André-Jacob Roubo

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André-Jacob Roubo.

André-Jacob Roubo est un menuisier et ébéniste français, né en 1739 à Paris, mort en 1791 dans la même ville. Il est connu pour son L'Art du menuisier[1], un ouvrage très exhaustif sur l'art de la menuiserie et ses à côtés au XVIIIe siècle.

Biographie[modifier | modifier le code]

Fils et petit-fils de compagnons menuisiers, il devient compagnon lui-même. Il est l'élève de l'architecte Blondel et il reçoit le titre de Maître en 1770 au titre (dérogatoire) de la parution, en 1769, de la première partie de L'Art du menuisier. Il a dessiné et dirigé la construction des grandes coupoles des halles aux Blés et aux Draps, ainsi qu'un escalier monumental pour l'hôtel du marquis de Marbeuf, toutes œuvres aujourd'hui disparues.

Il a écrit un traité complet sur la menuiserie qui couvre pratiquement tous les métiers associés. Son œuvre a été publiée, entre 1769 et 1782, dans les Descriptions des arts et métiers de l'Académie des sciences (Paris)[2]. La rédaction de son ouvrage lui prit quatorze ans de sa vie. En 1777, il publie la première partie d'un Traité de la construction des théâtres et des machines théâtrales (la seconde ne paraîtra pas). Il s'intéresse à la condition sociale des artisans, comme le montrent les notes en bas de page de son ouvrage sur la Menuiserie, qui font de lui un adepte de « l'esprit des Lumières » [3]. Presque ruiné, après 1789, par l'émigration de clients de la noblesse partis sans lui régler des travaux faits, il vit modestement et, sans doute au contact de ses amis du Faubourg Saint Antoine, il entre, en 1790, dans la Garde nationale, et y devient Lieutenant. Il meurt en 1791, rue Saint Jacques à Paris, ci-devant Paroisse Saint-Jacques-du-Haut-Pas, laissant une veuve et quatre enfants mineurs. Sa veuve sera pensionnée, en 1791, au titre des services rendus à la Nation par son mari. Sa biographie a été publiée en 1836, par le futur architecte Louis-Auguste Boileau, alors menuisier, dans la série « Portraits et histoire des hommes utiles » publiés par la Société Montyon et Franklin [4].

Ouvrages[modifier | modifier le code]

André-Jacob Roubo.
  • L'Art du menuisier, publié entre 1769 et 1782.

Republié en 1977 puis en 1982, au format, par Léonce Laget. En 2002, La Bibliothèque de l'Image en a publié une édition au format in-4o, d'un prix plus abordable, et qui contient en outre L'Art du layetier, paru en 1782. L'œuvre compte plus de 1 340 pages ainsi que 389 planches gravées par lui-même. « Le Roubo » est considéré, encore aujourd'hui, comme le meilleur traité de menuiserie bois traditionnelle. Il développe et discute en détail les savoirs techniques des métiers de la menuiserie qui était, sous Louis XV, dans son âge d'or. En quatre parties, dont la troisième est la plus développée, il traite de Menuiserie dormante[5] et ouvrante[6], du Carrossier, du Fabricant en meubles[7], de l'Ébéniste[8] et du Treillageur. Le traité de Roubo est de facto le gardien des « règles de l'art ».

Divers « prolongements » ont été donnés aux XIXe et XXe siècles à L'Art du menuisier, notamment par Dufournet aux éditions Ch. Juliot (Paris) ; mais il n'y demeure pas grand-chose de l'ouvrage original. Pour ce qui touche aux buffets d'orgues, André-Jacob Roubo a collaboré avec Dom François Bédos de Celles[9]

  • Traité de la construction des théâtres et des machines théâtrales, chez Jombert et Collot en 1777.

Réédité en fac-sim. par Slatkine en 1984 sous le prénom erroné de « Jacques-André », comme partie du recueil factice Les arts des instruments ((ISBN 2051006466)). Mais seule la première partie (Histoire et architecture des théâtres, surtout de France et d'Italie) est parue alors même que la seconde (Machines théâtrales) était déclarée en 1777 « prête à être imprimée » : ce qui fait que le titre promet plus que l'ouvrage ne donne. C'est néanmoins un travail remarquable, au format petit in-fo, avec 66 pages de texte sur deux colonnes et 10 belles planches gravées.

Hommages[modifier | modifier le code]

Il existe à Paris (11e arrondissement) depuis 1850 une rue Roubo située dans un quartier habité par des fabricants de meubles.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. La totalité de « L'art du menuisier » a été numérisée par la Bibliothèque électronique suisse à partir d'un ouvrage où se trouve aussi relié, suite à la première partie, le Traité de la construction des théâtres et des machines théatrales.
  2. Extrait des registres de l'Académie Royale des Sciences
  3. Hans-Ulrich Thamer l'a montré dans un important article (en anglais) intitulé « L’art du menuisier. Work pratices of French joiners and cabinet-markers in the eighteenth century » in Mélanges de l’École française de Rome. Moyen-Âge, Temps modernes, 1987, Tome 99-2.
  4. « Portraits et histoire des hommes utiles » publiés et propagés pour et par la Société Montyon et Franklin sur le site Gallica (BNF).
  5. Table des matières Menuiserie en bâtiments tome 1
  6. Table des matières Menuiserie en bâtiments tome 2
  7. Table des matières Menuiserie en meubles
  8. Table des matières Menuiserie ébénisterie
  9. Dans son traité « L’art du facteur d’orgues », Dom Bédos de Celles évoque le traité de Roubo (sans le nommer) au début du deuxième chapitre de la première partie. Puis, par deux fois, Dom Bédos fait explicitement référence au nom de Roubo : la première dans l’article 464 du traité où il est question des buffets d’orgues et la seconde dans l’article 1261 qui se consacre à une « Réflexion sur les Orgues sans Tuyaux apparents ».

    En réciproque, quand Roubo évoque les buffets d’orgues, il cite le bénédictin mauriste (page 251 de L’Art du Menuisier : « Il faut observer que j’ai consulté Dom Bédos, Auteur de l’Art du Facteur d’Orgues, pour toutes les mesures qui ont rapport au mécanisme de l’Orgue, & que nous nous sommes communiqués pour tout ce qui regarde la Menuiserie des buffets. ».

    Mais c’est surtout la recette de la composition du vernis anglais qui démontre la collaboration entre les deux hommes. En effet, à la fin du quatrième chapitre de la quatrième section (« L’Art du Menuisier Ébéniste »), Roubo fait la « Description & usage d’un Vernis propre à vernir & dorer le cuivre & les autres métaux. » citant son aîné de vingt ans de façon touchante :

    « Les Anglois ont long-temps fait un grand mystère de la composition de ce Vernis, & de la maniere d’en faire usage ; cependant il fut communiqué à des Artistes François en 1720 & en 1738 ; & en 1761, il fut détaillé dans les Mémoires de l’Académie Royale des Sciences, où il seroit encore inconnu aux Artistes, ainsi que beaucoup d’autres découvertes qui seroient très-utiles à une infinité d’Ouvriers, sans les recherches que fit le Révérent Pere Dom Bedos, qui ne s’est pas contenté de copier la recette de ce Vernis telle qu’elle est donnée dans les Mémoires de l’Académie, mais qui a joint la pratique à la théorie, en faisant lui-même du Vernis, lequel ne le céde pas à celui d’Angleterre en aucune façon ; c’est de lui que je tiens la maniere de faire ce Vernis & de le mettre en usage. »