception des Pashtouns, rentrent actuellement en Israël, après avoir préservé leur identité juive, à la satisfaction du rabbinat israélite. L’état d’Israël a accueilli les membres de ces tribus à bras ouverts, mais il n’a jamais été question de reconnaître la prétendue origine juive des habitants de la Grande Bretagne ou des Etats Unis.

(2) Est-ce possible que les israélites déportés aient émigré en Europe, voire enGrande Bretagne ? Oui. Est-ce vraisemblable ? Non. Le voyage d’Assyrie jusqu’en Angleterre serait invraisemblable dans l’Antiquité. En plus, nous avons déjà constaté un déplacement des déportés vers l’Orient et non pas vers l’Occident. D’ailleurs si ces déportés avaient obtenu l’autorisation de quitter le pays, pourquoi aller en Angleterre et non pas en Israël, leur pays d’origine ?

3) Linguistique historique. Ceux qui veulent promouvoir l’Anglo-israélisme prétendent qu’il existe des liens linguistiques entre l’ancien hébreu et les noms de lieux européens et les langues européennes. Par exemple, le mot "britannique" est censé dériver de deux mots hébraiques “Berit” et “Ish”, qu’il faudrait comprendre comme « hommes de l’alliance », ce qui est tout à fait faux, sinon risible, ou bien qu’il y ait une correspondance entre Cymry et Cimmerian, ce qui contredit l’acceptation générale de la dérivation de Cymry d’une racine préceltique *kom-broges, qui veut dire "peuple du même pays". Encore un exemple cité est la prétendue correspondance entre 'Tuatha Dé Danann' et la tribu de Dan. Des sources séculaires indiquent, par contre, que cette expression veut dire « Peuple de la déesse Danu. » Les recherches linguistiques indiquent clairement que la langue anglaise appartient au groupement linguistique dit indoeuropéen qui n’a aucun lien avec l’hébreu, langue sémitique de la famille linguistique afro-asiatique.

La génétique humaine ne soutient pas non plus la thèse anglo-israélite d’un lien génétique entre les Juifs et les européens occidentaux. Les recherches génétiques dans ce domaine ont révélé que le chromosome Y est étroitement apparenté aux autres populations du Moyen Orient, tels les Kurdes, les Turques, les Arméniens et les Arabes, mais non pas aux populations d'Europe occidentale. Les Haplogroupes J2 et, dans une certaine mesure, J1 sont à identifier au peuple juif, par opposition aux européens occidentaux. Le Haplogroup R1b plus lointain, par contre, est identifiable aux Européens. La thèse primordiale de l’anglo-israélisme est que l’Angleterre et les Etats Unis auraient hérité les promesses divines faites à Israël. Alors que l’Angleterre et les Etats Unis ont été bénis par Dieu à maints égards, ce n’est pas à dire que les promesses de Dieu à l’égard d’Israël ont été transférées à ces deux nations. Ces promesses concernaient toujours le pays bien précis d’Israël, la Terre Promise. Ce sont les descendants raciales d’Abraham qui devaient hériter ces promesses. Ces promesses donc ne peuvent pas s’appliquer à l’Angleterre ou aux Etats Unis. De plus, alors qu’une certaine proportion des habitants des Etats Unis sont de souche anglaise. la grande majorité de la population est de race mixte.

L’Anglo-israélisme est donc à rejeter parce que cette théorie manque defondement biblique, historique, linguistique et génétique. Elle est plutôt le domaine des sectes comme celle d’Herbert W. Armstrong (Grace Communion International), ou la Science Chrétienne (Mary Baker Eddy) ainsi que certaines sectes pentecôtistes (une certaine branche d’Elim, Philadelphia Church of God et United Church of God).


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