Amiante-ciment

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L’amiante-ciment, ou ciment-amiante ou encore fibrociment à l'amiante[1], est un matériau constitué d'un complexe de fibres d'amiante dispersées dans un liant hydraulique qui est du ciment. Il a servi à produire des plaques, dalles, murs anti-bruit (au Canada), tôle-ondulées de couverture, tuiles, tuyaux servant au drainage pluvial ou d'aqueduc, tuyaux d'évacuation de conduits de cheminées, évents, etc.

Les producteurs[2] ont d'abord affirmé qu'il s'agissait d'un produit très stable et sans risque, ce qui ne s'est pas avéré. Par exemple, les tuyaux de cheminées, dont le ciment se dégrade sous l'effet des vapeurs acides, libèrent des fibres d'amiante, de même pour les tuyaux d'adduction d'eau, notamment quand l'eau est naturellement acide.

Par rapport à plusieurs matériaux alternatifs, le poids des tuyaux d'amiante-ciment rend leur transport onéreux ainsi que leur installation (tuyaux de 23 mm et plus).

Les deux principaux producteurs français étaient le groupe Eternit et Saint-Gobain.

Réglementation[modifier | modifier le code]

Ce produit est interdit en France et dans divers pays depuis 1996 à la suite du scandale de l'amiante, après que de nombreux pays aient tolérés certains usages (ex plaquette de freins, certains joints), l'Europe a finalement le 1er janvier 2005 toute utilisation, consommation et commercialisation de l'amiante (sous toutes ses formes, y compris fibrociment) mais le Québec continue, à la suite d'un accord passé avec les producteurs canadiens d'amiante d'en promouvoir un usage sécurisé, dont en grosse plomberie [3].

Fabrication[modifier | modifier le code]

L'amiante-ciment a été coulée en plaque, pseudo-ardoises, plaques ondulées puis laminée ou moulée ou formée en tuyaux ou cuves. Actuellement là où leur fabrication est encore autorisée (Canada par exemple), le tuyau en amiante-ciment est produit par laminage sur un mandrin métallique d'une « feuille » de pâte humide composée d'un mélange de ciment et de plus de 10% de fibre d'amiante chrysotile. Des rouleaux viennent ensuite comprimer cette feuille sur le mandrin où elle est enroulée (à une vitesse contrôlée) pour obtenir l'épaisseur voulue. Le tuyau est ensuite précuit et « mûri jusqu'à l'hydratation complète du ciment ». Le fibrage du ciment évite d'avoir à y intégrer un treillis d'armature en métal et permet (à résistance égale) de produire un tuyau plus léger, aux parois plus fines (130 % plus léger que son équivalent en fonte). En sortie de fabrication l'intérieur du tuyau est très lisse. Ces tuyaux sont incombustibles (ce qui a encouragé leur usage comme conduits d'évacuation de cheminées et chaudières) et selon les fabricants ils résistent « à l'humidité, à la vermine, à la putréfaction, à la chaleur, aux rayons ultra-violets, à l'électrolyse, aux courants galvaniques, aux alcalis et aux eaux peu ou modérément agressives » et ne conduisent pas l’électricité et propagent moins le bruit d'écoulements que d'autres types de tuyaux[3].

Usages en tuyauteries[modifier | modifier le code]

Tuyaux de cheminées, d'aération, ou d'adduction d'eau ou d'évacuation (chute, descentes pluviales, tuyaux d'évacuation et de ventilation). Dans la plupart des pays ces usages sont maintenant interdits.

Risques et dangers[modifier | modifier le code]

Vieux réservoir en amiante-ciment (Eternit)
Sculpture/banc réalisé en plaques d'éternit et sections de tuyau en amiante-ciment.
Tuyaux cassé d'évacuation d'eau pluviale (ici durant une averse), en Amiante-ciment, en facade d'un magasin, dans l'Essex au Royaume-Uni

Risques pour le système respiratoire (liés à l'inhalation)[modifier | modifier le code]

Selon l'INRS, « les maladies liées à l’amiante représentent aujourd’hui la deuxième cause de maladies professionnelles et la première cause de décès liés au travail (hors accidents du travail) »[4].
Ce produit devient dangereux dans toutes les conditions où il doit être coupé, percé, poncé, meulé, cassé, broyé, démoli, déplacé sans précaution... et quand on l'utilise en milieu acide, en flocage ou fibres libres, ou en panneaux dans la construction (dans un tel cas il est sujet au sciage pour des ajustements ou pour y percer des trous, ou peut l'être par les futurs occupants du bâtiment non informés des risques).
Dans un nombre croissant de pays, la législation impose maintenant lors de la démolition (après un diagnostic-amiante concluant à la présence d'amiante) précautions visant à limiter le risque de dispersion de fibres, notamment lors du bris et transports de matériaux amiantés. L'installation de sas et d'espace clos, ainsi que l'utilisation de masques, combinaisons étanches, systèmes spéciaux d'aspiration, d'emballage étanche pour le transport, changement de vêtements et douche avant de sortir du sas, etc., sont indispensables et obligatoires dans un certain nombre de pays. Depuis la fin du XXe siècle la tendance est à un renforcement des contrôles et de la réglementation.

Risques pour le système digestif (notamment liés à l'ingestion d'eau ?)[modifier | modifier le code]

Une partie de l’amiante inhalé ou ingéré transite finalement par le tube digestif.

Il n'est pas rare de retrouver de l'Amiante dans l'eau du robinet ou dans le milieu aquatique (sédiment notamment).
Cet amiante, détectable au microscope électronique peut avoir deux sources :

  1. Contaminations de nappe ou de cours d'eau : L'amiante provient parfois de sources ou d'un aquifère contenant de l'amiante (contexte de roches serpentines). Ainsi a-t-on découvert dans les années 1980 dans le grand aqueduc de Californie que les crues de l'Arroyo Pasajero et des cours d'eau Cantua et Salt y avaient apporté des quantités très significatives de fibres d'amiante crysotile (jusqu'à 2,6% en poids du sédiment de l'aqueduc). Ces sédiments ont ensuite été dragués pour éliminer le risque de remise en suspension d'amiante dans l'eau circulante[5]. La ressource en eau de Californie est parmi les plus contaminées au monde par l'amiante et les systèmes de filtration y ont selon une étude de 1984, avec des « succès très variables dans l'élimination des fibres d'amiante » ; les fortes concentration initiale semblaient à cette époque plus difficile à éliminer[6].
  1. Contamination par les fibres de tuyaux d'adduction d'eau en Amiante-ciment : C'est le cas le plus fréquent. Les taux sont généralement sous le million de fibres par litre, mais le milliard de fibres par litre a déjà été dépassé selon Weber (1991)[7].
    En Toscane (Italie) parmi 59 échantillons d'eau du robinet analysée en 1995-1996, 24 % contenaient de l'amiante (souvent avec plus de 38000 fibres par litres), provenant probablement dans 79% des cas de tuyaux en amiante ciment (pourtant exposés à une eau agressive acide et/ou pauvre en minéraux que dans 3% des cas) ; Dans 21 % des cas, la contamination aurait pu se faire dans un aquifère contenant de l'amiante[8]. Une partie des tuyauteries d'évacuation des eaux usées sont également en amiante-ciment.

Une partie des fibres d'amiante ingéré peut traverser la paroi intestinale et s'y enkyster ou au contraire passer dans le sang[7], ensuite partiellement retrouvée dans l'urine[9] ; une autre s'accumule dans certains tissus et organes[7](une concentration élevée d'amiante a récemment été détectées dans les cancers du côlon de travailleurs de l'amiante)[7].

En 1991 JS Weber et JR Covey (Département de la santé de de l'Etat de New-York) recommandaient de minimiser les taux d'amiante dans le réseau d'eau potable, en se concentrant sur les sources réelles et potentielles d'amiante.

Dès les années 1980, des études épidémiologiques et sur l'animal de laboratoire corrélaient l'ingestion d'amiante à un risque accru de plusieurs types de cancer[7] (mais contredites par d'autres). Cette association a été confirmée par deux grandes études chez l'homme en 2015 et 2017 pour au moins deux types de cancer [10].

En 2017, selon l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail) deux nouvelles études (2015, 2017) basées sur des cohortes de grande taille (respectivement 2.024 personnes et 14.515 hommes ayant été exposés à l'amiante) concluent à un lien entre exposition à l'amiante et cancer du colon et cancer colorectal (avec une relation dose-réponse)[10].
Le cancer de l'estomac et le Cancer de l'œsophage pourraient aussi être concernés (sous réserve de confirmation par d’autres études)[10]. Sur ces bases, l'Anses a fait des recommandations et a décidé de s'auto-saisir du sujet[10].

Ces données reposent la question d’un éventuel risques liée à l’eau potable ayant circulé dans des tuyaux en amiante-ciment (En France une extrapolation[11] faite à partir de l’étude des canalisations de 8 départements, a estimé qu'en 2002 il y avait environ 36.000 kilomètres de canalisations en amiante-ciment, soit 4,2 % des installations totales ; mais les variations entre ces 8 départements étaient importantes : 9% dans l’Allier, 7% dans la Manche et la Somme[11]).
Selon le rapport Cador (2002) l'amiante ciment (des tuyauteries) est « souvent dégradé et pose des problèmes techniques, en particulier en environnement agressif. De nombreux départements envisagent sa dépose systématique. Avec 4% d'aimante ciment sur notre échantillon de huit départements, le linéaire national dans ces conditions représenterait 36 000 km, soit 3,6 milliards d'euros. Toutefois, il semblerait que des pratiques locales aient favorisé l'implantation de ce matériau en de large proportions dans quelques départements français »[11]. Ce rapport évoque (p 15) un « vieillissement prématuré largement constaté » (en particulier en environnement acide) pour les tuyaux en amiante-ciment.

Filtration de l'eau : Les fibres d'amiantes (issues de mines ou de tuyaux) peuvent être extraites de l'eau par divers systèmes de filtration, plus ou moins efficaces[12].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • L'affaire de l'amiante, Roger Lenglet, Éditions La Découverte, 1996.
  • Danger ! Amiante, Collectif Intersyndical sécurité des universités-Jussieu CFDT,CGT, FEN, Maspéro, 1977.
  • Face à l'amiante, photographies et témoignages, V. Truglia, 2009, auto-édité, 134 pages, 20 cm x 25 cm, quadrichromie.
  • Amiante : un scandale improbable. Sociologie d'un problème public, Emmanuel Henry, 2007, Presses universitaires de Rennes.
  • Scared to Death : From BSE to Global Warming, Christopher Booker et Richard North, ed. Continuum, novembre 2007.

Filmographie[modifier | modifier le code]

  • Poussière mortelle, le grand procès de l'Amiante, de Niccolo Bruna et Andrea Prandstraller. Documentaire relatant et diffuse des témoignages du procès à Turin, qui opposait les ouvriers victimes de l'amiante dans une usine du Groupe Eternit à Casale Monferrato en Italie. Il démontre également les conditions de travail des ouvriers du même groupe au Brésil[13].
  • Cent Mille cercueils. Le Scandale de l'amiante : documentaire réalisé en 2009 par José Bourgarel. 100 000 morts en France d'ici 2025.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Rubrique Fibrociment, sur futura-sciences.com : « Le fibrociment contenant de l'amiante est interdit depuis 1996 et les fabricants en proposent aujourd'hui une version sans amiante, conformément à la loi en vigueur ».
  2. INRS, Amiante : les produits, les fournisseurs.
  3. a et b Catalogue Logard (fabricant canadien de tuyaux en ciment-amiante), version française, consultée le 06 décembre 2017
  4. INRS, Amiante Avec l’amiante, ne pariez pas. Protégez-vous !
  5. Jones J & McGuire M.J (1987). Dredging to reduce asbestos concentrations in the California aqueduct. Journal-American Water Works Association, 79(2), 30-37.
  6. Hayward S.B (1984) Field monitoring of chrysotile asbestos in California waters. Journal (American Water Works Association), 66-73|résumé.
  7. a, b, c, d et e Webber, J. S., & Covey, J. R. (1991). Asbestos in water. Critical Reviews in Environmental Science and Technology, 21(3-4), 331-371.
  8. Cherubini, M., Fornaciai, G., Mantelli, F., Chellini, E., & Sacco, C. (1998). Results of a survey on asbestos fibre contamination of drinking water in Tuscany, Italy. Journal of Water Supply: Research and Technology-Aqua, 47(1), 1-8.
  9. Sara Zaina et al. (2014), Urinary asbestos fibers and inorganic particles in past asbestos workers Archives of Environmental & Occupational Health, mis en ligne le 2 Décembre|résumé
  10. a, b, c et d Risques professionnels. D'après une note de l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), de nouveaux éléments scientifiques viennent attester l'idée d'un lien entre exposition professionnelle à l'amiante et développement de cancers digestifs. Bati Actu 04/12/2017
  11. a, b et c Cador, J. M. (2002). Le renouvellement du patrimoine en canalisations d'eau potable en France. Rapport technique, Université de Caen, France, 18. URL :https://www.actu-environnement.com/media/pdf/news-29270-estimation-materiau-canalisation.pdf
  12. Lawrence, J., & Zimmermann, H. W. (1977). Asbestos in water: mining and processing effluent treatment. Journal (Water Pollution Control Federation), 156-160|résumé.
  13. http://www.revue21.fr/Les-poussieres-mortelles-de-Casale