Anatomie des araignées

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Anatomie de l'araignée :
(1) Quatre paires de pattes ambulatoires
(2) Céphalothorax
(3) Opisthosome
Morphologie dorsale
 :
1: pédipalpe ; 2: trichobothrie : 3: carapace du prosoma ; 4: opisthosoma ; 5: yeux.
Articles des pattes. 6: hanche ou coxa ; 7: trochanter ; 8: fémur ; 9: patella ; 10: tibia ; 11: métatarse ou basitarse ; 12: tarse ; 13: griffes ; 14: chélicère

L’anatomie des araignées décrit la morphologie des structures externes et internes chez les Araneae et les principales propriétés de ces structures. Cette anatomie présente de nombreux points communs avec celle des Arthropodes Chélicérates : corps divisé en deux tagmes, le prosome ou céphalothorax (partie antérieure dépourvue de mandibules et d'antennes, recouverte par une carapace en bouclier) et l’opisthosome dont les deux premiers métamères sont modifiés en organe génital. Le prosome a une première paire d’appendices transformée en chélicères et une deuxième paire d’appendices transformée en pédipalpes.

L’anatomie de l'araignée présente également de nombreux points communs avec celle des Arachnides : prosoma équipé de paires d'yeux simples et de six paires d’appendices chez l’adulte (chélicères, pédipalpes et quatre paire de pattes ambulatoires) ; réduction voire perte des appendices de l’opisthosome ; développement d’un système respiratoire aérien qui peut avoir la forme d’un système trachéen ou d’un système pulmonaire.

Les araignées ont des adaptations qui les distinguent des autres arachnides : le prosome et l’opisthosome sont articulés par le pédicule ; les sternites du prosome sont fusionnés au niveau ventral pour former un sternum ; la paire de chélicères biarticulés en crochets est parfois reliée à une glande à venin ; un bulbe copulateur est généralement présent au niveau de l'extrémité du pédipalpe des mâles ; parmi les quatre paires de pattes locomotrices, les deux premières paires de pattes antérieures sont dites tractives et les deux paires postérieure sont dites pulsives ; l’opisthosome non segmenté est muni en position postérieure de glandes séricigènes qui produisent de la soie filée par une à six paires de filières, appendices spécialisés excréteurs. Il est également équipé d'un organe sexuel externe féminin spécialisé, l'épigyne (plaque chitineuse en position ventrale qui contient un crochet et un réceptacle séminal).

Anatomie externe[modifier | modifier le code]

Morphologie ventrale
 :
15: sternum du prosome ; 16: pédicule : 17: sac pulmonaire ; 18: stigmate pulmonaire ; 19: pli épigastrique ; 20: épigyne ; 21: filière antérieure : 22: filière postérieure
I, II, III, IV = paires de pattes

Tagmatisation[modifier | modifier le code]

Le céphalothorax est formé, comme son nom l'indique, de la fusion (tagmatisation) de la partie céphalique et de la partie thoracique qui portent ventralement respectivement les appendices prosomatiques et le plastron sternal. La région céphalique porte fondamentalement quatre paires d'yeux simples. Entre le groupe oculaire et le bord antérieur du bouclier céphalothoracique, se trouve une sclérite appelée bandeau ou clypéus et qui compose le « visage »[1].
Il assume au point de vue physiologique l'intégration neuro-sensorielle, la prise de nourriture, la locomotion, une partie de l'activité sexuelle (pédipalpes, pièces buccales) et un rôle glandulaire phéromonal, surtout chez le mâle.
Exceptionnellement, les Archaeidae ont un céphalothorax divisé en deux : appelées "Pelican spiders" par les anglophones, les Archaeidae ont un céphalothorax allongé, presque vertical, prolongé par de long chélicères dont la position évoque un bec de pélican maintenu contre le long cou.

Prosome[modifier | modifier le code]

Anatomie externe, face ventrale.

La région céphalique résulte de la fusion de l'acron (extrémité antérieure non métamérisée) avec deux métamères, dits céphalisés. Chacun de ces segments porte une paire d’appendices, la première de ces paires donnant les chélicères, la deuxième les pédipalpes, plus ou moins développés selon les groupes.

L'orifice buccal est bordé de deux lèvres : une lèvre supérieure ou rostre (rostrum) et une lèvre inférieure, le labium flanqué d'une paire de lames maxillaires[2] ou gnathocoxae (it) qui correspondent à la différenciation des hanches des pédipalpes.

Pièces buccales[modifier | modifier le code]

Article détaillé : pièces buccales des arthropodes.

La première paire d'appendices buccaux est transformée en chélicères analogues aux mandibules des insectes. Ces appendices sont utilisés avant tout pour mordre, empoisonner et immobiliser les proies. La majorité des espèces (Pholcidae, Eresidae, Filistatidae, etc.) ne percent la cuticule de leurs proies qu'un seul point minuscule par où elles injectent le liquide digestif[3]. Ces pièces buccales peuvent également servir à transporter des proies et le cocon ovigère.

La deuxième paire d’appendices est transformée en pédipalpes, appelés aussi pattes-mâchoires. Elles servent à l'examen sensoriel des proies et à leur manipulation. Leur base est pourvu d'une excroissance recouvrant en partie l'orifice buccal et jouant un rôle de filtre lors del'ingestion de nourriture grâce à la série de poils située sur leur bord antérieur et faisant office de peigne filtrant. Certaines espèces (Argiopidae, Lycosidae, Agelenidae, etc.) découpent leurs proies grâce à la serrula, scie présente sur les lames masticatrices à la base de ces pédipalpes[4].

Yeux simples[modifier | modifier le code]

Yeux principaux et secondaires d'une espèce nocturne.

Dans leur majorité, les araignées portent sur leur prosome huit yeux simples, comme leur ancêtre probablement : deux yeux principaux (yeux médians antérieurs) qui assurent une vision frontale et six yeux secondaires (deux yeux médians postérieurs et quatre yeux latéraux antérieurs et postérieurs) qui permettent de percevoir et de localiser les mouvements périphériques. 99 % des araignées ont huit ocelles disposés sur deux rangées. 1 % ne possèdent que six yeux, leurs médians antérieurs ayant disparu, comme dans la famille des Haplogynae. Quelques rares espèces en ont quatre (Tetrablemma spp.), deux (la plupart des Caponiidae) ou plus du tout (araignées cavernicoles, certaines araignées tisseuses vivant sur leur toile ou chassant à l'affût sur un poste fixe). La plupart des espèces au mode de vie crépusculaire ou nocturne ont des yeux secondaires munis d'un tapetum afin d'accroître leur vision en faible luminosité, ce qui leur donne un aspect argenté par rapport aux yeux principaux sombres[5],[6].

La disposition oculaire, souvent un trait distinctif, est propre au taxon. Reliés au cerveau, ils sont constitués par une seule masse nerveuse et comportent un cristallin, un corps vitré et une rétine, dont les cellules sont directes dans les yeux médians et inversées dans les yeux latéraux[7].

La vision est généralement médiocre car leurs yeux fixes n'ont pas de mise au point optique et ont un pouvoir séparateur faible (les objets ne sont perçus qu'à courte distance), les araignées étant plus sensibles au tact et aux odeurs. Cependant, certaines espèces (Salticidae, Lycosidae, Deinopidae) possèdent une très bonne vision pour leur activité de chasse diurne ou nocturne et la reconnaissance du partenaire lors de la parade nuptiale. Après avoir détecté les mouvements avec leurs yeux latéraux, elles pivotent et fixent leurs yeux frontaux pour préciser la nature de l'objet (taille, couleur)[8].

Les yeux des araignées sauteuses ont une spécialisation : la paire latérale postérieure, lui offrant un champ de vision étendu mais de faible résolution, sert à détecter les proies lointaines ; la paire latérale antérieure, aux mêmes caractéristiques sert principalement à détecter les prédateurs menaçants ou la distance des proies dont s'est rapprochées l'araignée ; la grosse paire centrale (yeux médians antérieurs) qui est la seule à posséder une rétine mobile (grâce à un jeu de muscles qui peut la déplacer et la concentrer sur une zone particulière) lui donnant une vision précise et en couleur (vision jusque dans le domaine des ultraviolets) et un pouvoir d'accommodation, lui permettant de suivre ses proies avec netteté. La vision de la plupart des espèces d'araignées est de qualité médiocre, mais les tarentules en ont une assez bonne. Les yeux médians antérieurs ont un champ limité (inférieur à 5°) mais une excellente résolution (10' environ)[9].

Pattes ambulatoires[modifier | modifier le code]

Article détaillé : patte des arthropodes.

Chaque patte ambulatoire se compose de 7 articles : de la base vers l'apex respectivement, on observe une hanche (coxa), un trochanter court et peu mobile, un long fémur (le trochanter et le fémur forment l'analogue d'une cuisse), une plus courte patella, un long tibia (patella et tibia formant la jambe), un métatarse et un tarse. Ce dernier est prolongé par un segment apical appelé prétarse[10] dont l'extrémité, chez les araignées tisserandes, porte 2 ou 3 griffes souvent denticulées à la face inférieure, lesquelles interviennent dans la manipulation de la soie et dans le déplacement sur la toile. Sont associées aux pattes diverses structures liées au mode de vie particulier de chaque taxon, que ce soient des peignes pour "carder" la soie, des épines, crins, poils qui servent d'organes sensoriels, des structures de stridulation. Chez certaines Araignées, qui ont les pattes longues et grêles, le tarse est rendu flexible[11].

Les pattes ambulatoires et les pattes-mâchoires disposent de poils tactiles : organes tarsaux jouant le rôle de chémorécepteurs, trichobothries jouant le rôle de mécanorécepteurs, structures disposées isolément (lyrifissures) ou en série (organes lyriformes) jouant le rôle de propriocepteurs[12].

Opisthosome[modifier | modifier le code]

L'opisthosome est constitué du pédicule, de la région génitale (pli épigastrique[13] chez le mâle et la femelle, épigyne chez la femelle) ainsi que des filières (organes séricigènes) et de l'anus en position distale. La segmentation de l’opisthosome est très souvent non apparente en raison de la tagmatisation, à l'exception de la famille primitive des Liphistiidae.
Il assume sur le plan physiologique des fonctions végétatives (digestion, circulation intérieure, respiration, excrétion, reproduction et fabrication de la soie).

Le tégument n'est fortement sclérifié qu'au céphalothorax et aux pattes, celui de l'opisthosome est muni d'une cuticule mince et souple (certaines araignées non tisserandes, telles les Oonopidae, portent dessus une plaque dure appelée scutum). L'araignée peut ainsi fabriquer ses fils dans des directions privilégiées grâce à cet « abdomen » flexible[14].

Appareil stridulatoire et émetteurs ou détecteurs de sons[modifier | modifier le code]

Beaucoup d'araignées produisent des sons qui semblent avoir des fonctions diverses (pour la reconnaissance intraspécifique, la reproduction, effrayer un éventuel prédateur, etc.[15]), le plus souvent des vibrations inaudibles pour l'homme. Un son nettement audible a été signalé en 1876 par Wood-Mason chez Chilobrachys stridulans (une grande Mygale vivant en Inde et Birmanie).
Les sons sont émis par :

  • stridulation ; le son est alors émis par frottement de deux parties rigides du corps entre elles. Il est perceptible chez beaucoup d'espèces jusqu'à 20 cm de l'araignée, dans quelques cas jusqu'à 1 m (chez de petits Theridiidae dont Steatoda bipunctata (Meyer, 1928), et plus rarement jusqu’à 2 voire 3 mètres, par exemple chez la mygale Theraphosa leblondi[16].
  •   L’appareil stridulatoire des Araignées est une différenciation spéciale de leur tégument, paire, symétrique et pouvant occuper une position très variée sur le corps araneidien.  Comme chez les autres Arthropodes, il comporte toujours deux parties bien distinctes, dites «antagonistes», visibles à la loupe binoculaire et surtout, au microscope électronique à balayage (M.E.B). La « lyre » ou « rape » (« file » des anglophones), noms désormais consacrés par l’usage, est fixe, passive et se présente comme un ensemble de rides, crêtes , rugosités diverses ou même, de tigelles vibrantes. Le «peigne» ou « racloir » (« scraper » des anglophones), autres termes définitifs, est mobile, actif et formé par des dents, des épines, des tubercules chitineux ou des soies rigides[17]. Le peigne frotte contre la lyre, ce jeu mécanique étant responsable soit d’une émission sonore présumée ou avérée, soit, du moins chez les Theridiidae Argyrodes, d’une stimulation nerveuse . Les deux parties peuvent siéger sur les deux grands tagmes corporels, sur le pédicule (pédicelle) et l’opisthosome, sur un appendice (patte IV ou postérieure) et l’opisthosome. Ainsi a-t-on pu définir plusieurs types ou catégories d’appareils stridulatoires, en se basant sur les positions respectives  de la lyre et du peigne et en créant ainsi au moins 4 classifications : 4 types classés de « a » à « d » par Berland (1932), 7 types présentés sans ordre défini par Millot (1949)[18], 7 types encore[19], décrits et énumérés de « a » à « g » par Legendre (1963[20], 1970[21]) après examen de 74 espèces, 8 types enfin selon Uetz et Stratton (1982)[15].
  • Chez les Argyrodes, l'appareil dit stridulatoire et de type « a », se compose d'une "archet" et d'une "lyre" situés respectivement sur le prosoma et l'opisthosome au-dessus du pédicule. L'"archet" est innervé et sa stimulation pourrait être impliquée   dans l' équilibration de concert avec des organes lyriformes pédiculaires en "bourrelet" également étudiés chez les Meta (Lopez,1988 ; Lopez & Juberthie-Jupeau, 1994,1996[22],[23],[24])

Le son, lorsqu'il existe, est perçu par les autres araignées via des organes sensoriels situés sur les pattes (les trichobothries et les sensilles à fentes («slit sensilla» pour les anglophones).

Anatomie interne[modifier | modifier le code]

Son meilleur moyen d'étude est l'utilisation des coupes histologiques. Jacques Millot, le premier, en avait démontré tout l'intérêt dans sa description des glandes à soie. A sa suite, Roland Legendre, spécialiste du système nerveux, a insisté sur la beauté des tissus araneidiens et engagé André Lopez, dans les années 70, à en poursuivre systématiquement l'exploration en tant qu'histologiste, avec l'apport indispensable de la microscopie électronique.

Schéma anatomique d'une araignée femelle.

Glandes tégumentaires diverses[modifier | modifier le code]

Le tube séminifère[modifier | modifier le code]

Logé dans le bulbe copulateur, le tube séminifère ou receptaculum seminis comporte une glande palpaire qui joue un rôle de premier plan, avec les cuticules[25],[26], dans la transmission spermatique.

La glande clypéale ou acronale[modifier | modifier le code]

La glande clypéale ou acronale est propre au genre Argyrodes (Theridiidae), se situe dans la partie toute antérieure du céphalothorax des mâles et est responsable de leur dimorphisme sexuel remarquable[27].

La glande du rostre[modifier | modifier le code]

La glande rostrale occupe une partie de l'équivalent de la lèvre supérieure, ou rostre, près de son extrémité.

Les glandes gnathocoxales[modifier | modifier le code]

Considérées comme "salivaires", les glandes gnathocoxales sont logées dans les lames maxillaires ou gnathocoxes et peuvent présenter un dimorphisme sexuel[27] .

La glande labiosternale[modifier | modifier le code]

La glande labiosternale est caractéristique de la famille des Theridiosomatidae[28],[29].

Les glandes segmentaires[modifier | modifier le code]

Particulièrement bien développées dans le genre Metepeira, les glandes segmentaires siègent à la base des appendices du céphalothorax. La plus remarquable est le glande rétrognathocoxale.

Les glandes du pédicule[modifier | modifier le code]

Les glandes du pédicule ou pédicelle sont de petits organes sécréteurs dorsaux plus ou moins associés aux sensilles impliqués dans l'équilibration.

Les glandes épigastriques[modifier | modifier le code]

Elles sont situées en avant de l'orifice génital chez les mâles d'une partie des Araignées et s'apparentent aux glandes séricigènes [27]. Elles sont rattachées à l' appareil épigastrique, complexe incluant toujours des sensilles (mécanorécepteurs) et parfois, des glandules à phéromones.

Appareil respiratoire et circulatoire[modifier | modifier le code]

Les araignées ont un système circulatoire ouvert. Leur corps est rempli d'hémolymphe qui est pompée par le cœur dans des espaces appelés sinus, autour des principaux organes internes. L'hémolymphe contient de l'hémocyanine, une protéine liée à la fonction respiratoire, comparable à celle de l'hémoglobine qui contient deux atomes de cuivre, teintant l'hémolymphe d'une légère couleur bleue[30].

La majorité des araignées respirent par deux poumons en feuillets (en), organes doublés par un système trachéen amenant l'air aux divers organes internes. Chez quelques petites espèces, la respiration se fait directement à travers la peau[31].

Appareil digestif[modifier | modifier le code]

La digestion des proies peut se faire extérieurement ou intérieurement. Les araignées qui ne sont pas munies de puissantes chélicères sécrètent des fluides digestifs à l'intérieur de leurs proies à partir de canaux internes à ces mêmes chélicères[3]. Les glandes coxales sont des organes excréteurs situés dans le prosoma et débouchent à l'extérieur au coxae des pattes ambulatoires.

Chez les araignées primitives, comme les Mesothelae et les Orthognata, deux paires de glandes coxales aboutissent à l'arrière des premières et troisièmes coxae. Elles ne produisent un fluide que durant la nutrition et jouent un rôle important dans l'équilibre entre les ions et le liquide interne[32].

Les fluides digestifs dissolvent les tissus intestinaux de la proie. Ensuite, l'araignée se nourrit en aspirant les fluides partiellement digérés. D'autres araignées, disposant de chélicères plus puissants, mastiquent le corps entier de leur proie et abandonnent une relativement petite partie de matière indigestible.

Les araignées n'absorbent que de la nourriture liquide. Beaucoup d'entre elles stockent leur proie temporairement. Les araignées qui tissent des toiles entourent leur proie d'un réseau soyeux jusqu'à épuisement de ces dernières et les consomment ensuite à loisir.

Appareil reproducteur[modifier | modifier le code]

Accouplement ventral chez Latrodectus bishopi.
Accouplement d'Argyrodes.

Presque toutes les araignées se reproduisent sexuellement. Elles ont ceci de particulier qu'elles ne transfèrent pas directement le sperme, par exemple via un pénis. Paradoxalement, les mâles transfèrent leur liquide reproducteur vers des pédipalpes spécialisés (induction spermatique) pourvus d'un bulbe copulateur contenant un tube séminifère et se préoccupent alors de trouver une partenaire[33].

Ces palpes sont ensuite introduits dans l'épigyne des femelles (copulation et éjaculation). Des études histologiques et ultrastructurales effectuées par André Lopez et Lysiane Juberthie-Jupeau, il ressort que le transfert du sperme fait intervenir un jeu subtil de pressions et dépressions engendrées dans le tube séminifère par les déplacements de sa sécrétion épithéliale et de sa cuticule complexe[25],[26],[34],[35],[36].

Cette façon de procéder a été décrite pour la première fois en 1678 par Martin Lister. En 1843, il s'est avéré que le mâle construisait une toile spermatique sur laquelle il déposait une goutte de liquide séminal qui était ensuite prise par l'appareil copulatoire dans le pédipalpe. Avant ce dépôt, la toile spermatique est recouverte par la sécrétion des glandes acinoïdes prégonoporales (appareil épigastrique) et pourvues de fusules comme les glandes séricigènes (Etudes de Melchers, Legendre, Lopez & al.).

A noter que l' Araignée pyrénéenne Telema tenella et les autres Telemidae élaborent des spermatophores pour conditionner leurs gamètes mâles.

L'appareil copulatoire est très différent suivant les différentes espèces de mâles. Alors que le large tarse palpatoire de Filistata hibernalis (Filistatidae) n'est qu'une sorte de bulbe copulateur contenant un très discret canal enroulé, les membres du genre Argiope disposent d'une structure d'une grande complexité.

Glandes abdominales intervenant dans l'attraction des proies[modifier | modifier le code]

L'opisthosome de certaines Araignées (genres Mastophora, Celaenia, Kaira) renferme des tissus glandulaires dont la sécrétion est susceptible d'attirer leurs proies, Diptères et surtout papillons Hétérocères mâles, en simulant les phéromones des femelles de ces insectes ("Mimétisme chimique agressif").

Chez Kaira[37], Il s'agit des "coussinets à cellules géantes" de la glande botryoïde, agrégée profondément modifiée et composante la plus remarquable de son appareil séricigène ; chez Mastophora et Celaenia[38] d'un tissu glandulaire endocrinoïde interstitiel très particulier.

Dimorphisme et cannibalisme sexuel[modifier | modifier le code]

Nephila inaurata : femelle et deux mâles. L'un d'eux est perché sur l'épigyne et en train de s'accoupler. Mombasa, Kenya. D'après une diapositive.

Le dimorphisme sexuel présente chez les Araignées une importance considérable, qui s'accompagne parfois d'un cannibalisme sexuel des femelles pour les mâles au moment de la copulation. Les mâles cannibalisés (ou tout au moins leurs restes) restent en position de copulation deux fois plus longtemps que les mâles non consommés. Ce suicide copulatoire leur permet ainsi de fertiliser deux fois plus d'œufs et d'augmenter d'autant leur succès reproducteur[39]. Il existe même un cannibalisme précopulatoire de la part de femelles qui se révèlent, par cet apport de ressources nutritives spécifiques, plus attractives et enclines que les autres à protéger leurs œufs dans une oothèque, tandis que le taux d'éclosion est plus élevé[40]. Ce cannibalisme avant l'insémination de sperme s'interprète s'interprète dans le cadre de la théorie du conflit sexuel[41].

Ce dimorphisme est plus prononcé parmi les espèces où les araignées chassent activement que dans celles où les araignées restent à l'affût. Outre les organes précédents, presque tous impliqués, il peut se caractériser par une différence de taille quasi-caricaturale entre le mâle et la femelle, notamment chez les Néphiles.comme N.inaurata (Fig. ) et Nephila comorana. Un autre exemple est représenté par le mâle de Latrodectus hasselti, la Veuve noire d'Australie dont le corps ne pèse que deux pour cent de celui de sa partenaire[42].(à vérifier !!)

Encore plus rare, il existe des araignées-loups ou des Argyronètes mâles (caractérisés par un dimorphisme sexuel « inversé ») qui cannibalisent leurs homologues de sexe féminin (plus fréquemment des femelles non vierges)[43].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Michel Hubert, Les araignées, Société nouvelle des éditions Boubée, , p. 22.
  2. La lame maxillaire est aussi appelée lame masticatrice ou gnathocoxa.
  3. a et b Michel Hubert, Les araignées, Société nouvelle des éditions Boubée, , p. 41.
  4. Alain Canard, Christine Rollard, La découverte des Araignées, Dunod, , p. 57.
  5. (en) Marie Elisabeth Herberstein, Spider Behaviour. Flexibility and Versatility, Cambridge University Press, , p. 13
  6. (en) Ivan R. Schwab, Richard R. Dubielzig, Charles Schobert, Evolution's Witness. How Eyes Evolved, Oxford University Press, , p. 14-115.
  7. (en) Spider Vision : Do Spiders Have Good Eyesight ?
  8. Yves Pouliquen, La transparence de l’œil, Odile Jacob, , p. 69.
  9. (en) Lauren Spano , Skye M. Long , Elizabeth M. Jakob, « Secondary eyes mediate the response to looming objects in jumping spiders (Phidippus audax, Salticidae) », Biology Letters, vol. 11, no 2,‎ (DOI 10.1098/rsbl.2012.0716).
  10. Ce segment est appelé selon les auteurs prétarse, post-tarse, transtarse ou onychium. Ce n'est qu'exceptionnellement que le prétarse forme un article distinct.
  11. Maurice Thomas, Vie et mœurs des araignées, Payot, , p. 18.
  12. Grassé, Zoologie: Arthropodes, Gallimard, , p. 219.
  13. Repli de la cuticule dans lequel débouchent les appareils reproducteurs mâle ou femelle.
  14. Maurice Thomas, Vie et mœurs des araignées, Payot, , p. 13
  15. a, b et c Uetz, G.W. & G.E.Stratton, 1982.- Acoustic communication and reproductive isolation in Spiders in Witt & Rovner ed. : Spider Communication. Mechanisms and Ecological Significance. Princeton Univ. Press, pp. 123–159.
  16. Lopez, A., 1988.- Bull.Soc.Et.Sci.nat.Béziers, N.S., XII (53), 1987-1988, pp. 9–20.
  17. Michel Hubert, Les araignées : généralités, araignées de France et des pays limitrophes, Société nouvelle des éditions Boubée, , p. 32.
  18. Jacques Millot, « Araneides », dans Pierre-Paul Grassé, Traité de zoologie de Grassé, Masson,
  19. Type a : chélicère-chélicère ; type b : chélicère-pédipalpe ; type c : pédipalpe-patte I ; type d : patte I-patte II ; type e : patte IV-opisthosome ; type f : céphalothorax-opisthosome ; type g : pédicule-opisthosome.
  20. Roland Legendre, « L'audition et l'émission de sons chez les Aranéides », Ann Biol, vol. 2, nos 7-8,‎ , p. 371–390.
  21. R. Legendre, « Un organe stridulant nouveau chez les Archaeidae (Aranéides) », Bull Soc. zool. Fr., no 95,‎ , p. 29-30.
  22. Lopez,A., « – Les appareils stridulatoires d’Argyrodes dracus Chamb. & Iv. (Theridiidae), d’Holocnemus pluchei (Scop.)(Pholcidae) et autres Araignées. », Bull. Soc. Et. Sci.nat. Béziers, 12, 53, p. 21-31.,‎
  23. Lopez,A., avec L. Juberthie-Jupeau, « - L’appareil « stridulatoire » des Argyrodes (Araneae : Theridiidae) : un complexe sensoriel présumé stato-récepteur. », Mém.Biospéol.,XXI, p.91-96.,‎
  24. Lopez,A., avec L. Juberthie-Jupeau, « – Les organes lyriformes du pédicule des Araignées : observations microscopiques chez Argyrodes argyrodes (Walck.) (Theridiidae) et chez deux Metinae souterraines : Meta bourneti Sim. et Meta menardi (Latr.) (Araneidae). », Mém. Biospéol., 23, p. 157-162.,‎
  25. a et b André Lopez, « Structure et ultrastructure de l’organe palpaire mâle chez Pholcus phalangioides (Fuessl.) (Aranéides, Pholcidae). », C.R.Acad.Sci., vol. 278,‎ , p. 1373-1376
  26. a et b André Lopez, « Le tube séminifère des Araignées mâles ; quelques précisions sur sa structure microscopique », Rev. Arachnol., vol. 1, no 1,‎ , p. 1–7
  27. a, b et c Lopez,A., « - Thèse de Doctorat d' Etat es Sciences, Université de Montpellier II. 117 pp + planches (dont 4 en couleurs)., 1977 », Thèse de Doctorat d' Etat es Sciences, 1977, Université de Montpellier II. 117 pp + planches (dont 4 en couleurs).,‎
  28. Lopez,A. avec M.Emerit, « Wendilgarda mustelina arnouxi n.sp. et la glande labio-sternale des Theridiosomatidae (Araneae) », Mem.Biospéol, no 12,‎ , p. 67-76
  29. A. Lopez & L. Juberthie-Jupeau, « Structure et ultrastructure de la glande labio-sternale chez Theridiosoma splendidum (Tacz.)(Araneae : Theridiosomatidae) », C.R.XI e Coll. Europ. Arachnol. Berlin,‎ , p. 332-339 (lire en ligne)}
  30. Rainer F. Foelix, Biology of Spiders, Oxford University Press, , 53–60 p..
  31. Christine Rollard, Portraits d'araignées, Éditions Quae, , p. 45.
  32. Foelix RF, 1996, Biology of Spiders, 2e ed., Oxford University Press, New York, p. 52.
  33. Baez, E. C. & J. W. Abalos, On Spermatic Transmission in Spiders, vol. 70, , 197–207 p. (DOI 10.1155/1963/93732, lire en ligne), p. 4.
  34. Lopez, A. avec L. Juberthie-Jupeau,, « – Ultrastructure du tube séminifère chez Leptoneta microphthalma Simon, 1872 (Araneae, Leptonetidae). », Rev. Arachnol., 3 (2), p. 65-73.,‎
  35. Lopez, A avec L. Juberthie-Jupeau, « – Structure et ultrastructure du bulbe copulateur chez la Mygale Nemesia caementaria (Latr., 1798) (Araneae, Ctenizidae). », Bull. Soc.Et.Sci.nat. Béziers, 8, 49, p. 12-19.,‎
  36. Lopez, A. avec L.Juberthie-Jupeau, « – Ultrastructure comparée du tube séminifère chez les mâles d’Araignées. Mem. Biospéol., 12, p. 97-109. », Mem. Biospéol., 12, p. 97-109.,‎
  37. Lopez,A. avec L. Juberthie-Jupeau et M.K.Stowe, « L’appareil séricigène de Kaira alba (Hentz). », Mem.Soc.roy. belge d’Entomologie, 33, p. 119-128.,‎
  38. Lopez,A., « L’origine des odeurs attractives de Papillons et de Diptères mâles chez certaines Araignées exotiques (genres Kaira, Mastophora et Celaenia : Araneidae) : une approche histologique. », Bull. Soc.Et.Sci.nat. Béziers, 17, 58, p.9-24.,‎
  39. (en) Mark A. Elgar, « Sexual cannibalism in spiders and other invertebrates », in Cannibalism: ecology and evolution among diverse taxa (Elgar MA, Crespi BJ, eds), Oxford University Press, 1992, p. 129-156
  40. (en) Jonathan N. Pruitt, Aric W. Berning, Brian Cusack, Taylor A. Shearer, Mathew McGuirk, Anna Coleman, Robin Y. Y. Eng, Fawn Armagost, Kayla Sweeney, Nishant Singh, « Precopulatory Sexual Cannibalism Causes Increase Egg Case Production, Hatching Success, and Female Attractiveness to Males », Ethology international journal of behavioural biology, vol. 120, no 5,‎ , p. 453–462 (DOI 10.1111/eth.12216).
  41. (en) Jutta M. Schneider, « Sexual Cannibalism as a Manifestation of Sexual Conflict », Cold Spring Harb Perspect Biol., vol. 6, no 11,‎ , p. 201-207 (DOI 10.1101/cshperspect.a017731).
  42. Stéphane Deligeorges, « Dans les rets de la femme araignée », La Recherche, no 303,‎ , p. 41.
  43. (en) Dolores Schütz & Michael Taborsky, « Mate choice and sexual conflict in the size dimorphic water spider Argyroneta aquatica (Araneae: Argyronetidae) », Journal of Arachnology, vol. 33, no 3,‎ , p. 767–775 (DOI 10.1636/S03-56.1, lire en ligne).

Annexes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Lopez,A. avec L. Juberthie-Jupeau et M.K.Stowe,1986 – L’appareil séricigène de Kaira alba (Hentz). Mem.Soc.roy. belge d’Entomologie, 33, p. 119-128.
  • Lopez,A.,1998.- L’origine des odeurs attractives de Papillons et de Diptères mâles chez certaines Araignées exotiques (genres Kaira, Mastophora et Celaenia : Araneidae) : une approche histologique. Bull. Soc.Et.Sci.nat. Béziers, 17, 58, p.9-24.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]