Andrée Maillet

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Andrée Maillet
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Biographie
Naissance
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Voir et modifier les données sur Wikidata (à 74 ans)
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Andrée Maillet ( - ) est une poétesse et romancière québécoise.

Biographie[modifier | modifier le code]

Ses parents[modifier | modifier le code]

Née à Montréal en 1921, Andrée est la fille de Roger Maillet, un grand patron de presse. Lui-même a fait partie, dans sa jeunesse, de la Tribu des Casoars, un groupe littéraire d’avant-garde du tournant du XXe siècle, que Richard Foisy a mis au jour dans les dernières années. Roger y côtoie ses amis Victor Barbeau et Marcel Dugas. Avec son frère Roland Maillet, il lance des journaux à succès comme Le Petit Journal et Photo-Journal. Il épouse Corinne Dupuis, héritière des magasins Dupuis Frères, elle-même peintre, musicienne et journaliste. Le couple Dupuis-Maillet fait de sa maison le rendez-vous de l’élite intellectuelle et artistique de l’entre-deux-guerres. Dès son plus jeune âge, Andrée côtoie de près artistes et écrivains des années 1920 et 1930, qui arrivent en bandes à la maison familiale, la Maison Chapleau, de Sainte-Thérèse.

Son enfance, ses premiers écrits[modifier | modifier le code]

Il allait de soi pour ses parents qu’Andrée devait écrire. À l’âge de neuf ans, elle tient un journal. En 1933, à l’occasion d’un voyage familial en Europe, elle est chargée par son père d’écrire un carnet de voyage hebdomadaire pour la page consacrée aux enfants dans Le Petit Journal, sous le nom de plume de « Pigeon voyageur ». Elle a alors onze ans. Adolescente, elle frappe à la porte de Jean-Charles Harvey, directeur du journal Le Jour, qui la reçoit avec un sourire et accepte de publier ses premiers poèmes. Des poèmes de potache, se rappelle-t-elle plus tard. « Il n’y avait rien là-dedans, sinon le goût de s’exprimer ».

Douée d’une voix remarquable, Andrée entreprend à l’âge de 15 ans des études musicales très poussées, avec l’intention de devenir chanteuse classique. Elle ne cesse cependant jamais d’écrire et consacre beaucoup de temps à ses journaux intimes et à sa poésie. Elle signe aussi dans les journaux de son père des chroniques remplies de bons sentiments sous le pseudonyme de Rose-Marie, chroniques pour lesquelles elle reçoit un salaire de 10$ par semaine.

On est loin de l’éducation traditionnelle donnée aux jeunes filles de bonne famille. Son père juge en effet qu’elle doit travailler pour gagner son argent de poche. Lorsque Andrée se plaint que son allocation n’est pas assez élevée, Roger Maillet lui propose d’écrire plus. Elle commence alors à publier des contes et des nouvelles destinés aux enfants de douze à quatorze ans, qu’elle signe du pseudonyme Ève de Reyberolles. L’usage des pseudonymes lui est imposé par son père : élevée dans une famille de journalistes qui porte la tradition du grand reportage aux nues, elle doit faire ses classes. Avant d’être autorisée à signer de son patronyme, elle doit d’abord apprendre à écrire.

Durant ces années d’apprentissage, Andrée écrit un roman patriotique au titre éloquent, À la recherche de la patrie, qu’elle ne cherche pas à publier. Journaliste, elle signe aussi des reportages, des entrevues, et publie quelques poèmes.

New-York[modifier | modifier le code]

À l’automne 1943, elle part étudier le chant à New York auprès d’un professeur de chant célèbre, le maestro William Pierce Hermann. Cette période new-yorkaise de sa vie se révèle essentielle pour sa carrière d’écrivain. Plusieurs des personnages qui peupleront son œuvre trouvent leur inspiration dans la faune de la Maison internationale, la maison des étudiants étrangers de l’Université Columbia où elle loge elle-même. C'est là qu'elle en chantier plusieurs textes qu’elle retravaillera par la suite et publiera beaucoup plus tard dans sa vie, dont quelques contes du Le lendemain n’est pas sans amour. En 1943, alors qu’elle est toujours à New York, Le Marquiset têtu et le mulot réprobateur, un conte pour enfants, paraît aux Éditions Variétés, à Montréal. Ce conte sera réédité par Casterman en 1965. En 1945, c’est la parution de Ristontac, magnifiquement illustré par le caricaturiste Robert Lapalme, aux Éditions Lucien Parizeau.

En plus de ses cours de chant, Andrée suit à Columbia des cours de philosophie, de langues et de littérature. Tous ces cours, ces sorties mondaines et culturelles, ces frais de séjour coûtent cher, comme elle s’en confie souvent à sa mère. Le salaire qu’elle reçoit pour ses textes sur la vie culturelle et artistique de la métropole américaine et ses chroniques signées Rose-Marie couvre une partie des frais engagés. Elle produit plus quand elle besoin de plus d’argent. Ce travail de journaliste à New York fait vraisemblablement d’elle, en 1943, la première correspondante de presse canadienne-française à l’étranger. Elle est d’ailleurs maintenant autorisée à signer ses articles de son vrai nom.

Paris[modifier | modifier le code]

Andrée est de retour à Montréal en 1945. Son parrain musical, Marcel Dupré, un célèbre musicien qui tient les orgues de Saint-Sulpice à Paris, remarque sa voix et l’encourage à poursuivre ses études musicales dans la capitale française. Elle prend le bateau transatlantique en décembre 1946, et met les pieds dans le Paris d’après-guerre au début janvier de 1947. La série de grands reportages qu’elle publie alors dans le Petit Journal et dans Photo-Journal, plus d’une trentaine au total, est un témoignage extrêmement vivant et documenté des difficultés de la vie dans cette société qui peine à se relever des blessures de guerre : coût astronomique des aliments et du charbon, rationnement, marché noir, pénurie de logement, froid intense. Ces articles suscitent un grand intérêt à Montréal. En s’inscrivant comme journaliste auprès des armées d’occupation française, britannique et soviétique, Andrée Maillet devient la première correspondante canadienne-française à faire des reportages dans les zones occupées de l’Allemagne de l’après-guerre. Les articles qu’elle en tire, qu’elle veut d’une grande objectivité, informent les Canadiens français sur des réalités dont ils ont alors peu idée. Ces reportages fascinants lui valent d’ailleurs d’être élue membre de l’Anglo-American Press Association de Paris. À la lecture de ces textes, on en vient d’ailleurs à se demander par quel troublant mystère l’histoire de la presse n’a pas retenu son nom comme l’une des pionnières du grand reportage au Québec.

En juin 1947, lors d’une cérémonie sur les plages du débarquement (Juno Beach) à la mémoire de soldats canadiens tombés au combat, Andrée fait une rencontre capitale qui change sa vie. Le capitaine Lloyd Hamlyn Hobden, blessé au combat durant la guerre, est un jeune étudiant canadien qui fait une thèse de doctorat à Paris sur le comique chez Flaubert. Elle l’épouse en décembre suivant, en présence de Roger Maillet et d’amis de la famille, à Paris. Les Hobden restent en France jusqu’en 1951, le temps que Lyn termine sa thèse. Journalistes tous les deux, ils vivent de leurs photo-reportages. Andrée consacre par ailleurs comme toujours une grande partie de son temps à ses cours de chant avec Roy Royal, à la poésie et à la fiction.

Son retour à Montréal[modifier | modifier le code]

En septembre 1947, sa mère, Corinne Dupuis-Maillet, rachète la revue de création littéraire Amérique française de François Hertel. À partir de ce moment, Andrée prend une part active dans la composition des numéros, conseillant sa mère sur les auteurs à publier et lui faisant régulièrement part de sa conception de la littérature.

De retour au pays, Lyn entre au service de l’entreprise de presse de son beau-père, et Andrée prend la direction d’Amérique française, tout en travaillant comme journaliste et éditorialiste au Petit Journal et au Photo-Journal. Elle est révoltée de voir que des publications comme la Revue moderne et la Revue populaire publient des feuilletons médiocres écrits en France au lieu de mettre de l’avant des plumes d’ici. Elle rêvait depuis longtemps de l’orientation qu’elle donnerait à sa revue. Amérique française devient ainsi le « seul lieu vivant d’animation de notre littérature à cette époque », selon Gaston Miron, à qui Andrée Maillet a d’ailleurs donné sa première chance. Elle joue un rôle de mentor et de conseiller pour ces auteurs, comme le montre sa correspondance concernant la revue.

À ses occupations professionnelles s’ajoutent celles de jeune mère de famille. Elle donne naissance à trois enfants durant ces années. Elle continue aussi à travailler à sa propre œuvre. Son premier roman, Profil de l’Orignal, paraît en 1952.

En dehors des nouvelles qu’elle publie dans sa revue, Andrée Maillet, fort occupée, ne publie rien d’autre dans les années 1950. Son engagement dans la vie littéraire se poursuit et se transforme dans la décennie suivante. Dotée d’une santé fragile, et par ailleurs fort occupée, elle doit mettre fin à sa revue en 1960, la tâche s’avérant trop lourde. En 1963, elle publie deux recueils de contes et nouvelles, d’un genre fort différent. Le lendemain n’est pas sans amour rassemble des « contes à dormir debout », comme elle les appelle, dont une grande partie ont été écrits dans les années 1940 et 1950. D’un tout autre genre, les portraits réunis dans le recueil Les Montréalais démontrent le sens de l’observation d’Andrée Maillet. Elle publie d’autres œuvres importantes, comme Les Remparts de Québec, en 1965, très bien accueillie par la critique, et où l’on retrouve en filigrane une des préoccupations du premier roman, la quête d’identité personnelle liée à celle de la nation, sans que ce discours ne vienne alourdir l’écriture. La même année, la parution du Chêne des tempêtes lui vaut le premier prix littéraire de la Province de Québec, section jeunesse. Elle publie aussi quelques nouvelles, du théâtre, un scénario et des poèmes dans les Écrits du Canada français. En 1967, la Presse canadienne lui rend hommage en la désignant femme de l’année.

Sa maladie[modifier | modifier le code]

Cette décennie riche en publications et en honneurs se termine sur une note tragique sur le plan personnel. On lui détecte un cancer qui, mal soigné, la cloue au lit pour une grande période et viendra la hanter ponctuellement pour le reste de sa vie. Après en avoir fait un mode de vie, l’écriture devient alors pour elle une bouée de sauvetage. Elle écrit désormais pour vivre. Mais, toujours passionnée, toujours profondément engagée, elle fonde la section canadienne- française du PEN Club avec Jean Éthier-Blais et Alice Parizeau.

Entre les répits que lui accorde la maladie dans les années 1970, Andrée Maillet entreprend la publication de ce qui, depuis plusieurs années, représente son grand projet littéraire. À travers l’histoire personnelle de ses héroïnes féminines, Arabelle, Ursule et Salomé, toutes les trois membres d’une même famille, elle trace le portrait de la bourgeoisie canadienne-française des années 1940 à 1960. À la mémoire d’un héros est accueilli comme un grand livre, les deux tomes qui suivent reçoivent un accueil plus dubitatif, notamment à cause de la forme épistolaire choisie, qui ne rend pas justice à la plume de Maillet. Ce qui n’empêche pas l’Académie canadienne-française de la recevoir dans ses rangs en 1974. Quatre ans plus tard, elle est nommée membre de l’Ordre du Canada.

Dans les années qui suivent, Andrée Maillet, très malade, ne publie plus d’œuvres inédites. Elle se consacre cependant encore et toujours à l’écriture. Elle corrige À la mémoire d’un héros et Lettres à Salomé, en vue de les rééditer. Elle écrit et réécrit Les Princes de sang, dernier volet de son roman familial, qui est resté à ce jour à l’état de manuscrit. Si, par la force des choses, elle se fait plus rare sur la place publique, elle atteint cependant une certaine reconnaissance. En 1990, son œuvre est couronnée par le Prix Athanase-David. En 1991, elle est nommée Grand officier de l’Ordre national du Québec (1991). Mais, alors que son œuvre est reconnue par l’establishment littéraire, elle disparaît des librairies. La maladie a finalement raison d’Andrée Maillet, qui décède en 1995 alors âgée de 74 ans.

Honneurs et distinctions[modifier | modifier le code]

  • Prix littéraire de la Province de Québec, section jeunesse pour Le Chêne des tempêtes
  • Femme de l'année par La Presse canadienne (1967)
  • Officier de l'Ordre du Canada en 1978
  • Prix Athanase-David (1990) pour l'ensemble de son oeuvre littéraire
  • Grand officier de l’Ordre national du Québec (1991)

Ses oeuvres[modifier | modifier le code]

Romans[modifier | modifier le code]

  • Profil de l'orignal (roman), Montréal, Amérique française, 1952.
  • Les Remparts de Québec (roman), Montréal, Éditions du Jour, 1964.
  • Le bois pourri (roman), Montréal, L'Actuelle, 1971.
  • Le Doux Mal (roman), Montréal, L'Actuelle, 1972.
  • À la mémoire d'un héros (roman), Montréal, La Presse, 1975.
  • Lettres au surhomme I-II (roman), 2 vol., Montréal, La Presse, 1976-1977.

Nouvelles[modifier | modifier le code]

  • Le lendemain n'est pas sans amour (contes et nouvelles), Montréal, Éditions Beauchemine, 1963.
  • Nouvelles montréalaises, Montréal, Beauchemin, 1966.
  • Les Montréalais (nouvelles), Montréal, Éditions du Jour, 1962; l'Hexagone, 1987.

Jeunesse[modifier | modifier le code]

  • Le Marquiset têtu et le mulot réprobateur (contes), Montréal, Variétés Dussault et Péladeau, 1944.
  • Ristontac (conte), Montréal, Éditions Lucien Parizeau, 1945.
  • Le Chêne des tempêtes (contes), Montréal, Fides, 1965.

Poésie[modifier | modifier le code]

  • Élémentaires (1954-1964) (poésie), Montréal, Déom, 1964.
  • Le paradigme de l'idole : Essai-poème, Montréal, Amérique française, 1964.
  • Le Chant de l'Iroquoise (poésie), Montréal, Éditions du Jour, 1967.

Liens externes[modifier | modifier le code]