Angel Alonso

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Angel Alonso
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Naissance
Décès
(à 71 ans)
Paris
Nationalité
Activité
Formation
Autodidacte
Lieu de travail
Influencé par

Angel Alonso est un peintre français, d'origine espagnole, né le à Laredo en Cantabrie, mort à Paris le (à 71 ans). Son travail s'articule autour d'une réflexion sur la couleur et la matière. Ce dernier se tiendra pendant pratiquement 20 ans à l'écart du marché de l'art, entendant ainsi préserver l'intégrité de son œuvre.

Il est le père de Jean-Jacques Alonso et de Thierry Alonso Gravleur, également peintre.

Il est le grand-père de Jules Alonso. 

Biographie[modifier | modifier le code]

Les jeunes années : La fuite d'Espagne franquiste et l'installation en France.[modifier | modifier le code]

Après quelques années de formation en autodidacte, Alonso quitte l'Espagne. En effet, entre 1938 et 1939, Angel Alonso est arrêté à seulement 17 ans, incarcéré et condamné à mort après la prise de Bilbao par les Franquistes. Sa famille dépose un recours en grâce, acceptée dufait de son jeune âge

Il retourne chez lui mais quelques mois plus tard, est de nouveau arrêté pour désertion, n’ayant pas effectué son service militaire. Il est alors déporté sur l’île de Fuerteventura. Il s’évade puis, après une période de clandestinité, gagne, en 1947, la frontière française.

Il quitte alors définitivement l’Espagne pour rejoindre Paris. Ces années de prison seront l’un des fondements de son amitié indéfectible avec María Zambrano, elle-même réfugiée politique, qu’il connaîtra dès le début des années 1950.Il s'installe à Paris où il rencontre quatre artistes qui orienteront la première étape de son travail, Vieira da Silva, Árpád Szenes et surtout Nicolas de Staël et Pierre Tal Coat, ces derniers se retrouvant souvent dans leurs œuvres respectives[1].

Guy Dumur dans Nicolas de Staël, le combat avec l’ange, évoque : « Il [de Staël] se lie avec des gens connus. Georges Braque, en premier, qu’il voit régulièrement, André Lanskoy, déjà nommé, un jeune peintre espagnol, Angel Alonso. »

En plus de ces premières influences picturales, il se sent attiré par la couleur et les collages de Matisse.

Les années 1950[modifier | modifier le code]

En 1950, il se voit menacé d’extradition vers l’Espagne franquiste par les autorités françaises. Un comité de soutien s’organise, constitué entre autres par Michel Leiris, Francis Ponge, Henri Calet ou encore Pierre Descargues. Il n’obtiendra la nationalité française qu’en 1971 grâce au soutien de son beau-père, Roger Rigaud, ancien vice-président du Conseil de Paris.

En 1952, Alonso refuse d'exposer à la prestigieuse galerie Jeanne Bûcher par « pudeur ». En effet, il estime que son jeune âge ne lui permet pas de prétendre à une telle exposition.

En 1955, il expose à la galerie André Schoëller, qui à cette époque représentait des artistes tels que Rebeyrolle, Fautrier, Messagier, Duvillier, Gnoli, Arroyo. À partir de cette exposition ses matériaux deviennent plus denses.

De 1957-58, il peint une série de toiles inspirées du tableau de Turner Les Funérailles en mer de Sir David Wilkie. Ce sont les années de sa rencontre fraternelle avec Maria Zambrano, cette même dernière qui lui présentera Cioran. Ce dernier qualifia en 1987 Alonso comme le « dernier peintre français ». À la lumière de ces rencontres, Alonso initie son propre chemin.

En 1952, il s'installe à Genainvillier, près de Chartres, qui deviendra, à partir de ce moment son lieu de réflexion et de recherche, centrée principalement sur la couleur. En 1958, il travaille avec les feuilles, les pommes, les troncs, les branches obsédé par les aspects multiples des sensations végétales. Il parle beaucoup avec Tal-Coat, qui, lui aussi, expérimente constamment.

En 1956, après avoir vécu à Paris, au 49 de la rue de Rennes, Angel Alonso s’installe à La Laurencie, propriété familiale de son épouse Monique Rigaud, dans le Limousin.

Ils y accueilleront nombre de leurs amis, parmi lesquels les poètes Yves de Bayser et Jules Supervielle, Suzane Tézenas, célèbre mécène, l’homme de lettres et critique Guy Dumur... C’est là qu’Alonso commence à approfondir le travail sur la matière et le paysage.

Les années 1960–1970 : La bravade au marché de l'art et l'affirmation d'un langage pictural inédit.[modifier | modifier le code]

À partir de 1960 et pendant plus de vingt ans, Alonso se tiendra pratiquement éloigné du marché de l'art. Il se consacre à la peinture comme exigence spirituelle, toujours en contact avec la terre et la nature. Ce sont des années intenses marquées par un retour progressif vers l'essentiel qui se traduit surtout dans la couleur et dans les matériaux. Il commence la série des grands tableaux noirs composés à partir de poudre de charbon, de végétaux brûlés, de paille, de feuillage, de terres qui confèrent au tableau une consistance et une intensité unique. Simultanément il crée d'autres œuvres sur bois, carton ou papier où il poursuit son travail de recherche et de réflexion sur la couleur.  

Un matin très tôt, presque au point du jour, Alonso est subitement réveillé par l’odeur de la fumée venant de champs brûlés. Il va jusqu’à la grille de la ferme de la Chapelle et voit que le feu avance vers la maison. Au début il prend peur, puis réalisant que ce ne sont que des travaux des champs, il reste jouir du spectacle. Quand le feu s’éteint, c’est la vision absolue : la terre noire, comme un tapis, il n’a jamais rien vu d’aussi beau de sa vie. « Quelle insignifiance, la peinture ! », pense-t-il, et il commence à parcourir les champs noircis et à entasser de l’herbe brûlée et du charbon. Il prend des sacs et y met des cendres sans y toucher. Les formes - le squelette végétal - sont restées intactes ; le feu a détruit les corps sans décomposer leur silhouette. C’est ainsi que tout commence pour Alonso. La période initiale, vers 1963, des grands charbons et des grands espaces de boue ou de terres brûlées, où toutes les possibilités de la couleur noire brillent, vibrent, du sec à l’humide, du plus lumineux à l’obscurité la plus dense.

« [...] La source unique d’inspiration d’Angel Alonso a toujours été le paysage. Il était au centre des discussions journalières qui unissaient le jeune peintre à Pierre Tal Coat, son ami, son père spirituel. Ils ont parcouru des fois et des fois l’altière forêt des Lions, s’arrêtant tous les quarts d’heure pour dessiner et échanger leurs points de vue sur la manière de voir un paysage. Depuis la mort de Tal Coat, l’univers sensible d’Alonso s’est polarisé sur l’immensité des champs qui entourent sa demeure de Genainvilliers dans l’Eure. Pour Alonso, la terre est le plus beau des paysages. Aussi en est-il arrivé à travailler la terre elle-même. Écho de ces surfaces de terre, la couleur doit être une étendue, la couleur est paysage. On comprend donc pourquoi Alonso refuse tout artifice visant à créer la profondeur, refuse tout dégradé de ton. Il cherche la couleur telle qu’elle est et non telle qu’elle nous apparaît, une couleur d’une telle vérité qu’elle s’affranchit des strictes limites du cadre. [...] »

— Françoise Magny

Les années 1980 : L'élaboration d'une œuvre définitive.[modifier | modifier le code]

À partir des années 1980, il exposera des œuvres à la Galerie H-M (185 boulevard Saint-Germain à Paris) qui présentait déjà régulièrement Pierre Tal-Coat. En 1982, il retourne à Paris, à l'ancien atelier de Tal-Coat que ce dernier met à sa disposition. Il alternera longtemps les séjours à Genainvilliers et rue Brézin. Cette année-là, il expose à la galerie Cahiers d'Art. Dans ces travaux, la couleur constitue le paysage même. Avec une maîtrise exceptionnelle des matériaux, il n'hésite pas à inventer ses rouges, verts, jaunes, orange... qui jaillissent de la surface poreuse de ses tableaux.

Entre 1986 et 1989 il effectue plusieurs expositions à la Galerie Barbier. Les rouges, les blancs et les jaunes, s'étendent sur la toile, jalonnés d'interruptions d'espaces, poussant la couleur jusqu'aux extrêmes mêmes du tableau. Dans ces travaux il a laissé de côté les bonnes relations et les influences de son ami Tal-Coat ainsi que la voie ouverte par Matisse. Il prend parti pour une exigence plus radicale qui subordonne son langage pictural à une écriture essentielle dans laquelle la matière et la couleur se réunissent définitivement.

« Il domine la matière et la technique dont il s’est doté lui-même et à travers lesquelles il réussit à donner corps aux couleurs qui l’obsèdent le plus. Dans l’application de la couleur, Alonso joue avec la dureté et la texture de la matière ; il introduit des éléments qui font référence au paysage de Genainvilliers, au travail des paysans ou au geste de l’artiste fixant la couleur sur la toile. De là, que parfois il laisse sur la toile la spatule ou le petit morceau de bois qu’il a employé pour étendre la couleur. »

— Juan Carlos Marset

Tracés dans le Rouge - Pigments sur panneau - 22,5 x 27 cm
Tracés dans le Rouge - Pigments sur panneau - 22,5 x 27 cm

En 1987, Juan Carlos Marset, intellectuel et universitaire espagnol, proche de Maria Zambrano, rencontre Angel Alonso à l’occasion de ses recherches sur la philosophe et prend la mesure de l’importance capitale du travail d’Alonso. Une grande rétrospective est alors mise en œuvre en Espagne, où l’intégralité de l’atelier d’Alonso est transporté pour l’organiser.

Vers la fin des années 1980, Alonso est accablé par de sérieux soucis de santé et se voit contraint de s'installer définitivement Rue Brézin. En mai 89, à l'hôpital Lannec, il écrira le poème Beauté Cadavre.

Les dernières années[modifier | modifier le code]

La série Désastres, exposée en 1992 à la Galerie Sapone de Nice, constitue l'aboutissement de sa dernière recherche. Il abandonne à nouveau ses jaunes, verts, terres pour retourner au noir et au blanc comme dernier refuge dans lequel il se sent sûr. Ses derniers tableaux, des petits formats -esquisses possibles pour un temps qui ne viendra jamais- bouclent le voyage de son œuvre et de sa vie.

La mort brutale d’Angel Alonso à Paris, le , transforme la rétrospective en hommage sous la forme d’une exposition. Elle aura lieu en France, à l’Institut Cervantes (Paris, 1996), et en Espagne à la Fundacion Marcelino Botin (Santander, août-septembre 1996), Circulo de Bellas Artes (Madrid, janvier 1997).

En 2009, le musée Reina Sofía (Madrid) achète un nombre important de ses œuvres tandis que l’État espagnol reçoit ses archives (écrits, correspondances, documents), avec en perspective la création d’une fondation à Santander.

En 2013 se déroule à l'Artsenal de Dreux l'exposition Àngel Alonso qui rassemble les œuvres du peintre pour la première fois depuis pratiquement 20 ans.

2014: Sept 10 - Nov. 8 Vingt années après la disparition de Angel Alonso, la galerie Michel Soskine Inc. (Madrid-New York) rend hommage à l'artiste par la première exposition dans une galerie de Madrid d'un choix d'œuvres sélectionnées dont certaines majeures.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Ángel Alonso, Somogy Éditions d'Art, 2014

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. [http://jpmgemmes.com/pierre-tal-coat-1905-1985/ http://jpmgemmes.com/?s=alonso « ANGEL ALONSO (1923-1994) »], sur www.jpmgemmes.com (consulté le 13 juillet 2010)

Liens externes[modifier | modifier le code]