Anciennes Glacières de Strasbourg

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Anciennes Glacières de Strasbourg
Image dans Infobox.
Vue de la passerelle de l’écluse de la Petite France
Présentation
Destination initiale
Usine de froid artificiel
Destination actuelle
Hôtel
Construction
1897 (rénovation en 1990)
Patrimonialité
Logo monument historique Inscrit MH (1991, vannes, éléments formant le clos et le couvert)
Localisation
Pays
Région
Collectivité territoriale
Département
Commune
Adresse
3-5, rue des Moulins
Coordonnées
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Les anciennes glacières de Strasbourg sont un ensemble de bâtiments situés sur les canaux de l’Ill dans le quartier de la Petite France. Les bâtiments ont abrité de 1897 à 1990 une usine de froid artificiel avec des machines de la société Quiri, devenue Axima Réfrigération France. Ils ont aujourd'hui été reconvertis en un hôtel cinq étoiles : Le Régent Petite France. Plusieurs équipements industriels ont été conservés dans le cadre du projet d’aménagement en hôtel et ont été inscrits en 1991 sur l'inventaire supplémentaire des monuments historiques, selon les termes de l'arrêté : « en tant qu'enveloppe de protection in situ d'un ensemble technique indissociable ». L'ensemble des machines et de leurs annexes, quant à elles, est protégé par un Classement aux Monuments Historiques (en date du )[1].

Histoire de l’usine[modifier | modifier le code]

L'usine de froid artificiel est née de la conjonction des importantes découvertes techniques du XIXe siècle et du rapide développement de l'industrie agroalimentaire au tournant du siècle. Le froid artificiel est largement diffusé auprès des industriels dans les années 1880. La chute de la rivière Ill, affluent du Rhin, située au cœur du quartier artisanal de la Petite France, avait fait tourner les moulins durant près de huit siècles et c'est sur leur site qu'est créée l'usine strasbourgeoise en 1897, dans des bâtiments du XVIIIe siècle.

La technique utilisée alors pour la fabrication de la glace consiste à vaporiser un gaz liquide pour produire du froid. Le passage de l'état liquide à l'état gazeux est employé depuis 1874-1876 pour produire du froid à échelle industrielle : la machine frigorifique transforme une énergie mécanique, produite par un compresseur (lui-même alimenté par une autre forme d'énergie, hydraulique par exemple), en énergie thermique, en chaleur. Les machines des glacières de Strasbourg fonctionnaient donc comme des réfrigérateurs domestiques.

L’usine cesse sa production le .

Aménagement en hôtel et conservation du patrimoine historique[modifier | modifier le code]

Un projet recomposé par l'atelier Maechel débouche sur un permis de construire le prévoyant la rénovation des trois bâtiments dans l'esprit de l'architecture de la fin du XVIIIe siècle et un traitement contemporain de la façade de l'entrée de l'hôtel. Les 400 mètres carrés des anciennes glacières sont ouverts au public.

Cela fait plus de vingt ans [2] que l'association les anciennes glacières de Strasbourg, avec l'association pour les musées des sciences de Strasbourg (AMUSS), et l'association des Amis du Vieux Strasbourg[3], œuvrent pour la préservation de celles-ci, mais c'est à l'automne 1991 que les choses se sont accélérées sur la base d'un projet de réutilisation à l'étude. L'Association des anciennes glacières de Strasbourg n'a en effet pas ménagé sa peine pour assurer la conservation de ce site où force hydraulique traditionnelle et production moderne de froid artificiel ont longtemps permis la fabrication de pains de glace nécessaires à l'essor de l'industrie alimentaire strasbourgeoise. Cette association qui désirait voir ouvrir à la culture et à la pédagogie cet endroit, au cœur de la Petite-France, et ce dans les meilleures conditions, a ainsi vu son vœu exaucé[4].

La conservation des anciennes glacières de Strasbourg constitue un exemple original d’intégration avec l’activité hôtelière grâce à l’action concertée de l’Association pour les Musées des Sciences de Strasbourg (AMUSS), des Amis du Vieux Strasbourg, de la Conservation régionale des monuments historique d'Alsace, du maître d’œuvre de l’opération (l'atelier Maechel) et du propriétaire des lieux[5], qui ont permis l’intégration des anciennes glacières de Strasbourg dans le projet d’aménagement d’un hôtel de luxe.

La réappropriation du patrimoine industriel est possible et bénéfique pour tous s'il y a une volonté des divers acteurs[6]. Ce type d’action illustre le fait que la conservation du patrimoine industriel, en l'occurrence "la glacière de la Petite France", peut contribuer au développement économique d’un site commercial devenu propriété de la société Hôtelière Régent Petite France[7],[8].

Le pari a été gagné de voir maintenir ces anciennes glacières, mises en service en 1897 et ayant cessé leur production le . Témoins du premier processus de fabrication industrielle de glace, à l'intérieur d'un luxueux hôtel de soixante-douze chambres disposées dans les étages et des équipements et services généraux au rez-de-chaussée. Ont été classés au titre des monuments historiques[9] : 3 turbines à pales, 2 grandes roues de transmission avec leurs courroies en cordes, l'axe principal souterrain, 4 manomètres, 2 alternateurs, 4 compresseurs avec leur volant, 4 condensateurs, 3 tableaux de commande électrique. En effet comme l'indiquait très justement Marc Laenen lors des Entretiens du patrimoine « le choix du transfert dans un musée ou la conservation sur place touche à une problématique très compliquée où le sens des musées de plein air, les possibilités limitées de la conservation sur place, la nature des bâtiments et des opérations, les problèmes éthiques par rapport au patrimoine (muséification ou rénovation) et les méthodologies de la conservation sont en jeu »[10].

Galerie d’images[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • René Dinkel, L'Encyclopédie du patrimoine (Monuments historiques, Patrimoine bâti et naturel : Protection, restauration, réglementation. Doctrines : Techniques : Pratiques), Paris, éditions Les Encyclopédies du patrimoine, , 1512 p. (ISBN 2-911200-00-4)
    Chapitre VI La conservation intégrée, 2. La protection et la réappropriation du patrimoine : Les anciennes glacières de Strasbourg, Bas-Rhin, pages 182-183 ; Notice Patrimoine industriel, scientifique et technique (PIST) protégé au titre des monuments historiques pages 471 à 473
  • Bénédicte Herbage, Les Glacières de Strasbourg, Strasbourg, R. Hirlé, , 123 p. (ISBN 2-9506376-5-5)
  • Dominique Toursel-Harster, Jean-Pierre Beck, Guy Bronner, Dictionnaire des monuments historiques d’Alsace, Strasbourg, La Nuée Bleue, , 663 p. (ISBN 2-7165-0250-1)
    Anciennes glacières de Strasbourg, pp. 550 à 551

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « ensemble du matériel technique des glacières (23 machines) », sur culture.gouv.fr (consulté le )
  2. Création de l'association et signature des statuts "Les anciennes glacières de Strasbourg" le 19 octobre 1991.
  3. « Les Amis du Vieux Strasbourg », sur amisvieuxstrasbourg.free.fr (consulté le )
  4. « Anciennes glacières de Strasbourg - 5 rue des Moulins », sur archi-wiki.org (consulté le )
  5. « HÔTEL REGENT PETITE FRANCE & SPA », sur regent-petite-france.com (consulté le )
  6. Cécile Martin (Patrimoine industriel et identité régionale, Prospectives et patrimoine n°7, janvier 1994) a parfaitement exprimé la sensibilité avec laquelle la réappropriation du patrimoine industriel doit être menée malgré les difficultés. « Au-delà des vestiges physiques qui composent une silhouette caractéristique de nombreux paysages, la notion de patrimoine industriel concerne également les savoir-faire, les structures sociales, économiques et culturelles d'une époque spécifique qui appartient désormais au patrimoine collectif, et cristallise l'identité d'une région et de sa population. La nécessité de conserver ce patrimoine est indéniable, aussi bien pour les populations locales qui ont vécu ces lieux, que pour répondre à la curiosité des visiteurs, de plus en plus nombreux à fréquenter ces témoignages de l'ère industrielle. En effet, outre la reconnaissance de la valeur culturelle des espaces et des objets, le patrimoine industriel constitue un repère social et identitaire appelé à disparaître, si les bâtiments qui en sont le reflet sont éradiqués, comme cela a été le cas pour de trop nombreux sites du nord de la France. Mais comment réaffecter ces espaces en déshérence, par quel moyen les réintégrer dans le système économique actuel ? »
  7. Notice no PA00085291, base Mérimée, ministère français de la Culture Anciennes glacières. vanne ; glacière ; machine de production ; mécanisme, inscrits sur l’inventaire supplémentaire des monuments historiques par arrêté du 03 janvier 1991
  8. Glacières : La mémoire conservée, Dernières Nouvelles d’Alsace n° 175 du 27 juillet 1990, article de J.-J. Blassius
  9. « ensemble du matériel technique des glacières (23 machines) », sur culture.gouv.fr (consulté le )
  10. LAENEN (Marc), Directeur de l'ICCROM de Rome, communication aux Entretiens du patrimoine: Maisons et bâtiments en bois dans les Musées de plein-air : problèmes d'authenticité et de conservation, novembre 1993 : « Beaucoup de maisons en pans de bois ont été transférées dans les musées de plein air. Les circonstances sociales, culturelles et économiques de la fin du XIXe siècle ont menacé les cultures traditionnelles dont on estimait la valeur morale et sociale. Dans un grand mouvement de conservation, les musées ethnographiques ont accueilli ces expressions matérielles. Les musées de plein air permettaient la continuation des mœurs et des coutumes dans un cadre artificiel : reconstruit par le transfert et la reconstruction d'éléments d'architecture traditionnelle ». Une conservation in situ du matériel des anciennes glacières était cependant préférable pour la sauvegarde du patrimoine de la ville de Strasbourg

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Bénédicte Herbage, Les Glacières de Strasbourg, Ronald Hirlé, Strasbourg, 1992, 123 p. (ISBN 9782950637659)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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