Amoris lætitia

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Amoris lætitia
Blason du pape
Exhortation apostolique du pape François
Date
Sujet Exhortation post-synodale sur l'amour dans la famille
Chronologie

Amoris lætitia (en français : La joie de l'amour) est une exhortation apostolique post-synodale du pape François datée du et publiée le portant sur l'amour dans la famille. Elle fait suite aux synodes sur la famille tenus en 2014 et en 2015[1]. Ce document composé de neuf chapitres, cherche à donner une nouvelle approche pastorale pour la famille, sans vouloir se focaliser sur un point particulier[2].

Présentation[modifier | modifier le code]

Publication[modifier | modifier le code]

Amoris lætitia est l'exhortation apostolique post-synodale donnée le par le pape François à la suite du Synode des évêques sur les défis pastoraux de la famille dans le contexte de l'évangélisation et du Synode des évêques sur la mission de la famille dans l'Église et dans le monde s'étant respectivement tenus au Vatican en octobre 2014 et en octobre 2015. Elle est rendue publique au cours d'une conférence de presse donnée le 8 avril suivant par les cardinaux Lorenzo Baldisseri et Christoph Schönborn ainsi qu'un couple ayant participé au dernier synode[3],[1]. Ce document est le fruit selon le secrétaire spécial des deux synodes Mgr Bruno Forte d'« un grand travail collectif » du fait de sa composition par une « très large consultation sous la forme d'un questionnaire, répondu par les Conférences épiscopales de toute la planète » et de « la maturation des idées exprimées dans le texte à travers deux assemblées synodales »[4].

Contenu général[modifier | modifier le code]

  • Préambule (§ 1-7).
  • Chapitre premier : « À la lumière de la Parole » (§ 8-30).
  • Chapitre deux : « La réalité et les défis de la famille » (§ 31-57).
  • Chapitre trois : « Le regard posé sur Jésus : la vocation de la famille » (§ 58-88).
  • Chapitre quatre : « L’amour dans le mariage » (§ 89-164).
  • Chapitre cinq : « L’amour qui devient fécond » (§ 165-198).
  • Chapitre six : « Quelques perspectives pastorales » (§ 199-258).
  • Chapitre sept : « Renforcer l’éducation des enfants » (§ 259-290).
  • Chapitre huit : « Accompagner, discerner et intégrer la fragilité » (§ 291-312).
  • Chapitre neuf : « Spiritualité matrimoniale et familiale » (§ 313-324).
  • Conclusion - prière à la Sainte Famille (§ 325).

Réception[modifier | modifier le code]

Ce paragraphe suit un ordre chronologique pour plus de clarté.

Lettre aux cardinaux[modifier | modifier le code]

En , 45 universitaires catholiques envoient une lettre à tous les cardinaux et patriarche afin que ceux-ci « fassent une pétition au Saint-Père pour qu’il condamne les erreurs indiquées dans le document de façon définitive et sans appel »[5].

Critiques durant les JMJ en Pologne[modifier | modifier le code]

À la suite de la rencontre privée accordée par le pape François à l'épiscopat polonais, durant les Journées mondiales de la jeunesse 2016, l'archevêque Stanisław Gądecki, président de la conférence épiscopale polonaise, rejette en bloc l'idée de la communion pour les personnes divorcées-remariées. S'appuyant sur l’exhortation apostolique Familiaris consortio (en) du pape Jean-Paul II qui affirme l'impossibilité de cette communion à moins que le couple vive en « frères et sœurs », il revient alors sur la volonté de décentralisation vers les conférences épiscopales. Considérant donc celles-ci et au regard de la situation religieuse et culturelle, et en tant que président de la conférence épiscopale, il affirme que de telles nouvelles lignes pastorales ne seraient pas prises en Pologne[6].

Révélation de la demande de clarification au pape de la part de quatre évêques (dubia)[modifier | modifier le code]

Les cardinaux Raymond Burke, Carlo Caffarra, Walter Brandmüller, Joachim Meisner ont formellement – mais de manière privée – demandé des clarifications au pape, lui soumettant cinq « dubia » (doutes en latin) réclamant une réponse positive ou négative. Toutefois, le pape n’y ayant pas répondu, les quatre cardinaux rendent publics ces dubia le 14 novembre 2016[7].

Les dubia portent sur les paragraphes ne 300 à 305 de l’exhortation apostolique :

Premier doute[8]

« Il est demandé si, en conséquence de ce qui est affirmé dans Amoris lætitia aux nn. 300-305, il est désormais devenu possible d’absoudre dans le sacrement de Pénitence et donc d’admettre à la Sainte Eucharistie une personne qui, étant liée par un lien matrimonial valide, vit more uxorio (maritalement) avec une autre personne, sans que soient remplies les conditions prévues par Familiaris consortio au n. 84, réaffirmées par Reconciliatio et pænitentia au n. 34 et par Sacramentum caritatis au n. 29. L’expression « dans certains cas » de la note 351 (n. 305) de l’exhortation Amoris lætitia peut-elle être appliquée aux divorcés ayant contracté une nouvelle union, qui continuent à vivre more uxorio ? »

Second doute[8]

« Après l’exhortation post-synodale Amoris lætitia (cf. n. 304), l’enseignement de l’encyclique de saint Jean-Paul II Veritatis splendor n. 79, fondé sur la Sainte Ecriture et sur la Tradition de l’Eglise, à propos de l’existence de normes morales absolues, obligatoires sans exception, qui interdisent des actes intrinsèquement mauvais, continue-t-il à être valide ? »

Troisième doute[8]

« Après Amoris lætitia n. 301, est-il encore possible d’affirmer qu’une personne qui vit habituellement en contradiction avec un commandement de la loi de Dieu, comme celui qui interdit l’adultère (cf. Mt 19, 3-9), se trouve dans une situation objective de péché grave habituel (cf. Conseil pontifical pour les textes législatifs, Déclaration du 24 juin 2000) ? »

Quatrième doute[8]

« Après les affirmations contenues dans Amoris lætitia n. 302 à propos des « circonstances qui atténuent la responsabilité morale », faut-il encore considérer comme valide l’enseignement de l’encyclique de saint Jean-Paul II Veritatis splendor n. 81, fondé sur la Sainte Écriture et sur la Tradition de l’Église, selon lequel « les circonstances ou les intentions ne pourront jamais transformer un acte intrinsèquement malhonnête de par son objet en un acte subjectivement honnête ou défendable comme choix » ? »

Controverses autour des dubia[modifier | modifier le code]

De nombreux prélats ou universitaires, tels les cardinaux Paul Josef Cordes et Renato Martino, les évêques Athanasius Schneider et James Conley ou encore le philosophe allemand Robert Spaemann, s’associent par la suite aux dubia[9]. Le cardinal George Pell s’interroge : « Comment peut-on ne pas être en accord avec une question ? » ((en) « How can you disagree with a question? »)[10].

Les critiques s’élèvent aussi en dehors du clergé, tels le philosophe John Finnis et le théologien Germain Grisez qui demandent au pape la condamnation publique de huit thèses contre la foi catholique que l’on pourrait penser être dans Amoris lætitia (par mésusage, by the misuse)[11]. L'historien Roberto de Mattei, en situant l'exhortation dans l'ensemble des paroles du pape François, considère le document comme un pas de plus vers une théologie protestante du péché, en abolissant ou rendant floue la distinction entre péché mortel et péché véniel[12].

En , le cardinal Gerhard Müller estime que la Congrégation pour la doctrine de la foi – dont il est le préfet – ne doit pas s’engager dans la controverse, la doctrine sur la communion ne pouvant pas en effet changer[13]. Par ailleurs, un conseiller proche du pape, Antonio Spadaro, estime qu’en réalité les questions des cardinaux ne requièrent pas de réponses, puisque celles-ci ont déjà été données[14]. Certains encore s’opposent à cette lettre des prélats : ainsi, dans son livre Famille deviens ce que tu es[15], le cardinal Marc Ouellet estime que juger Amoris lætitia « sur la seule base d’une note de bas de page qui signifierait une rupture de la tradition ecclésiale » apparaîtrait comme « franchement simpliste, voire outrancier ». Il réinvite donc les fidèles à refaire une lecture attentive du texte[1].

En , le cardinal Francesco Coccopalmerio a publié une brochure au nom de son dicastère en autorisant les divorcées vivant en couple a recevoir la communion. La cérémonie de lancement de ladite publication a été annulée le jour même où elle était prévue et l'office de presse du Vatican déclara que la brochure ne représentait que l'avis dudit cardinal[16].

Déclaration des évêques de Malte[modifier | modifier le code]

Le , les évêques de Malte publient une déclaration intitulée Criteria for the Application of Chapter VIII of Amoris Laetitia[17],[N 1]. Des critiques s’élèvent toutefois contre cette déclaration citant par exemple les points 915 et 916 qui reviennent à supprimer le canon 915 et à amputer sérieusement le canon 916 : à Malte en effet, les évêques estiment désormais que quiconque approche des sacrements doit être considéré comme « en paix avec Dieu » (« at peace with God »).

D’autres évêques avaient pris la décision inverse, tel, dès , l’archevêque de Philadelphie[18].

Correction filiale[modifier | modifier le code]

Le , une correction filiale (correctio filialis) est remise au pape[19] et relève sept hérésies qui seraient présentes dans Amoris lætitia. En l’absence de réponse du Saint-Siège, la correction signée de 62 signataires clercs et laïcs universitaires est rendue publique sur internet[20] le 24 septembre 2017. Les signataires sont issus de milieux divers : on note par exemple la présence de Ettore Gotti Tedeschi, ancien président de l’Institut pour les œuvres de religion, de membres de la FSSPX tel Mgr Fellay, d’universitaires laïcs[21], ou encore de l’évêque émérite Mgr Rene Henry Gracida[22].

Les sept propositions condamnées par l’Église et qui seraient présentes dans Amoris lætitia sont les suivantes[23] :

  1. « Une personne justifiée n’a pas la force avec la grâce de Dieu d’accomplir les commandements objectifs de la loi divine, comme si certains commandement étaient impossibles à observer pour celui qui est justifié ; ou comme si la grâce de Dieu, en produisant la justification d’un individu, ne produisait pas invariablement et par sa nature la conversion de tout péché grave, ou comme si elle ne suffisait pas à la conversion de tout péché grave. »
  2. « Les chrétiens qui ont obtenu le divorce civil de leur conjoint avec lequel ils étaient validement mariés et ont contracté un mariage civil avec une autre personne (alors que leur conjoint était en vie) ; ceux qui vivent ‘more uxorio’ avec leur partenaire civil et ont choisi de rester dans cet état en toute conscience de la nature de leur action et en toute conscience de la volonté de demeurer dans cet état, ne sont pas nécessairement en état de péché mortel et peuvent recevoir la grâce sanctifiante et grandir dans la charité ».
  3. « Un chrétien peut être pleinement conscient d’une loi divine et peut volontairement choisir de la violer dans une matière grave mais ne pas être en état de péché mortel comme résultat de cette ‘action’ ».
  4. « Une personne, tout en obéissant à la loi divine, peut pécher contre Dieu en vertu de cette même obéissance ».
  5. « La Conscience peut véritablement et correctement juger que parfois les actes sexuels entre des personnes qui ont contracté entre elles un mariage civil, bien que l’une ou deux d’entre elles soient sacramentellement mariées avec une autre personne, sont moralement bons, demandés ou commandés par Dieu ».
  6. « Les principes moraux et les vérités morales contenues dans la Révélation Divine et dans la loi naturelle n’incluent pas d’interdits négatifs qui défendent absolument certains types d’actions qui par leur objet sont toujours gravement illicites ».
  7. « Notre Seigneur Jésus Christ veut que l’Eglise abandonne sa discipline constante de refuser l’Eucharistie aux divorcés remariés et de refuser l’absolution aux divorcés remariés qui ne manifestent pas de repentir pour leur état de vie et une ferme intention de s’amender ».

Le site de la correction filiale est bloqué par le Vatican[24].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Nicolas Senèze, « Après les débats, « Amoris laetitia » bientôt en pratique », sur la-croix.com, (consulté le 30 août 2016)
  2. (it) Luciano Moia, « Amoris laetitia, l’azione politica per la famiglia », sur avvenire.it, (consulté le 1er septembre 2016)
  3. (it) Iacopo Scaramuzzi, « “Amoris laetitia”, Pope’s exhortation on the family, to be released April 8 », sur lastampa.it, (consulté le 1er septembre 2016)
  4. (it) Bruno Forte, « “La gioia dell’amore” secondo il segretario del Sinodo sulla famiglia », sur lastampa.it, (consulté le 1er septembre 2016)
  5. (en) « Catholic Scholars Appeal to Pope Francis to Repudiate ‘Errors’ in Amoris Laetitia », National Catholic Register,‎ (lire en ligne), En français sur DICI.
  6. (en) Christopher Lamb, « Leader of Poland’s bishops says “no” to communion for divorced and remarried », sur lastampa.it, (consulté le 30 août 2016)
  7. LifeSiteNews.
  8. a, b, c et d Traduction des dubia sur DICI.
  9. (en) « Il cardinale Martino: "Leciti i dubia sulla Amoris Laetitia, giusto che il Papa risponda" | lafedequotidiana.it », lafedequotidiana.it,‎ (lire en ligne)
  10. (en) Tess Livingstone, « George Pell backs cardinals in marriage row with Pope Francis », The Australian,‎ (lire en ligne)
  11. An open letter to pope Francis, John Finnis, Germain Grisez, 12 septembre 2016.
  12. « Amoris Laetitia - entretien avec Roberto de Mattei par Schoenstatt francophone - Dailymotion », sur Dailymotion, (consulté le 6 août 2017)
  13. (en) « Vatican doctrinal chief: it’s not my job to engage in the dubia controversy – CatholicHerald.co.uk », sur www.catholicherald.co.uk
  14. Spadaro, Antonio (November 28, 2016). "Pope Francis associate: Controversial questions on communion already answered".
  15. Marc Ouellet, Famille deviens ce que tu es !, Parole et Silence, , 160 p. (EAN 9782889188659)
  16. (en) « Quelle interprétation pour Amoris Laetitia? - vidéo Dailymotion », sur Dailymotion, (consulté le 6 août 2017)
  17. (en) « CRITERIA FOR THE APPLICATION OF CHAPTER VIII OF AMORIS LÆTITIA » [PDF], sur maltadiocese.org, (consulté le 30 septembre 2017).
  18. Pastoral Guidelines for Implementing Amoris Laetitia. Archdiocese of Philadelphia, July 1, 2016, en ligne sur le site de l'archevêché de Philadelphie
  19. Raphaël Zbinden, « 62 clercs et universitaires catholiques attaquent les "hérésies" d'Amoris laetitia », sur Cath.ch, (consulté le 24 septembre 2017).
  20. Site officiel de la correction filiale adressée au pape.
  21. Liste des signataires.
  22. Blogue officiel de Mgr Rene Henry Gracida.
  23. (la) Texte original des propositions en latin, traduit par (fr) la Porte Latine.
  24. (it) « Vaticano blocca sito accuse eresie Papa », sur Ansa, (consulté le 25 septembre 2017).

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Cette déclaration est reprise six jours plus tard dans L'Osservatore Romano [1]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]