André Renard (syndicaliste)

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir André Renard et Renard (homonymie).
André Renard
André Renard.jpg

André Renard (1961).

Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 51 ans)
SeraingVoir et modifier les données sur Wikidata
Nom de naissance
André Marie Jacques RenardVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Activités
Autres informations
Parti politique
Distinction

André Renard (Valenciennes, le - Seraing ) est un syndicaliste et résistant belge, militant wallon[1].

Né à Valenciennes en 1911, syndicaliste dès 1932, André Renard s’engage déjà en 1936 dans des actions syndicales dont il exige l’indépendance face aux partis politiques. Fait prisonnier et déporté en Allemagne de 1940 à 1942, il est libéré pour cause de maladie et rapatrié en Belgique où il s'engage dans la Résistance à Liège. Faisant partie du syndicalisme clandestin, il sera une des plus grandes figures du Mouvement syndical unifié et de la FGTB.[2]

En 1950, lors de la Question royale sur le retour de Léopold III, André Renard défend le mouvement ouvrier et prône une action fédéraliste devant le Congrès national. En 1960, lors du vote de la Loi unique et le la grande grève, il est la figure vedette des syndicalistes wallons et devient président du Comité de Coordination des Régionales FGTB de Wallonie durant les cinq semaines de la grève. Il se rend compte assez vite que ce n’est pas par l’action syndicale qu’il pourra voir la Belgique basculer vers un état fédéral et non plus unitaire. Il décide dès lors de démissionner et fonde le Mouvement Populaire Wallon (MPW) en 1961 jusqu’à sa mort prématurée[2].

Il meurt à Seraing en 1962, après une longue carrière syndicaliste militante.    

Débuts[modifier | modifier le code]

À l’issue de son service militaire et de ses études techniques industrielles, André Renard débute comme ouvrier chez Cockerill en 1932. Il contribue à y fonder les premiers noyaux syndicaux en s’opposant vivement au système « Baudeau », un système d’organisation du travail qui porte fortement préjudice aux ouvriers. Cette opposition lui vaudra son renvoi immédiat. En 1936, il se joint aux grèves des congés payés et de la semaine des 40h[3].

En 1937, il s’engage au sein du comité exécutif de la Fédération syndicale des Métallurgistes de Liège et publie plusieurs articles dans la revue le Cri des jeunes, dans lequel il fait valoir ses positions de militantisme antifasciste[3].

Résistance[modifier | modifier le code]

Mobilisé en 1939, il est arrêté en 1940 et emprisonné en Allemagne jusqu’en 1942, année où il est libéré et rapatrié en Wallonie pour des raisons médicales. Très vite, il s’engage dans la Résistance pour lutter contre les déportations, en essayant de réduire la production et de détruire l’outil. Cela ne l’empêche pas de continuer son engagement auprès des travailleurs au travers de la presse clandestine et du Service Socrate en 1943[3].

Syndicalisme unique[modifier | modifier le code]

Au lendemain de la guerre, un groupe de syndicalistes dont André Renard fait partie vont rédiger un manifeste dans lequel ils prônent un rassemblement de toutes les forces syndicales en un syndicat unique. Malheureusement ce projet fut un échec. Néanmoins, André Renard réussi à former une unité syndicale à Liège, et crée la F.G.T.B auquel se relient plusieurs syndicats, notamment le SGUSP, la CGTB, les CLS et le MSU lors du congrès de fusion du 28 et 29 avril 1945[4].

C’est également en 45 que Renard prend position face à la Question royale, contre le retour de Léopold III. Il dit « Politiquement et patriotiquement, Léopold III est condamné ; socialement, il est sans intérêt »[4]. De plus, il se plaint du fait que cette affaire coûte cher à la classe ouvrière et qu’elle détourne l’attention politique du réel problème social : « Le retour de Léopold III ne doit pas permettre au patronat d’éviter de tenir promesse »[4] dit-il. Ainsi, il fera partie des grandes figures lors de la grève de juillet 1950. Plus tard dans le mois, il proclame une Wallonie autonome et prône la formation d’un gouvernement wallon provisoire, initiative clandestine et révolutionnaire à l’époque[4].

Fédéralisme et réforme de structure[modifier | modifier le code]

À partir de 1950, tout en présidant aux côtés du Flamand Louis Major au sein de la FGTB, André Renard se lance dans une bataille pour des réformes structurelles de l’état, qui selon lui fonctionne très mal tant au niveau financier, en matière d’investissement, tant au niveau de son intégration au sein du Marché commun. Ce programme qu’il propose va être la naissance de tensions entre les syndicalistes wallons et flamands. Il se rend compte que les wallons sont en minorité au niveau démographique national, mais largement majoritaires sur la scène du syndicalisme. Il souhaite ainsi fédéraliser la FGTB, chose à laquelle les flamands n’adhèrent point.A cette même époque, André Renard est rédacteur du journal La Wallonie, dans lequel on voit au travers des années 1950-1960, émergé son intérêt pour le fédéralisme belge[5].

Prise de conscience wallonne[modifier | modifier le code]

La grève générale de l'hiver 1960-1961[modifier | modifier le code]

Le 4 novembre 1961, le gouvernement Gaston Eyskens publie le projet de loi « d’expansion économique, de progrès social et de redressement financier », dite la Loi unique. Après la question royale qui est venue détourner l’attention des gouvernements, cette loi vient déclencher une tension sociale énorme. Le taux du chômage qui augmente, l’ouverture des frontières, la crise charbonnière, etc. commence à inquiéter les travailleurs et syndicats, à tel point que cela déclenche la grève contre les fermetures en février 1959. La classe ouvrière est sur la défensive[6].

C’est pendant l’hiver de 1960-1961 que la grève générale est déclenchée.  Le 14 décembre 1960, la Wallonie est témoin de manifestations renversantes. En réaction à cette Loi unique, l’industrie publique mais également l’industrie privée partent en grève, grève qui finit par se généraliser y compris en Flandre[7]. Elle paralysera le secteur de l’industrie pendant 5 semaines et aura mobilisé plus de 400 000 grévistes. André Renard sera une des figures centrales lors de cette grève, revendiquant le retrait de la Loi unique et de réformes structurelles de l’état pour un fédéralisme belge[8].

Le Mouvement Populaire Wallon[modifier | modifier le code]

En mars 1961, André Renard décide de quitter ses fonctions au sein de la FGTB. Il démissionne et crée alors le Mouvement Populaire Wallon (MPW), qui n’est ni un parti politique, ni un syndicat, mais bien un « groupe de pression » extérieur qui revendique le fédéralisme et la réforme de structure qui permettra de remédier aux problèmes sociaux et économiques de la Wallonie[9].

Le renardisme[modifier | modifier le code]

On a généralement désigné les vues, les pratiques de Renard, subordonnant la lutte wallonne à l'action syndicale comme relevant d'une vision plus globale de la société, qu'on pourrait considérer comme une forme spécifique de socialisme ou de syndicalisme et qui se désigne sous le nom de renardisme.

Distinction[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Denoël 1992.
  2. a et b Hasquin 2000
  3. a, b et c Delforge, Destatte et Libon 2000, p. 1830.
  4. a, b, c et d Delforge, Destatte et Libon 2000, p. 1833.
  5. Delforge, Destatte et Libon 2000, p. 1838.
  6. Neuville et Yerna 1990, p. 19 à 22.
  7. Neuville et Yerna 1990, p. 79.
  8. Francq et Lapeyronnie 1990, p. 37.
  9. Francq et Lapeyronnie 1990, p. 37 à 39.
  10. « André Renard, Commandeur (Historique) », sur Connaître la Wallonie, (consulté le 11 octobre 2014)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

  • Jacques Yerna, l'un des principaux collaborateurs d'André Renard à la FGTB wallonne et au Mouvement populaire wallon.

lien externe[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Pierre Tilly, André Renard, Bruxelles-Liège, Le Cri, Fondation Renard, .
  • Thierry Denoël, Le nouveau dictionnaire des Belges, Bruxelles, Le Cri, . .
  •  H. Hasquin, Dictionnaire d’histoire de Belgique. 20 siècles d’institutions. : Les hommes, les institutions, les faits, le Congo Belge et le Rwanda-Urundi, Bruxelles, Didier Hatier, . .
  • P. Delforge, P. Destatte et M. Libon, Encyclopédie du Mouvement Wallon, Charleroi, Institut Jules Destrée, . .
  • J. Neuville et J. Yerna, Le choc de l'hiver 60-61, les grèves contre la loi unique, Bruxelles, Pol-His, . .
  • B. Francq et D. Lapeyronnie, Les deux morts de la wallonie siderurgique, Bruxelles, Ciaco, (ISBN 9782870852071).
  • L. Courtois, B. Francq et P. Tilly, La mémoire de la grande grève de l'hiver 1960-1961 en Belgique, Bruxelles, Le Cri, . .
  • R. Moreau, Combat syndical et conscience wallonne : du syndicalisme clandestin au Mouvement Populaire Wallon 1943-1963, Bruxelles, Fondation A. Renard, .

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

Liens externes[modifier | modifier le code]