André-Joseph-Ghislain Le Glay

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André-Joseph-Ghislain Le Glay
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André-Joseph-Ghislain Le Glay, né à Arleux le et mort à Lille le est un médecin, historien et archiviste français.

Un médecin amateur d'histoire[modifier | modifier le code]

Né en 1785 au sein d’une famille de censiers assez aisés (comme l’était Merlin dit de Douai, né comme lui à Arleux), Joseph Le Glay entreprend des études classiques au collège de Douai avant d’entrer à la faculté de médecine à Paris où il est reçu docteur en .

Revenu dans son pays natal, il exerce dès lors la médecine à Cambrai (non loin d’Arleux, paroisse qui dépendait de l’archidiocèse) avec un certain succès, tout en s’intéressant en amateur éclairé à l’histoire et l’archéologie locales.

Ses deux centres d’intérêt le conduisent successivement à publier en 1815 et 1816, un « Indicateur cambrésien » à finalité historique et un « Almanach de la santé » recueil de conseils d’hygiène[1], prélude à une série de travaux innombrables qui vont jalonner toute sa carrière d’historien et d’archiviste.

Sous la Restauration, Le Glay partage ainsi son temps entre ses deux passions. Il ouvre un cours de botanique[2], rédige un catalogue des plantes sur le principe du classement de Linné et enfin participe, par de nombreuses recherches, à une meilleure connaissance de l’histoire du Cambrésis.

Ces derniers travaux lui donnent l’occasion en 1822 d’être nommé archiviste de Cambrai, emploi qui lui offre une première expérience de classement d’un fonds important laissé en désordre après la tourmente révolutionnaire. En 1826, devenu bibliothécaire de la ville, il continue à publier des ouvrages embrassant toutes les périodes historiques, avec néanmoins une prédilection pour l’histoire religieuse, sans doute à cause de la richesse et la qualité des sources dont il dirige en partie la conservation. On devra ainsi au docteur Le Glay la présentation exhaustive des fonds des abbayes de Cambrai, Marchiennes, Douai, Loos et Valenciennes.

Cette recherche historique qui possède toutes les caractéristiques d’une ascèse aussi patiente que coupée du monde rapprochera le docteur Le Glay des bénédictins dont il était un spécialiste reconnu. De fait, il est un des pionniers qui participent en ce début du XIXe siècle au prodigieux essor des sciences historiques en France. Basée sur l’exploitation des sources écrites ainsi que sur l’émergence d’une érudition historique multiforme, cette histoire nouvelle favorise le foisonnement de sociétés savantes qui font découvrir à un public éclairé des pans entiers de l’histoire locale et nationale. Le Glay, secrétaire perpétuel puis président de la Société d'émulation de la ville de Cambrai, outre d’être membre correspondant de la Société royale des antiquaires de France, participe à de très nombreuses académies françaises et étrangères jusqu’à la fin de sa vie[3].

Le fondateur des Archives départementales du Nord[modifier | modifier le code]

Sous la monarchie de Juillet, Guizot fait voter, en 1838, la loi qui organise et finance la conservation des archives publiques dans le pays. Cette initiative va donner à Joseph Le Glay une place éminente, au cœur de la sauvegarde de la mémoire de la nation.

Avant même l’adoption de cette loi, le dépôt pilote choisi par le ministre, dès 1834, était celui du département du Nord pour son importance et l’urgence de son classement (un millénaire d’histoire des comtes de Flandre correspondant à des milliers de pièces y étaient déposé sans aucun ordre). Au titre de son expérience cambrésienne réussie, le choix de l’État se porte en effet sur le docteur Le Glay nommé archiviste en chef à Lille en auquel son fils Edward[4], chartiste, sera adjoint en 1837[5]. En 1843, Le Glay publie le premier guide d’archives départementales, une monumentale « Histoire et description des archives générales du département du Nord » tandis que son fils rédige une « Histoire des comtes de Flandre » plusieurs fois rééditée.

L’année suivante est inauguré, sous le patronage du roi Louis-Philippe, le nouveau bâtiment des archives du Nord[6] dont les travaux ont débuté en 1840. La création de ce site, qui servira de modèle à de nombreux autres dépôts d’archives en France et en Belgique, connaîtra un grand succès, recevant la visite d’Augustin Thierry et de Michelet, le premier pour alimenter son « Recueil des monuments inédits de l'histoire du Tiers état », le second pour rédiger une partie de son « Histoire de France »[7].

Par ailleurs, à partir de 1839, dès sa création, Joseph le Glay est un membre actif de la commission historique du département du Nord. Il joue un rôle déterminant dans cette instance qui a permis, outre de multiples recherches sur la région (inscriptions, onomastique, archéologie, architecture, linguistique, etc.), de garder la mémoire, par des descriptions détaillées, de nombreux monuments aujourd'hui disparus mais plus encore, par des efforts incessants, d'en conserver beaucoup[8].

À sa mort en 1863, Joseph Le Glay reçoit un hommage unanime de toutes les sociétés historiques auxquelles il participait mais plus encore de nombreuses notabilités avec lesquelles il était lié par un jeu d’alliances et de relations professionnelles particulièrement étendu d'abord à Cambrai, Lille, Douai mais aussi dans toute la Flandre dont le territoire, pour l'archiviste, a toujours constitué, au-delà des frontières nationales, une réalité concrète.

Si le docteur Le Glay laisse une certaine fortune à ses enfants[9], son legs scientifique apparaît plus grand encore. On doit en effet à cet autodidacte d’avoir participé aux débuts de la science historique qui fleurira à la fin du XIXe siècle en France à travers la conservation attentive des sources documentaires et leur exploitation scrupuleuse par les chercheurs.

Joseph Le Glay est un des artisans du mouvement historiographique qui a permis depuis que soit connu en France, selon la formule de Ranke, « ce qui s’est réellement passé »[10].

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • 1815 : Indicateur cambrésien
  • 1816 : Almanach de la santé
  • 1825 : Recherches sur l'église métropolitaine de Cambrai
  • 1826 : Notice sur Hermoniacum, station romaine située entre Cambrai et Bavai. - Notice sur un monument à Fénelon dans l'église-cathédrale de Cambrai
  • 1827 : Programme de la fête communale de Cambrai précédé d'une notice sur les principales fêtes et cérémonies publiques qui ont eu lieu à Cambrai depuis le XIe siècle.
  • 1829 : Conjonctures sur l'emplacement du champ de bataille où Jules César défit l'armée des Nerviens - Exposé analytique des travaux de la Société d'émulation de la ville de Cambrai depuis le jusqu'au (1824) - Lettres sur les duels judiciaires dans le nord de la France
  • 1830 : Catalogue descriptif et raisonné des manuscrits de la bibliothèque de Cambrai
  • 1831 : Captif (le) de Forestel, nouvelles du XIVe siècle suivies de notes historiques sur le bourg d'Arleux et autres lieux environnants
  • 1839 : Correspondance de l'empereur Maximilien 1er et de Marguerite d'Autriche [11]
  • 1845 : Négociations diplomatiques entre La France et l'Autriche durant les trente premières années du XVIe siècle[12]
  • 1849 : Cameracum christianum ou Histoire ecclésiastique du Diocèse de Cambrai.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. L’ouvrage présente une épigraphe inspirée de La Bruyère « il n’y a rien que les hommes aiment mieux à conserver, et qu’ils ménagent moins que leur propre santé »
  2. Témoignage de cet intérêt, lorsqu'il reçoit la croix de la Légion d'Honneur en mai 1838, son seul titre est alors "membre de la société d'agriculture de Lille". De même, les armes de sa famille, qu'il a sans doute inventées, reprennent le thème des plantes en présentant un glaïeul (par analogie à son patronyme) posé sur un étang sous la devise laconique "paix et peu".
  3. Le docteur Le Glay sera membre à sa mort de près de quarante sociétés savantes en France et en Europe.
  4. Né en 1814 à Cambrai, sous-préfet et médiéviste, décédé à Paris le 24 juin 1894.
  5. Le fils cadet du docteur Le Glay, Jules André, né en 1815 et décédé en 1863, succédera à son frère aîné Edward comme sous-archiviste. Il sera même durant quelques mois après le décès de son père responsable des archives du Nord.
  6. Construit rue du Pont-Neuf, le site sera désaffecté après la seconde guerre mondiale et les bâtiments détruits dans les années 1980. Son emplacement actuel délimite la fameuse « place sans nom » de Lille.
  7. Joseph Le Glay comme son fils auront même l'honneur d'une citation dans le livre XII consacré aux guerres de Flandre.
  8. Les procès verbaux insérés dans le Bulletin de la commission témoignent de l'acharnement dont font preuve ses membres à protéger, dans une perception très moderne (ainsi pour la sauvegarde des bâtiments le refus des réparations agressives et le respect du dessin et des matériaux originels) les monuments de toute nature (églises, anciennes fortifications, mobiliers etc.) qui, selon l'expression récurrente de Le Glay sont "peu nombreux dans notre département".
  9. Si à sa mort en 1838, son père Julien lui laisse 18 000 francs d’héritage, il lègue quant à lui à ses quatre enfants près de 40 000 francs en 1863.
  10. Selon Ranke, l’historien doit atteindre la plus grande objectivité historique possible en reconstituant « ce qui s'est réellement passé » (wie es eigentlich gewesen) sans juger ces faits et en s’interdisant d’en tirer des enseignements pour un futur hypothétique.
  11. Correspondance de l'empereur Maximilien 1er et de Marguerite d'Autriche de 1507 à 1519 - par M. Le Glay Publié en 1839 par Jules Renouard 6 Rue de Tournon à Paris - Archive de Lelland-Stanford junior University - numérisé par Google Books
  12. Négociations diplomatiques entre La France et l'Autriche durant les trente premières années du XVIe siècle - Publié par l'imprimerie royale en 1845 - Archive de Lelland-Stanford junior University - numérisé par Google Books

Sources[modifier | modifier le code]

  • Stéphane Gerson, "The Pride of Place: Local Memories & Political Culture in Nineteenth-century in France", Cornell university press, 2003.
  • Annuaire statistique du département du Nord, année 1863, "Notice sur la vie et les travaux de feu M. le docteur Le Glay, archiviste du département du Nord, correspondant de l'Institut".