Amusie

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L'amusie est une anomalie dans laquelle le rythme, la mélodie, les accords pour la personne n’ont pas de sens. La source du problème est neurologique ou génétique. Une amusie peut parfois être accompagnée d’une aphasie.

Elle peut être un trouble acquis lié à la culture, à l'éducation musicale ou à une lésion cérébrale ou un trouble congénital, la dysmusie (trouble touchant Theodore Roosevelt, Che Guevara ou Milton Erickson). Quatre pour cent de la population en serait victime, chiffre probablement sous-estimé par un dépistage insuffisant[1].

Première mention[modifier | modifier le code]

En 1878, Grant Allen fut le premier à parler d’amusie. Il publia dans la revue Mind la définition suivante :

« Pas mal d'hommes et de femmes sont incapables de distinguer consciemment deux notes quelconques séparées par moins d'une demie octave environ (voire plus). C'est à cette anomalie que je me suis permis de donner le nom de surdité aux notes. »

Comment la détecter[modifier | modifier le code]

En 1990, Isabelle Peretz et ses collaborateurs de l'Université de Montréal ont conçu une batterie de tests qui permet d'évaluer l'amusie : la BMEA (batterie de Montréal d’évaluation de l’amusie[2],[3]). En 2005, une version pour enfants a été inventée par Villeneuve et Peretz.

Ils ont réussi, dans de nombreux cas à identifier les corrélats neurologiques généraux de certains types d'amusie.

Pour ces auteurs, la perception de la musique peut être subdivisée en deux catégories fondamentales : celles de la reconnaissance des mélodies, d'une part et de la perception des rythmes ou des intervalles temporels, d'autre part.

L’amusie : lésion dans différentes zones du cerveau[modifier | modifier le code]

Lorsque l’on écoute de la musique, différentes parties du cerveau sont sollicitées. Lorsqu’une d’entre elles est lésée cela peut provoquer une amusie. Si les altérations de la mélodie vont généralement de pair avec des lésions de l'hémisphère droit du lobe temporal, la représentation du rythme est plus diffuse et par conséquent moins fragile : elle dépend non seulement de l'hémisphère gauche, mais aussi de nombreux systèmes sous-corticaux situés dans les ganglions de la base, le cervelet et ailleurs. De plus, le rythme est surtout perçu dans l’hémisphère gauche du cerveau ainsi que la hauteur tonale. En revanche, le contour mélodique est quant à lui perçu dans l’hémisphère droit du lobe temporal.

Les lésions constatées dans les cas d’amusie siègent, qu’elles soient bilatérales ou unilatérales, dans les régions temporales ou temporo-pariéto-occipitales d’une façon générale : à la face externe des hémisphères cérébraux autour des lobes temporaux. Chez un sujet amusique, le langage n’est pas touché, car les zones pour percevoir et comprendre le langage ne sont pas les mêmes que ceux pour écouter et percevoir la musique.

Modèle fonctionnel de la reconnaissance de la musique
Plusieurs régions cérébrales participent à la musique. Le son est d’abord traité par les structures de l’oreille et les régions sous-corticales propres au système auditif. Puis interviennent différentes parties du cerveau impliquées dans la mémoire, les émotions, les mouvements ou d’autres modalités sensorielles. Certaines sont communes à la musique.

Les différentes formes[modifier | modifier le code]

Critchley et Henson ont identifié une douzaine de variétés d’amusie au total[4] :

  • différentes formes de surdité aux rythmes : légères ou profondes, congénitales ou acquises. Ce sont des individus qui détonnent de façon non consciente et qui sont dans l’incapacité de dire si autrui chante juste ou non. La surdité aux tons n'empêche pas d’aimer la musique et le chant ;
  • l’amusie totale est l’incapacité à reconnaître les différences de hauteurs donc l’individu ne reconnaît pas la musique comme telle. Selon Henri Hécaen et Martin L. Albert « les mélodies perdent leur qualité musicale et tendent à acquérir un caractère amusical des plus désagréables. » ;
  • l’amusie musicale ou amusie congénitale : l’individu est dans l’incapacité d’entendre la musique. Les sujets reconnaissent les voix humaines, les bruits tels que les klaxons, les claquements de portes… Ils perçoivent la parole humaine et s'expriment à peu près normalement mais sont profondément handicapés dans le domaine de la perception musicale ;
  • l’amusie congénitale : les individus perçoivent normalement la parole et les bruits mais ont souvent une altération dans leur faculté de reconnaître des mélodies et de discriminer des hauteurs. Ils ne parviennent pas à différencier les notes conjointes et les demi-tons. Les notions de tonalité, de mélodie ou d'harmonie peuvent totalement disparaître en l'absence de ces constituants de base.

Cette maladie est semblable à d'autres troubles développementaux, tels que la dysphasie et la dyslexie et semble provenir d'une déficience au niveau du système de discrimination fine de la hauteur des sons.

Le cerveau des amusiques cognitivaux ne répond pas à des différences de hauteur inférieures à un demi ton, alors que le cerveau d'un sujet normal le fait efficacement. Le cerveau amusique semble plus réactif aux grandes différences de hauteur. Le néocortex temporal s'avère la région cérébrale la plus propice à la recherche d'une anomalie neuronale. Des données supportent l'implication du cortex auditif secondaire dans le traitement des changements séquentiels des hauteurs et tout particulièrement les aires corticales auditives droites lorsqu'il s'agit de petites différences de hauteur.
Afin de découvrir une anomalie au niveau des aires auditives du cortex, il existe une méthode appelé la méthode d'analyse des potentiels évoqués (ERP). Grâce à cette méthode, Peretz et al. ont pu mettre en résultats que le déficit de traitement des hauteurs observé chez les amusiques peut se lire dans les réponses cérébrales observées. Le cerveau des amusiques ne répond pas à des différences de hauteur inférieures à un demi ton alors qu'un sujet normal le fait efficacement. En revanche, le cerveau des amusiques est plus réactif aux grandes différences de hauteurs des sons que les sujets normaux. Ce patron anormal ne semble pas provenir d’une anomalie dans le fonctionnement des aires corticales auditives mais davantage des difficultés de traitement plus tardif (aires associatives). Le cortex auditif semble intact. L'anomalie neuronale se trouve à l'intérieur du cortex auditif. Il est établi depuis peu que les sujets atteints d'une amusie congénitale ont une quantité anormalement basse de substance blanche dans une certaine partie du gyrus frontal inférieur droit : cette région du gyrus est responsable de l'encodage des hauteurs de son de la musique et de la mémorisation des hauteurs de son des mélodies[5]. La faculté de percevoir les dissonances peut être altérée elle aussi, ce qui s'explique lorsque le cortex parahippocampique est gravement endommagé. Cette aire est responsable des jugements émotionnels.

La dystimbrie est une forme distinctive de l'amusie. L’individu lorsqu'il écoute de la musique entend à la place des bruits. La perception des timbres musicaux est altérée.

L’amélodie ou la « surdité aux airs » est une sorte d'amusie : les individus sont dans l’incapacité de reconnaître des mélodies mais continuent à entendre et à différencier parfaitement les sons. En effet, l’individu entend une suite de notes mais celle-ci semble illogique, arbitraire, erratique et musicalement insensée. « Ce dont ces amusiques manquent, semble-t-il, c'est des connaissances et des procédures nécessaires à la cartographie des hauteurs et des échelles musicales » Ayotte et al.

La simultagnosie : l'individu a des difficultés à intégrer les musiques écoutées et peut avoir des difficultés à discerner différents types de sons, son environnement auditif peut être scindé en une quantité d’éléments discrets et déconnectés : Les bruits auditifs, les bruits urbains ou les cris d’animaux, peuvent se détacher et retenir de manière importante l’attention qu'ils étaient isolés, auditifs, distincts du bruit de fond ou du paysage auditif normal.

Amusie afférente : un individu qui auparavant pouvait transcrire des partitions, n’en n’est plus capable. Il « n'entend plus ce qu'il écrit ». Oliver Sacks parle « d’un imaginaire musical quasiment anéanti dû à un traumatisme ».

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) I. Peretz & K. L. Hyde, « What is specific to music processing ? Insights from congenital amusia », Trends in Cognitive Sciences, vol. 7, no 8,‎ , p. 362-367
  2. Batterie de Montréal d’évaluation de l’amusie test en ligne
  3. Équipe française à www-crnl.univ-lyon1.fr
  4. (en) Henson RA. & Critchley M. (1978) Music and the brain: studies in the neurology of music, Londres, Heinemann, 1978.
  5. (en) Hyde KL, Zatorre RJ, Griffiths TD, Lerch JP, Peretz I, « Morphometry of the amusic brain: a two-site study », Brain, vol. 129(Pt 10),‎ , p. 2562-70. (PMID 16931534, DOI 10.1093/brain/awl204, lire en ligne [html]) modifier

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

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  • Hélène Bazin, Étude d'un cas clinique d'amusie, université de Nantes, 2002, 89-19 p. (mémoire d'orthophonie)
  • Sophie Guillou, L'Amusie : spécialisation hémisphérique dans les fonctions musicales, université de Nice-Sophia Antipolis, 1997, 130 p. (mémoire d'orthophonie)
  • Bernard Lechevalier, Yvette Rossa et Francis Eustache, Les Troubles de la perception de la musique d'origine neurologique : les 3 niveaux de la désintégration de la perception musicale considérée comme une agnosie auditive (rapport de neurologie, congrès de psychiatrie et de neurologie de langue française, 83e session, Besançon, 24-28 juin 1985), Masson, Paris ; New York ; Barcelone, 1985, 209 p. (ISBN 2-225-80635-7)
  • I. Peretz, S. Belleville et S. Fontaine, « Dissociations entre musique et langage après atteinte cérébrale : un nouveau cas d'amusie sans aphasie », in Canadian journal of experimental psychology, 1997, vol. 51, no 4, p. 354-368
  • Laure Soyez-Gayout, Rééducation de l'amusie : étude d'un cas unique, université Pierre-et-Marie-Curie-Paris 6, 2006, 130 p. (mémoire d'orthophonie).
  • Critchley, M. (1971). Aphasiology. Londres, Arnold.
  • Critchley, M., & Henson, R. A. (Eds.) (1977). Music in the brain: Studies in the neurology of music. Londres, William Heineman Medical Books.
  • Sacks, O. (2012). Musicophilia : la musique, le cerveau et nous. Paris : Seuil.
  • Kolinsky, R. & Morais, J. & Peretz, I. (2010). Musique, langage, émotion : Approche neuro-cognitive. Paris, PUF.
  • Lechevallier, B. & Platel, H. & Eustache, F. (2010). Le Cerveau musicien. Bruxelles : De Boeck.
  • Brune, E. (2003). Isabelle Peretz : en quête du cerveau musical. La recherche, 364, 67-70.
  • Tillman, B. (2008). « La Musique : un langage universel ? », Pour la science, 373, 124-131.
  • Grant, A. (1878). « Note deafness ». Mind, 3(10), 157- 167
  • Patel, A. (2008). Music, language and the brain. Oxford University Press.
  • Henson, R.A.& Critchley, M. (1978. Music and the brain: studies in the neurology of music. Londres, Heinemann.

Liens externes[modifier | modifier le code]

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