Andrew Harclay

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Andrew Harclay
Image illustrative de l’article Andrew Harclay
Enluminure contemporaine représentant Harclay durant le siège de Carlisle en 1315.

Titre Comte de Carlisle
(1322 - 1323)
Commandement Gardien des Marches de l'Ouest
Conflits Guerres d'indépendance de l'Écosse
Guerre des Despenser
Faits d'armes Siège de Carlisle
Bataille de Boroughbridge
Biographie
Naissance v.
Décès
Carlisle
Père Michael Harclay
Mère Joan FitzJohn

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Andrew Harclay ou Andreas de Harcla (né vers 1270 et mort le 3 mars 1323), 1er comte de Carlisle, est un important chef militaire anglais dans le Nord de l'Angleterre sous le règne d'Édouard II. Originaire d'une famille de chevaliers du Westmorland, il est nommé shérif du Cumberland en 1311. Il se distingue durant les guerres d'Écosse, notamment en défendant le château de Carlisle contre Robert Bruce en 1315. Peu après cette victoire, il est capturé par les Écossais et seulement libéré après le paiement d'une rançon. Le plus grand succès militaire d'Harclay survient le 16 mars 1322, lorsqu'il bat le comte rebelle Thomas de Lancastre à Boroughbridge, ce qui lui vaut d'être titré comte de Carlisle par le roi Édouard II.

Désormais l'un des principaux commandants militaires à la frontière écossaise, Harclay n'approuve pas la façon dont Édouard II dirige la guerre contre l'Écosse. Après une défaite anglaise humiliante à Old Byland le 14 octobre 1322, il comprend que la victoire de l'Angleterre est devenue impossible et décide d'entamer des pourparlers avec les Écossais, à l'insu du roi. En signant un traité de paix avec Robert Bruce le 3 janvier 1323, il commet un acte relevant de la haute trahison[1]. Le roi ordonne immédiatement l'arrestation du comte, qui a lieu le 25 février. Traduit devant la justice royale le 3 mars, ce dernier est dépouillé de ses titres et charges et exécuté le jour même. Harclay subit le supplice d'être pendu, traîné et équarri et ses restes sont dispersés dans le royaume. Seulement cinq ans plus tard, sa famille reçoit l'autorisation de lui offrir une sépulture mais la sentence de trahison à son encontre n'a jamais été levée.

Biographie[modifier | modifier le code]

Origines[modifier | modifier le code]

Les Harclay tirent leur nom du village de Hartley, dans le Westmorland[2]. L'enfance d'Andrew Harclay est mal connue, mais il est vraisemblablement le fils aîné du chevalier Michael Harclay et de Joan FitzJohn, fille d'un propriétaire terrien du Yorkshire. Il est le frère aîné du théologien Henry Harclay, chancelier de l'université d'Oxford de 1313 à 1316[3]. Leur père Michael appartient à la retenue de la famille Clifford ; il occupe le poste de shérif du Cumberland de 1285 à 1296. Son fils Andrew est mentionné pour la première fois à l'occasion d'un eyre dans le Westmorland en 1292. Il doit avoir au moins vingt-et-un ans à cette date, ce qui situerait sa date de naissance vers le début des années 1270[3].

Carrière militaire[modifier | modifier le code]

Le château de Carlisle, défendu âprement par Harclay en 1315.

Dans le cadre des guerres d'Écosse, Andrew Harclay participe à une première campagne en 1304. En 1309, la couronne lui ordonne de venir en aide au baron Robert de Clifford dans la défense des Marches[3]. Il est nommé shérif du Cumberland en 1311, tout comme son père l'avait été quelques années auparavant, et élu chevalier de comté l'année suivante. En décembre 1313, il se distingue en menant la défense contre une invasion écossaise[3]. Durant l'été 1315, il défend avec succès le château de Carlisle contre le roi d'Écosse Robert Bruce[4]. Sa victoire lors de ce siège lui vaut une récompense de 1 000 marcs de la part du roi Édouard II[5].

Fin 1315 ou début 1316, Andrew Harclay est capturé par les Écossais, qui exigent une rançon de 2 000 marcs. En dépit des rumeurs répandues à son sujet par les ennemis locaux qu'il s'est attirés à cause de son avancement, Édouard II lève la somme exigée par ses ravisseurs, mais semble avoir retiré sa faveur à Harclay pendant les années qui suivent[3]. Il ne retrouve son poste de shérif qu'en 1319, mais il reçoit également les charges de gardien des châteaux de Carlisle et de Cockermouth, ainsi que Gardien des Marches de l'Ouest. Il est convoqué nommément au Parlement en 1321[3].

Boroughbridge[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Bataille de Boroughbridge.
Carte du champ de bataille de Boroughbridge, montrant comment les forces de Harclay barrent le passage de la rivière au comte de Lancastre.

L'apogée de la carrière militaire d'Andrew Harclay arrive en 1322 avec la bataille de Boroughbridge. Celle-ci vient couronner un conflit opposant le roi au plus puissant de ses vassaux, le comte Thomas de Lancastre, qui n'approuve pas la façon dont la couronne traite le conflit avec l'Écosse[6]. Après avoir tenté en vain de susciter une insurrection, le comte de Lancastre s'enfuit vers le Nord en mars 1322. En tant que shérif, Harclay se voit ordonner par le roi de lever des troupes dans le Cumberland et le Westmorland et de s'avancer vers le Sud[7]. Il est censé rallier l'armée royale, mais durant une halte à Ripon, il apprend que le comte de Lancastre doit arriver à Boroughbridge le lendemain[8]. Harclay décide de sauter sur l'occasion et de barrer la voie au comte en occupant le pont enjambant la rivière Ure[9].

L'armée du comte de Lancastre arrive à Boroughbridge le 16 mars. Il ne dispose que de 700 chevaliers et hommes d'armes avec leurs retenues, tandis que Harclay commande environ 4 000 hommes[10]. L'armée loyaliste est également de meilleure qualité, étant composée de vétérans des guerres d'Écosse. Harclay a d'ailleurs recours à des tactiques écossaises, apprises par les Anglais durant ce conflit[9] : la Chronique de Lanercost décrit son application du schiltron, une formation compacte de lanciers à pied qui s'avère particulièrement efficace contre la cavalerie du comte de Lancastre[11]. D'après le Brut, le comte aurait tenté de convaincre Harclay de le rallier, lui promettant de vastes terres en échanges[12]. Harclay lui avait apporté son soutien par le passé, et peut-être même fait partie de sa retenue : son nom figure parmi les bénéficiaires d'un pardon royal de 1318 s'étendant à Lancastre et à ses fidèles[5]. Cette fois-ci, il décide cependant de rester fidèle au roi et décline l'offre du comte[12].

L'affrontement est bref[13]. Le comte de Lancastre compte lancer une charge afin de franchir la rivière à gué, tandis que le comte de Hereford doit franchir le pont[14]. En fin de compte, Hereford est tué sur le pont, son compagnon le baron Roger de Clifford est grièvement blessé, et leur offensive échoue[15]. De son côté, Lancastre subit un tel tir de barrage de la part des archers ennemis qu'il doit renoncer à sa charge[16]. Il est contraint de se rendre le lendemain, l'arrivée de renforts royaux s'accompagnant de défections dans son camp. Il est exécuté le 22 mars[17]. Particulièrement satisfait de Harclay, le roi lui octroie le titre de comte de Carlisle le 25 mars, avec des terres d'une valeur annuelle de 1 000 marcs[18]. Il reçoit également la charge de premier Gardien des Marches le 15 septembre[19].

Trahison[modifier | modifier le code]

Le 14 octobre 1322, l'armée écossaise menée par Robert Bruce met en déroute les Anglais à Old Byland, dans le Yorkshire. Le comte de Richmond est fait prisonnier, et le roi lui-même n'y échappe que de justesse[20]. C'est la plus grosse défaite anglaise contre les Écossais depuis Bannockburn, huit ans plus tôt[21]. Le nouveau comte de Carlisle n'était pas présent à Old Byland : convoqué par le roi, il n'avait pu rassembler ses troupes assez vite pour le rejoindre. Cette débâcle le convainc que l'Angleterre ne peut remporter cette guerre, du moins pas avec Édouard II comme roi[22]. Il décide donc d'entrer en pourparlers avec les Écossais à l'insu de son suzerain[23].

Le 3 janvier 1323, Andrew Harclay signe un traité de paix avec Robert Bruce à Lochmaben[23]. L'Écosse est reconnue indépendante, Robert doit payer 40 000 marcs aux Anglais et s'engage à marier son héritier avec la candidate que lui proposera le roi Édouard[24]. Implicitement, le traité prévoit également une alliance entre Robert et Harclay, dans l'éventualité où l'usage de la force serait nécessaire pour qu'Édouard le respecte[3]. Après cela, le comte de Carlisle ne peut guère s'attendre à la clémence royale, et il compte probablement rallier Robert – la rumeur lui prête des intentions de mariage avec l'une des filles du roi d'Écosse[3]. Pour autant, ses actions ne sont pas nécessairement le produit de machinations politiques : il est possible qu'il ait simplement cherché la meilleure façon de sortir l'Angleterre d'une situation difficile[1].

Quelles qu'aient été les intentions de Harclay, il est resté dans l'histoire comme un traître[25],[26]. Pour reprendre les termes de l'historien Maurice Keen : « Faire une trêve, ou bien donner des sauf-conduits ou se mettre d'accord avec les ennemis du roi sans octroi de pouvoirs appropriés, constituait à nouveau un crime de lèse-majesté et pouvait être défini comme tel dans d'autres affaires militaires »[27]. Même si Harclay avait reçu délégation du roi en février 1322, le traité de janvier 1323 dépasse clairement les limites dans lesquelles il était autorisé à agir[28],[29]. La réaction violente d'Édouard s'explique peut-être également par sa rancœur à l'égard d'un comte qui n'est pas venu le secourir à Old Byland ; néanmoins, rien ne permet d'affirmer que Harclay aurait pu arriver à temps sur le champ de bataille[30].

Mort et postérité[modifier | modifier le code]

Lorsque le roi apprend la trahison de Harclay, il ordonne immédiatement son arrestation. Il fait fortifier les châteaux du Nord, tandis que le comte tente de rallier des soutiens à sa cause[3]. Le bras de fer dure jusqu'à l'arrestation du comte par le chevalier Anthony Lucy au château de Carlisle, le 25 février[31]. Lucy ne dispose pas de forces importantes, et Harclay lui faisait clairement confiance : cette arrestation semble donc s'être effectuée par surprise[3]. Les deux hommes se sont opposés au sujet de l'honneur de Papcastle, et la brève suspension des terres de Lucy par le comte après la rébellion de 1322, rébellion à laquelle le chevalier n'avait pourtant pas participé, a également pu envenimer leurs relations[32].

La lecture de l'acte d'accusation a lieu le 3 mars à Carlisle, mais le comte n'a pas l'occasion de faire entendre sa voix[3]. On le dépouille d'abord de l'épée qui a servi à le faire comte, puis de ses éperons de chevalier[33],[34]. Reconnu coupable de trahison, il est condamné à être pendu, traîné et équarri[32]. Il fait preuve de courage durant son exécution et ne cesse d'affirmer avoir agi dans l'intérêt de son pays[3]. Sa tête est amenée au roi à Knaresborough, dans le Yorkshire, avant d'être exposée sur le Pont de Londres pendant cinq années. Les quatre morceaux de son corps sont exposés à Carlisle, à Newcastle, à Bristol et à Douvres[29].

Ce n'est qu'en 1328 que Harclay connaît une sépulture chrétienne, grâce aux démarches entreprises par sa sœur[35]. Sous le règne d'Édouard III, son neveu Henry Harclay demande que la charge de trahison retenue contre son oncle soit annulée, mais il n'obtient pas gain de cause[3]. En ce qui concerne le traité de paix, la sagesse politique de Harclay a été confirmée après sa mort : l'inefficacité militaire d'Édouard II et son refus de renoncer au trône d'Écosse rendit la situation intenable pour les Anglais[36]. Comme l'avait pressenti Harclay, l'Angleterre ne pouvait espérer remporter le conflit, d'autant que l'exécution du comte privait le royaume d'un de ses principaux commandants militaires sur la frontière écossaise[37]. Ainsi, moins de trois mois après la mort du comte, Édouard II conclut le 30 mai 1323 une trêve de treize ans avec Robert Bruce[38].

Dans la fiction[modifier | modifier le code]

Les négociations secrètes de Harclay avec Robert Bruce sont décrites de manière détaillée dans le roman The Price of the King's Peace, troisième volume de la trilogie consacrée à Bruce par l'écrivain écossais Nigel Tranter. Le comte de Carlisle apparaît dans le roman sous le nom d'Andrew Harcla.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Barrow 1965, p. 351.
  2. Barrow 1965, p. 338.
  3. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l et m Summerson 2004.
  4. Phillips 1972, p. 89.
  5. a et b Fryde 1979, p. 123.
  6. Maddicott 1970, p. 108-109.
  7. McKisack 1959, p. 66.
  8. Haines 2003, p. 139.
  9. a et b Barrow 1965, p. 344.
  10. Maddicott 1970, p. 311.
  11. DeVries 1996, p. 93-94.
  12. a et b DeVries 1996, p. 94-95.
  13. Prestwich 2007, p. 201.
  14. DeVries 1996, p. 94.
  15. Haines 2003, p. 140.
  16. DeVries 1996, p. 95-96.
  17. Haines 2003, p. 140-141.
  18. Prestwich 2007, p. 356.
  19. Haines 2003, p. 271.
  20. Barrow 1965, p. 345-346.
  21. Barrow 1965, p. 346.
  22. Haines 2003, p. 167-168.
  23. a et b Phillips 1972, p. 229.
  24. Barrow 1965, p. 351-352.
  25. Maddicott 1970, p. 323.
  26. Childs 2005, p. 46.
  27. Keen 1996, p. 161.
  28. Keen 1996, p. 160-161.
  29. a et b Haines 2003, p. 272.
  30. Fryde 1979, p. 131.
  31. Phillips 1972, p. 229-230.
  32. a et b Fryde 1979, p. 157.
  33. Haines 2003, p. 273.
  34. Renton 1889, p. 12.
  35. Prestwich 2007, p. 385.
  36. Tout 1914, p. 150.
  37. Fryde 1979, p. 132, 158.
  38. Barrow 1965, p. 353.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sources primaires[modifier | modifier le code]

  • (en) G. W. S. Barrow, Robert Bruce and the Community of the Realm of Scotland, Eyre & Spottiswoode, (ISBN 978-0-7486-2022-7).
  • (en) Wendy Childs, Vita Edwardi Secundi, Oxford University Press, (ISBN 0-19-927594-7).
  • (en) Kelly DeVries, « The Battle of Boroughbridge, 1322 », dans Infantry Warfare in the Early Fourteenth Century: Discipline, Tactics, and Technology, Boydell, (ISBN 0-85115-567-7).
  • (en) Natalie Fryde, The Tyranny and Fall of Edward II, 1321-1326, Cambridge University Press, (ISBN 0-521-54806-3).
  • (en) Roy Martin Haines, King Edward II: Edward of Caernarfon, His Life, His Reign, and Its Aftermath, 1284–1330, McGill-Queens University Press, (ISBN 978-0-7735-2432-3).
  • (en) Maurice H. Keen, Nobles, Knights and Men-At-Arms in the Middle Ages, Hambledon Press, (ISBN 1-85285-087-6).
  • (en) May McKisack, The Fourteenth Century: 1307–1399, Oxford University Press, (ISBN 0-19-821712-9).
  • (en) J. R. Maddicott, Thomas of Lancaster, 1307–1322, Oxford University Press, (ISBN 0-19-821837-0).
  • (en) J. R. S. Phillips, Aymer de Valence, Earl of Pembroke 1307–1324, Oxford University Press, (ISBN 0-19-822359-5).
  • (en) Michael Prestwich, Plantagenet England: 1225–1360, Oxford University Press, (ISBN 0-19-822844-9).
  • (en) Edward Renton, Heraldry in England, Wyman & Sons, (lire en ligne).
  • (en) Henry Summerson, « Harclay, Andrew, earl of Carlisle (c.1270–1323) », dans Oxford Dictionary of National Biography, Oxford University Press, (lire en ligne) (inscription nécessaire).
  • (en) Thomas Tout, The place of the Reign of Edward II in English History, Manchester University Press, (ISBN 88-920000-8-X).
  • (en) Peter Traquair, Freedom's Sword, Roberts Rinehart Publishers, (ISBN 1461004152).

Sources secondaires[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  • (en) James Conway Davies, The Baronial Opposition to Edward II: Its Character and Policy, a Study in Administrative History, Cass, (lire en ligne).
  • (en) Maurice Keen, « Treason trials under the law of arms », Transactions of the Royal Historical Society, Cass, vol. 5, no 12,‎ , p. 85-103.
  • (en) P. A. Munch, « Concordia facta inter Anglicos et Scotos, 3 January 1322/3 », Proceedings of the Society of Antiquaries of Scotland, Cass, vol. 3,‎ 1857-1860, p. 454-462 (lire en ligne).
  • (en) E. L. G. Stones, Anglo-Scottish relations, 1174–1328: some selected documents, Oxford University Press, .
  • (en) Matthew Strickland, « All Brought to Nought and Thy State Undone: Treason, Disinvestiture and the Disgracing of Arms under Edward II », Soldiers, Nobles and Gentlemen: Essays in Honour of Maurice Keen, Boydell Press,‎ , p. 279-304 (ISBN 1-84383-486-3).
  • (en) Henry Summerson, Medieval Carlisle: the city and the borders from the late eleventh to the mid-sixteenth century, 2 volumes, Cumberland and Westmorland Antiquarian and Archaeological Society, extra ser., 25, .

Liens externes[modifier | modifier le code]